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Vous êtes sur le blog d’une assos humanitaire OCCITANE qui «travaille » au Nord Niger avec les TOUAREG, entre AGADEZ et ARLIT.
Nous apportons une aide à quatres écoles de brousse, en zone nomade : SIKERAT / AZAR / ANOU N’AGAROF / IN JITANE/.
Vous pouvez participer à ce blog en posant des questions, j’y répondrais dans la mesure de mes connaissances.

Vous pouvez aussi nous aider en adhérant à E.O.T, l'adhésion est fixée à 20€ pour l'année. Chèque à l'ordre  de "EOT"  à :  "Entraide Occitano Touarègue"
                                                                          La Coste
                                                                 07700 St Remèze


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Mardi 10 juin 2008
Reconquista

"Reconquista", d'après Larousse, est un "Mot espagnol utilisé par les historiens pour désigner la reconquête de l'Espagne par les chrétiens sur les musulmans au cours du Moyen Âge".

"Reconquista", voici un mot dont les Berbères doivent s'inspirer. Il comporte en lui beaucoup de force et de volonté. Il s'inscrit à la fois dans le passé et l'avenir : il nous renseigne sur l'Histoire et nous exhorte à aller de l'avant en re-conquérants. Le mot ne laisse guère de place à l'oubli, à la résignation et à l'adaptation. Il évoque de mauvais souvenirs aux agresseurs et donne espoir et puissance aux agressés.

"Reconquista", à le prononcer, tout devient possible. Il suffit de vouloir reconquérir son dû pour passer à l'action, à l'offensive, à la reconquête... Le mot "Reconquista", à l'entendre, siffle comme le fouet, retentit comme le glas, brûle comme le feu, rugit comme le lion... "Reconquista" est un véritable cri de guerre, de dignité et d'honneur. Il inverse les rôles et les rapports : il fait du prédateur d'hier la proie d'aujourd'hui.

Le mot "Reconquista" n'a-t-il pas fait ses preuves ? N'a-t-il pas vaincu, dans le passé, ce que nous croyons imbattable aujourd'hui ?

"Reconquista" doit être notre mot de tous les jours. Nous devrions en faire une motivation majeure pour recouvrer notre souveraineté sur notre terre. Il faut que nous fassions du mot "Reconquista" un but, une destination, une fin.

Il faut que le mot "Reconquista" devienne un leitmotive, une litanie, un hymne, un acte de foi chez chacun(e) d'entre nous.

Aujourd'hui, la guerre fait rage sur le terrain médiatique. Nous devrions écrire, écrire, écrire... Ne nous contentons pas de réagir aux écrits de nos ennemis par des insultes et des pétitions… Il faut reconquérir la parole. Il faut investir tous les champs médiatiques : Internet, radios, télés, journaux, cinéma, théâtre, livres, chansons.... Cessons de nous faire du mal en acceptant notre position de dominés, de minorisés, de colonisés, … Passons de la Résistance à la "Reconquista".

Le mot "Résistance" est chargé de fatalité et de souffrance. Le mot "Résistance" est intrinsèquement défaitiste. Il rend le dominant plus fort et plus déterminé à anéantir celui qui résiste. Le mot "Résistance" rappelle les poches de résistance, le dernier sursaut de la bête égorgée, le dernier souffle d'un mourant dont on prolonge la vie à doses de morphine....

Le mot "Résistance" nous rappelle des défaites.... celles de Jugurtha, de Takfarinas, de Dihya,…

Saisissons-nous plutôt du mot "Reconquista", et l'Afrique du Nord redeviendra africaine !

Gaya de Boumerdès

sur Tamazgha

par Papadoc publié dans : TRIBUNE LIBRE communauté : vive le peuple Amazigh !
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Lundi 2 juin 2008
"il importe de reconnaître l’existence de quelques atouts permettant d’entrevoir une once d’espoir quant au retour de la paix  et le sérénité dans notre pays."

PRENDRE DE LA HAUTEUR


Faut-il se lasser de le rappeler ? Faut-il se taire par crainte de s’attirer les foudres des radicaux et autres extrémistes, les opportunistes et autres va-t-en guerre ? Assurément non.
Seize mois après le déclenchement des hostilités au Nord Niger, les conditions sociales et économiques des citoyens ne font que se dégrader à tel point qu’on est tenté de se demander par quel miracle les populations civiles déplacées et isolées, désœuvrés et sans revenus arrivent  encore à subvenir à leurs besoins vitaux.
Pendant que les pro et les anti MNJ, les opposants et les partisans du régime en place à Niamey se focalisent sur le « pourquoi » ou la pertinence du conflit, la position de force de l’une et de l’autre parties en présence, la véracité ou non des bilans donnés par les uns ou les autres,  il me semble plus que jamais urgent que les responsables de notre pays se soucient des réalités dramatiques que vivent les populations confrontées  quotidiennement au spectre de la guerre.
L’heure n’est plus aux recherches du diagnostic et autres failles ayant guidé à la situation actuelle, encore moins aux calculs politiques quant au positionnement social qu’on en tirerait, mais plutôt au sursaut patriotique, sursaut qui aurait sans nul doute épargné les vies des dizaines, voire des centaines de nos compatriotes.
Le fait est là et ne peut relever d’un débat philosophique ou politique. Pendant que les conséquences du conflit deviennent de plus en plus insupportables pour nos populations, les belligérants se glorifient à travers une guerre de communiqués de leurs prouesses et leurs performances. Ces victoires annoncées avec grand éclat se mesurent hélas en nombre de Nigériens abattus et en atrocités dans la méthode utilisée pour tuer et massacrer, pour réduire au néant, pour détruire les moyens matériels et autres cheptels.
En spectateur impuissant, le peuple nigérien est pris en otage et n’a nullement le droit à la parole au risque de se voir rangé dans l’un ou l’autre camp. Ceux qui sont contre la haine et la violence ruminent dans le chagrin une déception mêlée de crainte. Tétanisés par la hantise de se voir indexés d’opposants à la logique de guerre et donc ennemi de la nation et passible de la peine capitales, ils se terrent dans un anonymat désolant et frustrant, attendant patiemment l’hypothétique sursaut national.
Au demeurant, au-delà de ce tableau on ne peut plus sombre et déroutant, une situation d’enlisement évident, frisant la paralysie voir l’autodestruction national, il importe de reconnaître l’existence de quelques atouts permettant d’entrevoir une once d’espoir quant au retour de la paix  et le sérénité dans notre pays.
1/ De l’Etat du Niger :
Même si le régime actuel a progressivement renoué avec les méthodes de la ténébreuse époque d’exception, époque durant laquelle le président Tandja a joué le rôle peu flatteur de membre influant du CMS (Conseil Militaire suprême), le fait est qu’il a été deux fois de suite investi de la confiance du peuple nigérien. A ce titre, il détient sans ambiguïté la légitimité requise pour engager le Niger dans un processus de paix et de réconciliation nationale. C’est là une logique importante qui garantirait la pérennité d’un accord éventuel entre fils du pays.


