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occitan-touareg

En route vers Agadez (de Saint Remèze à Sikerat)

20 Août 2013 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #Touareg-Niger-Agadez

Les amis Touareg du Nord-Niger me manquent. Je ne peux oublier ces nombreux "voyages" et ces nombreuses rencontres que ce soit en ville ou en brousse. Avec de nombreux amis nous avons essayé d'apporter une petite aide clblée vers ces nombreux enfants de brousse en créant ou en participant aux développement de certaines écoles et centres de santé. Les nouvelles ne sont pas bonnes malgré le soit disant développement autour des mines d'uranium qui ne profitent en réalité qu'à une petite élite. La brousse reste la brousse. Le texte suivant écrit par mon épouse Nicole est le compte rendu du seul voyage que nous avons effectué en 4x4 Mercedes (300GD), il sera publié en plusieurs fois. Pellet Jean-Marc.
 

Voyage 2000 en pays Touareg de Nicole Faucon-Pellet

Samedi 26 février 2000

Lever à trois heures du matin et départ à quatre heures moins le quart de La Coste pour Gênes par Monaco. Arrivée à midi sous la pluie pour embarcation dans l’après-midi avec la Compagnie Tunisienne de Navigation. L’ancre est levée à 17H45. Notre bateau, le Carthage, a onze étages et il est facile de se perdre dans le dédale des couloirs. Guilhem a le mal de mer et se couche tôt.

 Jean-Marc et Issyad font longuement la queue pour remettre les papiers à la gendarmerie, la douane et la police. Bonne nuit de sommeil dans notre cabine à quatre couchettes.

Dimanche 27 février

Flodella et Fausto Peduzzi, nos voisins de table sur le Carthage, écoutent nos explications à propos de notre voyage.

Nous leur parlons d’EOT et ils nous donnent cent francs suisse (soit 400 francs français) : de quoi acheter un âne qui portera le prénom de ses généreux donateurs suivant qu’il sera mâle ou femelle. Par le hublot, une île apparaît : Bizerte ? À trois heures et demie, le Carthage s’apprête à accoster. Le portail s’ouvre à quatre heures. Une demi-heure plus tard, les formalités sont terminées. À 19 heures, nous sommes à Kairouan et je conduis lorsque le clignotant tombe en panne…Arrêt méchoui au bord de la route et direction Gafsa que nous atteignons à 23 heures. Nous dormons un peu loin de la route, à la belle étoile, et nous nous réveillons transis.

Lundi 28 février

Debout aux aurores. Il faut d’urgence chercher quelques brindilles pour faire un feu.

 On est mal équipés pour les bivouacs. Départ à 8 heures pour Metlaoui. Les premiers chameaux et les premières tentes berbères apparaissent sur l’espace plat aux pieds des montagnes ocre. Arrêt pour le plein du Mercedes et deux jerricans à Tozeur. Beaucoup de véhicules Isuzu et pas mal de 4X4 transportant des touristes. Entre Tozeur et Nefta, soudain un grand bruit dans le moteur : une bougie vient d’exploser ! Hasard ou coup du sort, je ne sais pas. En tout cas, j’étais au volant. «Quand le compteur aura tourné trois fois, on touchera aux freins ! » dit Issyad, signifiant par là que notre périple fera 3000 kilomètres. Un des jerricans couchés fuit. L’arrière du véhicule est plein de gasoil ! On est assez mal organisés et les choses dont on a besoin sont souvent sur la galerie et sanglées ! Trouver un gobelet, c’est toute une histoire ! Les réserves de gasoil sont maintenant debout ! À onze heures, nous repartons.

Barrage de police à Hazoua, poste frontière de la Tunisie, à soixante kilomètres de Tozeur. Il est onze heures trente lorsque les formalités sont terminées. Une zone de no man’s land puis arrêt à la police Algérienne de Taleb Larbis. Deux corps de bâtiments longs et allongés s’étendant sur une cinquantaine de mètres se font face, séparés par deux voies, une pour les entrées et une pour les sorties. Partout des barrières et des hommes en bleu marine, qui palabrent longuement en ricanant. D’abord la police et les papiers à remplir puis la douane : deux papiers à remplir pour chacun et un pour le véhicule. « Formalités d’entrée » ou « Entrance Formalités » affiche un panneau au-dessus de la porte. Des faïences recouvrent les murs, couvertes de chiures de mouches, les fils électriques sont apparents et courent sur les murs, la peinture a dégouliné sur les plinthes. Dehors, les trottoirs sont éventrés. Et nous attendons, stoïquement, persuadés que la moindre demande retarderait encore les démarches. Touristes ou indigènes ne pipent mot. Une Allemande lit, le dos appuyé contre un pilier. Les Algériens se tiennent à l’ombre et palabrent à voix basse. D’autres grignotent. Il est deux heures lorsque le Mercedes peut passer à la fouille, heureusement légère. Il reste encore à prendre l’assurance obligatoire et à changer quelques francs en dinars.

