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Nous apportons une aide à quatres écoles de brousse, en zone nomade : SIKERAT / AZAR / ANOU N’AGAROF / IN JITANE/.
Vous pouvez participer à ce blog en posant des questions, j’y répondrais dans la mesure de mes connaissances.

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Jeudi 8 mai 2008

Pour info sur le site du MNJ :

Encore un nouveau dispositif : toujours un comité inutile de plus !

«Un comité chargé d'aider le Gouvernement sur le problème sécuritaire est installé le 6 mai.
Il comprend :
- le Ministre d'Etat chargé de l'Intérieur,
- le Ministre Défense,
- les Députés :
· Falké Bacharou,
· Brigi Rafini,
· Chérif Abidine,
· le député de Bilma,
- le Haut Commissaire Chargé de la Restauration de la Paix,(Mohamed ag Anako)
- le Président de la Commission Nationale Dialogue Sociale,
- le Ministre Issyad ag Kato,
- le Ministre Mohamed ag Akotey

La «Prochaine rencontre est pour le samedi prochain

Voila, la nouvelle trouvaille de Niamey !

Mais, à quoi ça sert tout ça !?
Apparemment, le pouvoir de Niamey ne comprend rien ou alors, le feint !
Il ne comprend pas que ses comités, commissions et montages «bidon» ne sont que d’autres gâchis de plus pour les nigériens ?

Au juste, quel est le but de ce nouveau comité !?
S’agit-il d’une cellule chargée d’élaborer la stratégie militaire et sociologique tant attendue ! Ce, d’autant plus que le Président Tandja déclare (une fois encore) parallèlement à la naissance de ce comité hybride, qu’il va en finir dans 2 mois avec le MNJ.

Quand est-ce le pouvoir de Niamey va-t-il sortir de ses illusions et comprendre que la solution à ce conflit qui l’oppose au Peuple nigérien tout entier ne peut être obtenue que par le moyen d’un dialogue et des négociations effectuées à travers un cadre crédible, garant des décisions et des résolutions auxquelles les parties aboutiraient ; donc un cadre international ?

Quand est-ce que ce pouvoir comprendra t-il que ses bricolages ne sont qu’une perte temps dont notre pays n’a nullement besoin ?

Quand comprendra t-il que sa façon d’appréhender les solutions sous l’angle des portions régionales et ethniques rend la situation toujours plus critique que son option militaire ?

Quand est-ce qu’en fin, comprendra t-il que ceux qui ne font que de la figuration au sein de son système n’ont de valeur qu’à ses yeux et qu’i n’y a que lui qui croit en ses soi-disant stratèges et hommes de confiance et autres prétendus représentants.

Aghali Alambo,
Le Président du Mouvement des Nigériens pour la Justice.
par Papadoc publié dans : MNJ communauté : vive le peuple Amazigh !
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Jeudi 8 mai 2008

Afrikabidon et le Ja'Sound annulés en 2008

Ce n’est pas de gaieté de coeur que nous rendons publique cette information. Les rencontres d’Afrikabidon n’auront pas lieu cette année. Et le festival de reggae Ja'Sound, qui devait l’accompagner, est annulé lui aussi.

On le sait, Afrikabidon est l’émanation d’une entreprise, Point-Afrique. Celle-ci a connu - comme tous les T.O. français - un hiver particulièrement difficile, lié à la désaffection du public pour les destinations sahariennes en général, et plus particulièrement à la crise mauritanienne de janvier.

Alors, certes, les autorités françaises ont reconnu avoir agi pour le moins hâtivement dans cette affaire, et M. Kouchner est allé présenter ses excuses au gouvernement mauritanien. Mais le mal est fait. Et contrairement à d’autres T.O., Point-Afrique ne peut se reposer sur d’autres destinations que l’Afrique saharienne et sub-saharienne.

Touchée de plein fouet, Point-Afrique a donc décidé, comme la raison le commande, de concentrer tous ses efforts sur la pérennisation de ses activités et de son engagement africain. Les rencontres d’Afrikabidon, qui avaient été pensées en ce sens, nécessitent un effort de trésorerie important. Les relais financiers existent, mais ils sont longs et difficiles à mettre en place. Afrikabidon 2008 risquait donc, en raison d’inévitables restrictions budgétaires, d’être une édition «au rabais» qui aurait provoqué la déception du public, après le formidable succès de l’édition 2007. Cela, nous n’en voulions... à aucun prix.

Dès lors, le Ja’Sound, que Point-Afrique avait invité à rejoindre Afrikabidon en 2008 et qui devait mettre en lumière les trésors artistiques de la diaspora africaine et donner ainsi une résonance supplémentaire au message d’Afrikabidon, ne pouvait plus exister seul à Bidon. Très dignement, l’équipe du Ja’Sound a été contrainte de l’annuler. Nous saluons et respectons cette décision très difficile à prendre.

Nous tenons à présenter nos excuses les plus sincères à tous ceux qui, célèbres ou anonymes, s’étaient engagés pour l’édition 2008, et à tout le public qui attendait impatiemment cette seconde édition. Nous comprenons et partageons leur déception. Et, dès aujourd’hui, nous reprenons le combat - pour Afrikabidon 2009.

