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Mali : quelques points d'actualité par Dialla Konate

13 Juillet 2011 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

Chères sœurs et chers frères

Je suis terriblement désolé de continuer à être isolé du reste de la planète en raison du service Internet au Mali où la déclamation “Internet haut débit disponible partout” est une campagne mensongère.

En conformité avec notre rôle de vigie, en réponse à certaines qui m’ont été posées, je voudrais soulever ici quelques points à soumettre à notre sagesse collective. Nous avons pour rôle de soulever des questions que le citoyen ordinaire peut ne pas percevoir ou manquer de comprendre en les situant dans un contexte global. Je vous promets un document d’analyse un peu plus tard afin d’aborder dans le fond certaines des questions qui méritent un tour large allant au delà de l’actualité immédiate. Regardons donc quelques points d’actualité.

Premier point : le Mali et l’agressivité des pays émergents

Aujourd’hui notre combat de pacification de l’espace universitaire et de reconstruction de l’école malienne débouchera sur un échec si nous ne veillons pas à ce que soit valorisée l’expertise malienne et soit crées des emplois pour les jeunes

Cependant, chaque jour voit l’accumulation de faits que nous devons identifier et discuter. Certains de ces faits sont dangereux, insidieux, persistants et agressifs. Je m’intéresse ici en particulier à l’agressivité commerciale, industrielle et technologique des pays émergents. Peu de personnes y compris parmi nous sont conscientes du danger extrême que représente l’activisme des pays émergents de se trouver des marchés y compris, sans doute, au prix de la corruption (à laquelle hélas notre pays est si perméable). Cet activisme glouton est allié à trois supports qui le rendent extrêmement dangereux :

  • Ces pays émergents lorsqu’ils sont africains comme la Tunisie ou le Maroc ont des entreprises qui viennent, souvent, sous le couvert d’organismes internationaux comme la Banque Mondiale, l’Unesco, etc… pour installer, exécuter des projets dans lesquels l’expertise malienne existe mais est volontairement ignorée ou sous-estimée;
  • L’administration malienne étant devenue un grand bazar où tout se vend et s’achète fait de la présence des entreprises de ces pays émergents, qui aurait dû être, qui peut être, une grande opportunité de création de partenariats multiples stimulant pour tous les partenaires, y compris des partenaires maliens, un frein à la création d’emplois de haute valeur ajoutée au Mali;
  • Certains de ces pays émergents la Chine et l’Inde, en raison même de la nature bureaucratique de leurs pays discutent prioritairement avec les administrations des pays africains à l’exclusion des entreprises, personnes physiques et morales. Cela fait que les projets Chine-Mali, Inde-Mali, en raison du fait que ces pays apportent des crédits fournisseurs, des crédits acheteurs excluent très souvent l’expertise malienne en la reléguant dans des rôles qui sont ceux de fournisseurs d’une force de travail dont on a besoin de façon chaotique pour « boucher les trous ».

 

Soyons très clairs : personne ne peut douter de mon engagement auprès de pays émergents africains. Tout le monde sait, en particulier que la Tunisie est un pays  très spécial pour moi et pour lequel j’ai une attention que rien ne pourra amoindrir. Personne ne peut mettre en cause mon engagement pour la coopération internationale. Nos amis et frères marocains, tunisiens, nos amis indiens et turques, chinois doivent comprendre que leurs intérêts à long terme au Mali se confondent avec les nôtres et consistent à travailler en harmonie avec la valorisation de l’expertise malienne incluant la création d’emplois pour nos jeunes et non de glaner facilement des contrats arrachés dans les bureaux de l’administration malienne où de nombreux administrateurs sont devenus de vulgaires malfaiteurs corrompus travaillant pour leurs propres comptes. A ce stade, il est inutile que j’aille dans le détail des faits.

En raison de mes relations personnelles avec la Tunisie, j’ai estimé que mon rôle était d’alerter les autorités tunisiennes sur cette réalité qu’elles doivent comprendre malgré la pression sociale qui s’exerce sur elles et même, précisément, en raison de cette pression. J’ai donc récemment écrit aux autorités de ce pays que je considère comme le mien pour exposer mes griefs.

