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occitan-touareg

Entretien avec monsieur Ahmed AKOLI (MNJ)

Entretien avec monsieur Ahmed AKOLI, secrétaire politique du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ)

 

Depuis quelques semaines nous assistons à une dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire au Niger. Plusieurs dizaines de civils ont été tuées par l’armée Nigérienne qui n’arrive visiblement pas à prendre le dessus sur le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ). Sur le plan politique le pays s’achemine vers un chaos qui semble inévitable si les autorités ne se décident pas à prendre les choses au sérieux et à chercher les moyens de sortir de cette crise.

 

Nous avons décidé de donner la parole à Monsieur Ahmed AKOLI, secrétaire politique du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), pour nous permettre, et permettre aux Nigériens, de mieux comprendre les objectifs de son organisation.

 

 

Depuis bientôt un an, votre organisation, le MNJ, affronte l’armée nigérienne dans le Nord du pays. Pouvez-vous nous dire exactement ce que revendique votre Mouvement et en quoi vous le différenciez de ceux des années 1990 ?

 

Ahmed AKOLI : Les premières rebellions ont été déclenchées, suite à des injustices faites à la communauté touarègue par les pouvoirs qui se sont succédé à la tête du Niger. Des ressortissants des régions du Nord avaient usé de tous les moyens légaux pour faire entendre à l’époque leurs cris de détresse. Ils n’ont rencontré que de l’indifférence et de l’incompréhension de la part de la classe politique nigérienne. C’est après l’échec de plusieurs tentatives de résolution des problèmes à l’époque, que des jeunes combattants ont pris les armes pour se faire entendre du pouvoir. Cela avait fait suite aux douloureux événements des années 1990 dont les tueries de Tchintabaraden et d’autres, qui sont restées jusqu’à ce jour impunies, demeurent le paroxysme. A l’époque la rébellion touchait surtout le Nord du pays et les revendications de départ tournaient autour de l’instauration d’un système fédéral.

 

C’est après cinq ans de conflit que les mouvements rebelles et l’Etat étaient arrivés à des négociations qui ont abouti à la signature des accords de paix du 24 avril 1995. Ces accords qui malheureusement ne furent jamais respectés dans leur volet politique par le pouvoir nigérien. Dans le fond la question reste la même. Il s’agit de dénoncer l’injustice faite à des Nigériens exclus et réduits au statut de citoyens de seconde zone. Des Nigériens dont les régions ne bénéficient d’aucune réalisation socio-économique significative malgré l’importance des ressources qui en sont tirées. Des citoyens laissés à eux-mêmes alors qu’ils constituent la seconde composante nationale en nombre d’après les derniers recensements de la population que le pouvoir refuse curieusement de publier. Par la nature de sa lutte, le MNJ n’a aucune revendication territoriale et demande que chaque Nigérien soit reconnu dans ses droits. Il regroupe des combattants de toutes les origines ethniques et régionales du Niger. Néanmoins, il est aussi vrai que du fait de la marginalisation dont souffre le Nord-Niger et des grandes injustices faites à cette région et aux communautés qui y vivent, ses ressortissants sont les plus nombreux dans nos effectifs et dans les instances dirigeantes du Mouvement.

 

Le MNJ quoi que disent ses détracteurs est un mouvement national et ses combattants entendent aussi assumer leur pleine citoyenneté. Il y a en effet plusieurs manières de voir le Niger, et beaucoup de Nigériens ne peuvent pas accepter la situation actuelle, faite de grandes disparités délibérément créées en matière de développement de régions. Pour nous, il est grand temps de corriger cette situation et de rétablir un équilibre, seul gage d’une paix juste et durable pour le pays.

 

Le Niger doit être géré en toute collégialité par toutes les communautés nationales, et cela n’est ni un cadeau fait à certaines, ni un luxe que peuvent s’offrir d’autres, mais un droit légitime et une condition de sa stabilité.

 

Aujourd’hui, comment voyez vous la situation compte tenue du refus des autorités de négocier avec vous. Elles disent que vos revendications peuvent s’inscrire et trouver leurs solutions dans le système démocratique ?

 

Ahmed AKOLI : Le Niger n’est qu’une démocratie de façade, car l’Etat peine finalement à construire des institutions stables. Le pays est miné par l’arbitraire et la corruption qui demeurent encore des méthodes de gestion sur lesquelles les leaders politiques de la majorité comme de l’opposition s’entendent. Depuis l’indépendance du Niger un système établi sur la base de copinage ethno-régionaliste s’est instauré pour gérer les affaires de l’État. Des crimes de sang, des délits et autres abus politiques sont rarement jugés ce qui jette un discrédit sur l’Etat et sa Justice. Ces affaires sont d’ailleurs souvent utilisées pour des règlements de comptes entre clans du pouvoir, comme nous l’avons observé ces derniers jours. La liberté de la presse est taillée sur mesure et les journalistes sont muselés et mis en prison sous des prétextes fallacieux. Aucun contrepouvoir n’ose s’exprimer aujourd’hui devant cette dictature qui s’installe.

