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occitan-touareg

sur "la situation de l'économie internationale" par Dialla Konaté

17 Décembre 2009 , Rédigé par Papadoc Publié dans #TRIBUNE LIBRE

Un regard sur l’économie internationale entrain de se faire

Décembre 2009

Comment se caractérise la situation de l’économie internationale ?

Pour lutter contre la crise, les principaux pays du monde se sont concertés et ont mis en place essentiellement des dispositifs nationaux qui, il est vrai, sont sans cesse harmonisés. On peut retenir de ces dispositifs qu’ils reposent sur : un principe, une technique et une astuce.

Le principe est keynésien. Il s’agit de faire intervenir l’Etat. Dans l’acceptation de ce principe, tout le monde fut d’accord. Keynésiens et néolibéraux, français et anglo-saxons. A l’écart de tout dogme. L’accord a été que les gouvernements apportent de l’argent frais aux institutions financières en perdition. C’est sur la forme d’apporter cette aide que les divisions se sont manifestées. L’administration Bush à la suite des néolibéraux a souhaité apporter de l’argent sous forme de prêt. C'est-à-dire que l’administration Bush, en héritière de l’administration Reagan, a acheté les dettes et laissé les gains dans des mains privées. Ainsi l’administration Bush a nationalisé les pertes et privatisé les gains. L’administration Obama, en revanche, a préféré apporter les fonds sous la forme d’une participation au capital des banques. De ce fait, Obama a également nationalisé les pertes mais a, aussi, nationalisé les gains.

La technique est l’aggravation du déficit budgétaire. De ce fait aujourd’hui, à part la Chine dont le plan de relance a utilisé une partie estimable (presque 1000milliards de dollars US) de son énorme matelas de devises pesant plus de 3000milliards de dollars, tous les autres principaux pays sont, depuis, sortis de la zone de bonne gouvernance budgétaire délimitée par les deux seuils que sont le seuil du déficit budgétaire soutenable et le seuil de la dette publique soutenable. Le déficit budgétaire pour une année de bonne gouvernance doit être inferieur à 3% du PIB ; la dette publique cumulée d’un pays bien gouverné à un moment donné est supposée être inférieur à 60% de son PIB. Le déficit de la France a atteint 7,7%PIB et sa dette publique a dépassé 74%. Cette dette pourrait aller au delà de 80% ce mois-ci à la faveur de nouveaux emprunts publics. Les chiffres correspondants pour les Etats-Unis sont de 9%PIB et 109%PIB.  Mais du fait que sa monnaie est internationale, les Etats-Unis font financer leur dette par le reste du monde, par la Chine en particulier. Par l’Inde aussi. Avant la crise, la configuration du monde était que les Etats-Unis, dans l’économie internationale, était l’unique agent qui devait, à la fois,  beaucoup d’argent à chacun et chacun lui devait également beaucoup d’argent.  La crise a fait qu’il y a désormais dans l’économie internationale, peut-être de façon transitoire, deux pays dominants que sont la Chine et les Etats-Unis. Les Etats-Unis demeurent le pays qui doit beaucoup d’argent au reste du monde. La Chine est devenue le pays auquel le reste du monde doit beaucoup d’argent.

L’astuce est la multiplication de la rentabilité financière Tous les pays développés ont poussé leurs taux d’intérêt vers zéro. Cela accroit la rentabilité financière et provoque la création de richesse à une vitesse deux fois supérieures. De façon simple si on appelle « re » la rentabilité économique, « rf » la rentabilité financière et « ti » le taux d’intérêt alors en abaissant le taux d’intérêt à zéro, chaque franc apporté à une banque accroit sa rentabilité financière qui s’écrit : rf= re +(re-ti). Si ti=0 alors rf=2re. Voila l’astuce. Elle s’appelle « l’effet de levier ». En multipliant ainsi la rentabilité par deux, les pays développés ont regagné en peu de mois les ressources financières colossales perdues dans la crise. Mais ils ont aussi, par cette astuce,  crée la menace de l’inflation. L’inflation n’est pas encore apparue comme une menace réelle.

Ce déficit généralisé est-il un problème à terme ?

Il existe deux sortes de déficits. Le déficit structurel et le déficit conjoncturel. Le premier type est le cas d’une économie nationale mal structurée dont le fonctionnement ne peut assurer un développement durable à ses agents nationaux. Ce cas est grave et est celui de la plupart des pays africains dont le Mali. Un déficit conjoncturel n’est pas grave il est passager. Il existe quatre critères permettant de juger de la capacité d’une économie à surmonter ses déficits.

