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occitan-touareg

Niger / Agadez / à propos de l'insécurité par le Gouverneur d'Agadez

3 Septembre 2010 , Rédigé par Papadoc Publié dans #Paix au NIGER

Monsieur le gouverneur (Colonel Yayé Garba), cela fait un peu plus d'un an que la rébellion armée qui a sévi dans la région d'Agadez a officiellement pris fin. Peut-on dire aujourd'hui que la zone est devenue sûre ?

La région a connu des conflits armés de 2007 à 2009. La médiation des autorités libyennes, dont nous saluons l'engagement au profit des populations nigériennes, a permis d'aboutir à des accords de paix qui ont mis fin à ces conflits.

gouvCependant, je voudrais rappeler que cette région, ainsi que l'Est du pays, a connu une première rébellion armée de 1991 à 1995. Des accords de paix avaient aussi permis d'y mettre fin, à savoir l'accord du 24 avril 1995 signé entre le gouvernement du Niger et la Coordination de la Résistance Armée (CRA) à Niamey, suivi de deux accords additionnels signés respectivement le 28 novembre 1997 à Alger et le 21 août 1998 à N'Djamena. Ces accords, bien que n'ayant pas permis d'enrayer totalement l'insécurité résiduelle, ont néanmoins fait renaître l'espoir d'une situation de plus en plus apaisée, devant permettre la relance progressive des actions de développement dans la région. Ceci, pour dire que la situation d'insécurité remonte à près de deux (02) décennies. Mais le plus important est que tous les acteurs ont pris conscience de la nécessité d'un retour définitif à la paix. Ainsi, les Forces de Défense et de Sécurité, dont je salue le professionnalisme, ont toujours déployé tous les moyens pour contenir la situation dans le respect des lois de la République et des droits humains. Aujourd'hui, les ex-combattants des ex-fronts fustigent eux aussi cette situation entretenue par des bandits armés isolés. De même, les populations ont compris que la sécurité est l'affaire de tous et que chaque citoyen doit s'y impliquer. La sensibilisation que nous menons dans ce domaine commence à porter ses fruits et cela est réconfortant. N'oublions pas aussi que toute la bande sahélo-saharienne est concernée par un autre phénomène d'insécurité. Nous suivons de près les possibilités d'actions sur notre territoire. Comme je le disais tantôt, les Forces de Défense et de Sécurité ont les moyens et la volonté de faire face à cette situation. Cependant, elles ont besoin du soutien et de la franche collaboration des populations. Depuis le 3 juillet passé, nous avons lancé les opérations de déminage dans le massif de l'Aïr. Les éléments du génie militaire seront renforcés très bientôt par des ex-combattants et aussi par de nouvelles équipes formées à Niamey par la Commission Nationale de Collecte et de Contrôle des Armes Illicites sur financement du PNUD. Donc, on peut aujourd'hui affirmer que la situation évolue positivement et il y a de quoi en être optimiste. Les actes isolés de banditisme ne doivent plus empêcher de mener des activités normales dans la région.

Qu'en est-il des actions prévues dans le cadre de la réinsertion socio-économique des ex rebelles ?

A propos de l'accord historique du 24 avril 1995 signé à Niamey et des accords additionnels, l'Etat du Niger a respecté ses engagements, notamment avec l'intégration d'ex-combattants au sein de tous les corps des Forces de Défense et de Sécurité, à la Fonction Publique et dans les établissements scolaires pour les plus jeunes. Il y avait des projets mis en œuvre par des partenaires comme le projet Paix Aïr Azawak initié par le PNUD qui avait financé des projets de développement au profit des ex-combattants ou de leurs veuves. Malgré tout, nous convenons qu'il y avait eu des insuffisances dues à des promesses non tenues. Pour les derniers accords de paix obtenus avec la médiation des autorités libyennes, ce processus n'a pas été spécifié, mais comme toujours, les autorités nigériennes respecteront tous les engagements pris. Déjà il y a plusieurs actions qui sont en vue et qui vont être initiées au profit des ex combattants.

Est-ce qu'il y a maintenant une amélioration en vue au niveau des différents domaines du secteur économique de la région, qui ont subi pendant plus de deux (02) ans le contrecoup de l'insécurité ?

J'ai évoqué tantôt la situation sécuritaire de la région qui perdure depuis près de deux (02) décennies. Aussi, vous savez que notre région est une zone à vocation pastorale. L'économie est basée sur le tourisme, l'artisanat, les cultures maraîchères, les retombées de l'exploitation minière et les échanges commerciaux. L'insécurité résiduelle a provoqué une réelle perturbation de toutes ces activités socio-économiques, ceci au détriment des populations. C'est dire que l'économie de la région ne saurait être relancée sans une véritable réinstauration de la confiance et de la sérénité, condition indispensable pour une bonne marche des actions que nous avons entreprises et de celles que nous envisageons de mener. Il faut impérativement enrayer l'insécurité afin que le tourisme puisse reprendre. La reprise du tourisme relancera l'artisanat, l'hôtellerie et les agences de voyage. L'exploitation rationnelle des cultures maraîchères sécurisera aussi toutes les populations dans le massif de l'Aïr. Le chômage des jeunes peut être résorbé à travers l'exploitation minière et les échanges commerciaux avec les pays voisins. Mais il est impératif d'assurer au préalable la libre circulation des personnes et des biens.

