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Les suédophones de Finlande victimes de l'ostracisme finnois

17 Octobre 2016 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #peuples(bretons-catalans-basques-etc), #Internationalisme, #Finlande

Le racisme linguistique n'est pas une spécialité française :

du Niger à la Finlande les mêmes comportements explosent.


  Suite à mon troisième séjour en Finlande je me permets d'aborder un sujet sensible que l'étranger de passage ne soupçonne pas : le racisme finnois (ceux de langue finnoise) envers les autres peuples de langues différentes, tels les Saamis et les suédophones.

  L'Occitan qui débarque la première fois à Helsingfors (Helsinki en finnois) est agréablement surpris de voir ce qui est impensable dans l'État français : le nom des rues en deux langues, les panneaux d'indication routière en deux langues, les enseignes commerciales en deux langues, l'apprentissage des différentes langues dans les écoles ; un petit paradis en comparaison à la situation de l'État jacobin français qui essaye de terminer son génocide culturel sur l'ensemble de son empire.

  Dans l'État français la majorité des locuteurs occitans disparaissent, de la même façon le Haoussa se développe au Niger au détriment de la langue touarègue ou Tamasheq. Les tensions sont aussi importantes à Barcelone avec les Castillans, suite à la volonté d'indépendance du peuple catalan colonisé qui s'apprête à accéder à  son indépendance.

Et dans l’État finlandais les mêmes tensions existent.

  Ces situations me confortent dans mes idées de nationaliste occitan. Seule une réelle indépendance politique peut permettre à un peuple ayant une culture propre de s'épanouir et de vivre pleinement son destin.

 Pour illustrer ces tensions voici  un article de Kenneth Myntti, rédacteur en chef du quotidien Österbottens Tidning en date du 15/09/2016.

Autorisation de publier par l'auteur et traduction du texte en suédois par Danielle Granqvist. Merci à eux.

 

 La langue suédoise en Finlande est en régression.

Tous les changements viennent d'en bas !

Nous avons besoin d'un débat urgent pour définir une politique linguistique pour le futur de la Finlande.

Analyse :

"L’ambiance actuelle n'est pas meilleure si nous nous mordons les lèvres, ou par des attitudes intolérantes vis-à-vis des finnophones".

Il y a trois semaines l'Expressen (Suédois) en date du 23/08/2016, publiait un reportage sur la haine croissante contre les suédophones de Finlande. L'article fut reçu avec des roses et des cris.

- c'est bien que la vérité soit enfin révélée, pour certains

- exagéré, pour d'autres.

Les avis étaient variés mais le tableau dépeint dans l'Expressen est développé dans un rapport du ministère de la justice, rapport qui décrit comment les droits linguistiques sont respectés dans notre pays.

Environ 70% des 1274 personnes qui ont participé à une enquête sur le web organisée par le ministère pensent que l'utilisation de la langue suédoise est devenue plus négative aux yeux de la population et les gens pensent que cela ne pourra qu'empirer dans l'avenir.

Comme chacun pouvait répondre à cette enquête sans condition aucune, celle ci n'a aucun critère scientifique mais du côté suédophone il y a une vrai raison de s'inquiéter de la détérioration progressive de l'emploi de la langue suédoise.

Dans les réponses de l'enquête, il apparaît clairement que les critiques contre l'utilisation du suédois comme deuxième langue nationale ont augmenté et qu'il est de plus en plus admis de parler de manière péjorative et dégradante des suédophones en public.

Beaucoup trouvent que le débat autour du suédois comme langue obligatoire dans les écoles finnoises (le finnois étant obligatoire dans les écoles suédophones) a envenimé la situation. Certains redoutent que supprimer le suédois obligatoire est la partie d'un processus ayant comme but final de "torpiller" les droits linguistiques des suédophones.

À cette peur se rajoutent les réformes et restructurations de la santé et des limites des régions qui entraînent des changements de majorité de langue posant des problèmes pour nombre de locuteurs suédophones (qui se retrouvent assimilés à des régions majoritairement finnophones).

Ces angoisses réelles touchent l'ensemble des domaines comme l'éducation, le social, la justice, la santé...

