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La nouvelle Alliance Touareg du Niger et du Mali (ATNM)

9 Septembre 2007 , Rédigé par papadoc Publié dans #occitan-touareg


La nouvelle Alliance Touareg du Niger et du Mali (ATNM) est-elle ouverte à des offres de médiation ? Et quelle place l’Algérie peut-elle occuper pour une médiation au mieux encore, pour un règlement définitif de la question touareg au Mali et au Niger ?

Bien entendu, ATNM est ouverte pour des offres de médiation. Pour un règlement de la question touareg au Mali et au Niger, il faut d’abord que ces Etats reconnaissent l’existence de cette nouvelle organisation politique touareg et qu’ils acceptent également que les régions touareg accèdent à une autonomie complète qui prend en compte toutes les particularités.


Hama Ag Sidahmed. Porte-parole de l’alliance touareg Niger-Mali

« Le résultat de la rupture du dialogue »

Acteur de la rébellion touareg du Mali, depuis le mouvement populaire de l’Azawad des années 1990, Hama Ag Sidahmed est également une des personnalités à l’origine des accords de paix signés entre la rébellion touareg malienne et le gouvernement malien, ceux des accords d’Alger de juillet 2006 notamment. Pourtant, Hama Ag Sidahmed est actuellement partisan et acteur de la résurgence de la rébellion touareg, dans son pays le Mali. Fils de la région du Kidal (nord Mali) qui couvrait, avec le nord du Niger, des événements mouvementés depuis mai dernier, il est, aujourd’hui, et depuis le 27 juillet dernier, le porte-parole d’une nouvelle alliance entre rebelles touareg du Niger et du Mali : l’Alliance touareg Niger-Mali (ATNM).

Depuis février dernier, la rébellion touareg a repris au Niger pour s’étendre, en mai, au nord du Mali. Cela veut-il dire que les portes du dialogue entre les gouvernements des deux pays et les responsables touareg sont vraiment fermées ?

Les portes du dialogue sont fermées au Mali comme au Niger. En effet, au Niger, l’accord signé en 1995 entre les Touareg et les autorités de Niamey à Ouagadougou est en panne. Les autorités de Niamey refusent l’application de certains points que les Touareg croient essentiels. Au Mali, exaspérés par la non-application du Pacte national de paix de 1992, dont trop de points restent en instance, et le refus de dialogue par les autorités centrales du Mali, des combattants touareg, dirigés par le colonel Hassan Ag Fagaga en coordination avec certains officiers touareg, se lèvent à nouveau et reprennent les armes pour se faire entendre le 23 mai 2006. Des négociations, trop vite menées, aboutissent à la signature de l’accord de paix à Alger en juillet 2006.

Un accord d’Alger censé sceller la paix entre le gouvernement malien et la rébellion touareg. Quelles sont pour vous les raisons de ce blocage de l’accord d’Alger ?

Depuis un an, l’accord d’Alger souffre d’un manque d’application et du détournement de ses articles prioritaires. L’Etat du Mali le réaménage sans cesse à sa guise et sans concertations avec les Touareg à l’origine des événements du 23 mai 2006. Après avoir alerté la communauté internationale sur cette situation de blocage, et quels que soient les discours à Bamako, une grande majorité de Touareg à l’origine des événements du 23 mai 2006 et d’autres qui ont constaté le refus de dialogue et le manque d’application de l’accord, vivent tout cela comme une provocation et n’ont plus d’autre solution que de reprendre les armes et demander de nouvelles négociations. C’est dans ce contexte que plusieurs événements sont survenus dans le Nord-Mali, depuis mai 2007. Ce qui se passe aujourd’hui au Nord-Mali et au Niger n’est que la résultante de ces accords non respectés, pour ne pas dire bafoués. Aujourd’hui, suite à tous les échecs de paix, orchestrés par les Etats du Mali et du Niger, il y a finalement de la part des Touareg un refus de ces accords qui n’apportent pas la paix. Nous nous trouvons dans un contexte similaire à celui de 1990 où beaucoup de Touareg se replient sur eux-mêmes et ne croient plus à un changement possible.

La résurgence de la rébellion n’est pas partagée par d’ex-rebelles touareg, au Mali comme au Niger, à commencer par Ayad Ag Ghali et Ahmada Ag Bibi, vos anciens compagnons, attachés à l’accord d’Alger pour qui la reprise des armes n’est pas la solution. Sommes-nous, là, devant une division annoncée entre « ex-rébellion » et « nouvelle rébellion » ?

Il est juste que la résurgence de la rébellion n’est pas partagée par d’ex-rebelles au Mali comme au Niger. Je pense que les Touareg doivent aussi se remettre en cause, et en partie, nous avons participé à l’échec des accords signés. Certains responsables touareg, politiques ou militaires, oublient très vite, dès qu’ils sont à l’ombre, que des milliers de combattants et sympathisants touareg les ont accompagné sous le soleil. Et les populations, après les souffrances causées par les rébellions, attendent aussi un changement meilleur. Il ne suffit pas d’approuver le soutien d’un accord, mais il faut aussi réclamer son application, puisqu’il est un cadre légal qui permet la paix et le développement. La solution militaire n’est jamais la bonne, c’est l’extrême. Mais avons-nous d’autres choix ? La suite des événements nous le dira. Il y a des divisions internes dès le départ : ceux qui soutiennent l’accord en réclamant son application haut et fort, en refusant le commerce du vent, et ceux qui font un bilan « positif » de l’accord sans son application. Oui, aujourd’hui, il y a une nouvelle rébellion militaire et politique.