La dernière édition de la cure salée remonte à septembre 2006. Est-ce qu'on peut espérer, Monsieur le Gouverneur, la reprise, cette année, de cet événement culturel d'envergure internationale qu'abrite la région d'Agadez ?

Effectivement, depuis septembre 2006, la cure salée, qui est un événement culturel important pour la région, n'a pas eu lieu. La suspension de la cure salée était due à la même situation que j'évoquais tantôt. Mais cette année, grâce à Dieu, le Tout Puissant et le Miséricordieux, le gouvernement compte l'organiser à Ingall. Nous avons déjà pris des dispositions, au niveau de la région, pour mettre en place un comité d'organisation qui est à pied d'œuvre. Aussi, des rencontres avec les populations locales ont fait ressortir leurs préoccupations par rapport à l'essence même de la cure salée qui est de plus en plus perdue de vue. Dans le même ordre d'idées, la valorisation de la culture régionale devrait être le thème central des manifestations, sans aucune exclusive. Donc nous sommes entrain de chercher à rénover la cure salée afin que ces populations puissent s'y retrouver. Il est important de chercher à faire oublier les erreurs du passé et de créer les conditions d'une confiance totale entre l'Etat, à travers ses démembrements, et les populations locales.L'ouverture de nouveaux chantiers d'exploration d'uranium, en plus des mines déjà exploitées dans la région d'Agadez, suscite beaucoup d'espoir, notamment sur le plan économique. Monsieur le Gouverneur, comment appréciez-vous ces perspectives qui s'annoncent ?Actuellement, tous les espoirs sont permis de voir un regain de l'activité économique dans la région. En effet, en plus du projet minier IMOURAREN S.A. qui est en cours d'installation, il y a également la Société des Mines d'Azélik (SOMINA). Le premier chantier dépend d'Areva et le second est une compagnie chinoise. Mais en plus des sociétés déjà installées, il y a plusieurs autres en phase d'exploration dans le domaine de l'uranium comme celui du pétrole. Nous ne pouvons qu'accueillir favorablement ces heureuses perspectives qui s'annoncent pour la région. Nous sommes optimistes pour enrayer définitivement l'insécurité résiduelle qui a ralenti l'installation de ces sociétés et les autres secteurs de la vie économique. Ces sociétés vont s'installer au fur et à mesure pour commencer l'exploitation sur leur permis. Ce qui suscite beaucoup d'espoir, même au-delà de la région, sur le plan économique mais aussi social en créant des emplois pour solutionner l'épineux problème du chômage des jeunes qui est un fléau à l'échelle nationale. Nous avons espoir qu'enfin, les ressources du sous-sol permettront de contribuer à lutter contre la pauvreté dans le pays en général.

Il y a un an, le premier septembre 2009 précisément, la ville d'Agadez a connu la pire inondation de son histoire. Où en est-on en ce qui concerne la gestion des conséquences de ce fléau qui a causé la mort de trois personnes et dévasté une grande partie de la ville ?

On se rappelle effectivement que dans la nuit du 1er au 2 septembre 2009, cinq communes dont Tabelot, Tchirozérine, Dabaga, Agadez et Ingall ont été victimes d'inondation, touchant 13 603 ménages dans la région. Je voudrais tout d'abord remercier, au nom de toutes les populations sinistrées, tous nos compatriotes ainsi que les sociétés, les ONG et les associations nationales et internationales qui se sont mobilisés pour leur porter assistance. Il y avait eu une mobilisation générale des autorités à tous les niveaux pour atténuer les conséquences de ces événements. L'esprit de solidarité s'est manifesté sur l'ensemble du territoire national. Immédiatement après le sinistre, un comité régional ad hoc chargé de la gestion des inondations a été créé en vue d'assister les populations touchées sous l'autorité du gouverneur en poste à l'époque. Ce comité, dont je salue l'engagement patriotique de tous les membres, a continué à assister ces populations jusqu'en avril 2010, alors que la phase d'urgence était initialement de trois (03) mois à compter du 1er septembre 2009. Le comité avait procédé de prime abord à un recensement général des sinistrés avec l'appui des ONG internationales et à l'identification des parcelles situées dans l'emprise du Kory Eghazar Midiran qui traverse la commune urbaine d'Agadez. Les listes ainsi établies ont fait l'objet d'un consensus et ont servi de base à toutes les opérations effectuées (distributions de parcelles, appuis financiers, soutiens divers). Plusieurs opérations de distributions gratuites de vivres, d'eau potable et de produits divers ont été effectuées de même qu'un suivi sanitaire permanent.

Qu'en est-il du processus du recasement des sinistrés?

