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Le Mali et le Factbook de la CIA, par Dialla KONATE

4 Août 2010 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

L’application itérée de la méthode de Rousseau nous informe que la corruption et le détournement des ressources publiques sont organisés par seulement 24 personnes qui constituent le cœur du système de corruption et concentrent entre leurs mains l’essentiel des privilèges auto-octroyés. L’application directe de la méthode nous donne que l’ensemble du système des privilégiés et de la corruption est constituée par ces 24 personnes auxquels sont associées 568 personnes. Cela fait qu’au Mali, le système de la corruption et du détournement des ressources publiques en comptant ceux qui sont au cœur du système et en comptant leurs associés directs à divers titres, on arrive à un total de 592 personnes.

 

 

Une causerie autour de questions économiques maliennes

Comme annoncé je voudrais ici répondre à des questions que de jeunes étudiants m’ont adressées. Il est important d’entretenir un dialogue éducatif avec les jeunes d’aujourd’hui autant que moi et mes amis d’enfance avons eu la fortune d’en entretenir avec nos parents. Ce dialogue éducatif est particulièrement important en cette année où l’on fête en chaîne le cinquantenaire de ce que certains journaux anglais appellent, avec ironie, « freedom at midnight », c'est-à-dire « l’indépendance octroyée au douzième coup d’horloge à minuit ». Auprès de ma modeste personne, les jeunes veulent savoir si : (1) le Mali crée réellement de la richesse ? Comment est repartie cette richesse ? Je vais profiter de l’opportunité que la CIA vient de mettre à jour son « Factbook » sur le Mali à la date du 25 juillet 2010. Les informations rendues publiques par la CIA sur le Mali vont énormément nous aider. Les données en vrac ne sont pas de l’information. Nous allons « traiter » les données fournies par la CIA afin d’en tirer quelques informations importantes et pour répondre aux questions qui nous sont posées. Puisqu’une situation ne peut être comprise qu’en fonction de l’environnement social, politique, économique national et, en raison même de la mondialisation, de l’environnement international, essayons de dessiner ces environnements.

Le contexte international

Le monde est entrain de vouloir tourner la page de la crise financière en marquant la fin d’une ère économique pour rentrer dans une nouvelle ere dont les règles sont encore à créer. Mais de façon indéniable, les premières règles de cette nouvelle ère économique incluent :

(1) l’assainissement des finances publiques excluant le déficit budgétaire,

(2) l’exclusion de l’inégalité sociale qui est désormais connue comme étant incompatible avec le développement économique et social,

(3) l’éducation et le progrès technologique comme moteur principal du progrès économique et social.

En application du premier point, il est notoire que pratiquement tous les pays du monde s’attèlent à rétablir l’équilibre budgétaire en installant des mesures sans concessions contre la dette publique.

Pour le second point, les trois pays qui symbolisent l’émergence des pays du Tiers-Monde, la Chine, l’Inde, le Brésil sont entrain de donner de la consistance à l’essor économique nouveau en installant des mesures agressives de lutte contre l’inégalité sociale.

Pour le dernier point, les nouveaux métiers et les nouvelles sources de richesse sociale sont en cours d’apparition. Ainsi en 2010 déjà, 40% des revenus annuels créés aux Etats-Unis soient 4.000milliards de dollars le sont par des entreprises et des emplois qui n’existaient pas en 1980. L’Union Européenne vient d’édicter une directive demandant aux pays membres de consacrer au moins 3% des ressources publiques à la recherche scientifique. En France, les mesures budgétaires prises pour résorber la dette et le déficit publics ont réduit les budgets de tous les ministères sauf celui de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique.

