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occitan-touareg

G8 /G20 /de Muskoka à Toronto, par Dialla Konaté

27 Juin 2010 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

L’Economie Internationale à la veille du G8 du 25 juin 2010

Muskoka 2010 G-8 Les pays développés rassemblés au sein du Groupe des huit pays les plus développés ou G8 se rencontrent à Muskoka au Canada à partir de ce jour. Cette réunion sera suivie, à Toronto d’une réunion élargie aux pays émergeants formant, avec les pays précités, le G20.

Premier objectif du G8 : rebâtir le capitalisme La rencontre du G8 a trois (3) thèmes officiels qui sont :

(1) le développement,

(2) la paix internationale,

(3) la sécurité.

En réalité, derrière ces mots devenus ordinaires, se trouve l’ambition historique non déclarée de cette réunion du G8 qui est de rebâtir le capitalisme en en faisant un patrimoine universel et intemporel. Rebâtir le capitalisme ? Oui.

En effet la crise financière initiée aux Etats Unis par les « subprimes » suivie de la crise de la dette publique a conduit à une grave crise de confiance des principaux acteurs du système capitaliste les uns à l’endroit des autres : les institutions financières, les entreprises, et les gouvernements rassemblés autour du « marché».

Le capitalisme fonctionne grâce au marché des capitaux où ceux qui en disposent cherchent ceux qui en ont besoin et vice-versa. Les marchés sont animés par des banques et autres institutions financières qui agissent, achètent, vendent, prêtent selon la régulation fixée par l’autorité publique pour installer la confiance. Les grandes entreprises et les Etats viennent y chercher les capitaux dont ils ont besoin.

Le mécanisme fonctionne bien tant que la confiance dure entre ses partenaires. Lorsque la confiance est ébranlée, ainsi devient le système capitaliste lui-même. Nous vivons depuis la fin de la seconde guerre mondiale une ère capitaliste agencée par les accords dits de Bretton Woods. Ces accords ont donné à la signature du Gouvernement américain la valeur de référence, donné au capitalisme américain le rôle de modèle régulateur. Ces accords ont reconnus la souveraineté des systèmes économiques nationaux émettant leurs propres monnaies.

Ces pays et leurs monnaies sont reliés par des mécanismes coordonnés par la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire Internationale (FMI).

La souveraineté économique signifie que la signature de chaque gouvernement est la référence absolue dans son propre espace économique national. La crise des « subprimes » a conduit à la perte de confiance entre banques et institutions financières. La crise de la dette a conduit à la perte de confiance dans la signature des Etats. L’apparition de l’Euro essaie de construire un espace économique autour d’une monnaie mais sans une autorité politique souveraine qui réponde de la régulation de cette nouvelle monnaie. De ce fait, depuis quelque mois le capitalisme tel qu’il a été défini à Bretton Woods n’existe plus. Les deux racines de la confiance qui la supporte sont à refaire : la racine de la confiance entre institutions financières ; la racine de la confiance dans la signature des Etats.

Pour tenir compte de la réalité de la globalisation, il ne s’agit pas de rebâtir le capitalisme entre uniquement 20% des citoyens du monde. Mais il faut attirer au capitalisme le monde entier et faire du capitalisme le véhicule de la création de richesse universelle, le véhicule de lutte contre la pauvreté, le véhicule d’expansion de la démocratie. Voila le vrai objectif de la réunion du G8 à Muskoka. Pour cela chaque pays important s’est vu assigner un rôle ou des rôles importants à jouer. La présente réunion de Muskoka a pour but de coordonner ces rôles et rebâtir un capitalisme nouveau.

Le visage du capitalisme nouveau

Les réunions du G8 et du G20 ont été préparées par les stratèges et autres matières grises des centres de décision des grands pays du monde. D’après ces spécialistes un capitalisme universel devrait être :

- plus social. C’est-a-dire que le travail devrait donner une couverture sociale à tout travailleur.

- plus juste. Le capitalisme devrait engendrer une classe moyenne la plus large possible dans chaque pays en créant une capacité de consommation intérieure.

