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Niger/Agadez/ Mohamed Anako : la décentralisation n'est pas encore une réalité

13 Octobre 2012 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #Paix au NIGER

Monsieur Anako, la décentralisation est-elle une alliée dans ce processus ?
Oui, mais la décentralisation a encore besoin de devenir une réalité. Les transferts de compétences ne sont pas effectifs, ni les transferts financiers, notamment en ce qui concerne les redevances minières : à ce jour, les communes comptent plusieurs années d'arriérés. Les régions n'ont pratiquement pas de ressources. Et la plupart des projets restent pilotés depuis Niamey.

ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL D'AGADEZ, MOHAMED ANAKO : DONNER AUX JEUNES UN METIER PLUTOT QUE DE L'ARGENT

Écrit par  Ibrahim Manzo Diallo, Ado Youssouf et les équipes PNUD et Unicef

Mohamed AnakoL'Instrument de Stabilité a commencé à être mis en œuvre au Nord du Niger. Etes-vous satisfait ?
Je suis très satisfait que les projets débattus depuis de longs mois entrent désormais dans la phase de concrétisation. Nous avons reçu beaucoup de missions de l'Union européenne, en préparation de ce programme. Ils ont parlé avec les jeunes, les notables, les ex-combattants, les autorités.

Et finalement, l'Instrument de stabilité régional a mis l'accent sur la jeunesse car c'est elle qui est la proie de tous ces phénomènes : islamisme, drogue, banditisme, chômage. Comment réinsérer ou insérer ces jeunes dans le tissu socio-économique du pays ? C'est tout le défi et c'est tout notre souhait. Il faut enseigner aux jeunes des métiers plutôt que de leur donner de l'argent. Le colonel Kadhafi a distribué des milliards et ça n'a rien donné, ça n'a servi à rien.

L'un des premiers projets à voir le jour est celui de la formation de 253 jeunes policiers municipaux. Quelles sont les prochaines étapes?
Ces policiers municipaux seront affectés auprès des 15 communes du Nord. Mais il faut poursuivre les efforts, donner un statut clair à ces agents et voir comment l'Union européenne peut les accompagner le temps que les communes pérennisent ces emplois. Dans les communes les plus reculées, où il n'y a pas de représentants des forces de défense et de sécurité, il faut prévoir un armement pour ces policiers ou ils risquent de se faire attaquer.

Sécurité et jeunesse sont-ils aussi à l'agenda du volet consacré au déminage ?
Sur ce volet, la Commission Nationale de Collecte et de Contrôle des Armes Illicites est en train de faire du bon travail : 45 nouveaux agents de déminage ont été identifiés dans les communes. Il s'agit d'ex-combattants qui vont travailler aux côtés des démineurs, notamment pour les aider à repérer les emplacements minés pendant la rébellion. Il faut recruter ces jeunes pour qu'ils soient utiles, leur donner un salaire pendant ces quelques mois puis les orienter vers un autre secteur d'activité. Une enveloppe importante est également prévue pour les travaux à haute intensité de main d'œuvre mais ce n'est pas, pour nous, l'axe le plus intéressant, car il s'agit davantage d'un genre d'aide sociale qui ne règle pas le problème de fond : former et mettre la jeunesse au travail, de manière durable.

Quels sont, à votre avis, les domaines d'avenir pour les jeunes de la région Nord ?
Les jeunes du Nord sont en train de s'intéresser au travail de la terre, au jardinage et à l'élevage. Beaucoup sont revenus au village et s'essayent à ces activités, qui leur permettent de vivre dans leur milieu social. Au même titre qu'on l'a fait pour les retournés de Libye, il faut qu'on accompagne ces jeunes dans la culture de l'oignon et de la pomme de terre. Il faut aussi former des négociants, des commerçants, des transporteurs, pour bâtir une vraie filière. Les coopératives de production, elles, sont déjà là.
Dans ce contexte international difficile, êtes-vous optimiste ?
Je suis optimiste parce que chez nous, dans la région d'Agadez, ça fait presque deux ans que nous travaillons d'arrache-pied au retour de la sécurité, à la consolidation de la paix. C'est une réalité : le petit banditisme n'existe presque plus à Agadez. Ne demeurent que le grand banditisme international qui traverse le Niger et toute la région. Les populations adhèrent à notre vision mais il faut que les choses avancent, que les perspectives se dessinent et progressent vite, plus vite.

La décentralisation est-elle une alliée dans ce processus ?
Oui, mais la décentralisation a encore besoin de devenir une réalité. Les transferts de compétences ne sont pas effectifs, ni les transferts financiers, notamment en ce qui concerne les redevances minières : à ce jour, les communes comptent plusieurs années d'arriérés. Les régions n'ont pratiquement pas de ressources. Et la plupart des projets restent pilotés depuis Niamey. Pourtant, la décentralisation sera un facteur important de la restauration de la paix, car elle permettra aux communautés de gérer elles-mêmes bien des aspects de la vie publique, prévenant ainsi beaucoup de frustrations.

sur lesahel.org

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