Beaucoup de réponses contiennent des craintes sur un climat linguistique dégradé car les services en régions finnoises sont insuffisants pour répondre à la demande sudéophone (justice, santé par exemple).

Certains disent carrément avoir peur de parler suédois dans certaines situations, notamment dans les transports en commun et choisissent donc d'utiliser le finnois ou l'anglais !

Le rapport du ministère de la justice montre de manière tragique le même type de constatations décrites dans le journal suédophone l'Expressen dont certains l'accusaient (l'Expressen) de mensonges et de reportages à scandale.

Mais est-ce ainsi que nous devons résoudre un tel problème en haussant les épaules et en passant à autre chose ? : Certainement pas.

Le climat politique en Finlande ne s'améliore pas pour autant même si nous serrons les mâchoires et avalons sans broncher les attitudes intolérantes des hautes sphères hiérarchiques de la société.

Nous avons malgré tout une loi de fond qui stipule que la Finlande a deux langues officielles nationales (Suédois/Finnois). C'est pourquoi une société qui contribue à ce que la deuxième langue nationale soit obligée à toujours se réduire est devenue inacceptable.

Les réponses de l'enquête sur le Web seront utilisées comme matériel de base dans le rapport du gouvernement en vue de changer ou non la mise en œuvre d'une nouvelle loi linguistique.

Mais nous ne devons pas avoir des espérances exagérées à voir le gouvernement actuel venir à notre secours.

Tout changement commence par le bas. Nous avons besoin d'un débat sur la reconstruction et la délimitation des zones linguistiques et bien sûr sur l'avenir de notre société finlandaise. Ce débat doit être tenu par les médias nationaux et un retentissant NON à l'intolérance finnoise est certainement la seule chose qui puisse réveiller le gouvernement de sa torpeur.

Kenneth Myntti

 Ci joint le lien vers le document pour plus de précision sur cette question, le Quatrième Avis sur la Finlande - adopté le 24 février 2016 Publié le 6 octobre 2016 du Conseil de l'Europe intitulé :

COMITÉ CONSULTATIF DE LA CONVENTION-CADRE POUR LA PROTECTION DES MINORITÉS NATIONALES

Extrait :

Recommandations pour action immédiate

         Instaurer un dialogue constructif à haut niveau avec le peuple Saami, éventuellement dans le cadre d’une plateforme sous l’égide du gouvernement, pour veiller à ce que les intérêts de toutes les parties soient dûment pris en considération, dans la législation nationale et par la ratification de la Convention n° 169 de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux ; renforcer la connaissance des langues sames, préserver et développer les identités culturelles des Saamis sur le territoire Saami, sans oublier ceux qui vivent en dehors de ce territoire ;

         Intensifier les efforts en vue d’adopter et de mettre en œuvre le Plan d’action lié à la Stratégie de 2012 pour les langues nationales de la Finlande pour faire en sorte de maintenir la connaissance, la visibilité et la présence de la langue suédoise dans l’éducation, dans l’administration, sur le marché de l’emploi et, plus généralement, parmi la population ;

         Apaiser le climat de tensions et de préjugés interethniques croissants en redoublant d’efforts pour combattre toutes les formes d’intolérance, de racisme, de xénophobie et de discours de haine, en particulier dans les médias sociaux; condamner immédiatement toutes les manifestations de racisme et d’hostilité ethnique dans le discours public ; sensibiliser les citoyens aux voies de recours disponibles en cas d’infractions motivées par la haine et de discours de haine ; faire en sorte que le discours de haine et les infractions motivées par la haine soient détectés et sanctionnés grâce à une mobilisation accrue des forces de l’ordre et du système judiciaire ; recruter dans la police un plus grand nombre de personnes appartenant aux minorités.

 

Tri sélectif des canettes consignées à Borgå et panneaux dans les deux langues en Finlande.
Tri sélectif des canettes consignées à Borgå et panneaux dans les deux langues en Finlande.

Tri sélectif des canettes consignées à Borgå et panneaux dans les deux langues en Finlande.

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