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Mali - à propos des valeurs du Mali par Dialla Konate

3 Novembre 2011 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

 

Merci à Dialla pour cet article.
Vous savez tous et toutes que je ne partage  pas la vision “unioniste” de l’Etat Malien mais j’aime lire les arguments qui vont dans ce sens.
Etant aussi un farouche défenseur de la Paix entre les Peuples je trouve dommage que la réalité de l'existence de différents peuples au Mali ne puisse pas s’organiser d’une façon amicale.
Je sais que des intérêts économiques énormes sont en jeux au Nord ( Pétrole-Uranium...) mais rien ne justifie à mes yeux   de ne ne pas envisager au moins un véritable fédéralisme si ce n’est une véritable autonomie et pourquoi pas une indépendance.
Je préfèrerais voir un Etat “Touareg” ayant de bonnes relations avec son voisin du Sud plutôt qu’une guerre sans fin...
Merci pour cette analyse aussi sur la situation de la femme au Mali.
Cordialement
Pellet Jean-Marc
Occitanie par France

 

Les valeurs et principes fondateurs de la République du Mali

 

Comme nous l’avons vu, la République du Mali est héritière de la République française née en 1793 sous sa première forme dans le cadre du développement de la révolution de 1789. Depuis Platon, son maitre Socrate et la Grèce Antique, les penseurs ont construit une organisation de la « cité » reposant sur des « valeurs morales et éthiques objectives contenant la justice, la loyauté et la sincérité ». Cette « cité », Platon l’appellera la République. Comment définir la République ? La réflexion dura 2300 ans jusqu'à la République d’Amérique née en 1776 et la République Française en 1789. La République d’Amérique se fonda sur Dieu, sur la Liberté et la Foi (In God we Trust). Mais selon américains, les vertus de la république ne se justifient que dans la poursuite d’un but ultime : le bonheur du peuple et des individus, le bonheur commun (the pursuit of happiness).

La Republique Française depuis 200 ans, après bien des révolutions, bien de sang versé, est arrivée à poser ses fondations sur deux principes de droit (Liberté, Égalité), un principe d’obligation sociale (la Fraternité) ajoutés à deux principes moraux (la Justice et la Solidarité). En 1959, la Fédération du Mali (rassemblant le Mali et le Sénégal) a décidé d’adopter les fondations de la République Française auxquelles ont été rajoutés trois principes fondamentalement de « gauche » et qui sont : « un Peuple, un But, une Foi ». Tous les autres pays francophones d’Afrique, à part la Guinée de Sékou Toure, ont suivi la Cote d’Ivoire de Houphouët-Boigny pour adopter une devise générique inspirée par la « droite française », principalement « l’Action Française ». Cette devise, inspiree par celle instaurée par le Marechal Pétain en 1940 est construite sur les quatre principes « Famille, Patrie, Travail, Discipline ».

 

La devise de la Fédération du Mali était plus conforme à l’esprit et même à la lettre de la « Déclaration des Droits de l’Homme » édictée par les Nations Unies en 1948. L’expression « un Peuple » se réfère à la nécessaire unité du peuple et à sa souveraineté. L’expression « un But » est une référence et un hommage à la révolution américaine qui affirma que la république avait un seul but (the pursuit of happiness): le bonheur du peuple ou bonheur commun (cette expression est reprise dans l’hymne du Mali, 3eme couplet). L’expression « une Foi » est la prise en compte, dans les valeurs républicaines, de l’individu, de sa volonté, de sa persévérance, de sa liberté de conscience et de sa liberté de pensée. Pour comprendre l’origine de l’expression « une Foi », il faut se rappeler que les « pères-fondateurs » du Mali sont nés à la rencontre de deux siècles : le 19eme siècle, siecle de la technique et le 20eme siecle, siecle de la science.  L’expression « une Foi » reconnait que chaque individu peut contribuer à la république s’il a foi dans la science et dans le progrès scientifique comme l’a recommandé Auguste Comte. L’expression « une Foi » a, aussi, intégré les croyances religieuses de nos populations par la voie du principe républicain de la liberté (individuelle) de conscience. Philosophiquement, l’expression « une Foi », grâce à une suggestion de Léopold Seder Senghor fervent lecteur de Teilhard de Chardin, reconnait que la république a pour ambition de créer dans chaque républicain, un « super-être » au sens de ce dernier. Pris au sens de Teilhard de Chardin, un républicain est créé par un ensemble de vertus qui ne font pas de lui un « Dieu en construction » mais une entité consciente, participant volontairement à « une (humaine) humanité qui se rassemble pour rejoindre Dieu au point oméga ». Omega est le nom du point, situé à l’infini, où se rencontrent deux droites parallèles.

