Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
occitan-touareg

occitanie - revue Lo Lugarn : n°106 en ligne

29 Octobre 2012 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #occitanie

Le nouveau numéro (106) de la revue du Parti de la Nation Occitane est en ligne. Le téléchargement est gratuit. Les articles de cette revue sont en fonction des auteurs, en français ou en occitan. Seul l'éditorial est écrit dans les deux versions graphiques de notre langue occitane, la graphie dite "classique" et la graphie dite "mistralienne" et il est traduit en français.

 

Catalanisme global par Philippe Bonnet

lo lugarn 106. Chaque année depuis 1980, les Catalans fêtent le 11 septembre comme journée nationale de Catalunya : la Diada. Cette année, les militants indépendantistes, les observateurs avertis et les médias pressentaient tous que la puissance de ce mouvement revendicatif serait sans précédent. Une délégation du PNO s’organisa pour faire le déplacement à Barcelona et manifester aux côtés de nos frères catalans. Je faisais partie de cette délégation. Le point de ralliement était un hôtel de Terrassa, à une vingtaine de km de Barcelona. J’arrive la veille au soir, le 10 septembre à Lleida, je feuillette quelques journaux : à n’en pas douter le lendemain promet d’être historique. Le mot d’ordre catalan « Catalunya, nou estat d’Europa » (Catalogne, nouvel état d’Europe) est sans équivoque sur la position indépendantiste de ce rassemblement. Je lis une série d’interviews réalisées auprès de la population lleidatana et de certains élus : beaucoup déclarent qu’ils manifesteront à Barcelona. Certains regrettent même de ne pouvoir se rendre dans la capitale catalane car les bus sont déjà complets. Le maire de Lleida annonce qu’il sera à Barcelona. La « marxa » (marche) s’annonce énorme. Le lendemain, je me rends à Terrassa, lieu du rendez‐vous des membres du PNO. Des centaines de fenêtres arborent le drapeau catalan et l’ « estelada », le drapeau indépendantiste étoilé. Je croise plusieurs voitures bondées de jeunes laissant flotter, à travers les rues, la bandièra aux quatre barres couleur sang. L’ambiance est celle d’une victoire à l’issue d’un match. Au fur et à mesure que l’heure avance, des petits groupes « habillés » des mêmes drapeaux se mettent en marche. Ces groupes, à la force tranquille, sont composés tantôt d’adolescents d’une dizaine ou d’une quinzaine d’années, tantôt d’adultes ou de familles entières avec parents enfants et même bébés. Je retrouve les amis du PNO et notre guide catalane Assumpció. On discute, on se réparti les drapeaux occitans, les drapeaux du PNO, la banderole et les pancartes, on s’achemine vers la gare à bord de plusieurs taxis que l’on a « réquisitionnés». J’appelle un ami qui est déjà dans Barcelona, il m’informe : « il y a beaucoup de monde, ça fait peur ! ». On déjeune, on embarque dans le train pour Barcelona. Il est comble, on n’a pas de places assises, on reste debout au milieu d’une forêt catalane de drapeaux, de hampes et de tee‐shirts aux slogans revendicatifs. On descend du train. On suit le courant. Dehors il y a pléthore de groupes, du monde à perte de vue. Les troupes indépendantistes sont en attente. Le départ de la manifestation est prévu dans deux heures. Notre délégation occitane s’engouffre dans une avenue, drapeaux hissés et pancartes brandies à bout de bras. Et c’est la surprise. Les Catalans nous observent un instant, puis se hasardent à des commentaires « ce sont des Occitans », certains ne comprennent pas instantanément d’où l’on vient, ils se font expliquer, ils lisent les pancartes judicieusement préparées par notre ami Jean‐Luc Granet « Catalans, Occitans, solidaritat », « Catalunya, Occitania independents », « Catalans, Occitans, junts per la independencia », c’est alors un déferlement communicatif d’applaudissements, de remerciements, de signes amicaux, de mitraillages d’appareils photos et ainsi tout le long du chemin. On nous questionne aussi. L’ambiance est fusionnelle. J’élève ostentoirement l’une des pancartes. J’en suis fier mais presque gêné. On avance telle une ambassade au travers d’une haie d’honneur. A un moment j’entends « Visca la llengua d’oc ». L’émotion est déjà démesurée, à l’image de cette journée, alors que la manifestation n’a pas encore commencé. Petit à petit la foule se resserre, on se retrouve au coeur d’un croisement, des fleuves humains y convergent charriant des vagues d’esteladas. Je regarde à l’avant, je ne vois pas le début du cortège, je regarde à l’arrière, la queue est sans fin, dans les avenues adjacentes c’est le même scenario. On est immobilisé. Le temps paraît long. Peut‐être une heure. Toutes les tranches d’âge sont réunies mais je suis frappé par la présence majoritaire des jeunes participants. Je n’ai jamais vu autant de monde. Plus tard on apprendra que nous étions 1 500 000 manifestants, certaines sources avancent le chiffre de 1 800 000 ; c’est la manifestation la plus grosse de l’histoire de la Catalogne. L’ambiance monte. Le peuple scande des slogans indépendantistes, on les formule à notre tour. Enfin le fleuve catalan commence à s’écouler, on démarre. On avance lentement. Notre petite délégation occitane est portée par la puissance du mouvement. On fait partie du mouvement. On est le mouvement. Tout est géant : le peuple, les castellers : ces pyramides humaines, les géants de carton pâte, les drapeaux, une banderole « Independencia » suspendue verticalement sur la façade d’un immeuble dont chacune des lettres mesure au moins deux mètres de haut… On avance, on est conscient que cette journée est historique, et toujours le leitmotiv des clameurs indépendantistes. On avance durant deux heures environ. Le message est fort. A chaque rencontre d’un drapeau espagnol sur un bâtiment officiel, la foule entonne : « fora, fora la bandera espanyola, fora fora la bandera espanyola ». On avance toujours. On aperçoit des amis catalans membres du PNO : Xavier et son épouse. Je pense à l’Occitanie, à sa situation en grand décalage avec les évènements que je suis en train de vivre. On n’est pourtant qu’à 200 km du sol occitan. Les Catalans sont dans le vrai, ils sont portés par le courant de l’histoire, l’histoire de l’émancipation des nations sans états. Les Catalans gagneront probablement bientôt leur indépendance. D’autres suivront, peut‐être les Écossais. Les Occitans, eux, sont restés sur la berge, pour l’instant. Je pense à Robert Lafont et à son concept d’occitanisme global. Il avait compris la nécessité de dépasser l’occitanisme culturel et d’investir l’occitanisme politique. C’était une belle avancée. Mais les catalans sont la preuve que l’autonomie prônée par les « lafontistes » est insuffisante. Tant qu’une nation n’a pas son propre état, elle est soumise au bon vouloir de l’état « « étranger » qui la domine et l’embastille. C’est l’exemple du Tribunal constitutionnel espagnol qui a raboté en 2010 le statut d’autonomie catalane. La situation idéale pour tout peuple est la liberté culturelle, économique, fiscale et politique. Je me souviens de la déclaration de ce jeune catalan : « je vais à la manifestation car je ne trouve pas de raison d’être dépendant ». Le catalanisme global passe par l’indépendantisme. L’occitanisme devra trouver cette voie ou bien il se sclérosera. Une fois de plus, les Catalans nous ont montré le chemin, avec panache, ce 11 septembre 2012.

Moltes gràcies.

 télécharger le n°106

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article