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occitan-touareg

L’économie internationale entrain de se faire par Dialla KONATE

4 Décembre 2010 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

L’économie internationale entrain de se faire

1er décembre 2010

Ce papier est une continuation du suivi que nous faisons maintenant de la situation économique internationale depuis des années. Bien entendu ce qui suit est mon analyse strictement personnelle et ne peut prétendre refléter en aucune sorte l’opinion de structures ou mouvements dont je suis membre et ne peut prétendre annoncer les positions que pourraient prendre ces structures et mouvements. Des initiatives ont cours dans la sphère économique mondiale avec pour objectif la mise en place de nouvelles règles de conduite pour les agents qui y évoluent. Tout cela se passe dans un environnement international marqué par deux facteurs qui sont : la complexité et l’instabilité.

Examinons ci-dessous les éléments qui, à mon avis, sont déterminants pour comprendre la vie économique internationale depuis notre dernière rencontre remontant à la réunion du G8 tenue le 25 juin 2010 à Muskoka au Canada.

 

Premier élément : réussite stratégique et échec tactique du G8

Les objectifs stratégiques du « monde développé », depuis la chute du « Mur de Berlin » sont : (1) imposer au monde entier le « marché » comme référence première en tant que lieu et méthode de création de richesse; (2) encourager le progrès scientifique et technologique, encourager la diffusion du savoir qui en résulte afin que chaque nation, par l’éducation soit apte à résoudre ses propres problèmes et apte à élever le niveau de vie de ses populations; (3) encourager partout la démocratie politique et ses règles.

Parmi ces objectifs, les deux premiers ont été atteints. En amenant la Chine, puissance incontournable du 21eme siècle naissant à adopter les règles du capitalisme classique et en attirant la Russie vers l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), véritable vestibule des oracles des échanges internationaux, les membres du G8 sont arrivés à faire adopter le « marché » comme le moteur de la création de richesse par les échanges.

Les produits technologiques et l’innovation constituent ensemble une des forces ayant tiré et continuent à tirer le monde hors de la crise financière de l’année 2008. La diffusion du savoir est aujourd’hui amplifiée par « Internet » et la totalité du savoir humain est disponible, en vrac, pour chaque nation qui peut ainsi en tirer parti à condition d’avoir pris le soin d’éduquer ses populations à la maitrise de l’outil informatique.

Dans le même temps, nous observons que la carte des pays résistant au développement coïncide avec celle des pays se refusant à associer la démocratie, la bonne gouvernance avec une valorisation des ressources humaines, une lutte résolue contre l’inégalité sociale, la transparence comme indicateur montrant que les populations sont en capacité de contrôler les activités de leurs gouvernements. D’après les données des Nations Unies (Rapport de la Cnuced du 26 novembre 2010 sur les pays les moins avancés, PMA) cette carte couvre largement l’Afrique où elle a agrandi sa surface.  Les pays d’Asie, avec la Chine et l’Inde ouvrant la marche, ont soustrait à la pauvreté, des millions de personnes chaque année durant les récentes décennies. Ces rescapés de la misère dépassent, ensemble, pour les dix dernières années, le nombre de 400 millions de personnes. Pendant le même temps, par une sorte de curieuse remontée du balancier, le nombre de personnes vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté augmentait par les mêmes chiffres en Afrique (cf. le rapport 2010 précitée de la Cnuced).

Ainsi donc le G8 a largement réussi dans ses objectifs stratégiques. En revanche le G8 et les organismes spécialisés de la famille des Nations Unies ont échoué a installer en Afrique, l’Afrique prise dans son ensemble, un mouvement solide durable, crédible allant vers le développement. Le G8 a aussi échoué, temporairement, dans sa tentative de mettre en place des mesures cohérentes de relance de leurs propres économies nationales.

 

Second élément : Keynes, Friedman et l’Etat au service de la reconstruction

Le monde y compris les plus intransigeants partisans de l’économie néolibérale se sont résolus et souvent réjouis du rôle joué par les pouvoirs publics dans la lutte contre la crise financière puis économique toujours en cours. Ce rôle des pouvoirs publics dans le bon fonctionnement du système économique est considéré comme irremplaçable et incontournable par la théorie de John Maynard Keynes que la crise a réhabilité, en un certains sens. De l’autre coté, le prolongement de la crise sous la pesanteur des déficits budgétaires des pays occidentaux dont les plus fragiles se révèlent être la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et l’Italie est venu pour rappeler que la rigueur dans la tenue des finances publiques, conformément à la théorie de Milton Friedman est un filet de protection nécessaire contre la chute des populations d’un pays dans la misère généralisée. De ce fait la crise toujours en cours nous instruit qu’en fait la recherche de la richesse d’une nation exige de cohérer Keynes, Friedman dans la politique économique et monétaire de tout gouvernement recherchant la prospérité de ses populations.