Je conduis vers El-Oued aux très belles dunes blondes et aux palmeraies protégées dans des cuvettes.  Près de la route, des puits aux formes semblables à des bories. Nous bivouaquons à une vingtaine de kilomètres avant Touggourt, à l’abri d’une petite dune derrière laquelle est nichée une plantation de jeunes palmiers. Issyad prépare des « macas » à la sardine. Guilhem monte sa petite tente dans laquelle nous dormirons Jean-Marc et moi pour nous protéger du froid. Nous nous y sentons très à l’étroit et elle sera remisée sur la galerie jusqu’au retour en Ardèche. L’ombre d’un chien qui s’approche de notre campement nous fait croire à la présence de quelque Islamiste prêt à nous égorger…

- Si je raconte des histoires avant que la nuit ne soit bien installée, les animaux vont se perdre… dit notre Touareg.

Il se souvient de son camarade Rhissa qui lui a pris par malice le petit dessin gagné pour le récompenser de son premier prix en composition française. L’image n’était autre qu’un billet de banque ! Et une autre anecdote : le chef de bande qui l’a puni pour une pièce de dix centimes que sa sœur lui avait apportée lorsqu’il était interne. Mais, il conte surtout l’histoire d’Aligouran et de son neveu Glessa. À partir de cet instant, les références à Aligouran ne cesseront de surgir tout au long du voyage.

Guilhem et Issyad dorment près du feu.

Mardi 29 février.

Départ à huit heures. La très belle palmeraie de Touggourt borde la route. Nous sommes ici dans la capitale de la datte.

- Un dattier égale un chameau. Ces gens-là sont riches ! explique Issyad. Les dunes disparaissent et font place à une étendue de sable orangé à perte de vue jusqu’à Ouargla atteint à onze heures. La terre des palmeraies est saupoudrée de sel et les arbres adorent ça. Un chameau est mort au bord de la route, sans doute bousculé par quelque automobiliste peu prudent. Le chacal et le renard des sables se donneront rendez-vous cette nuit pour un festin.

Ici et partout, les stations d’essence s’appellent Nefta : la locale.

Après Ouargla en direction de Ghardaïa c’est le désert du pétrole, oscillant du gris au noir. Nouvel arrêt de contrôle : passeport, nom du père, de la mère, raisons du voyage… Les gendarmes s’ennuient et sitôt leur tâche de routine achevée, ils posent des questions auxquelles il faut répondre aimablement malgré le désir d’en finir au plus vite. Jean-Marc a inventé un système consistant à dire que nous venons de Marseille. Immanquablement, cela déride les hommes en uniforme qui ont tous entendu parler de ce port. Revers de la médaille : chacun a un parent ou un ami en France et ils nous racontent par le menu où il réside, quel est son métier, combien il a d’enfants…

Nous bifurquons avant Ghardaïa pour prendre la direction d’El- Goléa nommée aussi El-Mémiaa. Quelques bidons posés en quinconce et le panneau « halte » annoncent le sacro-saint barrage, avec ses éternels papiers à remplir et ses routinières questions. Issyad n’est pas tranquille. Il sait que la région n’est pas sûre. Effectivement, un militaire nous annonce qu’une vingtaine de personnes ont été égorgées la nuit dernière. Il nous conseille de ne pas dormir à la belle étoile, et d’aller à l’hôtel ou près de la gendarmerie. À l’entrée d’El-Goléa, un autre barrage. Là, on nous annonce qu’à partir de cette ville, les véhicules se déplacent en convoi pour des raisons de sécurité… Nous allons à la gendarmerie où les autorités nous confirment qu’il est interdit de rouler sans escorte. Effectivement, un convoi part demain à sept heures.

Nous passons la nuit à l’hôtel El Boustan. Le patron Terzi Voussad est un militant berbère de grande Kabylie.

Mercredi I° mars

Terzi nous dépanne en dinars et nous dit au revoir en précisant :

- Notre grand-père commun au Touareg et à moi a péché. Il a laissé des enfants partout, en Egypte, au Maroc, au Niger, en Mauritanie… C’est pour cela qu’il y a des Berbères partout !

À 7H30, nous sommes au rendez-vous, à la sortie de la ville. Les adolescents vont à l’école. Toutes les filles portent le foulard. 120 camions et voitures attendent le départ du convoi.