L’hymne national est peuplé de mots et expressions d’inspiration révolutionnaire et positive au sens de Auguste Comte (vigilance, avenir radieux, salut public, etc…) et religieux (espérance, dévouement, serment, etc…) à dessein. Nous avons la fortune de bénéficier de la vigilante et active présence de son auteur, Dr. Seydou Badian Kouyaté. Il est mieux indiqué que moi pour faire une exégèse philologique et philosophique de ce document.

 

Le peuple du Mali, lui seul, a la possibilité de changer de république en modifiant ou reniant les fondations de celle qui fut créée en 1960. Ce faisant, le Mali ne sera pas le premier pays membre des Nations Unies à refuser d’adopter les principes de la « Déclaration des Droits de l’Homme » comme source de son Droit et de ses superstructures. Rappelons que l’Arabie Saoudite n’adhère pas à cette Déclaration. L’Arabie Saoudite en a explicitement rejeté le principe « d’Egalite ». En particulier, ce pays rejette, fondamentalement, l’égalité entre la femme et l’homme. D’autres pays ont, de façon plus radicale, rejeté ce texte de base de la « Communauté Internationale ». On peut citer le Yémen et l’Afghanistan.

L’adoption d’un texte législatif structurant la société conçu sur la discrimination entre des citoyens sur des critères de sexe ou de statut matrimonial, ferait que le Mali mettrait fin, de facto, à la République du 22 septembre 1960 en adoptant les principes de Droit de pays comme l’Arabie Saoudite, le Yémen ou l’Afghanistan.

 

Rappelons que sous la colonisation, de 1885 à 1960 ce sont les coutumes et les lois religieuses qui ont été appliquées aux « sujets français » que nous étions. L’administration coloniale s’était allié avec de nombreux chefs religieux pour valider le fait courant par lequel les administrateurs coloniaux venus de la métropole sans épouses pouvaient « emprunter » les filles ou même les femmes des « sujets français ». Il est notable que le « Code Napoléon » qui définissait le code de la famille pour les métropolitains punissant d’emprisonnement le concubinage et l’infidélité ne punissait pas le fait « l’emprunt » des filles et femmes « indigènes » parce le simple fait que celles-ci n’étant pas des citoyens n’avaient pas de droits. Cette duplicité de la loi avait créer les conditions d’une complicité entre le métropolitain en quête de partenaires féminins et de nombreux chefs religieux, qui, pour s’accommoder l’administration coloniale étaient devenus de vrais complices de l’affront que tant de familles de ce pays ont subit en voyant leurs filles, leurs mères « capturées » par des colons dans un but sexuel. Les familles, dans la Vallée du Niger où les femmes au teint clair étaient nombreuses, ont particulièrement souffert de cette maltraitance coloniale.

 

En effet, lorsque le colon était « conciliant », il se referait à l’Imam du coin qui pouvait décider et qui a, souvent, décidé que le père ou le mari pouvait être « dédommagé » par quelques noix de colas, un mouton et d’autres objets symboliques. La preuve matérielle de ces comportements matrimoniaux dont des évocations existent dans bien de familles et dans les écrits de Hampate Ba et de Mamby Sidibé, entre autres, ce sont les pouponnières, « foyers » établis pour recueillir les enfants nés de ces « mariages » autorisés en connivence entre les déviations du colonialisme et l’application faite de préceptes religieux. Ces pratiques consistant à emprunter une femme, à répudier une femme, à interdire le droit au divorce à une femme ont encore cours en Arabie Saoudite, au Yémen et en Afghanistan. La République du Mali a mis fin a ces pratiques en émancipant les femmes, en établissant des droits civils et matrimoniaux que l’Etat a été chargé de défendre. Veut-on supprimer ces avancées pour revenir à la situation ante et obliger nos mères, sœurs, femmes, filles, à vivre comme il leur a été imposé à des heures sombres de l’histoire de notre pays?

Je peux témoigner avoir, comme tant de jeunes maliens, entendu, la voix perçante d’une jeune inconnue chanter « Bambo » qui deviendra, en une nuit un chant de ralliement et de libération pour toute la jeunesse malienne. C’était, je crois en 1964 ou peut être 1963 ; je ne me rappelle plus très bien. Ce dont je suis certain est que cette jeune fille a fait du chemin pour devenir une cantatrice respectée sous le nom de « Tata Bambo Kouyaté ». Sa voix a réhabilité des jeunes filles dont certaines s’étaient enfuies, dont certaines se sont même suicidées pour échapper à un mariage imposé ou à un mariage précoce, souvent, décidés au détriment de la scolarisation de la jeune fille.

Dialla Konaté

Bamako, 2 octobre 2011

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Clovis Simard 17/08/2012 04:53


Blog(fermaton.over-blog.com),No-22. - THÉORÈME OMÉGA.- La Science des Sciences.

Clovis Simard 17/08/2012 04:52


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