Le contexte national

Ne vivant pas au Mali je dois accepter que mon opinion peut reposer sur un aperçu erroné des réalités quotidiennes vécues par les maliens. Mais il faut accepter aussi que cette distance m’offre la possibilité d’avoir de ces réalités une opinion objective chaque fois que je suis bien informé. La situation nationale me semble dominée par le conflit entre les enseignants du supérieur et le gouvernement. L’ambiance de fond reste dominée par la corruption et la frustration de plusieurs composantes de la population, les jeunes en particulier, qui se plaignent de ne pas trouver d’emplois. Les rares emplois semblent attribués sur une base obscure. Sur le plan des institutions, j’ai l’impression que, certainement grâce à l’action de la presse, les personnalités dans les hautes sphères de l’Etat, en particulier les ministres et leurs cabinets sont devenues plus prudentes en prenant moins de risques dans l’utilisation des ressources publiques. Le Président de la République m’a l’air d’avoir beaucoup mûrit dans son rôle. A moins que la vérité n’est qu’au sein du Secrétariat Général de la Présidence, le point de vue des « professionnels » n’ait pris le dessus sur les « avis et conseils » des amis et parents qui, en Afrique, sont difficiles à éviter. Par exemple, autant le Président a eu des interventions malheureuses dans le traitement de dossiers relatifs à la peine de mort, au Code de la Famille et à la privatisation de la Sotelma où le gouvernement a été tenu éloigné de sa prise de responsabilité et de son rôle institutionnelle de conduire la politique de la Nation (confère la Constitution). En revanche, sans que je connaisse ce qui s’est passé ou a pu réellement se passer dans les coulisses de la politique, le Président de la République, M Touré a eu un comportement presque irréprochable en liaison avec deux dossiers. En premier lieu, le rapport du CARI sur les reformes constitutionnelles. Il a convoqué toute la population afin de lui présenter le rapport qui lui a été transmis et cela sans prendre position avant que ses propres conseillers y compris le gouvernement, aient travaillé. En second lieu, dans l’affaire pendante du « conflit de l’enseignement supérieur », il a constamment réaffirmé la légitimité des revendications tout en appelant les deux parties (gouvernement et syndicats) à la négociation tout en leur rappelant de garder en vue l’intérêt supérieur de la Nation. Je dois reconnaître que la phrase qu’on lui prête et qui lui aurait fait demander aux enseignants d’attendre la découverte du pétrole pour voir aboutir leurs revendications pécuniaires, si elle a été tenue, est une plaisanterie malheureuse qui ne sied pas à la gravite de la situation. Mais, et c’est ce qui est le plus important, dans ces deux cas, le Président Touré a été presque en tout point en ligne avec son rôle constitutionnel. Attention, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Sans juger les résultats, je reconnais que le Président Touré m’apparaît maîtriser sa fonction de mieux en mieux. N’en déduisez surtout pas que je suis entrain de lui conseiller d’opter pour un troisième mandat. Au contraire mon appréciation l’accompagne lorsqu’il respecte la Constitution. A présent, revenons au Factbook de la CIA mis à jour le 26 juillet 2010.

Que dit la CIA au sujet du Mali

La première chose notée par la CIA est que le Mali est entré dans le club peu enviable des pays a « highly unequal distribution of income », c’est à dire le Mali est devenu « pays membre du groupe où le revenu est distribué de façon hautement inégalitaire » rejoignant ainsi les pays à la situation sociale hautement instable que sont : les Philippines, le Brésil et l’Afrique du Sud. Il est cependant attendu que le nom du Brésil sera prochainement retiré de cette courte liste en raison des formidables avancées sociales obtenues depuis l’arrivée au pouvoir du Président Ignacio Loula Da Silva. L’Afrique du Sud également, en raison en particulier des actions sociales entreprises dans le cadre de la dernière coupe du monde pourrait quitter sa place de pays le plus socialement inégalitaire du monde que le Mali semble avoir prise.