Ces critères sont :

(1) la capacité à innover par la recherche-développement ;

(2) la capacité à soutenir son appareil de production par l’existence d’un mode de financement sain ;

(3) la capacité à accroitre la productivité via la disponibilité de ressources humaines de qualité ;

(4) la disponibilité de centres d’éducation et de formation performants, flexibles, réactifs, produisant ces ressources humaines.

De façon évidente les principales économies tirant l’économie internationale vérifient ces quatre critères.

La sortie de crise ; la naissance d’un monde nouveau

Pour le court terme, les déficits créés n’ont donc pas encore engendré un mouvement inflationniste. Mais à court et à long termes ? A moyen et à long termes la menace inflationniste demeure à moins que l’économie mondiale n’utilise ses moyens de production actuels, ses capacités intellectuelles, pour créer des biens qui permettront d’accroitre la consommation et d’améliorer les conditions de vie de toutes les populations. Ce nouveau cycle de consommation en vue basé sur des produits n’existants pas encore, est ce qui va créer un nouveau cycle vertueux pour l’économie internationale, qui va absorber le surplus financier qui s’accumule et éviter au monde le monstre de l’inflation.

C’est pour créer ces biens nouveaux que tous les pays développés sont entrain de lancer des projets de financements de la recherche scientifique afin que dans les années à venir, l’intelligence humaine crée un monde nouveau caractérisé par des réalités et des biens nouveaux.   La France va consacrer l’essentiel des 35milliards d’Euros de son emprunt public lancé par le Président Sarkozy le 15 décembre 2009 à la recherche universitaire et à l’innovation technologique. Durant le siècle dernier l’apparition de l’avion a multiplié les déplacements, stimulé le commerce. L’apparition de l’automobile, du téléviseur, du téléphone, de la machine à laver, de l’aspirateur, et, récemment, du four a micro-onde, de l’ordinateur, etc… ont totalement transformé la société humaine. Ceux qui ont les moyens financiers de bénéficier de ces inventions vivent mieux aujourd’hui qu’il y a 100 ans ou même qu’il y a 10 ans. Les solutions adoptées pour sortir de la crise actuelle obligent le monde à accélérer la création du bien-être par l’invention de produits nouveaux. Mais ces produits ne seront accessibles qu’à ceux qui sont citoyens de ce monde nouveau. Hélas, il faut prévoir que, largement,  l’Afrique et les africains ne seront pas partie de ce monde nouveau et donc ne bénéficieront pas de ses avantages.

Tous les problèmes de fond de l’économie internationale ont-ils disparus ?

Bien sûr que non. Des points très sombres persistent. Il y a d’abord la perspective accentuée de vieillissement de la population des pays qui ont été les principaux moteurs de l’économie internationale durant le dernier siècle. Même la Chine, comme conséquence de sa politique officielle de l’enfant unique rejoint ce groupe de pays en « déclin démographique ». Ensuite il y a la nécessite de modifier les sources d’énergie afin de passer des sources fossiles aux sources plus accommodantes pour l’environnement. Pour l’instant ce basculement se présente comme une menace contre l’emploi et risque d’aggraver la pauvreté dans les couches déjà pauvres de ces pays. Ces pauvres existent. Selon le Bureau Fédéral des Statistiques, en 2008, presque 15% des familles américaines ont des difficultés à manger à leur faim soit environ 50 millions de personnes, Le cercle de ces pauvres continu à s’élargir malgré certains avantages que la globalisation de l’économie a donné à ces pays. Ces mêmes sources estiment que de 2000 à 2008 le nombre de pauvres aux Etats-Unis s’est accru de 30%.

Comment se comportent les pays du Groupe BRIC ?

Le groupe BRIC est formé des pays, Brésil, Russie, Inde et Chine, dont on pense qu’ils joueront un rôle de premier plan dans l’économie mondiale dans les 20 ans à venir. Durant les deux dernières années nous avons suivi ici, dans nos débats, les économies de la Chine et de celle de l’Inde en observant, d’une époque à l’autre, que l’une ou l’autre prenait, en termes de perspectives, l’ascendant sur l’autre. La crise actuelle semble avoir donné à la Chine une victoire d’étape extrêmement importante. En effet l’économie chinoise reposait presque exclusivement sur l’exportation. La crise et surtout le plan de relance de ce pays ont réussi à créer un véritable marché intérieur chinois durant les 6 derniers mois, depuis juin 2009. Ceci est entrain de créer pour la Chine une situation qui n’existait que pour les Etats-Unis, à savoir que le marché intérieur est le principal lieu de consommation de la production chinoise et la capacité de production des entreprises chinoises est de plus en plus en mesure de pourvoir aux besoins de consommation des chinois. Cette production est entrain de gagner en qualité. Il en sera sans doute ainsi pour les temps qui sont devant nous du fait que la Chine s’est engagée dans un vaste programme de formation des hommes et d’acquisition de la technologie. Ainsi donc on peut dire que la Chine émerge du virage de la crise en tète du peloton des pays du groupe BRIC. Cette réalité est confirmée par le fait que la Chine vient encore ce mois de décembre 2009 d’assurer son ravitaillement énergétique en obtenant une importante concession d’exploitation du pétrole irakien et aussi la mise en place d’un pipeline gazier reliant son territoire à celui du Turkménistan. Ce succès s’ajoute à bien d’autres à travers le monde par lesquels la Chine a désormais accès aux matières premières indispensables à son développement.

