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occitan-touareg

Revue occitane : Lo Lugarn n°117 est en ligne

22 Avril 2016 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #Lo Lugarn

Le tout nouveau numéro (117) de la revue occitane Lo Lugarn est disponible gratuitement en ligne.

Si vous préférez la version papier, abonnez-vous : voir à l'intérieur du journal.

Les textes sont en Occitan ou/et en Français.

Seul l'éditorial de Jean-Pierre HILAIRE est dans les deux langues et de plus dans les deux systèmes graphiques classiques occitans.

Je TELECHARGE le n° 117

 

LI MAUFATANS - LES MALFAISANTS

Il y a déjà longtemps que l'on raconte l'histoire du fils de paysans à qui lo magistre (l'instit) demande quels sont les principaux parasites de la pomme de terre et qui répond : « les intermédiaires ». Aujourd'hui la situation s'est encore aggravée car la sauvegarde et la reprise des terres agricoles sont rendues difficiles, voire impossibles, par l'action d'autres malfaisants qui nous entourent et qui doivent, dans un premier temps, être identifiés pour être, plus tard, condamnés.

Si certains se rangent d'office parmi nos ennemis, d'autres – qui devraient pourtant être nos amis ou du moins nos alliés – ne cessent de nous mettre des bâtons dans les roues.

1) Nos ennemis sans nom et sans visage

a) Le défaitisme

Il s'appuie sur la paresse et sur le cercle vicieux : moins il y a d'agriculteurs => moins les terrains sont remembrés et entretenus => moins ils attireront les installations. Son slogan : il n'y aura plus jamais d'agriculture à Luceram (et dans la gavotina, en général) parce qu'on ne peut pas en vivre. On intervertit ici la cause et la conséquence : en réalité, c'est parce qu'il n'y a pas assez d'agriculteurs que ceux qui s'obstinent avec courage ont d'autant plus de mal à vivre.

b) La condamnation du travail manuel

Trop de parents rêvent pour leurs enfants d'un métier assis à un ordinateur ou « dans la finance » ou encore « dans le commerce international », seules activités non dégradantes selon eux (tout le contraire du modèle allemand que l'on nous cite pourtant régulièrement en exemple). Mais, pis encore, la terre est sale et être bouseux ou péquenot c'est encore plus répugnant qu'ouvrier ou artisan : mieux vaut encore rester au chômage !

c) La mode de l'habitat pavillonnaire

Mode catastrophique pour plusieurs raisons :

·        confiscation des terres agricoles et hausse des prix du foncier même pour les terres non constructibles,

·        mitage environnemental coûteux pour les communes en voirie, adduction d'eau et assainissement,

·        difficulté de la défense contre les incendies (il faut au minimum un camion-pompe par villa et celles-ci sont entourées de gerp inconstructible, donc impossible à entretenir en l'absence d'activités agricoles),

·        développement des allergies liées au pollen des cyprès utilisés comme haies,

·        diminution du lien social due à l'enfermement derrière des brise-vue opaques, à l'absence des habitants pendant la journée et au chacun pour soi.

2) Nos ennemis déclarés

a) Les promoteurs

Ce sont historiquement nos premiers ennemis car ils ont un besoin pressant pour leurs constructions des terres agricoles les plus plates, les mieux situées et viabilisées. Or une terre qui a perdu sa vocation agricole ne la retrouvera jamais.

b) Les Domaines

De plus en plus souvent, les évaluations des Domaines sont délirantes (car l'état a besoin de finances) et empêchent la reprise d'exploitations par des agriculteurs. Ils se montrent donc de plus en plus souvent les alliés objectifs (j'irai jusqu'à dire les complices) des précédents.

c) Certains fonctionnaires de l'état

On peut comprendre la nécessité d'une réglementation mais celle-ci ne doit pas être systématiquement interprétée dans un sens défavorable aux activités créatrices d'emplois par des fonctionnaires imbus de leur pouvoir, trop souvent incompétents, compensant leur ignorance du terrain par une suffisance rare, souvent associée à une méchanceté pathologique (ou une fixation au stade anal, comme dirait mon maître Sigmund).