2/ Du MNJ
Le MNJ est devenu au fil du temps une véritable machine de guerre équipée et déterminée à tenir tête à l’armée nigérienne. En quelques mois d’activités le mouvement contrôle la quasi-totalité de l’Aïr sachant que la rébellion des années 90 est parvenue à la bordure de l’Aïr notamment à Tezirzet après quatre années d’insurrection. Ce sont des milliers des combattants qui maîtrisent parfaitement le terrain et capables de tenir plusieurs années dans ces conditions. Leur chef de guerre, Aghali Alambo a su faire l’anonymat autour de lui et imposer une ligne de conduite qui tranche avec les anciennes méthodes. Les combattants, avant d’accéder aux bases, ont tous prêté serment en jurant sur la Coran qu’ils ne toucheront jamais aux civiles et à leurs biens, à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale du Niger. Ceci a permis d’éviter les dérapages sur les civiles et les pillages des paisibles citoyens. Ce mécanisme a joué un rôle déterminant dans la gestion des hommes lors du massacre des civiles à Tadak, massacre présenté par notre Etat comme une véritable victoire de guerre et qui fait espérer les plus naïfs à un ratissage de l’armée sur les bases rebelles et donc un règlement militaire du conflit. En effet, plusieurs combattants ont caressé après cette expérience l’idée de vengeance sur les civils, ce qui  fatalement, aurait donné  lieu  à un embrasement général.

3/ Du peuple nigérien
L’échec manifeste des va-t-en guerre et autres agités dans leur campagne d’incitation  à la haine ethnique est révélateur de l’état d’esprit d’un peuple aux liens séculaires et qui a toujours refusé la confrontation. L’esprit de tolérance et de réconciliation reste également très encré dans la culture et les traditions Nigériennes.

En tout état de cause, l’équilibre socio politique ô combien fragile de la zone saharienne et ses implications multiples donne une bien maigre marge de manœuvre et l’on se trouve plus que jamais aujourd’hui  devant le risque d’une « Far-westisation » de cet espace géographique. La communauté international, consciente et inquiète de cette situation n’a aucun moyen d’action par respect à la souveraineté du Niger et le principe de la non ingérence.
C’est pourquoi, nous lançons encore une fois un appel à tous les fils du pays, afin de mettre à profit ces quelques atouts en notre possession pour le retour rapide de la paix, Le bannissement définitif de la guerre et l’arrêt immédiat de la violence.
Il est grand temps aujourd’hui de rompre avec l’attitude schizophrénique qui consiste à déplorer sans cesse l’état d’insécurité et ses conséquences économiques et sociales sur le pays, tout en favorisant l’enlisement voire le pourrissement de la situation.
En attendant, oserons nous espérer que la mission onusienne qui se rendra au Niger dans les prochains jours, mission suffisamment étoffée et bien avertie quant à la gravité de la situation pourra faire prendre conscience au gouvernement Nigérien du danger réel qui plane sur la nation et  sur la sous région toute entière. 

Issouf  Ag MAHA
Maire Tchirozerine



par Papadoc publié dans : TRIBUNE LIBRE communauté : vive le peuple Amazigh !
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Mardi 13 mai 2008
Le 5 avril 2008, de passage à St Remèze, Mr Pascal TERRASSE Député socialiste et Président du Conseil Général de l'Ardèche accepta de faire un communiqué public au sujet des évènements qui se déroulent au Nord Niger, et en particulier suite aux assassinats de civils par l'armée régulière.
Suite à la vidéo que j'ai prise et mis en ligne sur dailymotion, Mr Dialla Konaté m'a fait cette réponse que je passe ici par pur esprit de débat démocratique.
Il est à signaler qu'un débat "inter-culturel" est en place dans le cadre d'un forum  privé, mais ouvert à toutes les bonnes volontés.
Pour plus d'informations si le sujet vous intéresse, vous pouvez contacter les modérateurs par le lien suivant :
<peace-initiative@malilink.net>