 

Quelle est la position de votre Mouvement par rapport aux accords de paix de 1995 signés entre les Mouvements touaregs et l’Etat nigérien ?

 

Ahmed AKOLI : Les accords de paix de 1995 ont été une avancée significative dans le règlement du problème du Nord du pays. Mais l’absence d’une volonté politique et la mauvaise foi qui a caractérisé l’attitude du pouvoir ont empêché leur application effective. Ils constituent un acquis majeur pour le pays dans son ensemble.

 

Il est indéniable que la rébellion des années 90 a permis la décentralisation dont tous les nigériens sont fiers et qu’ils considèrent comme une avancée démocratique indiscutable. Cette décentralisation reste cependant inachevée et les moyens de son accompagnement restent dérisoires. C’est ainsi que plusieurs municipalités n’ont pas pu se mettre en place ou ont vite cessé de fonctionner. Nombre de maires et d’élus ont jeté l’éponge et certains ont regagné le MNJ pour dénoncer l’inertie de l’Etat. A cela s’ajoutent les réflexes dirigistes des tenants du pouvoir qui manipulent ces collectivités à travers les gouverneurs des régions qui font et défont les lois à leur guise et cela au détriment d’une vraie démocratie à la base. Pourtant la décentralisation pourrait constituer un espoir et un moyen efficace d’adaptation de la politique aux besoins réels des populations. C’est la seule manière de tenir compte de la configuration sociopolitique de chaque région en répondant à ses spécificités économique démographique et culturelle. Il faudrait bien admettre qu’il y a des variantes importantes selon qu’on veut administrer une région à vocation agricole et sédentaire, ou qu’on se situe en zone pastorale et nomade.

 

Les différents régimes qui se sont succédé au Niger depuis 40 ans se sont caractérisés par une volonté clairement affichée d’asphyxier la région Nord et les communautés qui y vivent. Toute la population est aujourd’hui consciente de cette situation et l’Etat ne peut plus continuer la même politique sans mettre en péril l’unité nationale.

 

Il faudrait que la classe politique assume la réalité multiethnique de notre pays pour que chacune de nos communautés puisse s’épanouir dans sa spécificité. Cela consolidera davantage l’unité nationale Il incombe à l’Etat de garantir l’équité et l’égalité des citoyens devant la loi et de veiller aux équilibres nécessaires à la cohésion nationale. C’est une manière pragmatique et réaliste d’appréhender la réalité de notre pays. Il faudrait cesser de marteler des discours démagogiques et hypocrites non performants sur l’unité nationale et la justice sociale, car quand ces valeurs sont réellement vécues, nul besoin de le clamer haut et fort. La naissance des rebellions au Niger trouve sa justification dans l’incapacité des hommes politiques à diagnostiquer le mal-être qui sévit et à lui trouver une solution autre que celle de réprimer à tout prix par les armes ces soulèvements. Le monopole de la violence n’appartient légitimement à l’Etat que quand ce dernier rempli sa mission vis à vis de ses citoyens.

 

Votre combat pour la justice ne semble pas rencontrer l’adhésion qu’on pouvait attendre de la part de la société civile nigérienne ?

 

Ahmed AKOLI : La société civile par définition n’est pas une organisation particulière, c’est la voie du peuple. Dans leur grande majorité, les Nigériens veulent la paix et font régulièrement appel au gouvernement pour qu’il se mette dans une logique de dialogue. Ces appels sont systématiquement rejetés par les tenants du pouvoir en place. Le gouvernement a créé sa propre « société civile » à laquelle il accorde le monopole du débat citoyen. Cette logique a été poussée jusqu’à l’inacceptable quand un ministre de la République en plein exercice a participé à un débat organisé par la télévision nationale, au cours duquel un personnage connu pour son extrémisme à appelé à l’extermination d’une partie de la communauté nationale.

 

Une telle attitude va à l’encontre de la volonté des Nigériens de construire un destin commun.

 

Pourquoi ne cherchez-vous pas à inscrire votre combat dans le processus démocratique qui a permis l’amorce de la décentralisation et la naissance des partis politique ?