L'équipe d'Afrikabidon

pour plus d'info : http://www.afrikabidon.com/index.html

par Papadoc
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Jeudi 8 mai 2008
Tribune libre :

Gap, jeudi 8 mai 2008
version en occitan

  Après la « Déclaration du gouvernement sur les langues régionales » et le « débat sur cette déclaration » qui a suivi, on peut dire que, comme de coutume, l'effet d'annonce et l'espoir qu'il a pu susciter chez certains sont retombés comme une eau de boudin. La montagne a de nouveau accouché d'une souris. O bien sûr, je ne me faisais pas trop d'illusions. Alors, je ne peux pas dire que je suis déçu. Le courage -mesuré- du Premier Ministre lorsqu'il prit l'engagement de tenir ce débat -et on ne peut que le féliciter d'avoir tenu sa promesse- a maintenant devoilé son vrai visage : la lâcheté.
  Seule a été retenue l'idée d'un texte de loi traitant de la question des « langues et cultures régionales ». Évacuées la modification du premier alinéa de l'article II de la constitution (celui qui stipule que « la langue de la République est le français ») et la ratification par la France de la charte européenne des langues régionales et minoritaires. Certains diront : « De quoi vous plaignez-vous ? C'est déjà mieux que rien ! »
  En effet, mais on est bien loin de la réparation historique que méritent nos langues de France après le glottocide dont elles ont été victimes. La primauté du français et l'abaissement des autres langues de la République au rang de patois nous valent ce monolinguisme outrancien dans lequel la France s'enferme aujourd'hui.
  Rien de nouveau à l'horizon ! Circulez, y a rien à voir !
  Le débat a pourtant été riche. De nombreux interlocuteurs sont venus rappeler que l'unité n'est pas l'uniformité, que les langues régionales ne menacent pas l'intégrité du territoire de la République, qu'il n'y a pas à craindre une quelconque « balkanisation » de la France, que la diversité est une richesse, et non pas une tare... On se heurte toujours à cette sacralisation déjà ancienne de la nation factice : une langue (le français), un état, une nation. Comment peut-on être à ce point embarricadé dans un postulat aussi ridicule ? Le mythe de la France « une et indivisible » encombre encore pas mal de cervelles et continue à servir de rouleau compresseur écrasant les minorités etnhiques et linguistiques du territoire de la République. Vous connaissez tous cet État qui s'arroge le patronyme si arrogant de Patrie des droits de l'homme, alors qu'il n'est pas capable d'offrir à ses habitants l'égalité de traitement entre le Français et les langues de France. L'UNESCO sait que toutes les langues sont sur un même pied d'égalité. L'exception culturelle française nous dit le contraire : les langues de la République française ne doivent pas acquérir de co-officialité. Ce qui est bon pour la défense de la francophonie à l'extérieur de nos frontières ne peut plus l'être à l'intérieur de l'hexagone pour la promotion des langues minorisées. La France se fait le chantre de la diversité culturelle et linguistique dans le monde entier, mais cela ne concerne pas son petit territoire nombrilisé autour de Paris. Chez nous, rien ne doit dépasser : «  Je ne veux voir qu'une seule tête ! »
  Les provinciaux sont des ploucs, ils ne parlent qu'un français déformé ! Cette vision de la fin du XIXème siècle a-t-elle vraiment disparu ? Ce serait à se le demander en voyant comment certains sont encore si frileux dans la reconnaissance de cette diversité qui a fondé notre République.
  Oui, nos langues ont besoin d'une loi. Oui, elles ont besoin d'une reconnaissance officielle et institutionnelle. Oui, la France DOIT ratifier la charte européenne des langues et cultures minoritaires. Oui, elle doit pour cela modifier sa constitution. Elle n'a pas encore compris que ce blocage lui empêchait tout épanouissement. La reconnaissance de sa diversité ne sera pas une perte de son influence, mais une réelle richesse qui ne pourra que redorer son blason au niveau européen et international. Va-t-elle, à l'instar de la Turquie, se recroqueviller dans ce nationalisme d'un autre âge ou s'ouvrir enfin, comme la plupart des démocraties européennes, à la reconnaissance des droits de ses minorités et en particulier des leurs droits linguistiques et culturels ?
  La réponse d'hier soir par la bouche de Mme Christine Albanet, ministre de la culture n'est guère enthousiasmante et ne me laisse qu'un optimisme très mesuré. Combien faudra-t-il encore de Carcassonne et de Béziers (respectivement 10 000 et 20 000 personnes en octobre 2005 et mars 2007) pour qu'enfin nos langues soient reconnues et recouvrent leur dignité mise à mal par le carcan étatique français ?

