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Catalogne, Ecosse, des exemples pour le Parti de la Nation Occitane

23 Octobre 2012 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #peuples(bretons-catalans-basques-etc)

Catalogne, Écosse, des exemples pour le Parti de la Nation Occitane

en "première", l'édito en français du N°106 de notre revue : Lo Lugarn

pour la version en occitan c'est ici

Suivons le sillon tracé par nos frères catalans
Par Jean‐Pierre Hilaire
occitaniaDepuis la parution en 1961 d’Ethnisme, vers un nationalisme humaniste, les principes avancés par François Fontan selon lesquels la langue est l’indice synthétique de la nation et « chaque nation doit former un état unifié et souverain, jouissant de l’indépendance politique et de l’égalité juridique vis‐à‐vis des autres nations. » ont‐ils reçu un commencement d’application en Europe occidentale où de nombreux « Etats‐ Nations » plus ou moins anciens englobent plusieurs nations au sens ethnolinguistique du terme?
Pour répondre à cette question, nous nous limiterons aux cas de l’Espagne, de la Grande Bretagne et de la France.
L’Espagne que sa constitution définit comme « une nation de nationalités » administre, outre les Castillans au sens large et linguistique du terme, les Catalans dont la majorité vit dans la « Généralité de Catalogne » et les autres au Pays Valencien et aux Îles Baléares (sans oublier la « Franja » en Aragon, Andorre, le Roussillon sous administration française et l’Alguer), les Galiciens d’ethnie portugaise et les Basques (le Nord du Pays Basque étant administré par la France). Les mouvements nationalistes et indépendantistes de ces ethnies sont particulièrement implantés et puissants dans la Généralité de Catalogne et dans le Pays Basque autonome et la Navarre. Au Pays Basque, la lutte armée, menée par l’ETA sous le régime franquiste et poursuivie après le passage à la démocratie, semble unilatéralement arrêtée et remplacée par une lutte politique légale pour la souveraineté. La manifestation monstre qui a eu lieu à Barcelone le 11 septembre dernier, réunissant plus d’ un million et demi de personnes, montre que les Catalans sont en avance sur leurs dirigeants politiques et que la revendication de l’indépendance de la Catalogne touche toutes les classes d’âge et tous les secteurs de la société catalane. Les Catalans ne se satisfont plus de l’autonomie octroyée par Madrid et de ses limites surtout en temps de grave crise économique de l’Etat espagnol.
En Grande Bretagne, depuis 1999, le Pays de Galles et l'Ecosse ont leurs propres institutions : l’Assemblée galloise et le Parlement écossais, mais c’est surtout en Écosse que le nationalisme a le vent en poupe. Ce n’est pas un nationalisme strictement ethnolinguistique. L’Écosse historique et administrative, dans laquelle il situe son combat, comporte une majorité d’Ecossais dont la langue est ou était le gaélique d’Écosse et une minorité d’Anglais dans les « Basses terres » du Sud qui parle le « Scots »dialecte de l’anglais. Le SNP (Parti National Écossais) qui est au pouvoir à Edimbourg et détient la majorité absolue des sièges au Parlement écossais a l’intention d’organiser un référendum sur l’indépendance en 2014.
Enfin, c’est la France qui compte le plus grand nombre de nations en son sein avec la Bretagne, l’Occitanie (mis à part le Val d’Aran et les Vallées occitanes d’Italie), le Nord du Pays Basque, la Catalogne Nord, la Flandre néerlandophone du Westhoek, l’Alsace et la Lorraine thioise de langue allemande et la Corse. Les mouvements indépendantistes sont surtout présents en Corse, au Pays Basque, en Bretagne et marginalement en Occitanie. Toutes ces nations ne jouissent pas d’institutions qui leur soient propres et leurs langues n’ont au mieux qu’une reconnaissance formelle. De ces trois Etats, la France est sans doute le plus rigidement centraliste.