 

Ahmed AKOLI : Il y a des problèmes qui ne peuvent pas trouver de solutions dans un système où les dés sont pipés d’avance. L’appareil d’Etat et ses institutions restent les mêmes depuis l’indépendance du pays et sont aux mains d’une oligarchie ethno régionaliste qui fonde sa force sur son armée tribaliste. La classe politique actuelle a causé un tort énorme au pays en incluant dans la Constitution l’amnistie des assassins du président Baré accréditant ainsi la thèse de sa complicité dans ce crime. Cette forfaiture a pour conséquence d’affaiblir l’image de l’Etat aux yeux des citoyens. Image déjà sérieusement entamée par la corruption qui gangrène l’ensemble de nos institutions au point où personne ne se demande comment un simple fonctionnaire peut devenir milliardaire en quelques années.

 

La démocratie est toujours un objectif vers lequel on devrait tendre mais qui n’est jamais atteint car cela suppose la perfection des hommes…Cependant, pour fonctionner un Etat a besoin de règles que les citoyens ressentent comme équitables et justes. Au Niger il nous appartient de construire ces règles et le MNJ veut contribuer à créer les conditions de ce débat. Les Nigériens épris de paix et de justice doivent réinventer des institutions adaptées à notre réalité et dans lesquelles chaque citoyen peut se reconnaître. Après tout la démocratie est un choix de société ou le débat se fait sur les idées et non sur la manière d’assumer nos identités qui nous sont intrinsèques et ne peuvent, par conséquent, pas faire l’objet de négociations. Chez nous, chaque communauté a apporté son bout de territoire pour constituer le Niger actuel et l’Histoire est toute récente.

 

Les droits de l’homme sont actuellement piétinés par l’Etat nigérien. Au-delà de leur caractère universel et sacré ils constituent un pilier qui permet de structurer l’idée de l’Etat dans un pays comme le nôtre où la réalité voire l’intérêt d’un Etat moderne sont encore largement à construire.

 

Le gouvernement vous accuse d’être des trafiquants et des bandits. Que répondez-vous à cela ?

 

Ahmed AKOLI : Pour nous les accusations du pouvoir de Niamey ne peuvent avoir aucune crédibilité car la réalité est que nous avons démasqué les vrais commanditaires de ces trafics qu’on retrouve dans les cercles du pouvoir actuel. Le MNJ ne saurait accepter que le Nord du Niger soit livré aux trafiquants en tout genre et qu’il devienne un repère d’aventuriers au service d’intérêts étrangers à la région.

 

Par ailleurs en matière de banditisme et de délinquance, le gouvernement veut faire oublier les milliards dilapidés au profit de ses partisans et qui auraient pu servir à construire des dispensaires des écoles ou empêcher que des Nigériens meurent de faim.

 

Parmi vos revendications il y a la question de la répartition équitable des richesses du pays. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Ahmed AKOLI : Depuis 40 ans que l’uranium est exploité dans notre pays cela n’a pas servi à améliorer les conditions de vie des populations locales. L’argent de cet uranium n’a pas servi à creuser les puits d’eau qui auraient allégé les souffrances des populations de la zone. Il n’a pas servi à scolariser les enfants, à créer des dispensaires... Dans le domaine de l’emploi, les autochtones de la région n’arrivent pas à se faire embaucher sur des emplois même non qualifiés. Par contre les risques environnementaux liés à l’exploitation minière, eux, sont de plus en plus importants. Nombre de pathologies sont apparues ces dernières années dans l’indifférence de l’Etat et de la société Areva qui exploite les deux mines aujourd’hui en service. Là aussi le MNJ ne peut accepter durablement le pillage des richesses naturelles de la région sans que les intérêts des populations locales ne soient pris en compte. Nous demandons à Areva et aux autres multinationales intéressées par nos richesses de nous respecter et de comprendre que les choses ne pourront désormais plus être comme avant.

 

Les richesses minières de nos régions ont été exploitées jusqu’à maintenant dans l’opacité la plus totale et Areva s’est contentée d’engraisser l’oligarchie politico militaire de Niamey sans se soucier du sort des populations touarègues

 

Le gouvernement nigérien distribue des permis d’exploration aux multinationales de manière frénétique, quelles sont les conséquences de cette nouvelle politique sur les populations ?