d) Certains connards d'écolos-bobos-parigots

Ils se montrent de plus en plus dangereux pour la reprise agricole car

·        ils ignorent tout des conditions locales,

·        ils n'ont jamais pris le magalh ou ne « cultivent » que le tour de leur maison,

·        ils s'en prennent systématiquement aux agriculteurs, aux éleveurs et aux chasseurs (souvent les mêmes) dont ils auraient pourtant dû chercher à se faire des alliés,

·        ils luttent pour la protection d'espèces non menacées (loups, sangliers, cervidés),

·        ils font prendre aux élus (à Paris) ou aux préfets (06) des arrêtés délirants sur le chauffage au bois ou l'écobuage.

Je m'arrête là car j'ai déjà commis un article plus complet sur les contradictions de ce type d' « écolos ».

3) Nos faux amis (mon Dieu, protégez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge)

a) Les municipalités

La présence d'agriculteurs est trop souvent ressentie comme un frein aux constructions pavillonnaires seules apparemment susceptibles de faire rentrer de l'argent dans les caisses communales et de nouveaux électeurs, conception

·        à courte vue car les dépenses de voirie et d'assainissement, mais aussi d'entretien dépassent vite les bénéfices escomptés,

·        purement électoraliste car on compte   souvent à tort   sur la gratitude des propriétaires qui auront ainsi vu augmenter considérablement (sans rien faire) la valeur de leurs terres.

En violation des principes du SCOT, les municipalités cherchent à se constituer une « réserve foncière » au détriment des terres agricoles (souvent les meilleures).

C'est ainsi qu'au lieu d'œuvrer pour renforcer l'emploi local, on en arrive à espérer comme seule planche de salut le développement d'un village-dortoir.

b) La mafia MSA

Dans son principe, l'existence d'une MSA devrait être une bonne chose pour les agriculteurs et je me méfie personnellement des assurances privées. Toutefois, dans la pratique, il existe un monopole de la MSA (pourtant contraire à la législation européenne) qui cherche à imposer une obligation de cotisation même à ceux (retraités et pluri-actifs) qui possèdent déjà une excellente couverture sociale : on appelle cela la « solidarité ». Comme nous l'avons déjà précisé dans un courrier au président de la Chambre d'Agriculture 06, cette solidarité est à sens unique car nous autres « solidaires » n'avons aucun droit, uniquement le devoir de cotiser. La réciprocité des droits et des devoirs est pourtant le fondement philosophique de la justice, de la démocratie, en un mot, de l'état de droit.

c) La mafia FNSEA

L'actualité judiciaire donne en abondance des exemples des comportements mafieux du « syndicat unique » et la moindre recherche sur internet montre que les deux termes sont très souvent associés. Les reproches qui lui sont faits tournent autour de plusieurs points, comme la cotisation obligatoire, la défense des plus gros (céréaliculteurs) au détriment des plus petits (oléiculteurs, par exemple), les accointances de ses dirigeants avec les trusts agro-alimentaires ou avec les marchands d'engrais et de matériel agricole... J'en passe et des meilleures. Pour en savoir plus, tapez sur Google : mafia fnsea.

4) Qui soutient réellement l'agriculture locale ?

Le problème de l'agriculture du Moyen et du Haut Pays (Gavotina) ne réside pas dans une concurrence entre ceux qui voudraient s'installer comme agriculteurs à temps complet et des cotisants de solidarité qui accapareraient les meilleures terres mais bien plutôt dans l'absence de propriétés immédiatement exploitables.

Pour permettre l'installation de jeunes agriculteurs, il faut auparavant avoir restauré des exploitations, ce qui suppose trois conditions préalables.

a.      Un remembrement, indispensable vu le morcellement actuel.

b.      Une remise en état : destruction des genêts et des ronces suivie d'arrachage des souches, recépage des oliviers ou des châtaigniers, réfection des faissas avec ou sans murettes (aberges ou, au contraire, ribas).

c.       Les classiques améliorations foncières : accès, épierrage, travaux d'hydraulique agricole.

