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occitan-touareg

Dialla Konaté s'exprime dans la revue "Lo Lugarn"

7 Juin 2011 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

Interrogations sur l’économie internationale

(article tiré de la revue Lo Lugarn)

Vers une nouvelle crise mondiale ? par Dialla Konaté

Dialla konateJ’ai écrit cet article pour répondre à une interrogation que m’a adressée notre frère et ami Jean Pierre Hilaire, rédacteur en Chef du journal occitan (France) Lo Lugarn. Dialla Konaté

Question : Croyez-vous à ce que disent certains économistes qui prédisent un effondrement du marché immobilier et une crise économique mondiale bien pire que celle que nous connaissons encore actuellement ou plutôt dont nous ne sommes pas encore sortis après les problèmes rencontrés en Grèce, en Irlande, au Portugal et les menaces qui pèsent sur l'Espagne?

-Pour répondre à cette question multiple, nous devons revoir ce que fut la crise au niveau international, dans chacun des pays cités. Ensuite nous verrons s’il existe une menace d’effondrement du marché immobilier avec des conséquences internationales graves.

Rappelons que, fondamentalement, la crise de 2008 est une conséquence du manque de régulation des marchés financiers ayant abouti à une crise de confiance au sein du monde des institutions financières et bancaires internationales.

Rappelons aussi que le monde a réagi promptement à la crise en nationalisant les pertes des institutions financières et bancaires. Mais c’est alors que s’est posé la question de la valeur de la signature des Etats eux-mêmes.

Pour évaluer cette valeur, il existait une seule métrique définie par les deux paramètres du « Pacte de Solidarité » ou « Critères de Maastricht ».

  Le premier paramètre impose que le déficit budgétaire d’un Etat soit inférieur, durant chaque année budgétaire, à 3% de son PIB.

  Le second paramètre impose que le déficit cumulé, à tout moment, du déficit d’un Etat ou dette publique, soit inferieur à 60% de son PIB.

En regardant les statistiques, on a soupçonné que les données de la Grèce n’étaient pas sincères mais qu’en plus elles indiquaient que son économie n’était pas viable en raison des habitudes de l’Etat grec de dépenser de l’argent bien au delà de ses capacités surtout en rémunération d’une administration publique peu performante et bénéficiant de trop de privilèges financiers.

La situation du Portugal, hors la triche sur la qualité des données, est assez comparable à celle de la Grèce. Le coût de son administration publique est la cause de la détérioration principale de sa signature.

La crise est arrivée en Irlande du fait que les grandes entreprises internationales qui y avaient été attirées par l’aisance créée par les subventions européennes et les avantages fiscaux se sont brutalement retirées du pays afin de se raffermir en face de la crise. Ceci a privé en un coup l’Irlande d’une part importante de ses revenus publics et donc l’Etat s’est trouvé, du jour au lendemain, incapable d’assurer ses obligations.

La crise est arrivée en Espagne du fait de la combinaison de la corruption d’élus locaux (surtout les maires qui avaient souvent lié partie avec des promoteurs immobiliers véreux) et aussi de l’affaiblissement du pouvoir central madrilène au bénéfice des particularités régionales et des gouvernements régionaux.

Voyons à présent dans quel état se trouvent ces pays pour évaluer s’ils risquent d’être à la base d’une aggravation de la crise. Rappelons que ces différents pays sont européens au sens institutionnel.

Dans cette mesure et en raison même de l’existence de la monnaie unique européenne, l’Euro, ces pays ont pensé qu’ils pouvaient être protégés par la Banque Centrale Européenne qui, à leur avis, devrait mettre en oeuvre les deux mécanismes de solidarité qui caractérisent une union économique et qui sont : -(1) la mobilisation automatique de ressources financières suffisantes à tout moment pour secourir une région en difficulté au sein de la communauté ;

-(2) la mobilité des forces de production (les entreprises - les emplois et les travailleurs) afin de contrer le non emploi et la baisse des revenus des Etats.

La France était plutôt favorable à la mise en oeuvre de ce mécanisme de la solidarité communautaire à l’opposé de l’Allemagne. Mais c’est le point de vue allemand qui a prévalu et qui continue de prévaloir.

Question : Comment la situation va-t-elle évoluer ?

-A mon avis, tant que l’Allemagne et la France feront face à la proximité d’élections aux issues incertaines, le statu quo va demeurer. Cependant la crise n’est plus fondamentalement une crise immobilière, elle est devenue une crise de la gestion économique des Etats.

La capacité de l’Allemagne, de la France aussi, dans une certaine mesure, à garder une autonomie relative mais réelle dans la gestion de son économie prouve qu’une communauté économique ne supprime pas la souveraineté lorsque celle-ci est employée à bien gérer son économie. En revanche la communauté économique prive chaque Etat membre de la souveraineté de mal gérer son économie. Voilà, à mon avis, la première grande leçon à tirer de la façon dont l’Europe est en train de contrôler la crise économique et financière en cours.

Les élites africaines qui se montrent incapables de tirer, sauf en discours, les leçons de l’histoire, doivent apprendre cette leçon par coeur. Cependant, un espoir réel mais non exprimé en Europe est que la mise en place de nouvelles règles économiques et financières au niveau international globalise la responsabilité de tous les pays en étendant de facto les deux éléments cités plus haut et qui caractérisent la solidarité au sein d’une communauté économique. Il s’agira, comme la France l’a proposé lors des rencontres du G8 et du G20 en février 2011, d’étendre les deux critères du « Pacte de Stabilité » à trois autres paramètres pour en faire cinq et construire, de fait, une solidarité économique et même un embryon de communauté économique globale.

Les trois nouveaux paramètres pour juger de la qualité et de la responsabilité d’un Etat dans la tenue et la conduite de cette « économie internationale solidaire » devraient être :

-(a) l’épargne privée,

-(b) la balance commerciale,

-(c) le taux de change.

Comme on pouvait s’y attendre la Chine qui a un excellent niveau d’épargne privée, une excellente balance commerciale et un taux de change considéré comme déséquilibré en sa faveur, n’est pas consentante. Elle estime que les autres pays veulent faire payer aux populations chinoises les fautes de gouvernance de tous les autres pays et donc le coût de la crise.

Il y a aussi les Etats-Unis qui, depuis Octobre 2010, demandent à ce que le premier critère de stabilité passe de 3% du PIB à 4% du PIB.

Bien entendu, les européens, avec en tête les Allemands, qui font de la solidité de la monnaie un principe presque sacré, refusent d’accéder à cette requête américaine.

De ce fait, et en conclusion, même si un nouveau système économique mettait du temps à se mettre en place, je ne crois pas à un effondrement généralisé à terme du marché immobilier. Ne serait-ce que parce que la propriété immobilière est, en Europe, un élément important de la richesse des ménages. Un tel effondrement signifierait un appauvrissement de tant et tant de familles européennes dans des dimensions que sans doute les gouvernements européens qui ont le souvenir du désastre social de la seconde guerre mondiale n’accepteront pas.

En revanche ce qui est possible c’est que les Etats-Unis (ils en ont les moyens) peuvent créer de temps à autre des perturbations sur les marchés financiers et de change afin d’affaiblir la compétitivité de certains pays y compris les pays émergeants afin que son économie quelque peu en peine ne soit pas distancée dans des dimensions dommageables à sa stature politique et militaire dans le monde.

Dialla Konaté , 16 Mai 2011

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