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occitan-touareg

Niger-Entretien avec Mohamed Anako

26 Janvier 2010 , Rédigé par Papadoc Publié dans #En direct de KOUTOU KALE

Entretien avec Mohamed Anako Haut Commissaire à la Restauration de la Paix : “ Il n’y a pas eu des accords avec les fronts armés ”

Tous les fronts armés ont déposé les armes. Pouvons-nous savoir le contenu des accords qui ont conduit à cette reddition ?
  anako.jpgJe rappelle qu’il n y a pas eu des accords avec ces fronts. C’est plutôt un retour au pays. Parce que toutes les revendications qu’ils avaient posées en 2007 ont trouvé des solutions ces trois dernières années. Je commencerai d’abord par la répartition équitable des richesses minières avec la loi qui octroie 15% de revenus aux communes où sont exploitées les richesses. Au niveau de l’emploi la main-d’œuvre est recrutée localement. Il suffit seulement de répondre aux critères de recrutement. En matière de développement, l’Etat du Niger est en train de changer sa politique. Nous avons plusieurs partenaires qui sont en train de faire des recherches dans le domaine uranifère et pétrolifère. Si d’ici 3 voire 5 ans, la stabilité revient une fois pour toute dans ce pays, je pense que ce genre de problème ne va plus se poser. Il y a eu en 2000 la cérémonie de la « Flamme de la paix » qui marquait la fin de la rébellion armée au Niger.
Et pourtant, sept ans après, le pays a connu une résurgence de la rébellion. Pensez-vous que cette fois ci, la hache de guerre est définitivement enterrée, que le pays connaîtra une paix durable ?
  La paix durable est relative. Il faut que tous les fils de ce pays croient au développement du Niger. Si dans un pays, la jeunesse est désespérée, il va sans dire que les gens prendront les armes pour faire entendre leurs revendications. Mais aujourd’hui, je pense qu’il y a des objectifs clairs, l’Etat du Niger a mis un accent particulier sur cette jeunesse. Il y a des perspectives qui s’ouvrent à nous comme l’or, l’uranium, et le pétrole. En ce qui concerne la nouvelle rébellion qui a sévi ces trois dernières années, je dirai que c’est la conséquence directe de la mauvaise gestion des accords de paix antérieurs. Mais tout cela était lié à la réticence et à la timidité des partenaires qui nous ont accompagnés dans cette démarche. Les moyens n’ont pas été rapidement mis à la disposition des différentes parties. Il faut reconnaître que les moyens ont manqué pour mettre en œuvre certaines clauses comme le développement des zones qui ont été touchées par les conflits. C’est un programme qui demande beaucoup d’argent dans son exécution. Je rappelle qu’à l’époque de la signature de ces accords de paix, le Niger était sous embargo. Même les salaires des fonctionnaires n’étaient pratiquement pas payés. Il a fallu attendre presque 10 ans pour appliquer certaines clauses comme la réinsertion socio-économique des ex-combattants. Bref, tout cela pour vous dire que pour avoir une paix durable dans cette région, il faut mettre les moyens nécessaires pour résoudre les problèmes de développement qui reviennent chaque fois dans les revendications des factions armées.
Il y a quelques jours des ex-combattants issus de ces nouveaux fronts ont manifesté leur mécontentement à Agadez. Ils réclamaient des sommes d’argent qui devraient leur être versées…
   D’abord je vous dis au niveau du gouvernement du Niger, il n’y a pas eu des promesses d’argent qui ont été faites aux ex-combattants. Nous n’avions pas pris des engagements. Nous avions tous simplement rassurés les uns et les autres qu’ils ne seront pas inquiétés une fois de retour au pays. Cependant, il y a le facilitateur, notamment la Libye qui a pris des engagements à les appuyer financièrement pour permettre leur insertion sociale. Des sommes d’argent ont été octroyées aux différents fronts. Si les fronts ont mal géré ces ressources jusqu’à ce qu’il y ait des problèmes, je pense que cela relève de leur responsabilité. Nous ne pouvons pas nous ingérer dans la gestion des fronts qui sont autonomes. Comme tout autre nigérien, on a appris qu’il y a eu des mécontentements. Maintenant, il revient à l’Etat de sécuriser la région. Certes les gens ont remis les armes, mais il faut aussi penser à contrôler la circulation des armes illicites dans cette zone, surtout en cette période où dans la zone nord sahélienne, l’on parle de plus en plus de la présence des terroristes, notamment de la branche maghrébine d’Al-Qaïda. L’Etat ainsi que les partenaires au développement du Niger et tous ceux qui sont soucieux de la sécurité dans cette région doivent s’invertir pleinement afin d’empêcher à ces terroristes et ces trafiquants de drogue, dont on parle tantôt dans la zone, d’utiliser ces jeunes pour d’autres fins. Et pour cela, le gouvernement doit dans un délai assez raisonnable trouver une occupation à cette jeunesse.
* Mohamed Anako, actuellement Député national, nous a accordé cette interview, il y a quelques jours, en tant que Haut Commissaire à la Restauration de la Paix. Propos recueillis par Souleymane Maâzou
sur medianiger.info

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