Michèu PRAT
9, lèia de Chabanòtas
Amèus de Puèi Maure
05 000 Gap / Occitània
par Papadoc publié dans : peuples(bretons-catalans-basques-etc) communauté : Occitania
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Jeudi 8 mai 2008


Déclaration du gouvernement sur les langues régionales (3) Fin


M. François de Rugy –
L'Assemblée de Corse adopte un plan de développement de l'enseignement de la langue corse et conclut avec l'État une convention pour sa mise en œuvre, incluant la formation initiale et continue des enseignants. Et le résultat est probant : 46 écoles offrent un enseignement bilingue à près de 3 000 élèves, soit 13 % des enfants corses ; 92,64 % des élèves du primaire étudient la langue corse, dont 27,7 % à raison de trois heures hebdomadaires ou plus ; 68,87 % des élèves de sixième sont inscrits en langue corse. Malheureusement, le sort des autres langues régionales n’est en rien comparable.

Il est temps que la France assume ses racines, sa culture, sa richesse linguistique. Nous prenons rendez-vous pour les débats à venir. Kenavo ! (Applaudissements sur divers bancs)

Mme Marylise Lebranchu – Ar wech all !

M. Jean-Luc Warsmann, président de la commission des lois – Je suis venu apporter mon soutien à l’ensemble de nos collègues qui pensent que les langues régionales sont un atout pour notre pays et doivent être préservées, transmises et valorisées. Je remercie le Gouvernement d’avoir organisé ce débat, qui va nous faire sortir de l’impasse dans laquelle on voulait nous enserrer depuis un certain nombre d’années et qui consiste à dire que la seule solution pour sauvegarder les langues régionales serait de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, signée à Budapest en 1989. C’est une profonde erreur, car la ratification, comme l’a indiqué le Conseil constitutionnel le 15 juin 1999, poserait de nombreux problèmes pour notre pays.

La Charte obligerait la France à encourager, dans sa législation, « l'usage oral ou écrit des langues régionales ou minoritaires dans la vie publique », ce qui est contraire à l'article 2 de notre Constitution, qui prévoit que « la langue de la République est le français ».

En second lieu, la Charte remet en cause trois principes constitutionnels : l'indivisibilité de la République, l'égalité des citoyens devant la loi et l'unicité du peuple français, puisqu’elle confère des « droits spécifiques à des groupes de locuteurs de langues régionales ou minoritaires, à l'intérieur de territoires dans lesquels ces langues sont pratiquées », alors que ces trois principes interdisent la reconnaissance de « droits collectifs à quelque groupe que ce soit, défini par une communauté d'origine, de culture, de langue ou de croyance ». C’est ce que le juge constitutionnel a rappelé.

Parmi les 39 mesures qui avaient été sélectionnées par notre pays pour ratifier cet outil, un certain nombre poserait une multitude de problèmes : la France serait tenue de traduire dans l’ensemble des langues régionales les lois les plus importantes, de développer la traduction, le doublage et le sous-titrage en langue locale d’« œuvres produites dans d'autres langues », de traduire les « informations fournies par les autorités compétentes concernant les droits des consommateurs ». Ceci est une fausse voie ; la ratification de la Charte ne me semble pas constitutionnellement possible.

La politique de l’État en direction des langues régionales doit passer à une nouvelle étape : il s’agit de prendre des mesures à droit constant pour entretenir et valoriser ce patrimoine, des mesures culturelles assorties de moyens. Car ces langues sont incontestablement une partie de notre patrimoine, de nos origines, de nos valeurs. Je me tourne donc vers le Gouvernement : il faut, Madame la ministre, que vous affirmiez cette volonté, en sortant des faux-fuyants du débat juridique, pour mener des actions concrètes. Nombreux sont ceux dans la majorité qui souhaitent que le Gouvernement soit extrêmement actif en ce domaine. La majorité est extrêmement attachée à la sauvegarde des traditions et de la culture de notre pays, dont les langues régionales de France font partie. Puisse le Gouvernement se montrer actif et innovant dans ce domaine. Je lui apporte tout mon soutien sur cette voie (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP).

M. Robert Lecou – Je veux remercier le Gouvernement qui a tenu son engagement d’organiser un débat sur les langues régionales en ce lieu si symbolique de la nation française. Ce débat est une façon de reconnaître, une fois encore, que la diversité est source de richesse.

De Villers-Cotterêts, de 1792, de la guerre de 1914-1918 à aujourd’hui, la France a forgé son unité. Elle doit aujourd’hui continuer à affirmer son identité. La langue française doit rester la langue de la diplomatie et des Jeux olympiques ; la France des Lumières doit demeurer une référence en matière de droits de l’homme ; la francophonie doit vivre et amplifier encore le rayonnement de la France.

C’est dans cet esprit que nous avons créé, au début de la XIIe législature, un groupe de travail sur la diversité culturelle en Europe, qui a œuvré en partenariat avec son homologue allemand. Nous sommes unis par le refus de la domination sans partage d’une seule culture, d’un seul mode de vie et d’une seule langue. Il faut construire l’Europe sans nier nos identités respectives. C’est cela, l’Europe de la diversité dont un monde ouvert a besoin.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer dans cet hémicycle, je dis « oui » à l’Europe de la diversité culturelle, et « oui » à l’occitan, c’est-à-dire « oui » à la richesse culturelle de la France. Les langues régionales, qui ont fondé notre langue française, participent à la diversité de notre pays et donc à sa richesse.