 

Ahmed AKOLI : Nous pensons que la diversification des partenaires est en soi une bonne chose. Seulement cela ne devrait pas se faire sur le dos des populations et des intérêts réels du pays. Aujourd’hui la seule chose visible est le sort réservé aux populations qui habitent les zones concernées. Des familles voire des tribus entières sont éjectées de leurs zones naturelles sans aucune concertation ni mesures d’accompagnement susceptibles de clarifier les implications juridiques et matérielles de ces décisions. Les populations sont dépossédées de leurs espaces vitaux, ce qui aura pour conséquence de déstabiliser le tissu social et économique de ces régions. Cela pose aussi la question des espaces pastoraux déjà maltraités par le code rural qui octroie, de fait, plus des droits aux sédentaires qu’aux éleveurs nomades. Une manière implicite de consacrer la suprématie de l’agriculture sur l’élevage pourtant deuxième mamelle de l’économie nationale après les richesses du sous-sol.

 

Revenons un peu sur les revendications du MNJ.

 

Ahmed AKOLI : Notre document cadre de revendications est élaboré et sera publié en temps opportun. Ces revendications sont justes car appuyées sur un diagnostic indiscutable de la situation de notre pays. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont partagées par une majorité de Nigériens, même si certains vivent encore dans illusion de croire que les choses peuvent changer toutes seules !

 

L’Etat du Niger doit reconnaître ses dysfonctionnements actuels et accepter de se reformer pour mieux répondre aux attentes de la population.

 

Les revendications du MNJ portent sur trois axes principaux :

 

- Une des choses essentielle pour la stabilité du Niger et donc pour son développement est la participation effective de toutes les composantes nationales à l’exercice du pouvoir politique. Des mécanismes adéquats doivent être trouvés pour permettre à chaque communauté de se sentir associée à la manière dont les affaires du pays sont conduites. Cela permettra de mettre fin a cette marginalisation dont est victime une partie de la population. D’autres problèmes connus trouveront leurs solutions notamment les déséquilibres actuels dans le recrutement au sein de la fonction publique et d’une manière générale dans les corps de l’Etat. Il n’y a aucune raison que notre administration ne reflète pas davantage la diversité de la population. Il appartient à l’Etat de veiller à cela et de ne plus se retrancher derrière l’hypocrisie actuelle qui consiste à afficher un discours et laisser se perpétuer des pratiques qui entretiennent l’inégalité entre Nigériens. Nous souhaitons que la décentralisation des pouvoirs et des initiatives puisse s’accélérer et que les moyens soient mis par l’Etat dans cette politique pour lui donner un contenu tangible et perceptible par les citoyens.

 

- De cette préoccupation centrale découle celle liée à la recherche d’une meilleure répartition des maigres moyens de l’Etat pour la réalisation d’infrastructures socio-économiques dans nos régions. Pour ce faire, nous entendons que les retombées de l’uranium servent d’abord l’essor économique des régions concernées et du pays d’une manière générale Il y a des disparités entre régions qu’il convient de corriger par une meilleure planification des politiques publiques de développement. Nous savons aujourd’hui que les meilleurs projets de développement qui ont un réel impact socio-économique sont systématiquement orientés de manière très discutable. Autant d’injustices sur lesquelles il faudra lever les tabous, car elles sont à la base de frustrations qui poussent des milliers de jeunes des régions discriminées à prendre les armes pour se faire entendre. On ne leur donne aucune autre issue que l’exil ou le renoncement.

 

- Une autre de nos revendications concerne la sécurité des régions du Nord. Notre position la dessus est une question de bon sens et de pragmatisme. Il a été démontré aujourd’hui que ni la gendarmerie ni l’armée dites nationales ne sont en mesure d’assurer la sécurité des citoyens dans ces régions et empêcher qu’elles ne deviennent des zones de non droit. L’armée pourra encore moins défendre l’intégrité du territoire contre une éventuelle menace extérieur. Partant de ce constat qui est largement partagé par l’ensemble des observateurs intéressés par la question, nous voulons la création d’un état-major spécifique qui superviserait les questions de sécurité et de défense dans les 3 régions de l’Aïr, l’Azawagh et le Kawar. Le recrutement militaire se fera essentiellement, mais pas exclusivement, dans ces régions. Cette réorganisation de notre système de défense est un impératif dicté par la réalité du terrain et les implications géostratégiques qui sont à la base des développements géopolitiques que nous percevons autour de nous. Les FNIS actuelles peuvent très bien être les premiers éléments constitutifs de cette nouvelle force et disposer déjà d’un commandement autonome ce qui pourrait décupler leur efficacité sur le terrain. Sur le plan politique l’armée sera enfin perçue par les populations de ces régions comme un prolongement de la société et non comme une armée d’occupation qui se livre uniquement à des persécutions et trafics mafieux en tous genres. Les massacres de civils auxquels nous assistons aujourd’hui au Nord s’expliquent en partie par le fait que les militaires ne s’identifient pas à la population locale. L’intégration dans l’armée de ceux parmi les combattants du MNJ qui choisiront le métier des armes sera un signe fort d’un équilibre et d’une unité retrouvée. En somme il s’agit de créer une véritable armée nationale et républicaine dont la composition, le commandement et la mission refléteraient nos réalités nationales. Une armée qui doit cesser d’être noyautée par des clans qui s’en servent pour tenir le pays dans l’immobilisme et empêcher son évolution.