Dix (10) mois après les inondations, le processus de recasement des sinistrés suit son cours. Le comité a réalisé 1.300 parcelles dans ce cadre, qui sont réparties sur quatre sites. Au total, 959 parcelles ont été attribuées dont 123 ayant fait l'objet de travaux de construction de latrines par la Croix Rouge française. L'attribution des 341 restantes est en cours. Il faut aussi ajouter qu'une extension de 455 parcelles est en cours sur deux (02) des sites. Il est important de préciser que les deux (02) principaux critères retenus pour l'octroi des parcelles sont la compensation pour les propriétaires fonciers installés dans le lit du Kori et la vulnérabilité.Les travaux de construction des logements ont démarré avant la saison des pluies sur les quatre (04) sites. Un appui financier et matériel a été apporté par l'ONG HELP au profit de 238 ménages sélectionnés en fonction de leur degré de vulnérabilité. L'adduction d'eau sur les sites démarrera incessamment car toute la procédure de financement par l'Agence Française de Développement (AFD) est bouclée. L'électrification et les infrastructures sociales de base font l'objet de requêtes en cours. Je voudrais aussi préciser que 1888 ménages ont bénéficié tout récemment d'un appui financier de la part du comité Ad hoc pour une enveloppe globale de 488 200 000 F. Certains bénéficiaires des parcelles sont déjà installés dans leurs nouvelles maisons. Nous veillons à ce que tout ce qui est destiné aux sinistrés leur parvienne effectivement. Des activités génératrices de revenus vont très bientôt être mises en œuvre en leur faveur sur financement du PNUD et exécutées par l'ONG Help. Ces AGR sont un moyen de stimulation de la motivation et de l'intégration de ces populations dans des projets de développement. En ce qui concerne la sécurisation des communes le long du Kori Telwa, des travaux sont déjà effectués ou en cours. La reprise de la digue de protection de la commune urbaine d'Agadez est déjà terminée. Les travaux ont été exécutés par le Génie militaire sur financement d'Areva à hauteur de 60.000.000 de francs CFA. Le traitement des berges du Kori Telwa est également en cours sur financement du Fonds Européen de Développement (FED) pour un montant de 367 821 510 francs sans les frais de suivi. Donc on peut dire à ce stade que plusieurs actions de soutien ont été réalisées ou sont en cours au profit des sinistrés, mais aussi pour sécuriser globalement toute la population de la zone concernée contre ce genre de fléau.

Un autre sinistre, la crise alimentaire, a frappé le Niger cette année. Quelle est l'ampleur de cette crise au niveau de la région d'Agadez et est-ce que les secours sont à la hauteur de la situation?

La région d'Agadez n'a pas été épargnée par les conséquences de la mauvaise saison d'hivernage 2009 avec un déficit céréalier de l'ordre de 87 361 tonnes et un bilan fourrager déficitaire de l'ordre de 213 037 tonnes de matières sèches. Cette situation est venue accentuer l'état de précarité des populations qui subissaient déjà les effets de l'insécurité résiduelle et les conséquences de l'inondation du 1er septembre 2009. Toutefois, elles ont bénéficié d'un appui conséquent de la part de l'Etat ainsi que d'autres partenaires et ONG. En plus de la distribution gratuite, il y a eu des opérations de vente à prix modérés et à prix étudiés. Actuellement, les vivres sont disponibles dans tous les points de vente. Compte tenu de l'éloignement de certaines localités, nous avons multiplié au maximum ces points de vente afin que les populations puissent être servies le plus près possible de leur résidence. Précisons qu'au titre des actions menées dans le cadre du plan de soutien aux populations vulnérables, la région a bénéficié de 4913,596 tonnes de vivres au cours de la première phase, réparties comme suit : Areva 830 tonnes, CCA 19 tonnes, don Libyen 35 tonnes, don OCI 400 tonnes, don Burkina 53,4 tonnes, CICR 3576,196 tonnes. Dans le même cadre, 938 tonnes de vivres ont été vendues à prix modérés, après quoi la vente à prix étudiés se poursuit. Pour le cheptel, au total 1854 tonnes d'aliment bétail en don et en vente à prix modérés ont été cédées. Comme mesures d'accompagnement, il y a eu des opérations de cash for work pour un montant total de 27 500 000 francs CFA, des opérations de blanket feeding pour 22 847 enfants et un déstockage de 19 460 petits ruminants par le CICR évalué à 343 000 000 francs. Actuellement, le 2ème tour de la distribution gratuite ciblée de vivres est en cours ; pour ce second tour, la région a bénéficié de 1265 tonnes provenant de la CCA et 1830,18 tonnes dans le cadre de l'opération blanket feeding pour 22 447 enfants. Toutes ces opérations se sont effectuées à la grande satisfaction des populations. Je profite de l'occasion pour exprimer, en leur nom, toute notre gratitude au Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie et au gouvernement de la Transition, ainsi qu'à tous les partenaires, ONG et sociétés pour ces gestes louables en ces moments particulièrement difficiles. Mais, le plus important est qu'il n'y a pas eu de rupture de stocks des vivres sur les points de vente et nous veillons pour qu'il y ait un meilleur suivi sur le terrain.

sur  le sahel


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