M. Pascal Terrasse
Monsieur le Député

Il me vient de vous écrire après avoir visualise sur Internet à l’Url :
/http://www.dailymotion.com/video/x4yztx_mvi0026_news/  une intervention publique de vous devant un mur tapis de ce qui est identifié par les connaisseurs comme le drapeau des mouvements armes touarègues agissant au Mali et au Niger.
Dans cette déclaration, sans précaution oratoire, vous apportez votre soutien aux « demandes d'autonomie et d'indépendance des touarègues ». Je constate que votre déclaration va bien au-delà des revendications jusque là connues et reconnues par les mouvements armes irréguliers au Mali et au Niger.
En mon nom propre et n'étant représentant ni du gouvernement du Mali ni de celui du Niger, il me vient ici de protester contre cette attitude par lequel vous aggravez une situation déjà suffisamment dramatique de par le sang versé et les souffrances infligées à nos populations touarègues et non touarègues.
Monsieur le député, ma déception est bien grande de voir un homme représentant les mêmes populations dont Jean Jaurès fut le porte-voix et qui pour elles, pour les Nations du Monde, a soutenu les mineurs de Carmaux, a créer l'Humanité et est mort des mains du fanatisme, de l'intolérance et de la violence stupide.
Dans l'impressionnante liste des apports que les populations que vous représentez ont fait à l'Histoire de l'Humanité, je voudrais retenir la défense acharnée de valeurs universelle de la République et la Démocratie. Je n'ai point de doute qu'en sollicitant les suffrages de vos compatriotes sur la liste du Parti Socialiste Français, vous vous êtes référé au socialisme démocratique, le socialisme de Jean Jaurès, le socialisme de Pierre Mendès-France, le socialisme de Gaston Deferre dont les fondements reposent sur l'unité des peuples, la justice au sein des nations et entre elles, la démocratie en tant que mode de gouvernement, la défense de la paix comme base des relations intercommunautaires. Mais ici votre déclaration se situe en filiation du socialisme certes républicain mais non universelle et colonialiste de Guy Mollet. C’est ce socialisme qui a conduit des enfants de France à tuer et à se faire tuer en Indochine et en Algérie.
Monsieur le député, j’apprécie l’intérêt que vous portez à la souffrance en Afrique. Oui, vous avez raison, les populations touarègues souffrent. Mais ne voir que la souffrance des populations touarègues affaiblit et dénigre votre discours. Cette souffrance qu’elle soit infligée par l’adversité de la nature, qu’elle soit infligée par l’oppression des gouvernements africains, qu’elle soit infligée par les règles déséquilibrées de la globalisation entretenues et amplifiées par les gouvernements de pays développés, frappe les populations Touarègues mais frappe de la même façon les populations Haoussa, les populations Toubou, les populations Sonrhai, les populations Peuhls, les populations Bororo, les populations Bambaras, etc.
Monsieur le député au lieu de diviser nos populations et de leur tendre la torche pour brûler nos cases et nos tentes, rassemblez donc les démocrates et républicains de votre région, de la France, de l’Europe et unissez vous à nous démocrates, républicains et patriotes africains du Mali et du Niger qui pensons qu’il est de notre devoir historique de bâtir la Nation Nigérienne, la Nation Malienne. Ensuite, avec tous les enfants de nos pays et ensemble, nous  dépasserons les frontières actuelles tracées par le colonisateur pour accéder à une Afrique démocratique unie. Ainsi nous serons sur un vertueux chemin parallèle à celui qui a conduit les peuples d’une Europe des atrocités ethniques à une Europe apaisée. D’une Europe meurtrie par des guerres effroyables à une Europe où les peuples vivent en paix, en harmonie et sans frontières entre eux. Les mouvements qui ont voulu construire une Europe fragmentée sur la base d’entités aryennes, wisigoths, ostrogoths, vikings, cathares, occitanes, bretonnes, basques, etc.. ont été un sanglant échec.
Comment voulez-vous indiquer ce chemin à nos pays ? Vous suivre ? Non. Autrement, la conséquence sera plus de sang versé, plus de souffrance y compris pour les populations Touarègues dont vous vous déclarez un partisan.
Monsieur le député, j’ai un confortable privilège à parler au nom d’un Touarègue: je suis son frère.

Dialla Konate, enseignant


par Papadoc publié dans : TRIBUNE LIBRE communauté : vive le peuple Amazigh !
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Vendredi 2 mai 2008
Amoumoun Halil
LA MONTAGNE, « GRENIER DE L’ECONOMIE NIGERIENNE »

Au Niger, l’état exploite les ressources de la montagne sans aucune implication de la population locale


Le Niger, terre de contrastes de 1 267 000 km2, est riche d’une nature puissante et majestueuse et d’un artisanat de très grande qualité. Peuplé par différentes ethnies (Touaregs, Peuls, Haoussas, Zarmas, Arabes, Toubou, Gourmantché et Kanuris), il a hérité d’une très grande diversité et de spécificité culturelles très nombreuses.
Agadez, capitale de l’Aïr, est la plus importante ville Touareg du Niger. Elle compte aujourd’hui plus de 130 000 habitants sur les 11,4 millions qui occupent le pays.
Ville étape de la route des caravanes, notamment pour le commerce du sel, c’est aussi un grand carrefour des civilisations, à mi-chemin entre le Maghreb et L’Afrique Noire. L’Aïr s’étend, d’Est en Ouest, de la bordure du Kawar aux montagnes du Mali et, du Nord au Sud, de la frontière Algérienne à la limite nord des cultures au Niger incluant toutes la zone pastorale du département de Tanout. Il compte parmi les plus hautes dunes et montagnes du monde et son sol cache d’incroyables richesses minières.

La montagne exploitée en dépit de son peuple

Depuis toujours, le peuple Touareg a compris que son environnement constituait pour lui sa principale richesse. Les ressources offertes par ce territoire sont généralement le pâturage, la flore, la faune, l’eau, les arbres, les produits de la cueillette et sous un angle plus général les minerais. Toute cette manne est actuellement soumise à une exploitation abusive par l’Etat du Niger et ses alliés sans daigner une seule fois confier une moindre responsabilité aux locaux encore moins leur injecter un quota à titre de dommage causé sur l’environnement. Des appels pour une conscientisation de l’Etat sur les conséquences de cette pratique ont été faits par la société civile et les autorités locales (Elus locaux) mais vain.

Renouer les liens Nord/Sud

L’ONG N’Niyat (« la volonté » en Tamasheq) prétend quant à elle mettre en relation les populations des pays du Nord et du Sud, et des pays du Sud d’est en ouest, afin d’échanger des expériences et de débattre de stratégies de développement durable dans le contexte de coopération décentralisée. L’ONG travaille notamment en tant qu’opérateur local en partenariat avec l’association ST Brieuc Agadez. Avec Elle, il participe à un projet ayant pour but de ;
- Matérialiser le jumelage entre les villes d?Agadez au Niger et de Saint-Brieuc, en France.
- Tenir compte des préoccupations locales
- Permettre au peuple touareg de se prendre en charge en recourant à ses propres potentiels et ainsi renouer avec sa culture.