 

Les autorités nigériennes vous accusent d’être à la solde d’intérêts étrangers ?

 

Ahmed AKOLI : Le gouvernement cherche à discréditer notre combat en usant des arguments les plus farfelus. Le MNJ trouve ses moyens uniquement par ses actions contre l’armée. Cependant nous avons toujours voulu avoir des rapports sereins et responsables avec l’ensemble des pays amis du Niger et ne désespérons pas de les convaincre de contribuer à leur manière au retour à la paix et à la stabilité dans la région.

 

Nous pensons par ailleurs que le rôle de la communauté internationale est primordial pour aider à l’apaisement de la situation actuelle. Notre objectif n’est pas forcement de gagner la guerre sur le terrain militaire, mais d’arriver à une solution politique car nous sommes convaincus que cela est dans le sens de l’intérêt du pays. Nous appelons les institutions internationales : les Nations unies, l’Union africaine, CEDEAO SEN-SAD…à sortir de leur mutisme afin d’éviter que ce conflit ne prenne des proportions plus graves encore, et donc à se complexifier.

 

Ces dernières semaines l’armée nigérienne s’est lancée dans une offensive présentée comme décisive contre votre Mouvement. Pouvez-vous nous en faire le bilan ?

 

Ahmed AKOLI : Cette offensive était vouée à l’échec car ce n’est pas la première fois que l’armée fait une telle tentative de nous anéantir. Il se trouve que nos combattants disposent d’un encadrement et d’une connaissance de terrain qui leur assurent la maîtrise des engagements militaires. Les militaires envoyés sur le front n’ont aucune motivation car ils ne comprennent pas toujours qu’on leur demande de combattre leurs frères qui ne demandent pas autre chose que la Justice pour l’ensemble des Nigériens. Ces militaires vivent souvent dans des conditions pitoyables dans l’indifférence des politiciens qui les envoient terroriser les populations civiles. En effet les massacres de populations civiles continuent et le pouvoir cherche visiblement à semer la terreur dans le Nord du pays dans l’espoir de retourner la population contre le MNJ.

 

Votre organisation est fortement soupçonnée d’être derrière les explosions enregistrées dernièrement dans plusieurs villes du pays.

 

Ahmed AKOLI : Le MNJ demeure sur la position qui a toujours été la sienne qui est de ne pas s’en prendre à des civils ou à des intérêts privés. Nous savons que le Gouvernement est prêt à tout pour essayer de discréditer notre Mouvement faute de pouvoir porter le débat sur les vraies questions qui concernent l’avenir du pays.

 

Votre mouvement entretient des relations avec le groupe d’Ibrahim Ag Bahanga au Mali ?

 

Ahmed AKOLI : Le groupe dont vous parlez milite pour la reconnaissance des droits de la communauté touarègue au Mali. En cela nous nous rejoignons car au Niger aussi nous avons le même type de revendication. La justice que nous voulons pour tous les Nigériens suppose que la marginalisation des Touaregs cesse et que les citoyens soient mis sur le même pied d’égalité.

 

Quelque chose à rajouter ?

 

Ahmed AKOLI : Je voudrais saisir l’occasion de cet entretien pour m’adresser à l’ensemble des Nigériens et leur dire que le MNJ n’est ni un mouvement séparatiste ni un mouvement qui défend une communauté particulière mais une organisation qui refuse la situation dans laquelle le pouvoir actuelle veut maintenir notre pays. Un mouvement qui réclame la justice pour tous les Nigérien et qui n’accepte pas que la corruption devienne pratiquement le seul moyen d’ascension sociale. Le MNJ est déterminé à combattre les ennemis du pays qui cherchent à opposer les Nigériens et à instrumentaliser notre diversité culturelle.

 

Enfin le MNJ milite pour l’avènement d’un Niger uni dans lequel chaque citoyen trouve tous les jours des raisons d’être fier de son pays. C’est aussi pour cela que nous demandons que la décentralisation soit poussée au maximum pour permettre à chacune de nos régions de s’épanouir et d’apporter sa contribution à l’essor politique économique et culturel de notre pays.

 

Entretien réalisé pour le compte du site Internet de l’association Survie Touarègue-TEMOUST

 

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