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occitan-touareg

Mali-Azawad / Quel avenir pour le Mali ?

23 Février 2012 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

Je vous donne à lire ce texte de mon ami Dialla KONATE. Vous savez que je ne partage pas toutes les analyses de Dialla, mais pour débattre démocratiquement il faut que les idées s'entrechoquent. Il faut accepter l'autre dans sa différence si nous voulons nous aussi être accepté dans la nôtre. Merci de lire lentement cette longue lettre et d'en apprécier la franchise. Pellet Jean-Marc

 

Chères toutes et chers tous
  Le rapport de l'armée malienne
Dialla KONATEEn premier lieu et pour ceux qui l'auraient manqué, je voudrais signaler le rapport que l'Armée malienne a présenté sur la tuerie d'Aguelhoc. Je n'ai pas vu le rapport en entier mais j'en ai suivi, à la télévision, la lecture d'un résumé succinct. Ce résumé, est sobre et clair. Quoique incomplet en particulier sur des détails importants comme le nombre de morts, il permet sans détour de confirmer les deux points que nous avions annoncés et débattus: (1) les rebelles ne sont pas venus à Aguelhoc pour faire des prisonniers; (2) la tuerie porte une signature retrouvée ces 20 dernières années sur d'autres champs où l'islamisme religieux était la doctrine des militants armés.
 Nous devons encourager l'armée à mettre en place un mécanisme permettant d'informer de façon continue et fiable les familles des parents de militaires en mission. Toute famille doit être avisée, du décès d'un parent militaire, dans le délai d'une semaine. L'armée doit prendre les dispositions de façon que les familles des militaires soient assistées; que les malades soient soignés, que les enfants puissent continuer à aller a l'école, que les épouses ne soient pas abandonnées à elles-mêmes et à la rue. Si les maliens sont correctement informés, je suis certain que les populations accepteront de participer concrètement aux actions de soutien aux militaires et à leurs familles.  
  Quelle suite donner au rapport de l'armée
Nous devons encourager l'Armée malienne pour ce travail de transparence et de clarté. La transparence et la clarté doivent être une règle de conduite même dans les cas où les soupçons de méfaits portent sur l'armée malienne.  Maintenant que va t-il se passer? Je soupçonne que rien ne se passera dans la mesure où ce qui doit être décidé dépend des autorités politiques et celles-ci se sont avérées incompétentes à saisir les évènements et incapables de prendre en temps et en heure les décisions appropriées. Donc oublions, hélas pour notre pays, le commandement politique. Qu'en est-il de la justice? Les procureurs ont montré l'étendu de leur vélocité en attrapant en un temps record des journalistes, un enseignant qui ont été conduits en prison sans autres formes de procédure. Le juge contestataire de Kati, Coulibaly, fut, au terme d'une procédure éclair radié du corps de la magistrature. Vous me direz que ceci est rassurant que les magistrats sévissent vite et bien contre les malfaiteurs. Sauf que je ne sais pas s'il a jamais été prouvé que ces personnes sanctionnées sont des malfaiteurs. En tout cas moi je les aime bien et je suis fier de les compter parmi mes excellents jeunes frères.
 Le rapport de l'armée confirme que des individus ont pris des armes, ont tué ou ont été complices d'actes de mort perpétués contre des militaires désarmés, et contre de paisibles citoyens. Ces individus n'ont pas commis ces actes en cachette. Ils ont pris plaisir à apparaître sur les écrans de télévision, devant les micros des radios, sur les écrans d'ordinateur du monde entier afin de dire qu'ils sont les auteurs, complices et commanditaires des actes commis contre la Nation et contre les citoyens. Soyons clairs, je ne condamne pas des individus qui se réclameraient d'un mouvement politique démocratique dont l'objet déclaré est d'obtenir l'indépendance de toute ou partie du territoire malien. Une des forces de la démocratie est de pouvoir abriter même les antidémocrates pour peu qu'ils acceptent de se soumettre aux règles d'une vie politique et sociale sans violence. Mais à ce sujet, la démocratie doit être sans complaisance à l'endroit de ceux qui introduisent la violence armée dans la vie de notre pays. Il existe la loi et elle doit être, alors, appliquée sans la moindre mansuétude. Mais nous devons reconnaître que les rebelles ne sont pas les premiers antidémocrates de la société malienne. Les premiers antidémocrates