Second point : le rectorat et l’autonomie de l’université

Il s’agit d’un rappel. Nous avons été des avocats inlassables de l’autonomie de l’université. Ceci implique, en particulier, que le premier responsable d’une université, le Recteur au Mali, doit être sélectionné parmi les meilleurs dans le cadre d’un concours hautement discriminant. La récente nomination d’un nouveau recteur pour l’Université de Bamako (UB) était une bonne occasion pour le gouvernement de montrer sa bonne volonté d’appliquer les recommandations du Forum National de l’Education (FEN). Je répète ce que j’avais déjà dit et écrit à l’entrée en fonction du Professeur Amadou Diallo à savoir :

« J’espère que c’est le meilleur qui a été choisi. Mais dans la mesure où un recteur est choisi, de façon discrétionnaire et directement par le gouvernement, que voulez vous qu’il fasse d’autre, indépendamment de sa valeur intrinsèque, que de chercher à faire ce qu’il croit être le projet et la pensée du gouvernement. »

 Attention. Je ne dis pas que le projet et la pensée du gouvernement sont nécessairement mauvais. Je veux simplement recommander à un recteur d’être responsable devant sa mission universitaire plutôt que d’être à l’écoute des ordres politiques. Je lui recommande de suivre les instructions gouvernementales lorsqu’elles vont dans le « bon sens » et s’en écarter, sinon. Cette capacité de discernement de la part d’un recteur est hautement nécessaire dans la mesure où les instructions quotidiennes et intempestives du gouvernement visent à affirmer des positions politiques éphémères, par nature, alors que lui doit appliquer des mesures à valeurs pédagogiques et des mesures structurantes.

Nous saluons notre collègue le Professeur Amadou Diallo qui vient de voir sa mission arriver à son terme.  Tout en saluant la nomination au Rectorat du Professeur Salif Berthe, je réitère ma pensée ci-dessus. Comme nous l’avons fait par le passé, pour les recteurs, Professeur Cisse, Professeur Konate, Professeur Siby, Professeur Diallo, (en espérant n’avoir oublié personne), nous disons au Professeur Berthe que nous soutenons des idées, des actes qui servent l’intérêt de notre pays. Nous ne soutiendrons nulle femme, nul homme, nulle idée, nulle action si nous ne l’identifions pas comme étant favorable à l’éducation et aux attentes de nos populations. Si le Professeur Berthe s’avère être le redresseur qu’attend l’Université de Bamako en apportant des idées innovantes, progressistes, nous le soutiendrons. Autrement il n’aura pas notre soutien. Sa mission aura la durée de vie du gouvernement de mission qui lui confie également une mission. Nous ferons le bilan de son rectorat dans quelques mois. Il a un grand avantage : les problèmes sont connus, les solutions aussi. Les fautes à éviter sont également connues. Historiquement il a tout pour réussir sa mission. A lui de choisir.

Pour finir je ne peux me soustraire à une question qui vient de m’arriver alors que je corrige ce document. Elle est relative à un reportage vu récemment à la télévision et réalisé à l’occasion du lancement, par le gotha de la politique malienne rassemblé renforcé par Alain Madelin et une équipe venue de France, d’un projet du nom de « Sankore ». J’ignore tout de ce projet. Oui notre pays doit aller vers le progrès. En ce sens nous devons saluer l’initiative de M. Madelin. Mais tous ceux qui sont de notre métier d’éducateurs savent que la technologie est une graine qui ne peut être semée en toute circonstance et en tout lieu. Les discours spécifiquement politiques auto satisfaisant mais non convainquant des maliens présents dont notre très estimable collègue et frère le Professeur Salikou Sanogo, Ministre, et les envolées lyriques de M. Madelin ne feront pas pousser un arbre du savoir sur une surface impréparée et infertile. Bonne chance au projet « Sankore » ; le temps nous permettra d’en juger. Si on demande uniquement aux maliens d’en être des consommateurs ébahis, des spectateurs impressionnés et intimidés, alors, à titre personnel, ce projet ira rejoindre tant d’autres dans l’oubli. Je voudrais dire à mon frère le Professeur Salikou Sanogo que si « son projet Sankore » devait échouer il ne faudra pas en déduire que les maliens sont des gens stupides. C’est que son projet sera juste un projet de plus qui aura échoué. Il aura, simplement, été mal préparé et mal introduit dans notre pays. Je serai si heureux que tout ce monde, maliens et français réunis soient heureux. Qu’ils soient heureux en unisson avec les enseignants, les élèves, les parents et nous tous acteurs directs et indirects de l’école malienne.

Dialla Konaté

10juillet 2011

 

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