Peut‐on raisonnablement espérer que la Catalogne et l’Ecosse accèdent à l’indépendance au cours de cette décennie? Ceux et celles qui défilaient à Barcelone en sont persuadés pour la Catalogne mais ce ne sera pas facile. Madrid ne lâchera pas la Catalogne (du moins la Généralité) sans coup férir en arguant d’abord que la Constitution espagnole ne permet pas l’autodétermination de la Catalogne. Le roi d’Espagne est intervenu dans le débat appelant à l’unité du pays. Les responsables de l’armée espagnole se font menaçants. L’Union européenne considère avec circonspection l’attitude de la Catalogne. Le chef du gouvernement espagnol, Rajoy, ne dialogue pas avec le chef du gouvernement catalan, Artur Mas, poussé par sa base, sous prétexte qu’il y a des problèmes plus urgents en période de crise. Les Catalans obtiendront‐ils un lot de consolation : le droit comme les Basques de percevoir l’impôt sur place et d’en reverser une partie à l'Etat central ?
Rien ne le dit pour l’instant. Il faudra que les élections anticipées du 25 novembre en Catalogne donnent un mandat très clair pour l’indépendance aux élus. Le 11 septembre à Barcelone n’était qu’une étape, certes capitale, sur un chemin qui peut être encore long.
En Écosse, le 22 septembre dernier, une manifestation indépendantiste a réuni 5000 personnes dans les rues d’Edimbourg. A première vue, c’est bien peu par rapport à Barcelone. Faut‐il s’en inquiéter ? Cela ne préjuge en rien du résultat du référendum en 2014. Par ailleurs, même si les Écossais ne votent pas en majorité pour l’indépendance, ils voteront sans doute pour l’extension des pouvoirs du Parlement écossais. S’ils choisissent l’indépendance, il n’y aura pas d’obstacle constitutionnel puisque la Grande Bretagne n’a pas de constitution. Le Premier Ministre, David Cameron, a d’ailleurs déclaré qu’il n’opposerait pas d’obstacle juridique.
Restera à résoudre la question institutionnelle de l’appartenance à l’Union européenne.
Et l’Occitanie ? Le Parti de la Nation Occitane était largement représenté à Barcelone le 11 septembre et a été chaleureusement accueilli mais nous gardons la tête froide.
L’indépendance de l’Occitanie n’est pas pour demain et le peuple occitan est à des années‐ lumière du peuple catalan. Le 31 mars dernier nous étions parmi les 30.000 personnes qui manifestaient à Toulouse pour la langue occitane. Sur les 15 millions d’habitants de l’Occitanie combien sont conscients d’être occitans, combien veulent l’autonomie, l’indépendance ? Combien ont un drapeau tricolore dans la tête et se veulent français d’abord sans parler de ceux qui sont venus d’Outre‐Loire et se fichent de l’Occitanie. Les quelques avancées : le gouvernement autonome du Val d’Aran et l’occitan aranais langue officielle, nous les devons aux Catalans.
Bien sûr, l’indépendance de la Catalogne aurait un effet d'entrainement sur les Occitans mais cet effet ne serait ni automatique ni immédiat.
Nous, indépendantistes occitans, minoritaires dans la mouvance occitane, nous devons prendre conscience que nous ne verrons probablement pas l’indépendance de l’Occitanie et la République fédérale occitane. Nous travaillons pour les générations futures qui réussiront peut‐être grâce aux efforts de leurs prédécesseurs. A Barcelone, nous avons crié avec passion « independència ». La Catalogne est peut‐être proche de la liberté. L’Occitanie en est encore loin mais elle sera libre un jour.
Nous y contribuerons en travaillant inlassablement à conscientiser les Occitans et en nous présentant aux élections, pas symboliquement, mais pour avoir des élus et constituer, au‐delà des chapelles, une force politique authentiquement occitane qui pèse dès 2014.

Les occitanistes, combien de divisions ? Il nous en faudra beaucoup mais nous relevons le défi. Après Barcelone, nous ne pouvons pas faire autrement que de suivre le sillon tracé par nos frères catalans. Nous leur devons bien et nous le devons aussi à François Fontan et Jacques Ressaire.

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