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occitan-touareg

La situation au Nord Mali par Dialla KONATE

29 Septembre 2012 Publié dans #Dialla Konate

La situation au Nord Mali
Une tentative de compréhension - Des pistes de solution
0- Introduction
Depuis l’hominisation il est une règle qui est que les groupes, humains se constituent, prospèrent, élisent des lieux d’habitation sous la pression de  deux nécessites : la nécessite économique et la nécessite militaire.
En considérant l’activité militaire comme une composante des relations sociales intra-groupes et intergroupes, alors, on peut dire que pendant longtemps l’activité humaine fut réductible à l’économie et au social.
Ces deux domaines d’activités sont à la base de la vie ou de la survie de tout groupe humain.
La vie du groupe passe nécessairement par des moments ou phases critiques. Henri Hude (** Ethique et Politique) définit la phase critique comme « une situation où les choses ne peuvent plus simplement continuer sur leur lancée, mais il faut décider de nouvelles orientations. »
Si un groupe humain ne réussi pas à sortir d’une phase critique de son histoire alors une crise grave peut survenir.
Pour Henri Hude, la grave crise est celle qui remet en cause les principes eux-mêmes, la survie du groupe lui-même. Pour sortir de la phase critique et des graves crises, Max Weber (** Essais sur la théorie de la science) dit que la solution viable se trouve nécessairement en procédant à une analyse avec un « esprit historique et politique ». Il veut dire par là que la vraie solution à une crise se posant à une communauté humaine doit planter ses racines dans l’histoire du groupe et s’élever vers l’assainissement et la clarification des rapports de pouvoir et d’autorité au sein du groupe en déterminant clairement :
qui détient les droits ;
qui définit les devoirs ;
vers qui vont les obligations ;
qui définit les règles régissant les flux droits-devoirs-obligations.
Ainsi que pour comprendre la situation prévalant au Nord Mali, j’ai adopté la définition de situation critique selon Henri Hude et j’ai adopté la stratégie de recherche préconisée par Max Weber. Dans la présente étude, j’ai volontairement minimisé les études sur la situation conflictuelle au Nord Mali faites par des sources non-africaines. Parmi les documents restants qui ont tous, il faut le reconnaître, un intérêt, seuls les travaux menés par le chercheur malien Moussa Intazoume Président de l’ONG AMAN-DPS, malgré leurs faiblesses, ont le mérite de chercher à comprendre la question a travers une analyse historique et politique en y incluant la dimension ethnique.
1- Les études disponibles
Je vais distinguer les études faites par Moussa Intazoumé des autres.
1.1- Les études de Moussa Intazoumé (Mossa Ag Intazoumé)
Moussa Intazoume (** note personnelle et rapport, article paru dans le Républicain an date du 12 septembre 2008, Quelle sécurité pour le Nord ? avec la Fondation Friedrich Ebert, Nov. 2005) remonte au 11ème siècle de l’Hégire soit le 17ème siècle de l’ère chrétienne, à l’époque où des écrits de nombreux voyageurs et chroniqueurs arabes nous renseignent sur la cohabitation des différents groupes humains, noirs a 75% (Sonrhaï, Peuhl, Bella) et blancs a 25% (Tamasheq, Arabes, Maures) qui peuplent le Nord Mali.
Moussa Intazoume semble situer dans les luttes politiques a l’intérieur des tribus Tamasheq d’une part et entre ces tribus et les autres groupes ethniques, d’autre part, le moteur principal des troubles a répétition au Nord Mali.
1.2- Les autres études
Je vais me référer essentiellement au résumé des études fait par Modibo Keita (** La résolution du conflit Touareg au Mali et au Niger, note de recherche numéro 10 du GRIPCI, Chaire Raoul Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec a Montréal, juillet 2002).
Ce travail classe les travaux sur la question touareg en trois catégories.
  - Une première catégorie comprend les études qui partent du postulat que les crises au Nord Mali et au Nord Niger sont voulues et fabriquées par les autorités politiques du Mali et du Niger. Tout le travail consiste ensuite à vouloir justifier cette prise de position. Le prototype cité par M. Keita pour matérialiser cette catégorie est le livre publié par Mano Dayak, un métis franco-nigérien de mère Touareg (** Touareg ; la Tragédie). Ce livre a valu force accolades à son auteur, en particulier, en Europe.