Au vu de l'importance du travail à fournir et des fonds à investir, nous pouvons affirmer que seuls des retraités ou des pluri-actifs en auront les capacités. Le courage leur vient de la certitude (qui les soutient) de travailler pour l'avenir et pour permettre par la suite l'installation de jeunes. Il n'y a donc pas de rivalité d'intérêts ni de concurrence et le contrôle des structures ne devrait pas handicaper leur action.

S'il existe une concurrence réelle c'est bien plutôt entre la vocation agricole et l'habitat pavillonnaire : dans ce domaine, il ne faut pas se tromper d'ennemi et comprendre

1.      que trop de gens sont des nuisibles à la reprise agricole et que la recherche devrait trouver d'urgence contre eux un pesticide adapté,

2.      que les solidaires sont les meilleurs alliés des jeunes agriculteurs et surtout pas leurs concurrents.

5) La déclaration de guerre de l'état français

L'état français, inspiré par les deux mafias citées supra, nous traitait déjà d'agriculteurs de plaisance, faisant de nous des plaisanciers ou des plaisantins. Depuis la récente loi du 13 Octobre 2014, il a déclaré la guerre aux petits paysans qui n'auront plus droit au statut d'agriculteurs, donc à la gavotina dont la géographie tourmentée est sujette à beaucoup de catastrophes dites naturelles. Dans un environnement anthropisé depuis des millénaires (construction des faissas pour retenir la terre, des bialieras visant à amener l'eau d'irrigation, des aigatges et utilisation de la technique du depreissatge servant l'un et l'autre à évacuer l'eau de pluie), le terrain s'effondre dès que l'entretien n'est plus assuré. De même, la neige n'accroche pas sur des pâturages non tondus et les avalanches augmenteront en nombre et en gravité. Luceram a connu trois incendies importants en 30 ans et l'environnement continue à se refermer ; chaque incendie est suivi de glissements de terrain et les précipitations, appelées à s'aggraver, entraîneront en moyenne montagne des catastrophes dramatiques.

Il y a donc urgence à encourager la réinstallation de paysans, éleveurs et forestiers compris, avant que l'état ou les communes ne soient contraints de faire appel pour entretenir l'environnement à des fonctionnaires rémunérés grâce à une augmentation des impôts locaux.

La notion d'agriculteur actif, imaginée par la loi de 2014, est faite pour stigmatiser les « inactifs » qui constitueraient une gêne pour les vrais agriculteurs et les empêcheraient de se moderniser. Il est plus facile de désigner un ennemi sans défense plutôt que de s'en prendre aux banques, aux promoteurs, aux marchands d'engrais, de pesticides ou de matériel agricole, aux centrales d'achat, etc.

Le « vrai agriculteur », c'est celui qui se suicide quand il ne peut plus payer ses traites, le producteur laitier qui vend son lait à perte, l'éleveur porcin saigné par les centrales d'achat, l'arboriculteur ou le maraîcher qui voit s'effondrer les cours des fruits et légumes à cause de la surproduction que l'on a encouragée et des importations que l'on ne veut plus maîtriser, mais aussi le céréaliculteur ou le betteravier qui truste les aides européennes, bref tous ceux qui engraissent le système (parfois à leur corps défendant).

Au contraire, celui qui s'en sort grâce à la pluriactivité, celui qui peut économiser des cotisations parce qu'il possède déjà une protection sociale, celui qui pratique une polyculture lui évitant certains aléas, celui qui peut vendre ses productions sur un marché de proximité sans engraisser les intermédiaires, celui qui travaille en bio et économise les intrants est un faux agriculteur, destiné à disparaître. Merci la FNSEA et la MSA!

Comme chantait le regretté Mauris :

« Basta, basta, ma cu son lu enemics ?

« Basta, basta, cau cercar lu nòstres amics. »

Bernat FRUCHIER      06 LUCERAM

Occitanie-Lo Lugarn N°117.

Occitanie-Lo Lugarn N°117.

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