Pour cela, il faut que les représentants locaux soient eux-mêmes des descendants de la communauté touareg, et ne soient plus imposés par l’Etat.

Le pastoralisme comme meilleure méthode de gestion durable et rationnelle des ressources naturelles dans les régions arides et semi arides comme l’AÏR.

En majorité pasteurs (nomades et transhumants), les Touaregs vivent en harmonie avec leur environnement (désert, oasis, plaines et montagnes) qui les dote de moyens de subsistance en quantité et en qualité. Chaque déplacement interne est effectué en préservant l’équilibre naturel du milieu. Pour cela, tout est soumis à un code, les déplacements, l’exploitation des points d’eau et des autres richesses, respectant des zones territoriales bien délimitées bien que totalement invisibles à l’œil étranger. Existent également des zones réservées pour la sécurité alimentaire des hommes et du bétail. Ainsi, il est formellement interdit d’exploiter ces espaces pendant la période d’abondance, car elles servent de recours lors des saisons sèches. Pendant ces périodes, les règles de déplacement changent afin de profiter au maximum de l’espace utile et de pouvoir accéder aux montagnes ou oasis qui sont plus souvent épargnés par la sécheresse. Toute mauvaise gestion du territoire est passible d’un retrait et d’une obligation pour la tribu de migrer.

Sortie affaiblie de la colonisation, la société touarègue est aujourd’hui totalement désarticulée et a perdu sa classe dirigeante. Le peuple touareg serait même devenu une entité taillée sur mesure pour assurer le relais des Intérêts du pouvoir en place. Aujourd’hui, le système de gestion des ressources des territoires touaregs se fait fi des notions touarègues de développement durable. Les politiques de gestion des richesses n’utilisent pas les connaissances des pasteurs en la matière, ne tiennent pas compte de leurs besoins, et les élus locaux ignorent le plus souvent tout de la région et de sa nature. Pour preuve, la construction de barrages qui détruisent l’ampleur de l’espace et empêchent les déplacements internes ; l’exploitation abusive des mines ; l’utilisation de matériel agricole à moteur qui appauvrit la terre ; sont des exemples concrets de « développement » dans lesquels la population locale n’a pas eu son mot à dire.

Aujourd’hui, l’économie touarègue est digne d’une économie de subsistance, et la zone est parmi les plus pauvres du monde en terme d’indice de développement humain. Le taux d’analphabétisme y est très inquiétant.

Dans l’Aïr, par exemple, le taux de scolarisation n’atteint que 16,5%. Pourtant, la montagne représente 85% de l’économie nationale. Si son système naturel de gestion est altéré, dans l’intérêt des Etats nationaux, ce n’est pas pour autant que le peuple touareg a le droit à la modernité. Le voilà perdu entre des traditions en voie de disparition et une pseudo modernité. Plus d’accès à l’eau en raison de la mauvaise exploitation de cette ressource par l’Etat ; pas d’infrastructures de base de santé et d’éducation ; une sédentarisation forcée, ont précipité la disparition des traditions, de la culture et du mode de vie spécifiques des Touaregs.

Un code pastoral, qui devrait rassembler des méthodes traditionnelles pour la gestion de chaque territoire, est en cours de rédaction sous l’impulsion de l’Etat mais de la façon indifférente possible. Encore faut-il que sa forme finale réponde réellement aux besoins des tribus et que l’Etat le respecte.
Le potentiel économique des montagnes pourrait alors être utilisé à bon escient et prétendre à la durabilité.

Il est aussi important que les sociétés minières répartissent les bénéfices afin de créer par exemple des infrastructures de santé ; de mise à disposition des bourses au profit des touaregs, mais aussi des écoles où l’on enseignerait le tifinag (écriture touareg), et où l’on pourrait transmettre les valeurs, les traditions et le savoir-faire des touaregs afin de stopper leur perte.

Tourisme solidaire, approche alternative pour mieux valoriser les ressources touristiques

Faire connaître pour faire renaître
La création d’un réseau d’agences offrant des voyages pourrait aussi permettre la diffusion de ce mode de vie et de cette culture particulière. Et pourquoi ne pas en profiter pour faire de la prévention, utiliser le tourisme solidaire comme un barrage à l’arrivée du tourisme de masse, encore peu développé mais de plus en plus en vogue dans cette zone. Il est important que les grandes enseignes de voyages internationales prennent conscience des dégâts qu’elles pourraient causer sur la préservation de la culture Touareg. Ce tourisme en pleine croissance, avec l’exploitation des terres pour la construction d’hôtels qu’il implique, risquerait d’augmenter les problèmes de gestions de l’espace. Cette perspective n’est pas envisageable sans l’implication des agences de voyages et de la population locales. Cependant, cette région manque fortement de professionnels en tourisme, il faut donc avant toutes choses trouver des partenaires financiers, des ONG, des associations qui puissent apporter un soutien non seulement financier, mais aussi partager leurs expériences dans le domaine et former du personnel qualifié.

Entre les Touaregs et la montagne, c’est une longue histoire d’amour. Elle est le refuge, la maison de tout touareg, elle porte en elle leurs origines, leur Culture et leur mémoire. Elle est pleine de défi, mais pleine d’espoir aussi.

Cet entretien a été réalisé par Davina Ferrera de ALMEDIO Consultores avec le soutien de la Fondation Charles-Léopold Mayer pendant la rencontre régionale organisée par l’Association des Populations des Montagnes du Monde - APMM.
Entretien avec Amoumoun Halil, Ingénieur Techniques Elevage, Coordinateur de l’ONG N’Niyat Agadez Niger, et promoteur privé dans le secteur de l’Elevage au Niger .
ALMEDIO - 2, traverse Baussenque, 13002 Marseille, FRANCE Almedio Consultores.
Norma 233, Maitencillo. Comuna de Puchuncaví. Va Región, CHILI - Fono: (56)32 277 2231 - Chile - www.almedio.fr - info (@) almedio.fr
APMM (Association des Populations des Montagnes du Monde) - 50 boulevard Malesherbes, 75008 Paris, FRANCE - Tel:+33.1.42.93.86.60 ? Fax:+33.1.45.22.28.18 - Francia - www.mountainpeople.org/ - contact (@) mountainpeople.org


Amoumoun Halil
vu de l’espace montagneux de l’AÏR au Niger




par Papadoc publié dans : TRIBUNE LIBRE communauté : vive le peuple Amazigh !
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Vendredi 25 avril 2008



Suite aux propos de Mr Rhissa Ag Boula recueillis par Jacqueline Dupuis, notre ami Michel Pons nous donne son sentiment en deux articles.