  - Une seconde catégorie qui soutient qu’en réalité la situation des Touareg n’est pas pire que celle qui est faite aux autres groupes ethniques au Mali ou au Niger. Là aussi ce postulat fonde et achève, en même temps, le travail qui devient un simple support a cette affirmation. Un modèle de ce type de travail est présenté a travers le livre de l’homme politique enseignant et chercheur nigérien, André Salifou (** La question touarègue au Niger).
  - La troisième et dernière catégorie est composée de travaux plus riches en hypothèses et plus analytiques. Ils supposent que le problème Touareg est la résultante de plusieurs phénomènes sociaux, politiques, économiques et naturels. Ces derniers facteurs matérialisés par les problèmes climatiques expliqueraient grandement l’extrême précarité dans laquelle vivent les Touaregs qui serait aggravée par l’inadaptation des projets de développement. De telles études complexes se retrouvent plutôt souvent du cote d’auteurs maliens a l’image de Mohamed Tiessa-Farma (** Le Mali : De la sécheresse a la rébellion touarègue). 2- Le Nord Mali façonné par l’Histoire
Le principal document de référence de ce chapitre est le remarquable et intemporel ouvrage de Djibril Tamsir Niane (DTN) (** Le Soudan Occidental au temps des grands empires – XIème – XVème siècles).
2.1- Les groupes humains en présence avant le 20eme siècle
Depuis que des chroniques sont disponibles, remontant a l’époque de l’Empire de Ghana, des populations variées se sont rencontrées dans le Nord Mali que nous allons étendre a toute la partie du pays s’étendant au nord du fleuve Niger et du fleuve Sénégal également. Au 11eme siècle, on trouve dans cette région des populations noires de diverses ethnies: Soninké, Malinké, Sonrhaï, Peuhl, Dogon. On y trouve également des populations blanches : Berbères (Touareg ou Tamasheq), Arabes. Un des centres urbains ou ces populations se côtoyaient était Tombouctou fondé comme un centre de dépôts par des populations Berbères.
DTN dit de l’homme de la savane qu’il a de multiples aptitudes. Parce qu’il « est agriculteur, éleveur, pêcheur, excellent commerçant avec un sens des affaires, excellent guerrier » l’homme de la savane, selon DTN a découvert le besoin de fonder de grands empires afin de faire épanouir toutes ses aptitudes. Jamais les groupes ethniques berbères (Tamasheq ou Touaregs) n’ont cherché à constituer un pouvoir politique. Les différentes tribus à l’intérieur de ces groupes se sont toujours contentées de vivre en communauté avec comme priorité l’accès a des sources économiques permettant la survie du groupe, de ses traditions et de ses règles. Même lorsqu’a l’affaiblissement de l’Empire du Mali, les Touaregs ont pris Tombouctou en 1433 et l’ont soumise durant 35 ans jusqu’en 1468, ont laisse en place le gouverneur représentant le souverain du Mali.
Les communautés Touaregs se sont contentées de s’assurer des revenus en prélevant et s’appropriant, dans un premier temps, les deux-tiers de l’impôt levé sur les populations de Tombouctou. Cet impôt était de 3000 misthqal soit 14kg187 d’or fin soit environ 120millions Cfa, valeur de février 2009, calculés au prix actuel de l’or. Le tiers fut laissé au gouverneur avant d’être également annexé, a son tour, dans un second temps. C’est suite à cette dernière appropriation que la famille du gouverneur de Tombouctou représentant l’Empereur du Mali dont les militaires s’étaient retirés du fait de l’affaiblissement de l’empire, fit appel à Sonny Aly et l’Empire Songhoi, les nouvelles forces montantes de la sous région. Sonny Aly fit la conquête de Tombouctou en 1468, pacifia Tombouctou, entama une sécurisation des routes commerciales et soumis les populations Touaregs. Les populations Touaregs se garderont d’actions militaires extérieures à leurs zones de résidence autre que les guerres de convoitises des tribus Touaregs les unes contre les autres.