-plus économiquement stable. Les Etats ne devraient plus connaitre des déficits structurels importants ou des deficits non structurels au long cours. Ceci devrait faire de l’accès au marché le critère principal et unique de jugement de la gouvernance politique et économique d’un pays. Une question très importante qui reste à répondre est alors celle-ci : pour juger des actions d’un gouvernement quelle appréciation sera prépondérante ; celle des peuples ou celle du marché ?

- plus démocratique. Ce capitalisme devrait faire reposer la croissance économique sur la création d’emplois et non nécessairement sur la suppression des coûts. Donc la croissance économique devrait être couplée avec le progrès social. Il reste à savoir si la démocratie ainsi vue et définie est encore identique ou même compatible avec la démocratie classique definie comme le pouvoir exercée par la majorité politique dans le respect des opinions minoritaires.

Les objectifs immédiats à atteindre

Pour être crédible, le mouvement d’émergence du capitalisme nouveau doit atteindre des objectifs permettant de résoudre certains problèmes graves toujours en cours. Ces problemes sont :

- la dette publique. Chaque pays doit s’engager à réduire de façon drastique sa dette publique et ses déséquilibres structurels. Les solutions préconisées sont divergentes. L’Europe propose la réduction des coûts sociaux (salaires, charges sociales), augmentation de la TVA. Les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle Zélande préfèrent moins de pression sur les forces de production afin de stimuler la consommation et relancer l’activité économique.

- le manque de flexibilité monétaire de la Chine. Le capitalisme nouveau a besoin de relancer la croissance dans les pays membres du G8. Pour ce faire il faut relever les prix internationaux des produits industriels de façon à donner une compétitivité aux produits industriels de ces pays. Cette competitivite ne peut être envisagée si la monnaie chinoise reste faible. Pour donner des gages de bonne volonté, une semaine avant la réunion du G8, la Chine a fait flotter sa monnaie qui s’est immédiatement appréciée par rapport au dollar américain.

- le déficit démocratique dans certains pays dont la Chine. Pour montrer sa bonne volonté, la Chine a ignoré l’apparition des premiers syndicats autonomes dans les usines et les premières grèves organisées par ceux-ci.

Qu’apportent les pays du G8 et du G20 au bébé à naitre ?

Les dirigeants des pays membres du G8 ne se sont pas levés ce 25 juin 2010 au matin pour aller, les bras ballants, au Canada. Chaque pays membre du G8 plus le Brésil, la Chine et l’Inde avaient pour tâche de réaliser des gestes permettant de donner du crédit à la réunion et à ses chances de faire naitre un nouvel agencement économique du monde.

Les Etats-Unis

Les Etats-Unis ont depuis trois mois adopté une reforme de sa politique sociale afin de rapprocher les couvertures sociales proposées aux citoyens américains de celles communément accessibles aux ressortissants des autres pays membres du G8. Juste 48 heures avant le début de la réunion, les Etats-Unis ont aussi adopté une reforme des marchés financiers en modernisant et adaptant les règles de supervision aux réalités nées des crises récentes.

L’Europe

Les pays européens ont, en cascade adopté durant les 30 jours précédents la réunion y compris dans les 72 heures precedents la réunion, des mesures draconiennes de restriction des dépenses publiques entrainant même quelques débuts de troubles sociaux dans de nombreux pays d’Europe continentale. L’Europe arrive à Toronto surtout groupée derrière la capacité allemande d’accroitre ses exportations à la faveur du renchérissement de la monnaie chinoise.

Le Brésil

Le Brésil a fait le choix d’accélérer la démocratisation de sa société et d’accélérer la mise en place de mesures contre l’injustice sociale et l’exclusion économique. Ces mesures se traduisent concrètement par une vague de rénovation de l’habitat au profit des populations défavorisées et par l’extension de la couverture sociale au bénéfice les familles aux conditions fragiles. Il est attendu que cette extension de couverture sociale permette d’élever le niveau éducatif de la population et de leur permettre d’avoir une meilleure santé physique et une meilleure nutrition. Le Brésil veut aussi accroitre la production, l’exportation de produits industriels à haute valeur ajoutée et étendre la taille de sa classe moyenne.