Ces propos sont à situer dans le cadre d'une "tribune libre", car à ce jour, la presse Française et les médias en général, préfèrent garder un silence pudique sur les évènements qui se déroulent au Nord Mali et au Nord Niger.

En préhembule je reprends un coup de geule du journal AÏR INFO du 20/04/08:

Contre le mutisme des organisations humanitaires :
Cette quinzaine mon coup de gueule s’'adresse aux organisations humanitaires de part le monde qui ferment les yeux sur la tragédie qui se passe au nord de notre pays. Qu’'attendent-elles pour agir?
N’est-il pas temps de venir au secours de tous ces pauvres réfugiés qui grossissent les bidonvilles autour d’'Arlit et d’'Agadez?
Pourquoi personne ne se soucie du cas de ces déplacés?
Le comportement de l’'Etat et des organisations humanitaires n’'est ni plus ni moins qu’'une non-assistance à personnes en danger.
Pour cela, les élus d’'Agadez doivent porter plainte contre l’'Etat d’abord et les
autres associations ensuite. Avis.
Khadizatou
Mohamed


Jacqueline Dupuis - Temoust-20-04-08

Rhissa Ag Boula : "Quand je dis : Liberté ! , ils me disent : Meurs ! "…

dimanche 20 avril 2008, par temoust


"Tout pouvoir vient du peuple.
 Mais où va-t-il ?
 Oui, où diable peut-il aller ?
 Il va pourtant bien quelque part !"

 Bertold Brecht-


-Qui êtes-vous ?
 Je suis Rhissa Ag Boula, un politique qui a toujours été contestataire, depuis mon plus jeune âge, et cela depuis le collège. Toute ma vie j’ai été contre toutes les injustices, pour la défense des intérêts du groupe, et toujours fondamentalement imprégné de liberté.

Etes-vous un rebelle ?
 Si être rebelle veut dire refuser l’injustice, la domination et l’oppression, alors, oui, je serai toujours, toute ma vie, un rebelle.
 La violence, là-dedans…Tout combat est violent à la base, c’est une route qui mène à la victoire, aussi. On ne peut pas déplacer la montagne avec de la non-violence, ou en versant des larmes. Beaucoup d’hommes de paix ont fini dans la violence, Gandhi, Martin Luther King…Alain disait que « celui qui aime la guerre ne sait pas ce qu’est la guerre… »
 Ce qui est important pour moi, c’est de m’améliorer si je commets des erreurs, et tout le monde commet des erreurs.

Diabolisé par les uns, craint par certains, respecté par d’autres…
 Mon combat s’est toujours inscrit dans le bien-être du groupe, inscrit dans la lutte de mon peuple, depuis les syndicats étudiants, et à l’age adulte, dans le maquis, en prison, sous la torture... J’ai fait des choix politiques importants, je suis allé dans le maquis dans les années 90, et je me suis donné à ces choix qui ont abouti à des accords.
 Ces accords sont ce qu’ils sont, et nous avons vécu beaucoup de violence pour en arriver là. Si certains me diabolisent, c’est qu’ils ne sont pas d’accord avec mes choix où j’ai essayé d’aller dans le sens du bien, tant pis, c’est à eux de porter la contradiction.
 J’ai toujours été un meneur d’homme, avec des principes, et craint à travers ces principes. On a écrit le pire et son contraire sur moi, la médisance et le colportage me laissent indifférent.
 Si je suis respecté, tant mieux, car cela veut dire que mon combat est juste et qu’il vaut la peine d’y adhérer.

« La bataille de l’uranium », telle était le sens de votre déclaration fracassante dans les médias fin janvier dernier ?
 Cette bataille est celle de la problématique du Sahara, à moyen et à long terme, les matières premières et surtout l’uranium, en ce qui concerne le Niger. C’est la question fondamentale du pillage des richesses de notre pays, sans respect ni consentement des populations locales.
 Cette exploitation erratique menace la survie de la population, l’oblige à aller ailleurs que sur ses terres nourricières, par des déplacements entiers de campements et de villages, et induit des pollutions de toutes sortes, en toute irresponsabilité de la part des multinationales étrangères qui en tirent allègrement tous les bénéfices pour leurs poches.

Qu’attendent les touaregs des gouvernements du Mali et du Niger ?
 Rien du tout. Ce sont des irresponsables, avec des Etats créés de toutes pièces par la colonisation française, un système néocolonial qui implique la domination d’une ethnie ou d’une portion d’ethnie sur les autres, pour mieux défendre les intérêts étrangers, notamment l’uranium et les matières premières.
 Les territoires sont morcelés, avec des populations qui n’ont rien à voir au niveau linguistique, culturel, économique, et on veut en faire une nation. C’est impossible. Le dosage est mal fait.
 A mon humble avis, après 50 ans d’indépendance et de formation de ces états, il est temps d’en tirer la meilleure politique pour rentrer dans le 21° siècle.

Est-ce que la situation au Mali et au Niger est comparable ?
 Le peuple touareg est un et indivisible. C’est la même chose. Un même territoire, une même langue, une même écriture, une même culture, un même destin porté par une grande, splendide et millénaire civilisation.
 Le morcellement colonial a préfabriqué les Etats du Niger et du Mali, accentué la domination d’une ethnie sur les autres ensembles, et aggravé le système d’exploitation néocoloniale des matières premières précieusement préservées par les régimes mis en place, quand le gouvernement français s’est retiré.