Et voilà l’économie du changement climatique

Nous n’entrons pas dans le débat de la réalité des modifications climatique que chacun, du reste, peut constater n’importe où qu’il soit sur terre. Nous nous limitons au changement qui, conséquemment,  est entrain de s’installer dans la vie de tous les jours. Il va falloir arrêter d’utiliser les sources d’énergie fossile qui ont été à la base de tout le progrès humain depuis 2 siècles, au moins.  La crise devra apporter des technologies s’accommodant de ces changements. Ainsi l’économie nouvelle qui va naître de la crise actuelle sera aussi une économie nouvelle en ce sens qu’elle devra utiliser des ressources compatibles avec l’environnement naturel. Cette économie nouvelle sera l’économie du changement climatique.

L’Afrique et l’économie du changement climatique

Malheureusement l’Afrique ne semble pas s’être trouvé un autre rôle que celui de « demandeur d’aide et d’assistance». Même si cette attitude est basée sur un accord international qui est le « Protocole de Kyoto». Entre autres le Protocole de Kyoto prévoyait le principe du « marché carbone » par lequel un pays ou une entreprise émettant peu de dioxine de carbone se verrait « récompensé » et ceux qui contribueraient à réduire la quantité de ce produit dans l’atmosphère se verrait rétribuer financièrement. Il est connu que les forets contribuent à réduire le dioxyde de carbone de l’atmosphère en l’absorbant. Des observateurs soupçonnent certains pays africains, qu’à défaut de valoriser leurs ressources humaines et d’inventer des solutions technologiques permettant une meilleure vie à leurs populations,  ont pensé avoir trouvé la lampe miraculeuse. Ils soupçonnent ces pays africains de penser ainsi : « nous allons dire que nous allons planter des arbres et alors on va nous donner de l’argent ». Ces observateurs pensent, en particulier, que le « projet » trop vite enfanté du « Mur Vert du Sahara » pourrait faire partie de ces trouvailles miraculeuses. Ceux qui détiennent l’argent pour leur part murmurent : « en réalité, les arbres qui nous intéressent sont ceux vivant dans des forêts primaires naturelles et non des forêts à planter aujourd’hui». Cela exclu automatiquement le «Mur Vert du Sahara ». En Afrique, il est apparu que seules les forêts denses d’Afrique Centrale pourraient être retenues. Là aussi des pays africains se sont agités. A Kinshasa, on est allé vite emprunter de l’argent à des banques pour « soigner » des morceaux de forêts espérant que l’argent du carbone allait venir. Juste à la veille du « Sommet de Copenhague », les pays développés ont dit « nous avons établi des critères permettant de discriminer quelle forêt recevra de l’argent et quelle forêt n’en recevra pas.» En réalité les financements des pays développés, dans le cadre du « marché du carbone » iront à des pays où ce sont des entreprises européennes ou américaines qui exploitent la forêt. C’est le cas au Gabon, c’est le cas dans une partie du Cameroun, et c’est le cas dans certaines zones de part et d’autre du fleuve Congo.

En réalité ce sont les perspectives de l’impact de la réduction des « gaz a effet de serre » sur la situation de l’emploi qui ont d’abord, depuis septembre 2009, refroidit l’ardeur jusque là affirmée par l’administration Obama. Les intérêts économiques ont fait se rapprocher les Etats-Unis de facto de la Chine et de l’Inde. Les français ont continué à répercuter les positions avant-gardistes des ONGs jusqu’en octobre. En ce moment là, il est apparu très clairement aux yeux de la France que son économie ne créera pas assez d’emplois malgré la reprise et une « taxe carbone » pourrait plomber encore plus la situation. Ainsi malgré, la gesticulation actuelle du Président Sarkozy conformément à ses convictions profondes, la France finira par rejoindre le groupe jusque là dans l’ombre constitué de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des Etats-Unis.

Ainsi va le monde vers la naissance d’un monde nouveau. Sans l’Afrique. Parce que l’Afrique a sacrifié ses ressources humaines…..

Dialla Konaté

Blacksburg, 16 décembre 2009

 

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