Nous pouvons sans inquiétude faire preuve d’audace, car l’unité de notre pays n’est pas en cause. Faisons preuve de confiance en redonnant à nos langues toute leur place. Avec nos cultures régionales, elles font partie du patrimoine de l’humanité. Donnons-leur les moyens de vivre en défaisant les blocages juridiques actuels. Comme l’a préconisé le président de la commission des affaires culturelles, il faut que l’article 2 de la Constitution fasse mention du respect des langues régionales ; il faut également ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, tout en légiférant en matière d’enseignement, de médias et de création culturelle. Nous soutiendrons ainsi nos belles langues régionales, qui forment nos racines et dont la connaissance favorise l’apprentissage des langues étrangères, voire les mathématiques. Chacun connaît l’essor des calendrettes, des radios associatives, ou encore du théâtre de la Rampe.

Puissions-nous placer nos pas dans ceux du général de Gaulle, qui reconnaissait lui-même que la construction de l’unité française était achevée et qu’il fallait désormais laisser s’exprimer les énergies locales. Comme l’a également demandé Nicolas Sarkozy, nous devons réfléchir à des mesures concrètes tendant à sécuriser définitivement la place des langues régionales de France. Elles sont notre patrimoine et notre richesse (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).

Mme Marylise Lebranchu – J’espère que vous allez reprendre la parole, Madame la ministre, car nous attendons toujours des mesures précises, un amendement à la Constitution, et une loi…

Le président Warsmann estime qu’il n’est pas nécessaire de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ni de modifier la Constitution. Or, je rappelle que la loi permettant l’enseignement en langue régionale, notamment dans les écoles Diwan, avait été censurée par le Conseil constitutionnel. Il serait frustrant et humiliant que toute loi nouvelle sur les langues régionales reste condamnée d’avance. Il faut y prendre garde, car l’humiliation conduit à la violence.

Procédons plutôt par ordre : nous avons besoin d’une révision de la Constitution, puis de textes législatifs précis. Sans cela, l’expérimentation aujourd’hui proposée par le président du conseil régional de Bretagne, par exemple, risque fort d’être inconstitutionnelle.

Cette révision de la Constitution, nous la demandons depuis longtemps. Il est vrai que la rédaction actuelle de l’article 2 a été adoptée par une majorité de gauche. Mais il s’agissait de protéger le français contre la montée en puissance de la langue anglaise, notamment en matière de propriété intellectuelle. L’usage de l’anglais étant un facteur de prédominance du droit anglo-saxon, nous avions souhaité rappeler que le français est la langue de la République.

La ministre a indiqué à juste titre qu’il s’agit d’une langue « commune », et non d’une langue unique. C’est une question de culture, de patrimoine et d’identité. La République n’est pas en danger quand on parle, ici ou là, une autre langue que le français, quand les Catalans français parlent avec des Catalans espagnols, ou quand des enfants sont immergés dans un univers bilingue. Lorsque des enfants apprennent deux langues dès le plus jeune âge, ils peuvent en apprendre bien plus facilement d’autres : ils sont ainsi des citoyens de France, mais aussi d’Europe et du monde.

Il serait bien archaïque d’en rester à notre conception actuelle d’une République une et indivisible, et il serait tout aussi archaïque d’interdire à nos concitoyens de s’exprimer dans une langue régionale. Pensons à Aimé Césaire ! Toute personne qui a reçu en héritage une langue a le devoir de ne pas y renoncer. De la même façon, un pays qui a la chance d’avoir autant de langues sur son territoire que le nôtre, tout en jouissant d’une véritable unité, a le devoir de réviser sa Constitution afin que ses lois puissent donner aux langues régionales les moyens de vivre. Ces langues sont un merveilleux patrimoine. Ce sont les mots qui font les personnes et les échanges (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC et quelques bancs du groupe UMP).

M. Camille de Rocca Serra – Je remercie le Premier ministre d’avoir tenu son engagement et me réjouis de l’organisation de ce débat en préalable à la révision constitutionnelle qui doit bientôt venir en discussion.

Depuis la Révolution, le sujet dont nous débattons a suscité des discussions passionnées et trop souvent crispées. Le temps est venu de réfléchir à l’avenir de nos parlers régionaux. Comme le général de Gaulle l’indiquait déjà à Lyon, voilà quarante ans, dans un discours fameux sur la réforme régionale, nous n’avons plus besoin de l'effort de centralisation qui fut longtemps nécessaire à la France pour maintenir son unité.

La République peut aujourd’hui reconnaître sa diversité, car la nation est assez forte pour s’épanouir sur le terreau qu’est la richesse culturelle de ses différents territoires. La langue française est chez elle en Corse, en Alsace, en Occitanie, en Bretagne, et elle ne fait que se renforcer au contact des langues régionales.

Il est temps de réfléchir, sans crispation ni tabou, à une identité française sereine. Entre un jacobinisme borné et une tendance à la folklorisation, entre un républicanisme intégriste et une approche ethnique exacerbée, une voie médiane est possible : la reconnaissance des langues de France comme notre patrimoine commun.