France, Francafrique, diaspora touarègue en France : héritages en otage, du présent au passé composé, comment s’y retrouver ?
 La France a une responsabilité énorme. Nous ne croyons pas qu’elle puisse réparer les torts faits au peuple touareg, cependant nous ferons en sorte qu’elle réponde de ses manquements historiques.
 La diaspora touarègue fait partie de l’avant garde de notre lutte, elle apporte sa contribution à cette lutte à travers la mobilisation de la Communauté internationale.

Le peuple en a marre, il veut la paix. Qu’en dites-vous ?
 C’est une affirmation gratuite. Le peuple veut la paix, mais il ne la trouvera que dans la dignité. Menacé dans les fondements de sa culture, le peuple a en face de lui un gouvernement irresponsable et des multinationales qui décident de mettre une croix sur ce peuple.
 Cette rhétorique a déjà été tellement entendue qu’il faut en redonner le sens. Le peuple touareg, avec l’avant-garde de sa jeunesse, consciente des dangers, n’a pas d’autres possibilités que de prendre les armes pour exister.

J’invite le lecteur à méditer ces quelques lignes de Otto Rene Castillo, poète guatémaltèque arrêté en 1967, torturé puis assassiné :

Comprenez, alors, la pauvreté de
 mon pays,
 et ma douleur et l’angoisse de tous.
 Quand je dis Pain !
 Ils me disent :
 Tais-toi !
 Et quand je dis : Liberté !
 ils me disent :
 Meurs !

 Mais quand je ne me tais pas et que je ne
 meurs pas, je vis
 et
 je lutte. Et cela rend fous tous
 ceux qui dirigent mon pays.
 Parce que je vis,
 je lutte,
 et si je lutte,
 je contribue à l’aurore d’un nouveau jour.

 Et de cette manière naît
 La victoire même au creux
 Des heures les plus amères.

Comment faire de la résistance à l’intérieur même des pays quand les médias sont muselées ?
 A partir des régimes ethnicistes du Niger et du Mali, il ne peut pas y avoir des démocraties, des libertés d’opinion, ou la liberté tout court pour tous les citoyens. Il y a eu une mascarade de démocratie dans les années 90 dans ces états, mais à l’épreuve du temps on est toujours dans le même système ethniciste et régionaliste.
 Il y a donc une logique certaine a ce que le régime de Niamey enferme des journalistes, muselle la presse quand ces citoyens veulent savoir ce qui ce passe et refusent l’oppression !

Je veux vous donner un exemple de ce type de régime : 60% de la fonction publique nigérienne est d’ethnie djerma-songhai. Quand vous prenez l’armée nigérienne, le chef d’état-major des armées est d’ethnie djerma-songhai, son adjoint est d’ethnie djerma-songhai, l’adjoint du chef d’état-major des armées de terre est d’ethnie djerma-songhai, le chef d’état-major des armées de l’air est d’ethnie djerma-songhai, le haut commandement de la gendarmerie est d’ethnie djerma-songhai, le haut commandement des forces de sécurité et d’intervention est d’ethnie djerma-songhai, tous les commandements des zones de défense (n°1-2-3-4-5) sont d’ethnie djerma-songhai, le directeur national de la police est d’ethnie djerma-songhai, les différents commissaires de police sont d’ethnie djerma-songhai, les directeurs régionaux de police sont d’ethnie djerma-songhai…
 Dites-moi quel est le qualificatif de cette situation ?

Comment décliner la rébellion touarègue au Mali et au Niger en termes de géostratégie internationale ?
 La question touarègue interpelle tous les Etats qui ont en partage le Sahara : l’Algérie, la Libye, le Burkina-Faso, le Tchad, le Soudan, la Mauritanie et le Maroc. L’Algérie et la Libye, en tant que pays limitrophes et de par leur histoire commune avec le peuple touareg, sont encore plus interpellées pour chercher des solutions. Ils ont tout intérêt à calmer le jeu et à trouver des médiations, sinon des solutions appropriées, quand les peuples se révoltent de cette manière-là.

Les touaregs sont assis sur des milliards d’euros d’uranium et de matières premières, entre autres. Ne croyez-vous pas que les Etats développés ont intérêt à entretenir vos divisions pour mieux en récolter les dividendes ?
 Les Etats développés ont sucé nos matières premières et ont intérêt à ce qu’il y ait une crise chronique pour tirer le meilleur parti de nos richesses du sous-sol. Et à travers les sociétés multinationales, ils préfèrent donner des armes et des moyens de guerre pour les états du Mali et du Niger, belle façon d’avoir le terrain libre pour travailler encore plus tranquillement.

 Je crois que c’est une erreur monumentale de vouloir détruire un peuple ou de lui faire silence en lui suçant la matière même de son développement. Le monde est plein d’exemples qui nous disent que ces pays nantis doivent changer d’approche, que leurs politiques ont échoué et qu’aujourd’hui il faut faire avec le peuple.
 Vous croyez vraiment que l’enlisement de la Yougoslavie, du Soudan, de la Somalie, du Zaïre, de l’Irak, du Viêt-Nam… soient une réussite ?

Rien ne se dresse, rien ne s’arrête, tout va et rien ne reste... Auriez-vous une idée plus constructive pour l’avenir du peuple touareg ?
 La liste exhaustive des revendications matérielles et sociales ne résout pas notre problème. Il faut porter la réflexion encore plus loin, la situer dans un contexte sociologique, historique et politique, en touchant du doigt la problématique fondamentale de la relation de l’Homme à la Terre.
 Le pourrissement de la situation et la radicalisation de part et d’autres nous amènent nécessairement et inéluctablement vers une rupture totale entre le peuple touareg et les états qui l’oppressent.
 Le peuple touareg doit compter sur lui même, ensuite sur le soutien des peuples épris de justice, de paix et de liberté. Son devenir doit se concevoir inéluctablement et durablement dans un Etat touareg, toute solution qui nierait cette réalité restera un colmatage inutile.