2.2- Les données économiques caractérisant la zone avant le 20eme siècle
Le grand commerce transsaharien était aux mains des négociants arabes. Ce courant d’échanges fructueux entre l’homme de la savane et les populations nord-africaines d’Egypte, de tripolitaine, de Fez, du Touat débouchant a Tombouctou, Gao ou Djenne, assurait une partie de la prospérité des empires et organisations étatiques établis par les hommes de la savane.
Les populations Touaregs n’ont jamais exercé un pouvoir politique ni dans l’intention d’unifier les diverses tribus Tamasheq ni pour administrer des territoires comprenant des populations.
Ces populations se sont accommodées de tous les pouvoirs politiques, en temps de paix, pourvu que leurs autonomies aient été préservées, que leurs communautés aient eu accès a des revenus. Cela a été le cas à l’époque de l’Empire de Ghana, au temps de l’Empire du Mali et au temps de l’Empire Songhoi. Durant ces périodes les communautés Tamasheq ont vendu des produits artisanaux aux caravaniers et aux populations sédentaires. Elles ont fourni des travailleurs aux mines salines et surtout des guides aux caravanes commerciales traversant le Nord Mali dans toutes les directions.
Lorsque les empires se sont affaiblis, les guides Touaregs se sont toujours transformés en pillards menant sans cesse des razzias.
Ce fut le cas du 9ème siècle au 11ème siècle : période allant du déclin de l’Empire de Ghana a l’affirmation du pouvoir de l’Empire du Mali sur Tombouctou, le Sahel et le Sahara sous Mansa Soundjata et surtout sous Mansa Sakoura.
Ce fut à nouveau le cas durant les 35 ans d’intermède (de 1533 à 1468) entre l’affaiblissement de la présence militaire de l’Empire du Mali et l’apparition de celle de l’Empire Songhoi.
Ce fut à nouveau le cas après le déclin de l’Empire Songhoi, du 17ème siècle jusqu’en 1908 l’affirmation de la présence militaire française sur la région. Observons donc qu’en plus de 315 ans, de l’effondrement l’Empire Songhoi et la prise de Tombouctou en 1593, a l’année 1908, les Touaregs se sont réveillés a nouveaux a la razzia et cela dans toute la zone au nord du fleuve Niger et même au nord du fleuve Sénégal.
Cette violence était remarquable aux yeux de tout voyageur ayant traversé les zones ou les Touaregs pouvaient arriver à se trouver. Moussa Intazoume cite René Caille qui, impressionné, dans le second volume de son livre «Voyage a Tombouctou » (pages 199- 120), traite les Touaregs de « peuple pillard » et de « peuple vagabond ».
2.3- Caractérisations de la violence sociale dans la zone avant le 20eme siècle
Le Nord Mali connaissait avant le 20ème siècle plusieurs types de violences sociales. Dans les époques de paix assurée par un pouvoir central fort assurant une protection militaire des populations et des biens, les violences qui existaient concernaient les affrontements entre les populations nomades : tribus arabes contre tribus tamasheq ; tribus tamasheq contre tribus tamasheq.
Les violences ont opposé populations blanches arabes (les Kountas et autres groupes d’origine marocaine –les chirifous) et tamasheq d’un cote aux populations sédentaires noires de l’autre.
Les violences ont aussi opposee certaines populations noires entre elles.
Les violences intra tribus tamasheq furent incessantes et très violentes.
Une des preuves de l’intensité et de la continuité de ces violences inter tamasheq est la destruction systématique des villes médiévales comme Essouk, Tahouhas, Chouchou, Djencheche, Djounhan, Intghichmine, Kidal-Médiéval.
Avec ces centres urbains ont disparu les traces des riches cultures développées par ces communautés engagées dans d’incessants combats les unes contre les autres.
Dans les périodes d’absence de pouvoirs centraux forts, les violences sociales étaient essentiellement constituées des razzias que les tribus Touaregs exerçaient sur les populations civiles et contre les caravanes commerciales.
Les groupes ethniques qui souffrirent le plus des conflits furent les Peuhls.