Nos langues régionales sont en effet les ferments de la cohésion sociale et des liens resserrant l'harmonie territoriale. C’est une évidence. À l'occasion de son dernier déplacement en Corse, le Président de la République observait d’ailleurs que renier l'identité d'une région revenait à nier une part de l’identité de la nation. Se déclarant prêt à aller plus loin pour que la langue corse reste vivante, le président a accepté le principe d’une discussion sans tabou sur ce sujet, avec pour seule limite que le français demeure la langue de la République.

Je fais mienne cette limite. Parler corse, ou une autre langue régionale, est une façon de se positionner dans l'ensemble national et de faire fusionner son altérité régionale. C’est pourquoi j’avais signé l'amendement, déposé en 2004 par Marc Le Fur, tendant à reconnaître que « le français est la langue de la République dans le respect des langues régionales qui fondent sa diversité ».

Parler corse, c'est s'ouvrir à la construction européenne en tendant une main fraternelle à l'Italie. Parler alsacien, basque ou catalan, c’est également un gage d'amitié envers nos voisins allemands et espagnols. Dans ce lieu chargé d'histoire et de symboles, je veux vous dire tout haut ce que trop de Corses éprouvent sans arriver à le faire comprendre : si mon âme est corse, mon cœur est français. Pourquoi perdrais-je mon identité pour être français ?

Oui, l'alchimie entre identité et altérité permet de s'identifier pleinement à la nation, pourvu que celle-ci ne nie pas la diversité. Il nous appartient de combiner nos richesses linguistiques et culturelles grâce au dialogue et aux échanges. Souvenons-nous de la Déclaration universelle des droits de l'Homme : « l’universalisme doit reposer sur une conception de la diversité linguistique et culturelle qui dépasse à la fois les tendances homogénéisantes et les tendances à l'isolement facteur d'exclusion ». Nous devons trouver la meilleure formule possible afin de faire fructifier notre patrimoine linguistique national sans contrevenir au dogme républicain.

Adoptée en 1992, la Charte européenne des langues régionales et minoritaires a suscité un débat. Bien que conçue comme un instrument de défense, elle nécessite une mise en adéquation avec notre ordre juridique national. Nous devons traduire en droit interne les différentes réserves et déclarations formulées par la France en 1999. Nous avons tous ici le devoir de garantir l’avenir de notre patrimoine linguistique par un texte pertinent et efficace. Je décèle en cette enceinte une volonté forte qui s’ajoute aux engagements déjà pris par le Président de la République et le Premier ministre. Ensemble, trouvons la meilleure solution. Si l’obstacle est d’ordre constitutionnel, peut-on modifier la Constitution sans en dénaturer l’esprit ? Sinon, une simple loi pourra-t-elle garantir l’indispensable sécurité juridique à accorder aux langues de France ? Peut-être pourra-t-on par ailleurs profiter de la présidence française de l’Union européenne pour amender la Charte des langues régionales par le biais de protocoles additionnels.

Quant à moi, je le dis ici solennellement : la langue corse ne mourra pas ! Elle vivra grâce à ceux qui la transmettent et qui la parlent, mais aussi grâce à ceux qui l’aiment sans la parler. Elle vivra comme vivront le breton, l’alsacien, le basque, le catalan, l’occitan ou les créoles. Elle vivra, car la laisser mourir serait accepter la mort du français lui-même. Il est encore temps d’agir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et quelques bancs du groupe SRC)

M. Armand Jung – Depuis la Seconde guerre mondiale, une longue série de documents visant à reconnaître les langues régionales a été soumise à l’attention de l'Assemblée nationale. De propositions de loi en décrets et circulaires, des gouvernements de tous bords et pas moins de trois Présidents de la République, dont l’actuel, ont pris des engagements précis en faveur des langues régionales. À ce jour, pourtant, aucune de ces démarches n’a abouti. L’unité de la République serait-elle donc menacée, ou ne s’agit-il que d’un vieux centralisme jacobin ? Comment interpréter autrement la récente décision du ministère de l’intérieur de supprimer sans autre forme de procès la traduction des professions de foi en allemand en Alsace-Moselle ? Aucune raison, pas même financière, ne justifiait pourtant cette mesure blessante et inutile.

Outre qu’elles constituent un atout économique d’importance, les langues régionales, parlées par plusieurs millions de Français, sont à la fois populaires et littéraires. Jean Jaurès s’adressait souvent à la foule en occitan. En Alsace, la Révolution française s’est faite au cri de Freiheit, Gleichheit, Brüderliebe, et la Marseillaise était chantée en allemand, norme des dialectes alsacien et mosellan. C’est en alsacien que furent menées les grèves de 1920, de 1936 et de 1968 et, aujourd’hui, c’est en alsacien que les supporters soutiennent leur équipe de football, le Racing Club de Strasbourg ! Le premier poème rimé en allemand vient d’Alsace, de même que la première Bible allemande imprimée. Le premier roman populaire et le premier journal en langue allemande ont été publiés en Alsace. Ces œuvres, au même titre que celles d’Aimé Césaire, enrichissent le patrimoine culturel français. Entre leur langue régionale et la langue nationale, les Alsaciens et les Mosellans peuvent s’entretenir et travailler avec cent millions de francophones et autant de germanophones. L’économie régionale s’inscrit dans le bassin rhénan, et l’alsacien représente un puissant atout économique. Songez que 12 % des actifs alsaciens travaillent en Suisse alémanique ou en Allemagne !