Beaucoup de camions transportent du carburant et sont victimes des brigands qui les arrêtent, planquent la citerne dans un endroit désertique et revendent la cabine en Mauritanie. On est dans la région du M’Zab, située dans le sud Algérien (à 600 kilomètres d’Alger) dont la capitale est proche de Ouargla. La population est composée de mozabites (Berbères de Zénata) et de tribus nomades sédentarisées qui forment maintenant la minorité. Ici, les habitants professent le culte le plus rigide de l’Islam… (Voir J Mélia. Ghardia. Bibliothèque Charpentier).

Le convoi démarre à 9 heures, après que les militaires ont pris l’identité de chacun des voyageurs. C’est un Kabyle, encore un frère de notre Touareg, qui conduit le convoi dans son camion transportant du coca jusqu’à Tamanrasset. Dans la cabine, à côté de lui, le militaire de Constantine (le pays d’Enrico Macias) et sa kalachnikov. Le Mercedes suit, juste derrière.

Au premier arrêt, sur le Plateau de Tigentour, je ramasse un caillou noir. Le paysage est un désert monotone. Personne ne vit ici. La route jusqu’à présent correcte se transforme en piste. Il faut quitter la chaussée principale complètement défoncée et rouler dans le sable et la poussière. Le convoi se désosse et les véhicules font des zigzags pour se retrouver sur la route principale dont certains tronçons sont roulables. À Aïn El Hadjadj, le paysage devient magnifique. Les militaires nous arrêtent en bas des lacets pour reformer le convoi disloqué. Une heure d’arrêt est nécessaire. Il commence à faire chaud. Je sors mes nus pieds qui ne me quitteront plus jusqu’au retour.

On arrive à l’entrée d’In Salah au dernier poste à 17H30. Les nouvelles ne sont pas réjouissantes : le prochain convoi pour Tamanrasset ne partira que dimanche ! disent certains. Les informations sont contradictoires.

Un tourbillon traverse la route.

Le génie déménage ! dit Issyad.

Suivant le scénario habituel, nous nous rendons à la gendarmerie puis à la police. Le commissaire de la ville, constatant notre embarras, nous escorte jusqu’au camping d’In Salah situé dans la cour du Restaurant du Hoggar, et nous promet son aide pour le lendemain matin. Nous nous installons dans la cour ceinte de murs. Là, poussent de jeunes palmiers et des grenadiers. Issyad prépare du riz à la sardine. Le maître des lieux est particulièrement bavard et il profite de la présence du Touareg pour lui raconter sa vie. Deux cabanes en banco sont situées dans les angles. Nous en squattons une pour la nuit, Jean-Marc et moi, pendant que Guilhem et Issyad dorment près du véhicule.

Jeudi 2 mars.

Encore une demi-heure de paperasserie à la police d’In Salah. Nous signons une décharge pour nous rendre à Tamanrasset en dehors du convoi prévu pour le vendredi.

Mais, à la sortie de la ville, le traditionnel barrage avec ses tonneaux et son « halte ». Depuis la guérite, les policiers font signe aux véhicules d’avancer. Puis, après l’accord, on sillonne en slalom entre les bidons rouillés posés en quinconce sur la chaussée souvent défoncée. Les policiers de la ville qui devaient téléphoner au poste de sortie n’ont pas fait leur travail. Démarches, sourires forcés, salamaleqs, discussions, rien ne déride les gendarmes. Nous devons retourner au poste de police de la ville ! Les gardiens ricanent et se moquent ouvertement de nous. Deux jeunes se tapent dans le dos en nous regardant faire demi-tour. Au retour à In Salah, le superbe Toyota Land Cruiser du Commissaire est garé devant le poste de police. Ce petit Monsieur très distingué porte costume et cravate à l’Occidentale. Nerveux et vif, de petite taille, il était hier au soir escorté par sa petite fille. Visiblement, il n’est pas islamisé. Il possède parfaitement la langue française et souhaitait la veille nous simplifier les démarches. On attend donc notre ami le Commissaire qui se trouve quelque part dans les locaux… Dans la cour, des sans papiers se bousculent, gardés par un policier attentif. Ils ont passé la nuit au trou. Parmi eux, des Touaregs qui se sont fait prendre en essayant de quitter leur pays en fraude. Toujours pas de Commissaire. Un type en costume finit par téléphoner au poste de police. Nous retournons à la sortie de la ville où on nous laisse enfin filer. Nous avons perdu une heure et quart.

A Sikerat au Nord-Niger en 2000. Photo Pellet Jean-Marc

A Sikerat au Nord-Niger en 2000. Photo Pellet Jean-Marc

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www.fashionforplay.com 04/09/2014 13:46

Agadez is a remote area in Afghanistan where the lives of common people are miserable due to terrorists. Even though many attempts were made by the government to eliminate them, but they did not got desired results and it made things worse.