La Chine

A surtout accepté de réévaluer sa monnaie afin d’accroitre les prix de ses exportations rendant les produits d’autres pays dont les Etats-Unis, l’Allemagne, compétitifs. Dans un premier temps, les Etats-Unis souhaitent profiter de ces mesures pour reprendre une part de son marché intérieur des produits de large consommation et créer des emplois. L’Allemagne souhaite en faire autant sur le marché européen. Il est aussi attendu que la Chine abandonnera très rapidement la production de produits de bas de gamme vendus à très bas prix. D’autres pays en développement pourraient ainsi émerger sur la scène internationale. On pense en particulier au Vietnam et peut être au Cambodge.

L’Inde

Ce pays est celui qui est entrain d’aller le plus loin sur le chemin d’une plus grande démocratisation économique et d’une inclusion des exclus. En quelques mois et y compris une semaine avant l’ouverture de la réunion du G8, l’Inde a installé quatre lois phares devant, à très court terme, donner encore plus de vigueur à son développement économique et social.

La première loi : consiste à imposer à l’administration de répondre à tout dossier en moins de 60 jours.

La seconde loi : donne le droit à tout citoyen de porter individuellement plainte contre tout serviteur public qui aurait mal fait son travail.

La troisième loi : l’Etat a désormais obligation d’offrir à chaque indien en âge de travailler, l’opportunité d’un emploi payé au salaire minimum au moins, 300 jours par an.

La quatrième loi : l’Etat à désormais l’obligation d’assurer à chaque indien âgé de 6 a 14 ans, une éducation scolaire. L’Inde vient également, deux semaines avant la réunion du G8, de lancer un grand recensement général de sa population avec, aussi, l’objectif de relever tous les besoins matériels des foyers en particulier en : postes de radio, en téléviseurs, en réfrigérateurs, en installations électriques, en mobiliers, etc… en éducation, en santé publique et en nutrition. Ce recensement devra permettre, d’ci un an, de lancer un grand programme de production de produits industriels permettant d’améliorer la vie des population en élevant le niveau éducatif, en améliorant la santé physique et nutritionnelle des individus, en stimulant la consommation et en créant des emplois industriels.

Observations générales

Il est à noter que les mesures devant faire naitre le nouveau capitalisme seront essentiellement financées par les couches les plus défavorisées des populations. Ce sont, en effet, elles qui supporteront le poids de l’augmentation du taux de la TVA, l’augmentation des prix des produits de bas de gamme, la suppression des emplois non spécialisés, l’extension de l’âge de la retraite, la restriction de la couverture sociale.

De l’Afrique

Le nom de l’Afrique apparait au chapitre « aide au développement » après le constat que ce continent, en raison de la mal gouvernance, n’atteindra pas les objectifs du développement du millénaire fixés en 2000 par les Nations Unies et qui devraient être atteints en 2015. Théoriquement l’Afrique sera en bonne place sur les agendas. On fera semblant de parler de l’Afrique et de son développement. On pourrait annoncer des mesures qui n’engagent personne. Dans les comportements, dans de nombreux pays développés, le découragement a atteint de nombreux milieux. Que peuvent les dieux du capitalisme pour une Afrique qui, avec application, sous la conduite de gouvernements souvent si peu compétents, détruit elle même toutes les voies pouvant mener ses propres populations vers le développement. Qui peut croire que l’Afrique est en mesure d’appliquer ou sera en mesure de se soumettre, dans les cinq (5) ans à venir, aux critères de bonne gouvernance, de paix, de sécurité sociale, de démocratie et de développement qui sont donc :

- la création d’une capacité nationale de production faisant face aux besoins élémentaires des populations

- la création d’une classe moyenne large

- l’existence d’une administration efficace et impartiale

- la mise en place d’un système économique national assurant la justice sociale et le recul massif de la pauvreté

- la mise à disposition des populations d’un système éducatif, d’un système de santé publique, assurant un bon état nutritionnel aux populations

- la suppression du déficit structurel assurant l’accès au marché des capitaux pour financer le développement.

Si l’Afrique ne peut satisfaire à ces critères, elle s’engage à demeurer un réservoir de matières premières, un réservoir de consommateurs de produits bas de gamme, un fournisseur inépuisable de migrants clandestins, un foyer de crises, d’instabilités et de guerres. Le Monde veut ouvrir une nouvelle phase de son histoire.

Dialla Konaté, Blacksburg, 25 juin 2010

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