Observons que bien que liées par la large dimension de leurs dettes publiques, la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, sont dans des situations fondamentalement différentes. Ces pays ont en commun des déficits publics non soutenables à un point où il semble inéluctable pour chacun d’eux de devoir s’essayer à la quadrature du cercle « économique » qui est de réussir en même temps : (1) une réduction drastique des dépenses publiques ; (2) une relance de l’activité économique ; (3) une augmentation des ressources de l’Etat. En économie lorsque les points (1) et (3) sont mis en œuvre en même temps, on dit que l’on est dans la « rigueur ». Passons rapidement en revue les situations des trois pays précités.

 

La situation de la Grèce : La Grèce de ces dernières années, tous gouvernements confondus, a profité de la solidarité des larges nations (Allemagne et France) au sein de l’Union Européenne et dans la gestion de leur monnaie commune, l’Euro, pour combiner un manque de sincérité dans la tenue de sa comptabilité nationale avec une distribution de ressources aux fonctionnaires sans contrepartie de la part de ceux-ci ; ni en termes de production, ni en termes de productivité ; ni en termes d’innovation. Rappelons à ce niveau que depuis la « démonétarisation de l’or » par l’administration Nixon aux Etats-Unis dans les années soixante dix, la monnaie d’un pays n’est plus « essentiellement » garantie par une réserve en or. Dans l’économie  moderne la monnaie d’un pays est garantie par quatre paramètres économiques qui sont : la production, la productivité, la capacité des entreprises à innover, l’existence d’un marché solvable pour cette production. Ainsi l’Euro présentait, de façon objective une faiblesse par sa face, sa composante « Euro-Grèce ». L’Allemagne a refusé de continuer à assurer à la Grèce la solidarité automatique qu’impose leur appartenance à une communauté économique et monétaire. Cette solidarité, lorsqu’elle existe, s’exprime par deux mécanismes : (1) le mécanisme du transfert instantané et automatique de ressources financières importantes pour soutenir la valeur de la monnaie commune; (2) le mécanisme de la solidarité sociale qui commande de laisser jouer librement les transferts de travailleurs afin d’équilibrer le marché de l’emploi à l’échelle de l’ensemble des pays de la communauté. 

Le refus de l’Allemagne de faire jouer ces solidarités a abandonné la Grèce à la merci des spéculateurs internationaux qui ont montré, depuis la  présente crise, qu’ils ne craignent plus de s’attaquer à un Etat. Les seuls Etats que les spéculateurs semblent épargner pour l’heure sont les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

 

La situation de l’Irlande : Le cas de la crise Irlandaise est beaucoup plus classique. Durant la dernière décennie les investisseurs internationaux, surtout les grandes entreprises technologiques, ont massivement investi en Irlande créant de nombreux emplois et induisant un développement d’une vigueur rarement vue. Ces grandes compagnies technologiques ont profité du fait que l’Irlande ayant bénéficié des financements européens ont largement amélioré ses ressources humaines et ses infrastructures offrant ainsi au sein de l’Union Européenne, des capacités de production à un coût faible. Le plan de développement et les budgets déterminés par le gouvernement irlandais reflétaient l’optimisme né de ce développement vigoureux. Dès le début de la crise en 2008, les entreprises implantées en Irlande ont massivement licencié les travailleurs et réduits leurs activités. Cela a immédiatement et sur une large échelle, réduit les ressources de l’Etat qui, brutalement, s’est retrouvé avec moins d’impôts et taxes à collecter. L’Etat n’a pas pu réduire ses projets à la même vitesse que le désengagement des multinationales. D’où l’apparition du déficit. Les entreprises ont accéléré leur désengagement et l’Irlande s’est trouvée en situation de devoir recourir au financement bancaire pour vivre.

La force de l’Irlande est constituée par ses ressources humaines nouvelles. Mais c’est aussi là que se trouve sa faiblesse. En effet la crise a réveillé la propension des jeunes irlandais à émigrer. Ce pays est ainsi entrain de se vider de cette jeunesse bien formée au profit de pays comme l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada et les Etats-Unis.