Propos recueillis par Jacqueline Dupuis, pour Temoust

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Réponse de Michel PONS:

« Quand je dis : Liberté ! , ils me disent Meurs ! » O R. Castillo. (1936-1967).

Cher Monsieur Rhissa ag Boula,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’interview  paru le 20 avril 2008 sur Temoust qui autorise maintenant que s’établisse un dialogue constructif dans le respect des uns et des autres. C’est ce que je voudrais essayer de faire avec  les propos qui suivent.
Pour être à peu près compréhensible je suivrais la chronologie des questions que vous a posées Madame Dupuis.

1. « Qui êtes-vous ? ». Il me semble que nous nous connaissons. A la fin des années 70 ou au début le début des années 80, j’ai dû vous rencontrer soit chez Mano et Odile soit à Temet – Voyages, alors que nous construisions et développions, au travers de l’Association d’Entraide et de Développement Tamazalak que nous avions fondée ma femme et moi avec d’autres amis Suisses : l’école primaire expérimentale de Tamazalak.

2. « Etes-vous un rebelle ? » je dois vous avouer que je reste perplexe devant l’une de vos formulations, quand vous dites, je cite : « Beaucoup d’hommes de paix ont fini dans la violence … » Peut-être faudrait-il préciser à nouveau, que ni Gandhi ni Martin Luther King ont fini dans la violence. Ce ne fut, ô grand jamais, le summum ou l’apothéose de leur contestation. Ils ne sont jamais tombés dans cette spirale infernale et ni l’un ni l’autre n’ont fait appel à elle pour arriver à leur fin. La non-violence fut toujours le fondement inébranlable de leurs combats. Et leurs vies leur furent arrachées par cette folie qu’est la violence  induite par la haine et des intérêts douteux. C’est dommage que vous ne croyiez pas que l’on puisse déplacer des montagnes avec la non-violence ou pour le moins avec une violence raisonnée. C’est vrai cela prend beaucoup plus de temps de vider un camion de sable à la petite cuillère qu’à la louche ou avec la benne. Mais regardons les révolutions qu’engendre à terme la non-violence. Pour la première fois aux USA un candidat  afro-américain a quelques chances d’accéder à la Maison Blanche et pour la première fois en Inde un groupe industriel indien prend le contrôle de constructeurs automobiles anglais  et non des moindres…

3. « Diabolisé par les uns, craint par certains, respecté par d’autres … ». Je reconnais que votre réponse à cette question est un véritable curriculum vitae qui a de quoi forcer l’admiration et de ce fait intéresser tout chercheur travaillant sur les mouvements de libération. Je peux confirmer, du moins une partie de vos années de maquis que vous situez dans les années 90. Effectivement, entre 2 heures 40 et 3 heures du matin,  le 20 novembre 1991,  selon les ordres que vous auriez donnés, un commando, armé d’un fusil mitrailleur et d’armes à poing fort de huit hommes de la 1ère armée Ahamok (martyr de Mamanat), du Front de Libération de l’Aïr et de l’Azawak est venu « razzié »  deux pick-up Toyota de l’Association d’Entraide Tamazalak utilisés dans le cadre de différents projets, Pour faire bonne mesure …, en plus, il s’est assuré de 400 litres de gas-oil, 464.000 fcfa et même, pour l’anecdote,  une boite de nescafé. En repartant, l’un des membres du commando, en guise d’au revoir, disait à notre collaborateur avec un mépris non dissimulé : « tu salueras bien la France », tout en ayant laissé un document manuscrit sur lequel on lit : FRONT DE LIBERATION DE L’AÏR ET DE L’AZAOUAK. INDEPENDANCE TOTALE DU TERRITOIRE TAMASHEQ. ARRET TOTAL DE L’AIDE ET DU SOUTIEN DES PAYS DES DROITS DE L’HOMME (FRANCE, USA) AUX BOURREAUX DE TCHINTA ET DU PEUPLE TAMASHEQ. A BON ENTENDEUR SALUT. PROCHAINEMENT A BAZI BANDA. LA 1ERE ARMEE AHAMOK (MARTYR DE MAMANAT).
Que vous preniez les véhicules, c’est de bonne guerre. Il n’y a rien à redire à cela vu la situation d’alors. Mais que la confusion soit entretenue, entre les motivations profondes des initiateurs des projets et de ceux qui les exécutaient depuis 1984 avec la traduction de la lecture que vous en avez faite, c’est  tout simplement navrant.

4. La bataille de l’uranium.
J’avoue que je reste dubitatif sur ce que vous appelez « la bataille de l’Uranium » selon vos déclarations tonitruantes faites fin janvier 2008. Autant je suis en plein accord avec vous sur l’impossibilité d’accepter  les résultantes, humaines,  écologiques, économiques et même culturelles d’une exploitation qui fait fi des populations et de leurs patrimoines ancestraux - qui au demeurant sont les premières intéressées de par les droits reconnus aux peuples autochtones - ; autant je ne suis pas sûr que la manière que vous privilégiez, soit à elle seule la bonne. Elle va engendrer plus encore la loi du Talion et rien ne nous empêche de penser qu’une fois l’engrenage déclenché, alors que chaque société exploitante ait son propre service de sécurité et ses mercenaires.  Or, vous pourriez avoir des alliés de taille, en favorisant d’abord la vulgarisation de masse des différentes études et des analyses faites par des experts indépendants qui pourraient alerter l’opinion nigérienne d’abord puis française et internationale ensuite et entrer parallèlement dans une dynamique de dialogue. Or votre rhétorique guerrière ne me laisse que peu d’espoir, tant je retrouve des résonances très proches des « avertissements » d’organisations aux finalités affirmées. J’ose espérer et intérieurement j’espère que je me trompe …