Ils furent littéralement exterminés. Ils étaient particuliers à tout point de vue. Ils étaient éleveurs, nomades mais noirs. Ils étaient non islamisés même lorsque l’Empire Songhoi se convertit à l’Islam. Ils furent massacrés par les tamasheq sans avoir le soutien des cadis instruits et islamisés. Ils furent massacrées par Sonny Aly et ses successeurs d’avoir refusé de donner leurs troupeaux pour nourrir l’armée.
 Les peuhls furent pratiquement éliminés de certaines régions entières.
C’est ainsi que le juriste Mohamed Aquit qui écrivit toute la haine qu’il avait a l’endroit des peuhls au point ou il ne voulait plus en voir, quitta la ville de Macina où il vivait pour aller plus au nord à Oualata d’où les peuhls avaient disparus (Cf. DTN, pages 191-192).
2.4- Solutions apportées à la violence sociale dans la zone avant le 20eme siècle
Jamais on ne trouve dans les récits historiques d’intervention d’un pouvoir central pour mettre fin à des violences entre deux ou plusieurs tribus Touaregs.
Celles-ci se sont toujours violemment affrontées pour une hégémonie dans une région du Sahara ou pour s’approprier des richesses matérielles.
Ces affrontements ont opposé toutes les tribus : les Ifoghas, les Oulimidaines, les Kel Antassars, les Kel Airs, les Kel Ahagars, les Regueibats, les Imgads, etc…. L’apaisement relatif a été la séparation géographique spontanée des tribus.
Les unes se sont installées plus a l’Est, plus au Sud, plus a l’Ouest ou plus au nord. Cependant les convoitises économiques et la recherche d’hégémonie n’ont jamais été vaincues jusqu'à ce jour surtout que l’etat malien, de l’indépendance a ce jour a failli de trouver les bonnes règles d’administration adaptées a cette partie du pays avec son histoire spécifique.
Les conflits entre les Kounta et les groupes d’origine marocaines d’une part et les populations sédentaires noires furent résolus en deux temps marqués tous les deux par l’attribution de privilèges aux groupes ethniques blancs.
Le premier temps fut de les accueillir dans les grands centres urbains, poumons économiques, qu’étaient Tombouctou et Djenne, entre autres.
Ensuite, à ces populations blanches furent distribuées des sommes importantes en or et des esclaves. Elles se virent attribuer des quartiers qui devinent rapidement les lieux d’habitation des privilégiés.
A Tombouctou ce furent Sankore, Djinguererber.
A Djenne les quartiers privilegies attribués aux populations blanches pour mettre fin aux conflits avec les populations noires furent Al Casba, Sankore, Konye- Tende, Farman-Tala, Damgal-Sorya, Konofia.
Le deuxième temps fut celui ou les Kountas et d’autres groupes de personnes d’origine marocaine (les chirifous, cherifs ou descendants du Prophète), islamisés, furent encouragés à migrer partout dans l’Empire du Mali.
Ils s’installèrent surtout dans les villes où ils devinrent conseillers juridiques, enseignants et commerçants. Ils se mélangèrent a la population a laquelle ils s’assimilèrent en se « négrifiant». Leurs descendants sont les Haidara noirs que l’on trouve aujourd’hui partout au Mali.
Les violences dans le Sahel et le Sahara ont poussé a l’exode, vers le sud, une partie des populations essentiellement les Marka et les Peuhls.
Les ressortissants du Mali (Mali-ka ou Marka ou même Maraka) en se repliant vers le sud fondèrent des communautés essentiellement urbaines.
Les Marka ne sont pas une ethnie mais une entité culturelle se rattachant à l’espace politique de l’Empire du Mali. Ils sont souvent assimilés aux Soninké dont ils sont cependant différents et qui constituent une ethnie.
Le groupe culturel Marka comprend des Bambaras, des Bwa ou Bobo, des Sonrhaï, des Dogons, des Bozos.
 Les Peuhls également se réorganisèrent à partir du Delta où ils adopteront l’Islam. Jean Gallais (** Hommes du Sahel, Flammarion, éd.) note que ces deux groupes humains ont retiré des violences qu’ils ont vécues des qualités exceptionnelles à construire des ensembles humains solides.
Les Peuhls ont construit l’Empire Peuhl du Macina qui se dotera de forces armées commandées par les Dicko.