La CIA dit qu’en 2008, 2009, de la richesse a été créée au Mali (surtout grâce à l’aide étrangère, à la vente des ressources minérales dont l’or, à la vente de sociétés nationales comme la Sotelma et en raison d’une bonne saison agricole) mettant à 1200 dollars américains le revenu par habitant dans notre pays en l’augmentant de 100 dollars américains. C'est-à-dire que ces richesses créées, si elles étaient partagées entre les 13 millions de maliens, chacun aurait eu 100 dollars soit environ 50.000CFA. Observons qu’en 2010, le Burkina-Faso a rattrapé le Mali en termes de richesse par habitant alors même que ce pays a bénéficié comme la Mauritanie, au début des années soixante, d’une assistance technique en particulier en agriculture, en santé publique et en médecine vétérinaire de la part du Mali et que ce pays depuis 1930 était largement fournisseur de main-d’œuvre (les colons) pour la Vallée du Niger. Le « Factbook « signale aussi que la construction de routes un peu partout dans le pays est un point positif pour le Mali. Cependant, la CIA laisse aux maliens le soin d’en dresser les comptes. Autrement dit, si la construction des infrastructures n’est pas accompagnée ou suivie par une croissance économique, ces routes ne seront pas entretenues et disparaitront rapidement. Cette vérité élémentaire est vraie pour toute infrastructure et tout équipement. Par exemple acheter une voiture dont la durée de vie est de cinq ans veut dire que chaque année il faut trouver, approximativement, des ressources correspondant à 35% de la valeur d’achat du véhicule dont 10% correspondront à l’entretient et 25% à l’épargne qui permettra de remplacer le véhicule. En achetant un ordinateur il faut prévoir une dépense supplémentaire annuelle d’au moins 50% de la valeur d’achat. A défaut de ces ressources supplémentaires, acheter une voiture ou un ordinateur risque de devenir plutôt un pas en arrière qu’une avancée.

Comment la richesse créée au Mali en 2008 et 2009 a-t-elle été partagée?

La CIA évalue a environ 3,5millions le nombre de personnes exerçant un travail au Mali parmi lesquels entre 10% soit 350.000 sont des employés salariés, à un titre ou à un autre. Appelons Touré un travailleur ordinaire gagnant 100.000CFA par mois. D’après les données, son revenu mensuel en 2010 pourrait être élevé à 104.000CFA grâce aux ressources nouvelles disponibles. Sous l’hypothèse affirmée par la CIA de l’entrée du Mali dans le cercle indésirable des pays où la « distribution du revenu est hautement inégalitaire » nous pouvons, à l’aide d’une méthode mathématique appelée la méthode de Rousseau, calculer combien de personnes profitent du système, combien de personnes sont leurs associées et quels sont les revenus des personnes de ces groupes.

L’application itérée de la méthode de Rousseau nous informe que la corruption et le détournement des ressources publiques sont organisés par seulement 24 personnes qui constituent le cœur du système de corruption et concentrent entre leurs mains l’essentiel des privilèges auto-octroyés. L’application directe de la méthode nous donne que l’ensemble du système des privilégiés et de la corruption est constituée par ces 24 personnes auxquels sont associées 568 personnes.

Cela fait qu’au Mali, le système de la corruption et du détournement des ressources publiques en comptant ceux qui sont au cœur du système et en comptant leurs associés directs à divers titres, on arrive à un total de 592 personnes.

En moyenne comment a évolué le revenu d’une des personnes de ce groupe de privilégiés du système ? Une arithmétique simple montre que, pour eux, le revenu a été en moyenne multiplié par 11,34. Considérons Coulibaly un collègue véreux de Touré qui fait partie du « mauvais groupe ». Il gagnait également 100.000CFA comme Touré. Mais en 2010, de par son appartenance au circuit de la corruption son revenu mensuel (officiel et occulte) est passé à 1.134.000CFA. Touré et Coulibaly font le même travail, sont assis dans le même bureau. Touré, travailleur modèle et « sans relations» garde ses 100.000CfA qui auraient pu être augmentés à 104.000 CFA soit un accroissement de 4% tandis que Coulibaly qui a des « relations » a fait passer, de façon souterraine, ses revenus à 1.134.000CFA soit une augmentation de 1134%. Coulibaly, grâce à ses « relations » a obtenu 283 fois ce que Touré n’a pas obtenu du partage des ressources nationales.

Quel est le fond du problème?