 

La situation de l’Espagne : la situation de l’Espagne a été causée essentiellement par l’explosion de la bulle immobilière alimentée par la spéculation dont les propagateurs étaient les maires et les autres autorités locales. A ce jour l’Espagne est un pays couvert d’immeubles souvent achevés mais inoccupés. Les entreprises immobilières ont fait faillite. Les spéculateurs ont empoché les plus values avant de disparaitre dans la nature, en toute impunité. L’Etat s’est donc retrouvé sans les impôts à prélever et dans l’obligation d’emprunter auprès de banques dont la santé avait été affectée déjà par les entreprises parties en laissant de larges ardoises. Répétons-le, la situation espagnole est largement due à la collusion entre les spéculateurs et les responsables politiques locaux en commençant par les maires.

Le point fort de l’Espagne est la qualité de ses ressources humaines, l’existence d’un capital physique qui a été créé. Dès que le « marché » aura fait les ajustements nécessaires, que la monnaie artificiellement créée aura été évacuée, que des ressources nouvelles auront été créées alors l’Espagne reprendra le chemin de la croissance durable.

Fondamentalement les situations de l’Irlande et de l’Espagne, pays démocratiques et transparents, peuvent être assainies à terme du fait que les ressources potentielles existent (les ressources humaines en Irlande, les ressources humaines et le capital physique en Espagne) et que s’exerce le contrôle démocratique du gouvernement par les populations. J’ai l’avantage de pouvoir visiter ces deux pays chaque année et donc j’ai personnellement constaté l’existence de ces ressources réelles et aussi l’approfondissement de la bonne gouvernance grâce à la démocratie et la transparence. La situation de la Grèce est beaucoup plus compliquée car elle est certes démocratique mais sa vie publique n’est pas transparente mais aussi sa crise est assise sur des dépenses non assorties de la moindre contrepartie en capital. La Grèce avait multiplié des revenus de ses très nombreux fonctionnaires par la création, entre autres, de « primes » fantaisistes. Par exemple il y a avait des primes pour « les fonctionnaires arrivant à l’heure au travail » alors que dans le même temps les jeunes diplômés ayant fait des études sérieuses étaient marginalisés.  Le problème de fond de l’Irlande et de l’Espagne est : comment regagner un meilleur niveau de ressources publiques. Le défi posé à la Grèce est de quatre ordres: (a) pouvoir créer des richesses nouvelles par le travail ; (b) réduire la richesse artificielle créée sans contrepartie en capital tout en sauvegardant la paix sociale; (c) valoriser les ressources humaines qualifiées ; (d) accroitre la transparence dans la vie publique.

Nous aurions pu rajouter le Portugal à la liste des trois pays évoqués ci-dessus. Mais en réalité le cas de ce pays est un mélange des cas de ces trois pays et la solution qui y réussira devra, en quelque sorte être un mélange des solutions adoptées dans les trois pays étudiés.

 La crise a aussi donné une force et un rôle importants à certains pays émergeants (Chine, Inde, Brésil) du fait que dans un monde manquant de ressources financières, eux en avaient en grande quantité. Ces pays en ont profité pour reprendre un peu plus du terrain industriel aux pays développés tout en accroissant leurs investissements directs dans les économies de ces pays développés. C’est ainsi que l’on a vu, par exemple, l’Inde racheter des morceaux prestigieux de l’industrie automobile britannique.

 

Troisième élément : La revanche par la monnaie

L’Amérique est le pays qui a réagi à cette montée en puissance de certains pays émergeants. Les Etats-Unis ont réagi en utilisant l’outil monétaire. L’Amérique a fait fonctionner la « planche à billets » et a presque inondé le marché par du « dollar sans valeur ». Les spéculateurs ont pris ces montants, durant le mois d’octobre et durant les 15 premiers jours de novembre 2010, pour massivement acheter à court terme les monnaies de ces pays émergeants accroissant leurs taux d’intérêt. Cela a eu pour effet « d’étrangler » par des coûts artificiels et inattendus les économies de ces pays. La morale de cette histoire est qu’il ne faut jamais enterrer l’économie américaine tant qu’elle a un souffle.

 

Les défis posés au monde par l’Afrique

La pensée de la « Communauté Internationale » sur l’Afrique est résumée par une déclaration du Directeur de la Cnuced, Monsieur Supachai Panitchpakdi (cf. rapport précité) : « désormais, il faut considérer que le modèle de développement qui a prévalu jusqu'à présent pour les pays les moins avancés (PMA) a échoué. Il faut revoir l’architecture de cette stratégie. Les modèles traditionnels de développement que nous avons appliqués à ces pays et consistant à privilégier le commerce comme vecteur d’enrichissement semblent n'avoir pas très bien fonctionné».

