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occitan-touareg

Mali - à propos d'une dévaluation et sur la mal-gouvernance

8 Décembre 2011 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

Je me permets de vous donner lecture des  réponses de notre ami le professeur Dialla KONATE sur deux sujets importants, l'éventualité d'une "dévaluation du franc Cfa" au Mali et sur la nécessité de l'engagement de la jeunesse afin de faire bouger le Monde. J'apprécie la forme et le fond de ces échanges sur les différentes listes de discussions. Merci encore à Dialla pour son ouverture d'esprit et sa compétence. Pellet Jean-Marc

 

Dialla konate...Soumaila est dans son rôle de membre de l'exécutif national ou régional depuis 20 ans ( au Mali ), pour dire que l'économie régionale va bien. Nous sommes dans notre rôle de regarder les choses de près, d'identifier ce qui va bien, le dire ; d'identifier ce qui ne va pas bien et le dire. Mais aussi de réfléchir à comment les choses peuvent être faites pour aller mieux. Même si toutes ces personnes dans l'exécutif seraient heureuses de pouvoir se passer de nos regards méticuleux et objectifs.

Pourquoi dévalue t-on?

Nous l'avons souvent dit, un gouvernement ne dispose que de 4 leviers (repartis entre la politique monétaire et la politique fiscale) pour agir sur l'économie.

Ce sont:

(1) la masse monétaire, (2) les taux d'intérêts, (3) les taux de change et (4) le taux de l'impôt.

Lorsqu'un gouvernement utilise un de ces leviers, il vise nécessairement un des objectifs économiques suivants:

(1) l'emploi, (2) l'inflation, (3) le taux de croissance, (4) la situation de la balance des paiements.

Que visait la dévaluation de 1994?

En 1994 la situation des comptes d'opération des 2 zones composant la zone franc (zone BCEAC et BCEAO) était réputée dégradée. Les deux pays dont les économies étaient motrices dans ces zones étaient le Caméroun en Afrique Centrale et la Cote d'Ivoire en Afrique de l'Ouest.

Ces pays avaient perdu leur compétitivité dans le cacao et aussi le bois pour l'Afrique Centrale par rapport aux pays asiatiques ayant nouvellement débuté alors, dans la production et l'exportation de cacao que sont: la Malaysie, l'Indonésie, essentiellement.

Cette perte de compétitivité était de 50% d'où le niveau de la dévaluation.

Je me rappelle avoir écrit un article avant la dévaluation (j'expliquais que la dévaluation était inévitable en raison de la politique française de l'époque). J'ai aussi écrit un article après. Ces 2 articles ont été à l'époque publiés dans le journal l'Observateur à Bamako. Ils avaient aussi été repris dans quelques autres pays dans les 2 zones.

Je vais reprendre les contenus de ces articles qui sont encore plus significatifs aujourd'hui.

Les objectifs publiquement visés par la dévaluation de 1994 étaient:

(à court terme) la balance des paiements,

(à moyen et long termes) la croissance.

Chaque pays devrait faire une analyse pour dire si oui ou non ces objectifs ont été atteints et dans quelle proportion l'atteinte des objectifs se rapporte à la dévaluation.

Une dévaluation a t-elle un sens aujourd'hui?

La dévaluation est un outil de politique économique donc l'analyse sur son opportunité dépend uniquement de l'exécutif dans un pays démocratique.

Mais ce sont les citoyens qui supportent les conséquences durant la dévaluation et ensuite. Par conséquent, nous avons l'obligation morale de donner nos points de vue.

Fondamentalement une dévaluation repose toujours sur l'idée que l'on produit  des biens pour ses populations et que ses biens sont menacés par des produits importés moins chers. Ou on fabrique des produits qui peuvent conquérir un large marché international si on baisse ses prix.

Le problème est que l'Afrique produit très peu de produits dont elle est consommatrice et exporte presque exclusivement des matières premières. L'Afrique ne peut ni se passer de certains produits importés (médicaments, électronique, matériels industriels lourds, etc...) ni produire des produits de substitution. Dans ces conditions, à moins d'avoir en tête une stratégie qu'il faut expliquer, une dévaluation va rendre la vie des maliens encore plus difficile.

Je ne suis pas entrain d'utiliser le même argument que Soumaila Cisse qui déclare que la dévaluation n'est pas à l'ordre du jour du fait que l'économie va bien.