sont ceux qui agissent par la corruption et dans la corruption. La rébellion contre l'injustice est légitime pour faire avancer une société démocratique; la rébellion contre l'injustice, contre la corruption, la rébellion contre le chômage et la pauvreté, la rébellion contre l'ignorance et la décrépitude de l'école. Ce qui est condamnable c'est l'utilisation de la violence. Les rebelles et la violence sociale sont enfantés par ceux-la qui ont corrompu la société. Où sont donc les procureurs? Qu'attendent-ils pour mettre en marche la machine judiciaire contre ces individus connus et identifiés? Contre les rebelles mais aussi contre ceux qui ont fait que la rébellion soit devenue inéluctable. Car, disons le honnêtement, si j'avais 20 ans en 2012 devant l'incurie et la malhonnêteté des hommes publics, contre la corruption, contre le manque d'avenir, je suis certain que je serai devenu un rebelle. Un rebelle violent. Je le confesse.
  Le Mali de 2012 est-il semblable au Mali de 1992?
Comme l'action est nécessairement le prolongement de toute réflexion responsable, et comme tout ramène à la politique, nous arrivons à la question incontournable de Lénine. Et maintenant que faire?  
 Le Mali de 2012 n'est pas le Mali de 1992. En 1992, la tension sociale et le stress des contradictions de la société avaient été dissipées par les évènements du 26 mars. Les maliens étaient optimistes et espéraient que la démocratie et les hommes auto-proclamés démocrates allaient apporter une ère nouvelle de paix et de prospérité. Sur le plan régional, en 1992, les pays voisins et même éloignés avaient cru que la société malienne allait devenir un modèle de démocratie et de développement économique et humain dans une république fondée sur des valeurs dont les droits humains. En 2012 la société malienne est grosse des frustrations multiples et le stress s'est accumulé. En 2012, les pays voisins et pays amis doutent de la compétence des leaders maliens qui font partie d'une société politique les plus corrompus et les moins crédibles qui soit. Pour comprendre, malgré sa complexité, un phénomène social, on le simplifie en le modélisant par un phénomène physique bien connu. En ce sens si nous comparons la société  à la chambre de combustion d'un moteur à explosion, en 1992, l'explosion avait eu lieu et on entrait dans la phase de détente. En 2012, on est dans la phase de compression dans l'attente de l'étincelle qui produira l'explosion. En 1992, le Mali était au centre des ligues démocratiques et du mouvement de la démocratisation de l'Afrique. En 2012, le Mali est isolé par des alliances organisées en demi cercles autour de deux axes: un axe Abuja-Abidjan au Sud et un axe Paris-Alger au Nord. Ces 2 axes excluent le Mali autant qu'ils veulent isoler et combattre l'islamisme religieux symbolisé, de façon horrifiante, par le salafisme algérien et Boko haram (nigérian) d'un coté et l'affaiblissement des principes fondateurs d'une république laïque faite d'hommes, de femmes, égaux en droit. Ainsi le Mali de 2012 n'est absolument pas le Mali de 1992.
  Transition ou pas transition?
je crois à la nécessité urgente de mettre en place une transition avec des objectifs très clairs allant dans le sens de résorber le stress social, de rétablir la confiance du citoyen dans la politique et de recréer un climat de confiance dans le monde autour du Mali. Mes chères soeurs, chers frères, en se précipitant vers des élections nous ne sommes certains ni de changer les habitudes ni les hommes. Dans ce cas on va accroître le stress, les divisions sociales ce qui pourrait nous contraindre à aller vers une explosion encore plus grande.
  Qui doit initier la transition?
L'actuel président de la république reprendrait contact avec la réalité s'il conduisait une éducation de la société afin que soit mise en place une transition dont il ne peut faire partie, du moins en tant que leader. J'ai rarement partagé les choix du Président Touré. En le suivant à la télévision recevoir le rapport du "12eme Forum de Bamako", j'ai vu un homme se tordre tant il était sous l'emprise de sa violente conviction et de sa volonté hâtivement raisonnée de voir les préparatifs actuels aller vers les élections présidentielles du 29 avril 2012. J'espère que la sagesse le visitera et qu'il se ravisera. L'histoire nous dira.
  Un leadership existe t-il pour diriger une transition?