L’alsacien, parlé par 650 000 personnes, est l’une des langues régionales les plus répandues et les mieux transmises avec le corse – le taux de transmission familiale résiduelle est de 10 % de locuteurs d’une génération à l’autre. Hélas, à ce rythme, qu’adviendra-t-il des 10 000 derniers locuteurs en 2050, sachant qu’il faut 100 000 locuteurs environ pour garantir la survie d’une langue ?

Le cas de l’Eurodistrict de Strasbourg, Kehl et Ortenau, créé par MM. Chirac et Schröder, est symptomatique. Comment tolérer que les débats s’y déroulent avec l’aide de traducteurs ? Il y a trente ans à peine, l’Alsace fournissait l’essentiel du personnel germanophone de France dans l’enseignement, la diplomatie, l’armée ou les entreprises. Aujourd’hui, elle ne compte plus assez de germanophones pour satisfaire ses propres besoins !

À la veille d’une révision substantielle de la Constitution, il est impossible de ne pas envisager d’en modifier l’article 2, afin d’y faire référence aux langues régionales qui font partie intégrante de notre patrimoine commun. Voilà qui ouvrirait du même coup la voie à la ratification de la Charte européenne des langues régionales, signée par le gouvernement de M. Jospin.

Il n’y a pas de langue supérieure. La richesse de notre histoire commune réside précisément dans notre diversité. Reconnaître les langues et les cultures régionales, c’est accepter la place de l’autre. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de réduire cette diversité à une situation unilingue et uniforme.

Si je me félicite de la tenue de ce débat, je mets néanmoins en garde le Gouvernement contre la tentation de faire miroiter de faux espoirs à nos concitoyens, sous peine de provoquer la déception, voire la révolte de celles et ceux qui attendent depuis si longtemps la reconnaissance par la République de leur spécificité linguistique.

J’ajoute, Monsieur le Président, qu’un premier pas vers cette reconnaissance consisterait à s’efforcer de prononcer correctement les noms des députés que vous appelez à la tribune (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC).

M. le Président – Je vous prie de m’excuser si j’ai mal prononcé votre nom, Monsieur Jung.

M. Yves Censi – La langue, dont nous débattons aujourd’hui, est un sujet fondamental. Je préfèrerai l’appellation de langues patrimoniales à celle de langues régionales – notion trop réductrice à mes yeux. Les langues, véhicules de notre pensée, de notre culture et de notre identité, sont la responsabilité de chacun. Il ne s’agit pas ici de particularismes, de minorités et de comportements marginaux, mais bel et bien de l’identité nationale. Notre richesse linguistique renforce l’identité française, ici comme ailleurs dans le monde.

Je tiens à remercier le Premier ministre, ainsi que notre assemblée et particulièrement M. Le Fur, d’avoir permis ce débat. C’est un débat historique, non seulement parce qu’il est sans précédent, mais aussi parce qu’il touche aux valeurs centrales de notre démocratie : l’identité des citoyens de la République, dans la splendeur de leur diversité, qui fonde la nation.

Les langues de France ont largement alimenté le français, seule langue officielle de la République, qui n’existerait pas sans elles. Sans elles en effet, notre culture ne serait qu’un mythe. Paris, au lieu d’être un formidable lieu de rassemblement des cultures, ne serait qu’une localité hégémonique. Notre débat doit nous permettre de sortir du déni de ce que nous sommes. La diversité de nos accents et de notre vocabulaire révèle bien plus qu’une origine géographique. Qu’est-ce au fond que l’accent « du Sud » ? N’y a-t-il pas plutôt des accents basques, provençal, occitan ou catalan ? Chacun de ces accents est donc la marque d’une langue.

Je me battrai pour cette indispensable reconnaissance de notre diversité. Chacun peut constater la volonté grandissante de nos concitoyens d’apprendre, de pratiquer, d’écrire et même de chanter nos langues vernaculaires. Le phénomène n’est pas local, mais national.

Il va de soi qu’il ne justifie aucune tentation régionaliste. Certains, très minoritaires, utilisent la défense des langues patrimoniales pour nourrir leurs revendications régionalistes, voire séparatistes. Un tel amalgame ne peut que nuire aux aspirations de ceux qui souhaitent tout simplement vivre avec leurs langues. Qu’ils relisent le manifeste occitan et antirégionaliste de Félix Castan, que j’aime à citer ! L’occitan, parlons-en : de quelle langue régionale s’agit-il, cette lango nostro que l’on parle dans huit régions françaises ? De même, il existe des intégristes qui refusent toute reconnaissance aux langues de France – et, partant, se dressent contre la France elle-même. Voici des décennies qu’ils manipulent les failles de notre législation pour imposer leurs erreurs. Les uns et les autres se renvoient sophismes et doctrines sectaires. Dépassons enfin ce faux clivage !