En effet la situation de l’Afrique est difficile dans la mesure même où les dirigeants africains ne disent pas toujours la vérité à leurs peuples sur leurs propres activités et la situation du développement de leurs populations. Par le biais d’une complicité partagée entre les dirigeants africains et les organismes financiers internationaux, il est maintenu une confusion entre trois réalités que sont : l’expansion, la croissance et le développement. Certes l’Afrique grâce à l’aide extérieure et les investissements extérieurs souvent liés à l’extraction minière fait apparaitre des chiffres de croissance. Mais rarement ces chiffres traduisent un mieux être dans la vie des populations africaines. Certes des éclaircis existent dans certains pays où la qualité des ressources humaines, la rigueur dans la gestion, des efforts en faveur d’une meilleure distribution des ressources donnent l’espoir. L’espoir c’est la persistance d’une expansion rationnelle qui peut devenir croissance et ensuite développement. Dans le désordre, ces pays sont : le Maroc, la Tunisie, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie. Cependant aucun de ces pays, pour des raisons qui peuvent être légitimes, n’offre un niveau de transparence et de pouvoir de contrôle aux mains des populations sur l’action gouvernementale à un point suffisant pour libérer l’extraordinaire énergie et la créativité potentielle des peuples de ces pays. Lorsque ces pays auront mis en place un véritable système politique transparent et démocratique alors ils étonneront le monde.

Pour les autres pays africains, rassemblons, pêle-mêle quelques défauts dont l’acuité apparait de plus en plus en commençant par noter la criminalisation croissante de l’économie en Afrique de l’Ouest.

Parlant de la situation institutionnelle, la démocratie est un slogan, le développement une litote. La réalité est un esprit pathologiquement tourné vers le pouvoir, sa conquête, sa confiscation, aux privilèges pour soi, aux privilèges pour les nombreux obligés et autres estomacs que l’on a créés. On masque les statistiques, on calibre son langage, on imprime des textes constitutionnels et organiques juste pour obtenir des organismes internationaux de quoi survivre.

 

L’inexistence de systèmes économiques causée par l’incapacité des gouvernements à réguler les échanges économiques à l’intérieur de la société nationale qui favorise la créativité et l’esprit d’entreprise ajoutée à l’incapacité des banques à alimenter la vie économique en monnaie. Les banques se contentent le plus souvent de financer le déficit public et se satisfont, par rapport à la population, de faire du profit facile en poussant à la consommation de produits importés. Ceci condamne les sociétés africaines à végéter dans des économies très faiblement monétarisées. Dans de nombreux pays africains, l’activité bancaire dessert le développement en maintenant des taux d’intérêt élevés, en aidant le creusement du déficit de la balance commerciale et donc en affaiblissant la valeur de la monnaie, et décourageant le travail productif.

De nombreux Etats africains, outre leurs discours qui imitent très bien en reprenant sans conviction les thèmes en vogue, ne semblent pas avoir pris conscience du « risque environnemental » sur le développement.

Le déclin du système universitaire depuis 20 ans dans de nombreux pays africains, francophones en particulier, l’incapacité de ce système à transmettre le savoir-faire et le goût de l’entreprise est un gros handicap pour le développement africain.

On peut même mettre un chiffre qui permet de comprendre la situation de l’Afrique par rapport au reste du monde. D’après le G20 réuni a Seoul ; d’après l’ASEAN réunie a Tokyo en octobre 2010, les pays d’Asie vont faire une croissance moyenne entre 8,5% et 10% dans les 5 ans à venir créant ainsi, durant ces 5 ans, l’équivalent de 50% de toute la richesse asiatique actuelle. Avec une croissance aléatoire oscillant entre 4% et 5%, l’Afrique marque un recul par rapport à l’Asie en termes de richesse créées de 5% à 6% par an. Cela signifie que si actuellement on considérait que l’Afrique était derrière l’Asie à une distance de 1km, cette distance sera accrue, de façon cumulative donc rapide, de plus de 50m par an.  Cette distance aura augmentée de plus de 500m en 10 ans et aura été portée à plus de son double (distance supérieure à 2km) dans 20 ans. L’Afrique peut bien avoir progressé par rapport a elle-même, mais puisque les critères de la pauvreté auront avancé elles aussi, la situation de l’africain peut ne s’être améliorée.

Enfin parlons de confiance. La confiance est le socle sur lequel repose tout système économique qu’il soit international ou national. Il est notoire que la plupart des dirigeants africains et leurs gouvernements ne bénéficient de confiance ni auprès de leurs populations ni de la part de la communauté internationale. Cela est désespérant mais crucial à considérer dans cette ère économique où les politiques budgétaires nationales sont un élément capital, l’élément capital, de l’activité économique national et de l’activité économique international.

Il appartient aux africains de savoir que faire de ces informations.

 

Dialla Konaté

Tunis, 1er décembre 2010

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