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occitan-touareg

Occitanie : à propos du nom d’Agen par Jean Rigouste

24 Octobre 2013 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #occitanie

Le nom d’AGEN par Jean Rigouste
 Le nom du chef-lieu du Lot-et-Garonne est fort anciennement attesté : au deuxième siècle de notre ère, le géographe Ptolémée mentionne la ville d’Aginnon ; au IIIème siècle, l’Itinéraire d’Antonin* cite Aginnum, et, au IVème siècle, la fameuse « Table de Peutinger* », carte des voies romaines, nous donne la forme Agennum. Au VIème ou au VIIème s., on trouve des formes comme Agino, Aginno, Aginum…(Ces mots se prononcent avec un -g- dur, pas avec le son /j/ ; mais l’évolution phonétique normale a fait passer (dès le IIIème ou IVème siècle) ces formes anciennes à des formes dont la graphie et la prononciation doivent être proches de celles que nous connaissons.)
La plus ancienne attestation occitane se trouve, et c’est normal, dans la « Chanson de Sainte-Foy d’Agen », que l’on date généralement de la fin du XIème s ; ou du début du XIIème :
Totz temps avez audid asaz
Qu’Agenz fo molt rica ciutat,
Clausa ab murs e ab vallaz ;
Garonna’l corr per cell un laz… (vers 34-37)
Vous avez toujours assez entendu dire
Qu’Agen était une cité fort riche
Ceinte de murs et de fossés ;
Garonne la longe sur un de ses côtés…
(le -z final du nom d’Agen indique qu’il est ici au « cas-sujet » ; si le mot était complément, il s’écrirait : Agen)
Au XIIIème s, les Rôles Gascons nous fournissent encore des formes comme Agenno, Agennum, Agenum, mais on a aussi Agens dans un document d’Alphonse de Poitiers (1261). Au XIVème s., toujours des Agennum et Aginnum, mais aussi un Agenna (Rôles Gascons, 1317). C’est aussi à cette date, et dans ce même document, qu’apparaît la plus ancienne attestation de la forme occitane « aphérésée »* Gene ; la forme actuelle, Agen, apparaît sur des documents cartographiques du XVIIème siècle.
Nous avons donc un ensemble de formes très anciennes, mais concordantes : elles nous indiquent que le nom de la ville est probablement formé à partir d’une base indo-européenne *AK-, qui désigne un « rocher » (on retrouve cette « base » dans le mot gaulois acaunon, « pierre »), base à laquelle s’ajoute un suffixe celtique ou préceltique -enno-, de valeur inconnue ; on pourrait supposer que ce suffixe donnait au nom une valeur adjectivale : « le rocheux », ou « le pierreux », en parlant du site de la ville.
Le nom primitif n’était donc pas celui de la ville actuelle, mais celui de l’oppidum, situé sur le plateau de l’Ermitage, au sommet des falaises blanches et grises qui dominent toujours Agen (voir la Carte archéologique de la Gaule, Lot-et-Garonne, 1995).
Il existe une ville homonyme :
- Agen (Aveyron) : village en position dominante ; une forme ancienne est Geü* (1341), mais on a aussi Agenium (1510), qui semble nous rapprocher de l’hypothèse d’un autre Aginnum ; la prononciation (occitane) actuelle est Agenh Jacques Astor, toponymiste aveyronnais, déclare cependant que « le sens demeure très obscur ».
D’autres localités paraissent avoir une étymologie semblable à celle d’Agen :
- Ayen (Corrèze) possède aussi une forme ancienne Aenno (non datée) qui est très probablement un Agenno, avec un -g- intervocalique qui devient une semi-consonne /y/.. La situation du village (sur une butte-témoin) renforce l’hypothèse étymologique. La pronociation locale est /aiént/
- Ayn (Savoie) est sans doute aussi un autre Aginnum : la forme Ainum (1141) est compatible avec cette hypothèse ; mais le site actuel du vilage n’est pas en hauteur ; le nom a pu désigner quelque établissement ancien, vers Rochefort ou les falaises du Blanchet. Les habitants sont les Aynsards.
En revanche, les localités suivantes n’ont, malgré la ressemblance, rien à voir avec Agen :
- Agencourt (Côte-d’Or)
- Agenville (Somme)
- Agenvilliers (Somme)
Ce sont des toponymes comportant le nom (germanique) de leur fondateur, Ingin- suivi, comme souvent dans le Nord et l’Est, de divers mots signifiant « domaine » : -court, -ville, -villiers.
Notes.
. Itinéraire d’Antonin : date sans doute de Caracalla (qui était un Antonin) ; c’est une description (sans élément cartographique) de 372 voies romaines (85.000 km) s’étendant sur tout l’Empire.
. « Table de Peutinger » (du nom de l’érudit qui la découvrit) : copie (du XIIIème s.) d’une carte romaine du IIIème siècle. Elle couvre tout le monde connu à l’époque, du Maroc à l’Inde, mais très étiré, sur une bande de parchemin de 6,80 m sur 34 cm
. Forme aphérésée : qui a perdu sa première syllabe ; on ontient ainsi des formes abrégées de divers mots (bus pour autobus) ou des diminutifs (Colas pour Nicolas, Enzo pour Lorenzo…)
. Geü : il pourrait s’agir d’une maivaise lecture pour : Gen.

sur le N°109 de la revue Lo Lugarn

entrée de la ville d'Agen

entrée de la ville d'Agen

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