Précisément : ce débat doit permettre d’éclairer, mais aussi d’agir. La loi doit définir l’appellation de langue patrimoniale de France, en précisant notamment quelles langues y ont droit. Il faut modifier la loi Toubon en y ajoutant une référence à ces langues de France. Voilà qui éliminerait un frein à leur développement. Enfin, j’attire l’attention du Gouvernement sur les méthodes d’enseignement en immersion. Cette expérience mérite d’être évaluée : chacun pourrait ainsi constater, j’en suis sûr, que les enfants qui en ont bénéficié ont un meilleur niveau de français que les autres.

Vivent les langues patrimoniales de France, vive le français, et vive la France ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et sur quelques bancs du groupe SRC)

M. Alain Rousset – Sans revenir sur ce qui a déjà été dit, je tiens à préciser que si la Gouvernement ne parvient pas à surmonter l’obstacle constitutionnel, nous n’aurons tenu aujourd’hui que de simples discours sans effet. Pourtant, nous pouvons d’ores et déjà avancer, avec les collectivités territoriales notamment. Ainsi, en Aquitaine, la convention spécifique du Pays basque offre à l’ensemble des collectivités locales des outils d’expérimentation bien utiles. De telles conventions doivent être signées ailleurs en France. Par ailleurs, je regrette que votre collègue de l’Éducation nationale ne soit pas présent, Madame la ministre, car il devrait réfléchir avec les collectivités au meilleur moyen d’informer les élèves et leur famille que l’enseignement des langues régionales est possible. Sinon, nous allons simplement assister à un foisonnement d’initiatives familiales, conformément à ce que nous connaissons déjà. L’enseignement public doit être capable de reprendre l’initiative : information, moyens éducatifs… Nous ne les avons pas totalement aujourd’hui et je pense à un exemple à Périgueux où, au moment de passer le bac, certains élèves ont découvert qu’il y avait un professeur capable d’enseigner l’occitan.

La réflexion doit s’étendre à un autre domaine dont vous avez aussi la charge, Madame la ministre, celui des médias. Avec les régions – qui y sont prêtes – France 3 a un défi à relever pour ce qui concerne la diffusion des langues car nous sommes, disons-le, mauvais en la matière, voire très mauvais…

M. Marc Le Fur – C’est hélas vrai.

M. Alain Rousset – Les régions Languedoc Roussillon, Midi-Pyrénées et Aquitaine ont lancé un certain nombre d’expériences mais cela reste extrêmement difficile, sauf à se borner à rediffuser quelques émissions.

Deux suggestions pour conclure. D’abord, les régions sont prêtes, avec d’autres collectivités, à créer un conseil national et régional des langues régionales, en vue de disposer d’un lieu partenarial pour débattre de ces questions. Le défi à relever n’est plus celui de l’identité nationale mais celui de l’achèvement de la décentralisation. Le blocage jacobin est, dans notre pays, un fait culturel lié à des peurs. Il en est de même pour ce qui concerne les langues régionales.

M. Jean Lassalle – C’est vrai.

Mme Marylise Lebranchu – C’est très juste.

M. Alain Rousset – La deuxième bataille à mener, c’est celle de la Francophonie. J’ai participé aux cérémonies du 400anniversaire de la découverte du Québec et j’ai appris à cette occasion qu’il y avait dans le monde 178 à 200 millions de locuteurs français et que le défi de la francophonie se situe aujourd’hui en Afrique. Dans cette perspective, nous pouvons être 600 à 800 millions de locuteurs. C’est le défi du codéveloppement, dont doit se saisir l’ensemble du Gouvernement.

En France, nous sommes confrontés au défi majeur de l’illettrisme. Je suis persuadé que si nous mettons tous nos efforts en commun, État et collectivités, notre pays peut, sur ce front aussi, beaucoup progresser (Applaudissements sur tous les bancs).

M. le Président – La parole est à M. Jean Lassalle (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).

M. Jean Lassalle – Lorsque je suis entré à l’école primaire, à l’âge de six ans, je ne connaissais pas un mot de français puisque j’avais appris le béarnais. J’ai fait ce que j’ai pu et je suis très fier d’avoir appris tant bien que mal le français. Comment oublier les milliers de jeunes gens qui, il y a un peu moins d’un siècle, partirent de la gare de Bayonne ou de celle de Pau pour devenir les héros anonymes du Chemin des Dames ? La plupart parlait mieux le basque ou le béarnais que le français et cela ne les a pas empêchés de tout donner !

L’ouverture de ce débat est un moment historique. Ne décevons pas les espoirs qu’il fait naître partout dans le pays. C’est une émotion bien particulière que celle que suscite l’action de parler une langue qui a toujours été celle de vos pères. On peut la comparer à celle qui naît de la contemplation d’un paysage familier ou de la dégustation d’un fromage aimé. Ce petit frisson sur l’échine, on le ressent aussi en entendant monter des tribunes des stades des chants d’encouragement prononcés dans toutes les langues qui font notre diversité. Celui-là, on peut le comparer à celui qui nous traverse en entendant la Marseillaise lorsque les diables tricolores pénètrent sur le terrain.