Le 27 juillet dernier, une nouvelle organisation l’Alliance Touareg Niger-Mali (ATNM) est née entre rébellions du Niger et du Mali, dont vous êtes le porte-parole. Cela veut-il dire que l’Alliance démocratique pour le changement du 23 mai 2006, dont vous avez été aussi le maître d’œuvre, ne signifie plus rien ? Pourquoi cette nouvelle alliance et quels sont ses objectifs ?

Oui, le 27 juillet 2007, est née une nouvelle organisation, Alliance Touareg Niger-Mali (ATNM) après une concertation sur le terrain avec les responsables touareg nigériens du MNU présents et les Touareg du Mali en rupture de dialogue avec les autorités maliennes. Nous avons exprimé le même malaise et nous avons fait le bilan, souvent négatif, des précédentes rébellions. Nous avons pris en compte nos revendications communes. Pour moi, l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement est une coquille vide. Puisque tous ceux qui sont à l’origine des événements du 23 mai sont en rébellion et cette nouvelle rébellion ne concerne pas, pour l’instant, ceux que j’appelle « les retardateurs du 23 mai ».

Iyad Ag Ghali, figure emblématique de la rébellion touareg des années 1990 au Mali, entreprend des démarches avec ses ex-compagnons et à leur tête Bahanga, pour l’arrêt des combats. Comment expliquez-vous qu’il soit en marge de la nouvelle rébellion ?

Concernant les démarches d’Iyad pour tenter de calmer la tension, je pense que le moment est mal choisi. Comme je l’avais dit, il s’agit d’une nouvelle organisation Alliance Touareg Niger-Mali avec des objectifs politiques et militaires qui se bat pour la reconnaissance de la spécificité politique, culturelle et sociale des Touareg Niger-Mali. La gestion est désormais internationale et non locale. Qu’il soit en marge de la nouvelle rébellion, c’est possible, peut-être une « sagesse utile » et préfère laisser la nouvelle génération prendre le relais.Les gouvernements malien et nigérien ne reconnaissent pas cette nouvelle rébellion qu’ils réduisent à « des bandes armées ». Votre commentaire ? Vous avez raison, les gouvernements malien et nigérien ne reconnaissent pas encore cette nouvelle rébellion qu’ils réduisent à des « bandes armées ». Pour un départ, ces Etats ne reconnaîtront pas l’existence d’une situation politique nouvelle, et l’existence d’une minorité qui est devant une difficulté de ces Etats de reconnaître qu’ils n’ont jamais voulu appliquer les accords précédents. Je pense que la sagesse de l’homme l’emportera.

Hassan Ag Fagaga, signataire avec vous des accords d’Alger, a déserté, le 30 août dernier, l’armée malienne et rejoint Ag Bahanga, chef de la rébellion au nord du Mali. Est-ce à dire que les rangs de la rébellion s’élargissent ? Oui, le colonel Hassan Ag Fagaga a regagné la nouvelle rébellion depuis le 30 août. Il a toujours parlé fort pour réclamer l’application stricte de l’accord, et il a été très déçu que l’accord soit mis au passé par les autorités du Mali, accord auquel il avait cru. Il s’est donné beaucoup de patience avant d’entrer, une fois de plus, en rébellion. Oui, cela signifie que les rangs de la rébellion grossissent. Et le 2 septembre, plus de 165 Touareg avec armes et voitures ont regagné la nouvelle rébellion.

La nouvelle Alliance Touareg du Niger et du Mali (ATNM) est-elle ouverte à des offres de médiation ? Et quelle place l’Algérie peut-elle occuper pour une médiation au mieux encore, pour un règlement définitif de la question touareg au Mali et au Niger ?

Bien entendu, ATNM est ouverte pour des offres de médiation. Pour un règlement de la question touareg au Mali et au Niger, il faut d’abord que ces Etats reconnaissent l’existence de cette nouvelle organisation politique touareg et qu’ils acceptent également que les régions touareg accèdent à une autonomie complète qui prend en compte toutes les particularités.

En tant que porte-parole de la nouvelle alliance, quel message portez-vous des populations touareg au Mali et au Niger ? Etes-vous optimiste quant à un dénouement de la crise touareg ?

Le message est simple, que les populations puissent se rendre compte de l’existence des Etats qui les abritent, par des actions de développement concrètes qui tiennent compte de l’environnement, une prise en compte de l’avenir de leurs enfants. Oui, je reste optimiste quant au dénouement de la crise touareg, la sagesse des hommes l’emportera sur la violence.

Naima Chekchak


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