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occitan-touareg

Editorial du nouveau numéro (109) de la revue Lo Lugarn

10 Octobre 2013 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #occitanie

En avant première l’éditorial du prochain numéro de la revue du Parti de la Nation Occitane : Lo Lugarn.

Pour rappel l’éditorial est proposé en occitan et en français. Pour ce qui est de la version occitane l’éditorial est proposé dans les deux graphies « classiques » : Alibert/Mistral.

                         Les leçons de la Diada 2013 et de Muret

Deux évènements très proches l’un de l’autre doivent interpeller les indépendantistes occitans et au-delà tous les militants de la cause occitane. Le premier est la chaîne humaine à l’occasion de la Diada du 11 septembre en Catalogne et le deuxième est le 800ème anniversaire de la bataille de Muret le 12 septembre. L’Occitanie est différente de la Catalogne, même si certains rêvent encore d’un ensemble occitano-catalan plus ou moins justifié par une histoire en partie commune. Nous constatons que chez les Catalans, du moins ceux de la Generalitat, le sentiment indépendantiste traverse la société catalane toute entière, toutes générations et classes d’âge confondues, hommes et femmes, Catalans de souche, immigrés de toutes origines qui se sentent catalans, monde des affaires et diaspora. La classe politique toute entière est obligée de se positionner par rapport à l’auto-détermination que ce soit les partis catalanistes ou les partis succursalistes dits espagnolistes. La société catalane pousse la classe politique dans ce sens.

La langue catalane, même si ses locuteurs ne sont pas la majorité en milieu urbain comme à Barcelone, est un facteur d’intégration pour les nouveaux arrivants. Sa relative bonne santé est le résultat d’un système d’enseignement en catalan que Madrid essaie de remettre en cause et plus largement d’une autonomie poussée au sein de l’Etat espagnol. Il y a là matière à nous faire tous rêver. Et pourtant tous ces acquis sont battus en brèche par un pouvoir central espagnol qui, confronté à la crise, se raidit et veut remettre en cause les autonomies. Pour les souverainistes catalans, dont le nombre ne cesse de croître, la seule issue c’est l’indépendance dans l’Europe. Certains pays dans le monde commencent à juger cette perspective comme possible, d’autres déclarent s’y opposer de toutes leurs forces d’autant que plane au Royaume Uni la menace d’une indépendance de l’Ecosse à la suite du référendum qui sera organisé en 2014 et que la Belgique est toujours menacée d’éclatement.

Nous sommes bien loin de la situation en Occitanie où le sentiment indépendantiste est ultra-minoritaire dans la société. Certes, nous avons réussi à mobiliser 30.000 personnes à Toulouse mais sur une revendication purement linguistique et culturelle et ce sur une population de 15 millions d’habitants. Il est peut-être rassurant de se dire que nous sommes 15 millions donc la plus grande minorité linguistique de l’Europe occidentale. Mais qui parmi eux se sent occitan et non français avec toutes les conséquences que l’on peut en tirer ? Une chose est sûre, nous ne voyons pas ou si peu, les immigrés de l’Afrique du Nord ou de l’Afrique sub-saharienne exprimer leur occitanité dans la rue pas plus que nous ne voyons, à de rares exceptions près, les Français venus du Nord de la Loire manifester le moindre intérêt pour notre langue et notre culture sans parler d’un désir ne serait-ce que d’autonomie régionale. Ils viennent en Occitanie surtout pour des raisons professionnelles ou par héliotropisme et l’existence d’une culture et d’un mode de vie différent les gêne car nous sommes tous Français n’est-ce pas ?

Quant aux Occitans de souche, ils ont souvent, si on leur pose la question, une vague sympathie sentimentale pour la langue occitane mais en aucun cas ne feraient l’effort de l’apprendre et de la parler. L’Occitanie est absente des préoccupations de la jeunesse occitane, mis à part l’infime minorité des calandrons et des élèves des classes bilingues. Nos compatriotes ont subi un lavage de cerveau à l’école et dans les médias qui en a fait des Français pas tout à fait comme les autres, moqués pour leur accent et leur gestuelle. Dépossédés de leur véritable identité, ils font de la surenchère pour être plus français que les Français et votent pour le Front National par haine de ce qu’ils sont en réalité.

Par ailleurs de tous les partis politiques en Occitanie, aucun ne se réclame de l’Occitanie. Ils sont tous, à des degrés divers, jacobins. Le mouvement politique occitan représenté par les indépendantistes du P.N.O, d’Iniciativa per Occitània, de Libertat et les autonomistes du POC ne pèse pas lourd. Ses cadres sont vieillissants, ils manquent de femmes et de jeunes. Le POC a bien 5 conseillers régionaux mais sans son alliance avec EELV, il n’en aurait aucun. De plus, le mouvement  est divisé entre les occitanistes eux-mêmes divisés entre culturels et politiques, et les anti-Occitans du Collectif Provence et des nissardistes du Comté de Nice qui préfèrent se battre contre le supposé impérialisme languedocien plutôt que contre l’Etat français, leur véritable ennemi.

Cela n’a pas beaucoup changé depuis le Moyen Âge où les Français, et la bataille de Muret le montre, ont exploité les incohérences et les divisions des Occitans pour asseoir leur mainmise sur l’Occitanie. Gageons que si l’Etat occitano-catalan avait vu le jour, il aurait été combattu par une partie des Occitans. On pourrait continuer avec la guerre de Cent ans présentée comme un conflit anglo-français alors que c’était surtout en Occitanie un conflit occitano-occitan entre les partisans des Anglais et les partisans des Français.

Est-ce à dire que la disparition de l’Occitanie et de sa langue et l’assimilation totale des Occitans sont inéluctables ? Ce n’est pas le point de vue du Parti de la Nation occitane. Il faut être lucide sur notre situation en tant que nation pour pouvoir avancer. La seule solution viable ne consiste pas à réclamer à l’Etat français l’institutionnalisation de la diversité linguistique et l’acte III de la décentralisation. Il n’est pas inutile de se battre dans ce cadre mais il importe surtout de prendre petit à petit le pouvoir en commençant par les villes et les villages.

Bastir, mouvement au-dessus des partis, va présenter au moins une centaine de candidats occitanistes sur des listes pour les municipales en mars 2014 avec une plateforme crédible pour avoir des élus et former un réseau occitaniste. Nous ne serons pris au sérieux par les partis politiques ayant pignon sur rue et par la population que si nous avons des élus. Après, viendront les élections européennes puis cantonales et régionales et ce sera beaucoup plus difficile de dépasser la présence symbolique et d’avoir des élus avec l’étiquette Bastir ou une autre étiquette mais chaque chose en son temps. Lucidité et détermination, tels doivent être nos mots d’ordre dans la longue bataille pour l’émancipation de notre nation. Si nous, minorité consciente, nous ne la menons pas, personne ne la mènera à notre place.

Jean-Pierre Hilaire

Septembre 2013 

Parti de la Nation Occitane

Parti de la Nation Occitane

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