Je sais aujourd’hui que la mésentente entre les hommes peut faire obstacle à l’expression de notre diversité, même dans un pays qui est sans doute le plus avancé au monde. De la même manière que l’on peut apprécier un paysage ou un mets, sachons reconnaître ce que les langues, les identités et les cultures nous ont légué, partout dans le pays. Merci, cher Marc Le Fur, pour ta constance ; merci à Daniel Poulou et à François Bayrou qui étaient là aussi ; merci à tous ceux qui luttent pour cette cause. Si nous parvenons à réviser l’article 2 de notre Constitution, la CAF de Pau ne pourra plus dire qu’elle ne peut autoriser l’ouverture d’une crèche en vallée d’Ossau au motif que l’on risque d’y apprendre l’occitan !

M. Yves Censi – Eh oui ! Cela existe !

© Assemblée nationale

par Papadoc publié dans : peuples(bretons-catalans-basques-etc) communauté : Occitania
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Jeudi 8 mai 2008


Déclaration du gouvernement sur les langues régionales

(deuxième partie)


M. Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales  Je tiens à apporter mon total soutien à tous les collègues ici présents. J’ai mesuré au cours des réunions préparatoires la détermination et la qualité des arguments de tous ceux qui estiment qu’un plus grand respect des langues régionales serait un enrichissement pour nous tous.

À quoi ce débat doit-il aboutir ? Il y a trois hypothèses : ratification de la Charte, vote d’une loi, mention dans la Constitution du respect dû aux langues régionales.

Notre histoire est encore profondément marquée par l’idée que l’on est citoyen au moyen de la maîtrise d’une langue, aux dépens des autres. La crainte que les langues régionales fragilisent l’identité nationale demeure bien présente chez certains. Pourtant, la participation de la France à l’Union européenne a entraîné une évolution de notre conception de l’État-nation. Il en va de même des grandes lois de décentralisation. Les citoyens français ont découvert que d’autres pays européens avaient réussi à concilier remarquablement valorisation des cultures et des langues régionales et maintien d’une identité nationale. Et comme l’a dit l’un de nos collègues, la vitalité de certaines régions n’est-elle pas due pour une part aux repères que donne la culture régionale, qui facilite le développement économique ?

Progressivement, la France a pris conscience de la richesse de son patrimoine linguistique et de la créativité des expressions artistiques. Aimer la langue de sa région et vouloir la transmettre, ce n’est pas trahir la France, mais l’enrichir. Dès lors, comment lever les obstacles à l’utilisation, l’enseignement et la diffusion des langues régionales ? Je regrette profondément que le projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations – que la commission des affaires culturelles étudiera la semaine prochaine – n’ait pas retenu l’article 5 de la directive européenne, qui porte sur l’action positive et précise que, « pour assurer la pleine égalité dans la pratique, le principe de l'égalité de traitement n'empêche pas un État membre de maintenir ou d'adopter des mesures spécifiques destinées à prévenir ou à compenser des désavantages liés à la race ou à l'origine ethnique ». Peut-être la CMP permettra-t-elle de réparer cet oubli ? C’est en tout cas dans cette voie que nous devons progresser afin de renforcer la cohésion sociale en France, comme le montre l’expérience d’autres grands pays.

La ratification de la charte des langues régionales pourrait le permettre, à condition d’apporter à la Constitution la légère modification évoquée tout à l’heure – « la langue de la République est le français, dans le respect des langues régionales, qui font partie de notre patrimoine », on éviterait ainsi une nouvelle censure du Conseil constitutionnel.

Mme Marylise Lebranchu – Très bien !

M. Pierre Méhaignerie, président de la commission – En outre – M. Le Fur l’a rappelé –, en manifestant son attachement aux langues régionales, l’État se ferait l’écho de la déclaration de Nicolas Sarkozy le 9 mars 2007 : « Une grande patrie est faite d’une multitude de petites patries, unies par une formidable volonté de vivre ensemble ».

Madame la ministre, l’occasion vous est donc offerte de témoigner de cet attachement. J’espère qu’en nous répondant, vous vous prononcerez sur la ratification de la charte, moyennant la légère modification déjà mentionnée, et sur l’adoption d’une nouvelle loi propre à satisfaire les aspirations de nos régions (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et sur de nombreux bancs du groupe SRC).

M. André Schneider – Nous vivons un moment historique…

M. Frédéric Reiss – Tout à fait !

 M. André Schneider – Au terme de plusieurs décennies de tergiversations, cet hémicycle accueille pour la première fois un débat sur les langues régionales, auxquelles – j'en suis sûr – tous ici sont profondément attachés. Cela honore le Président de la République, qui, une fois de plus, tient ses promesses de candidat ; cela honore le Gouvernement, Madame la ministre ; cela, enfin, honore notre Assemblée, Monsieur le Président. Je tiens à préciser que je m’exprime au nom de tous les députés alsaciens de la majorité.

La France est riche de ses diversités historiques, culturelles, géographiques, gastronomiques et linguistiques, qui constituent un formidable patchwork, un camaïeu scintillant de richesses – en somme, un patrimoine. Vivant témoignage de l'histoire de France, notre diversité linguistique en constitue l’un des éléments les plus beaux, les plus magiques. Par exemple, le nom de Strasbourg, ville dont je suis député, signifie à peu prè