Certains pourront dire : « mais laissons travailler le Vérificateur Général ». La réalité est que, comme c’est souvent le cas, les malfaiteurs ont deux longueurs d’avance sur leurs poursuivants. Les malfaiteurs ont mis en place des méthodes indétectables par une procédure de contrôle périodique. Les malfaiteurs maliens actuels, prédateurs du bien public, ne peuvent être attrapés que par l’instauration au sein des services d’un audit permanent. Comme nous l’avons déjà dit, l’antidote au mal malien est l’Inspection des Finances. Il faudra sans cesse améliorer ses moyens d’interventions, affiner ses méthodes et la doter de moyens technologiques permettant de déceler très tôt l’amorce d’un « coup » plutôt que d’envoyer le Vérificateur Général constater le méfait des années après pour autant que le méfait soit détectable par ses méthodes. Ceci ne met en rien en cause la qualité et le métier des personnes travaillant au Bureau du Vérificateur Général. Les malfaiteurs n’ont pas abandonné leurs activités, ils la perfectionnent pour la rendre indétectable. Améliorons les nôtres. Ceci étant dit, il est illusoire de vouloir lutter contre la corruption uniquement avec des arguments moraux. Tant que la seule possibilité de travailler se trouve au sein de l’Etat alors les gens non seulement feront tout pour y demeurer mais aussi pendant qu’ils y sont, ils essaieront d’amasser le plus de biens matériels possibles. C’est conforme à la nature humaine. De ce fait, à mon avis, cela est une peine perdue de vouloir critiquer uniquement le gouvernement ou même les corrompus. De nombreuses personnes détournent les biens publics uniquement pour échapper à un avenir incertain. J’affirme que l’ancien Président Konaré a sollicité et obtenu de son successeur le Président Touré une aide financière pour s’assurer les services d’un secrétariat. Du reste cette dépense a été inscrite au budget 2010 au titre de la Présidence de la République. Tous les fonctionnaires qui sont au courant ont pu se dire : « bon sang ! Cela arrive même aux anciens présidents de se trouver à court d’argent. Je n’ai qu’une solution pour me sauver et sauver ma famille, c’est d’en prendre autant que je peux ». Un pays comme la France assure aux anciens chefs d’Etat des revenus en leur offrant un poste au Conseil Constitutionnel. Aux Etats-Unis, les anciens présidents gagnent de l’argent en donnant des conférences sponsorisées par de grandes entreprises (Bill Clinton et George W. Bush, le font aujourd’hui, Ronald Reagan l’a fait hier etc…). Certains comme Jimmy Carter écrivent des livres, d’autres deviennent enseignants comme l’ancien Vice-président Al Gore.

Que faut-il faire ?

A mon avis il faut prendre au sérieux la note de la CIA sur le Mali. Toute note d’alerte de la CIA doit être prise très au sérieux. A mon avis, le Président Touré finira de façon excellente son mandat et entrera sans doute dans l’Histoire s’il employait le temps qui lui reste à :

(1) se séparer de tous les requins qui peuvent se trouver dans les eaux hautes de la république ;

(2) mettre en place un mécanisme ou une commission indépendante qui organisera les outils de lutte contre la corruption et l’injustice sociale.

Faisant cela il donnera espoir à tous les maliens, regroupera les maliens patriotes et républicains autour de lui en isolant ce petit groupe de malfaiteurs dont les éléments agissants et pensants ne dépassent pas 600 en nombre. Dites moi donc, quel malien ne soutiendrait pas le Président de la République si, demain matin et sans le moindre doute, son projet se révélait être, dans les faits:

(a) création de richesse,

(b) justice sociale,

(c) lutte contre la corruption,

(d) relance de l’économie pour une création massive économiquement équilibrée d’emplois,

(e) l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ?

L’occasion serait alors bonne de faire de 2012 une année pour un nouveau départ. On pourrait, tous les maliens, ensemble, convenir d’absoudre tous les crimes économiques antérieurs. Convenir de donner des ressources aux anciens dignitaires, convenir de créer un secteur économique privé vigoureux qui pourrait offrir du travail aux fonctionnaires vertueux désirant prolonger le temps de leurs services au pays.

Au Mali nous devons définitivement tourner la page des lois d’exception comme celles accordant une immunité par ci, un privilège par là dans une société injuste et déséquilibrée. La société malienne ne pourra être sauvée sur la base du salut de quelques uns. Elle le sera par la félicitée pour tous dans l’harmonie sociale. C’est au Président Touré qu’il appartient de se décider. De sa décision dépendra le progrès économique dans la paix sociale dans notre pays pour les toutes prochaines années à venir.

Dialla Konaté

Blacksburg 3 aout 2010.

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