Un aîné m'a écrit un message personnel très solidement argumenté pour me demander si une transition était possible. Son interrogation rejoint celle très ancienne de Socrate. Pour répandre l'éducation et permettre que la sagesse conduise l'action des hommes, il faut commencer par trouver des sages et des hommes éduqués pour initier et encadrer la naissance de cette ère nouvelle. Mais, au Mali de 2012 où trouver les hommes sages et éduqués? En existe t-il parmi la classe politique qui s'agite depuis longtemps et accours déjà pour se passer le relais du pouvoir et que les choses continuent comme elles ont été depuis 20 ans? Ces hommes politiques qui sont assez largement impliqués jusqu'aux os dans tout ce qui s'est passé depuis 20 ans?
 Je crois que chaque peuple regorge de grands hommes étouffés en temps ordinaires par la corruption et oblige chaque individu à ranger ses talents et à consacrer son énergie à la survie. Ces grands hommes peuvent être révélés par les crises. Il y a peut être un homme ordinaire, une femme ordinaire, que vous avez croisé ce matin sans prêter attention. Il se peut que cette nuit il ou elle entende un appel de sa conscience et qu'au réveil il ou elle nous fasse découvrir un véritable leader de dimension historique.
 Napoléon n'était qu'un ordinaire Général jusqu'à son retour d'Égypte. Le Général de Gaulle était un ordinaire officier d'État major, affilié à la droite français qui ne le remarquait même pas, évoluant sous la protection du maréchal Pétain jusqu'en juin 1940. Les grands peuples, dans les moments critiques produiront toujours de grands hommes pour les conduire dans les phases critiques de leurs histoires. Je n'ai aucune crainte, si nous faisons les bons choix, le génie du peuple malien va nous révéler la voie et le leader. Ce leader peut se révéler être un des hommes politiques actuels qui alors devra renaître. Personne n'est et ne sera exclu.
  Et les hommes politiques actuels?
Le rôle de la transition est de faire du Mali un pays régulier, démocratique grâce à la vitalité de sa vie politique aguerrie et débarrassée de la corruption, avec un avenir dans la mesure où l'éducation redeviendra une valeur, d'équité où la justice est rendue au nom du peuple sans être un bien commercial. Les hommes politiques doivent savoir qu'ils ont intérêt à ce que l'administration devienne neutre dans tous les processus électoraux. La transition que je vois venir ne doit inclure dans son leadership aucun des hommes politiques en vue. Il ne s'agit pas d'une transition tirée de la constitution dans la mesure où cette transition consiste à répondre à une crise vitale pour notre pays et nous devons profiter de cette crise pour redéfinir un pays dont la situation actuelle ne convient à aucune personne objective et honnête que je connaisse. Cette transition n'est nullement conçue contre les hommes politiques et leurs partis. Cette transition fera de ces hommes et femmes politiques des personnes respectables à nouveau et fera que l'activité politique soit reconnue comme noble et utile. Cette transition devra redéfinir les méthodes d'évaluation des responsables politiques et des critères de candidature. Désormais pour être candidat à la présidence de la république ou à tout autre poste électif, il ne suffit pas de dire je suis riche et voici la liste de mes biens, mais il faudra justifier l'origine de cette richesse. Nous verrons qui parmi les hommes politiques maliens travaillent pour son ambition personnelle et qui travaille pour le bien commun.   
 La renaissance est possible
Pour que le rêve se réalise il nous faut commencer par chasser le cauchemar qui nous fait vivre dans la corruption, la promotion lâche du privilège de soi et des siens au détriment du bien public. Oui, nous maliens devons avoir le courage de nous regarder en face et décider d'en finir avec un pays où le complot des uns contre les autres, les manipulations, la malhonnêteté, l'arrogance des voleurs sont devenus le mode de vie éminent.
 La transition établira ce qui sera combattu et comment il le sera. Nous imposerons que l'école, la santé publique, la justice, l'économie, soient au premier rang des problèmes à résoudre durant la transition. Acceptons par avance que la résolution pourrait être une main de fer pour écraser la vermine. Nous avons un rôle à jouer pour la renaissance du Mali né des espérances du 22 septembre 1960. Identifions-le et jouons le.
 
 Professor Dialla Konate
 Department of Mathematics - Virginia Tech
 Mcbryde Hall #460
 Blacksburg, VA 24060 - USA

dkonate@stech.edu.ml 

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