Je pense qu'une dévaluation peut avoir un sens si elle entre dans une stratégie de réduction de la dette et de la constitution de capacités nationales et régionales d'industrialisation.

Une telle dévaluation se négocierait avec le FMI et devrait être un projet politique accepté par les populations.

Dialla

***************

Chers tous,

j'apprécie tant de me trouver en compagnie de compatriotes jeunes qui ont une si grande capacité de réflexion. Les problèmes sont si clairement exprimés et analysés sous vos plumes diverses. Permettez moi de vous bousculer encore un peu.

En premier lieu je voudrais me joindre à ces excellents jeunes, Fiston Moussa, Ameno et Toure. Je rappelle que le maniement d'une monnaie relève de l'exécutif. Sa motivation est souvent technique mais dans la plupart des cas sa motivation est politique. Les dévaluations de la zone franc que ce soit celle du franc malien en 1967 ou celle du Cfa en 1994 ont été décidé par le gouvernement français puisqu'il faut que quelqu'un prenne la décision.

Cette décision a d'ailleurs été justifiée par le premier ministre français de l'époque, Baladur, dans un article dans la presse française intitulé (si ma mémoire est correcte) "une amitié exigeante".

Ce sont les gouvernements africains qui ne remplissent pas les rôles pour lesquels ils se payent si bien.

Pour la petite histoire, je voudrais dire que tous les pays africains de la zone franc ont commis le délit d'initié.

Des membres des gouvernements (souvent au plus haut niveau) ont informé les banquiers dont certains sont allés en pleine nuit en pyjama effectuer des transferts vers la France afin de récupérer 2 fois les montants que les dirigeants politiques se sont partagés souvent en faisant profiter les partis politiques francais.

Aucune sanction n'a jamais été prise. Seul le peuple a porté le fardeau de la dévaluation...

 

...Oui là c'est par la décentralisation qu'on résoud les problèmes locaux soulevés par Toure. Il ne faut pas laisser le gouvernement hors de sa responsabilité. Au contraire le gouvernement doit être tenu responsable de ne pas accomplir sa tâche pour laquelle lui même fixe son propre salaire. Le problème est politique.

Si Toure souhaite assainir sa rue, mais toutes les rues de Bamako, car le problème est général dans la ville, il faut élire de bons maires, de bons députés.

C'est le sens de l'appel que je renouvelle sans cesse à l'endroit des jeunes :

Levez vous et prenez le pouvoir. Devenez députés, maires, président, etc...

Nous savons, vous savez ce qui n'est plus acceptable. Il n'y a aucune méthode nouvelle ni aucun projet nouveau depuis 20 ans. On nous demande encore en 2012 d'élire un homme et lui saura faire pour le peuple ce qu'il faut...

Nous devons refuser d'abdiquer nos droits à construire un pays agréable à vivre. Voyez vous dans le paysage politique un homme neuf avec une idée neuve ?

Je profite de l'occasion pour apporter tout mon soutien personnel à la première vraie révolution populaire au Mali depuis 20 ans qui est en gestation.

Il s'agit du mouvement des jeunes des quartiers de Bamako se révoltant contre la municipalité et contre la vente illicite de toute la terre du Mali en excluant le peuple.

Voila une vraie révolution qui est entrain de naître. Si nous la soutenons alors elle réussira et permettra à la démocratie malienne d'aller plus loin.

Soutenons ces jeunes. Prenons possession de la terre de notre pays et nous saurons l'assainir et la protéger.

Actuellement, 90% de l'immobilier est possédé par des fonctionnaires !

Ils vous logeront dans des taudis à prix d'or et vous mettrons dehors car ils vous contrôleront en manipulant les prix des loyers.

Ils ont volé vos biens. Réclamez vos biens usurpés. Les jeunes, levez vous, ne vous contentez pas d'écrire et de rêver. C'est utile mais c'est insuffisant.

Martin Luther King a rêvé mais si il s'était contenter de rêver, la ségrégation serait encore en vigueur en Amérique. Il s'est levé a mobilisé, il a donné sa vie mais la société entière américaine a accompli une avancée.

Levez vous et battez vous pour vôtre pays.

Ceux qui ont du  mérite doivent mettre leurs talents au service de notre nation.  

Dialla

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