Les Marka vont bâtir des centres urbains et développer des activités commerciales dans des royaumes que les Bambaras vont créer et dont le plus achevé fut le Royaume Bambara de Ségou.
Pour donner une idée des qualités de cet espace politique, Lilyan Kesteloot et Kabine Sissoko, dans la « Prise de Dionkoloni » (** Classiques africains #16, Armand Collin, 1975) écrivirent : « Etayée par un pouvoir stable, une administration simple et rationnelle, une religion d’Etat, une économie dynamique et une armée conquérante, la force de Ségou n’eut point de rivale aussi longtemps qu’elle conserva cet équilibre rare qui fait les grandes nations ».
Pour créer les conditions d’une coexistence pacifique entre les populations restées au Sahel et au Sahara, l’Empire Songhoi offrit aux jeunes de servir dans son armée.
3- Le Nord Mali a l’époque coloniale : le problème dans le problème
La colonisation française s’est installée à Kidal a partir de 1908.
Un fort et un camp militaire furent installés. Des le départ les français utilisèrent les divisions inter ethniques pour s’imposer.
Pour s’installer a Kidal, entre 1905 et 1908 ils s’appuyèrent sur les Kountas et un de leurs chefs, Cheick Bayes. La préoccupation du colon français avec sa force militaire fut de protéger le commerce transsaharien plutôt que d’éteindre les rivalités ethniques. Celles-ci firent rage tout au long de la présence française.
De grands massacres inter tamasheq eurent lieu en 1923, 1928, 1935 et furent incessant de 1940 a 1956.
Cependant il faut reconnaitre que le colonisateur français a utilisé sa force militaire pour mettre fin aux exactions trois fois centenaires dirigées par les tribus tamasheq contre les populations sédentaires, les commerçants sédentaires et le commerce transsaharien.
Cette ambivalence de la politique française se trouve décrite dans le passage suivant que je cite de la contribution personnelle que j’ai reçue de Moussa Intazoume.
Intazoume cite un passage du livre « Objectif Tombouctou » de Louis Frèrejean membre de la colonne Archinard et de la colonne Bonnier.
Louis Frèrejean écrit : « Après la conquête du Macina par Archinard, celle de Tombouctou s’impose pour plusieurs raisons. D’abord, il faut que nous soyons maîtres de tout le cours du Niger qui baigne le Macina, afin d’empêcher toute incursion et razzia des Touareg dans cette contrée riche en grains et en bétail. Puis Tombouctou est le point de départ et d’arrivée des caravanes du Sahara. Le centre aussi du trafic des esclaves vers le Maroc depuis qu’il ne peut plus se faire vers l’Algérie et la Tunisie, trafic qui doit être supprimé. Enfin, il faut faire disparaître de Tombouctou la brutale domination des Touareg, qui en sont les maîtres tyranniques, brimant, rançonnant les habitants, vivant à leurs dépens. Un Touareg sur son cheval, rencontrant un Tombouctien, se penche simplement et cueille sur le passant le boubou, la couverture ou le sac de provisions qu’il convoite, sans que le dépouillé ose protester. Le Touareg est une menace perpétuelle pour les régions limitrophes dont il est la terreur.»
Cependant dans les années cinquante lorsque la fin de la période coloniale sembla inéluctable, le colonisateur s’employa à vouloir créer de toute pièce l’idée d’un état saharien rassemblant les tribus touaregs qui n’avaient jamais été unies auparavant par un pouvoir politique central touareg. Les enjeux pour la France était énormes et se résumait par un nom : l’Algérie.
L’Algerie, créée comme une colonie d’implantation, partageant une longue frontière avec le Sahara malien, était secouée par une insurrection armée. L’Algérie hébergeait les centres d’expérimentation nucléaires français. L’Algérie hébergeait les centres d’expérimentation aérospatiaux français.
La France pour se maintenir au rang de grande puissance avait besoin de sa présence en Afrique, de sa bombe nucléaire et d’une place dans l’espace.
Ainsi les intérêts français réussirent à créer en marge et a l’intérieur du problème de la décolonisation, un problème. Le problème de l’unité politique touareg, de l’autonomie politique touareg, de l’indépendance politique touareg.