5. France, françafrique, diapora touarègue en France …
Il est évident que l’Histoire  juge. Cependant je ne comprends pas très bien la fin de la seconde phrase de ce paragraphe, je cite : « cependant nous ferons en sorte qu’elle réponde (la France) de ses manquements historiques ». Comment comprendre votre propos ? Qui est ce nous ? Un Nous de majesté ? des Organisations Touarègues ? Vous parlez au nom de qui ? Est-ce que je dois associer ce propos à d’éventuelles menaces voilées, dont les violences qui ne seraient pas uniquement verbales ? De quels ordres sont-elles ? Si la diaspora Touarègue fait partie de l’avant-garde de votre lutte, ce serait bien qu’elle nous assure et qu’elle précise quels sont les moyens qu’elle veut employer. D’autant plus que vous avez certaines amitiés  françaises qui savent se mobiliser pour des manifestations publiques pacifiques et d’autres qui ont à votre égard une oreille très attentive. Je puis aussi vous assurer Monsieur Rhissa Ag Boula, qu’un grand nombre d’experts internationaux tant africains que français, sans compter sur une multitude  de sympathisants, remettent très fortement en cause l’attitude de la France en Afrique (cf. pe . le Livre Blanc pour une politique  de la France en Afrique responsable et transparente de la Plateforme citoyenne France-Afrique).

J’aurai, bien sûr, d’autres réflexions  à partager sur les points qui suivent. Mais il faut bien que je m’arrête. D’autant que je me dois de saluer votre aisance littéraire qui vous ancre dans le multiculturel.

Pour terminer, une autre citation de Otto René Castillo, - tiré de Rapport sur un acte de Justice . que je nous donne à méditer : «Le pire de tout c'est l'habitude. L'homme perd son humanité et l'énormité de la douleur d'autrui  ne compte plus pour lui.»

Dans l’attente de vous lire, bien à vous.
Michel PONS


« Quand je dis : Liberté ! , ils me disent Meurs ! » O R. Castillo. (1936-1967).


Cher Monsieur Rhissa ag Boula,

Lundi 21 courant, j’ai commencé à vous partager les réflexions induites par l’interview que vous avez bien voulu donner à Madame Jacqueline Dupuis pour Temoust et je me suis arrêté pour ne pas abuser de votre patience. Je voudrais continuer aujourd’hui, si vous me faites l’amitié de bien vouloir me lire. Si besoin est, je rappelle qu’il n’y a dans mes propos aucune tentation de polémique et aucun jugement ni sur la situation existante ni sur votre personne ni sur vos projets. Nous restons uniquement sur le terrain de la réflexion et du questionnement.

Je voudrais revenir sur la réponse que vous avez faite à la question : Est-ce que la situation au Mali et au Niger est comparable ?   
Vous avez certainement raison quand vous répondez et je vous cite « le peuple touareg est indivisible. C’est la même chose. Un même territoire, une même langue, une même écriture, une même culture … ».

Pour ma part,  - mais, ai-je vraiment droit au chapitre – j’aurais préféré que vous parliez du Peuple Kel Tamajeq. Ce peuple qui parle la langue Kel Tamajeq (avec ses différentes nuances certes). D’ailleurs n’est-ce pas ainsi que vous vous reconnaissez mutuellement les uns les autres « Ceux qui parlent la langue Tamajeq » ? Votre histoire, au cours des siècles, nous apprend que ce qui scelle les différents particularismes des grandes confédérations est certainement plus la langue que les origines ethniques et géographiques affirmées. De plus le terme générique Touareg, est la francisation, si je ne m’abuse,  du vocable arabe tawariq qui pourrait vouloir dire « sans chemin ». Mais on peut aussi considérer que ce nom est un toponyme se référant à l’ancienne ville  libyque de Targa. A moins que l’on préfère se situer dans la filiation de Tarik Ibn Ziad, valeureux conquérant berbère de l’Espagne au IX° siècle. Quoi qu’il en soit, pour ma part, je le répète, je préfère la noblesse des identifiants tels Kel Tamajeq, ou mieux Imajeghen.

 Quant aux Tifinagh, ils sont la preuve absolue – et ce, avant ou au tout début de l’ère chrétienne - de la capacité épistolaire qui engendre une communication. Cependant vous en conviendrez avec moi, celle ou celui qui les écrit  le fait de manière à être compris généralement que par celle ou celui à qui le message est adressé. D’où, la nécessité contemporaine de l’actualisation pour une large compréhension et une plus grande vulgarisation. 


Venons en au Pays Touareg. Intellectuellement  le concept est tout à fait séduisant. Mais à quel Pays vous référez-vous ? Au début du XX° siècle par exemple la zone d’influence des Touaregs, s’étendait : au nord  d’In Salah, jusqu’à Timimoun en Algérie ; englobant  l’extrême sud tunisien et le sud libyen de Ghadamès à Ghât ; jusqu’à Bilma à l’est ; au sud jusqu’à la Nigéria  presque à Kano ; jusqu’à Niamey ; et Tombouctou au Mali (H. Claudot et M. Hawad. Coups et contre-coups : l’honneur en jeu chez les Touaregs. Annuaire d’Afrique du Nord. 1982). Or dans cette zone d’influence,  les guerres très meurtrières entre les tribus – ce qui étaient monnaie courante - ne furent interrompues que par la « pacification » (terme d’alors consacré) coloniale qui s’est échelonnée entre 1906 et 1917. Donc, ce que je veux dire, c’est qu’il est nécessaire de bien se comprendre quand on parle de Pays Touareg tout en ayant la justesse d’esprit de ne pas idéaliser un passé qui de toute manière est définitivement inscrit dans l’Histoire des hommes.
Ma deuxième réflexion sur ce point concerne l’éventuel réalisme politique de la reconstitution d’un Grand Pays Touareg. Certes nous savons tous que le projet n’est pas d’aujourd’hui et qu’à l’orée des indépendances, les chefs des grandes confédérations en avaient fait la requête auprès du Général de Gaulle qui le refusait. De plus, je ne suis pas convaincu que les pays sur lesquels historiquement le Pays Touareg s’étendait, l’entendent de cette oreille. Outre le fait que c’est une remise en cause fondamentale de la l’alinéa  6 du liminaire de la Charte de l’OUA dans lequel les chefs d’Etats des pays fondateurs se disent, je cite :