Une divergence nouvelle fut suscitée entre les chefs de tribus Tamasheq jusque d’accords par la perspective de la création d’un état indépendant au Mali.
Les colons français se firent forts de rappeler a certains chefs de tribus tamasheq que depuis 315 ans leurs populations étaient affranchies de toute domination des pouvoirs centraux noirs et qu’au contraire ce sont les groupes Tamasheqs qui, par la razzia harcelant les populations sédentaires noires, avaient le dessus.
C’est de cette époque que date la fable que les Tamasheqs sont les maitres politiques de l’espace géographique situé au nord des fleuves Niger et Sénégal où ils auraient régné en maitre en réduisant les populations noires en esclavage.
En réalité, comme nous l’avons vu :
(1) jamais les tribus tamasheq n’ont été politiquement unies ;
(2) jamais il n’a existée une volonté Tamasheq de créer un pouvoir politique sous la forme d’un état ou d’une nation ;
(3) de tout temps, chaque groupe Tamasheq a vécu en communauté, de façon féodale sous la conduite d’un amenokal qui, de tout temps s’est imposé par la force des armes.
Les groupes tamasheq, en 1500 ans, de la creation de l’Empire de Ghana à l’avènement du colonialisme français en 1908, n’ont occupé un chef-lieu d’un pouvoir politique qu’une et une seule fois. C’était Tombouctou. Cela a duré 35 ans. De 1433 a 1468. Et même dans ce cas l’administration est restée aux mais de l’Empire du Mali en la personne du gouverneur représentant le Mansa.
Pour gêner la marche du Mali vers l’indépendance, à cette première fable sera ajoutée une deuxième que nous verrons dans la section suivante.
L’avènement de l’indépendance allait-il faire disparaitre les violences multiséculaires que les populations nomades exerçaient les unes contre les autres ?
L’avènement de l’indépendance allait-il unir les populations Touaregs entre elles et les unir a la République du Mali ?
L’avènement de l’indépendance allait-il mettre fin a la féodalité qui est le régime social en vigueur au sein des communautés touareg depuis la nuit des temps et assurer la stabilité sociale?
Les intellectuels et les leaders du nouveau pays allaient-ils être capables de définir une Nation offrant à toutes les communautés fondatrices, y compris les Touareg, la sécurité psychologique de la maison commune ?
4- La naissance et la caractérisation des troubles de 1957-1963
Les forces armées françaises se sont de plus en plus opposées aux actes de brigandages individuels et d’agression contre les activités commerciales dans le Sahara malien de 1935 a 1958 date a laquelle fut rapporté le dernier accrochage sérieux entre elles et les groupes Touareg.
A partir de 1946 s’était développés, dans les territoires sous domination française, des mouvements politiques d’émancipation dont les échos étaient parvenus jusque dans les zones désertiques du Sahel et du Sahara.
A partir de 1958 les chefs de tribus Tamasheq et chefs des communautés arabes se sont unanimement ralliées à la cause de l’indépendance du Mali.
Ces communautés à travers les chefs rationnels ont préféré l’option de l’indépendance dans un état unitaire à la poursuite d’une domination étrangère.
En ce sens, il est très clair que les communautés Touareg et arabes sont fondatrices, au même titre que toutes les populations maliennes, de l’état républicain du Mali né le 22 septembre 1960.
Dans une zone aussi fragile économiquement et ou les communautés sont soumises depuis des siècles a des pouvoirs féodaux, les voix des communautés exprimées exclusivement a travers les chefs de tribus sont facilement achetables. C’est ainsi que des représentants des intérêts coloniaux, infiltrés dans le Sahel et le Sahara malien, ont inventé une deuxième fable.
La première fable, nous l’avons vu, était le mythe d’un pouvoir politique et militaire Tamasheq ayant régné sur les populations noires du Mali depuis la nuit des temps.
La seconde fable, en complément du premier, fut cet épouvantail qui est que l’indépendance du Mali donnerait aux populations noires une opportunité de prendre leur revanche sur les populations Touaregs et soumettraient ces derniers a un pouvoir féodal a rebours.
Ces deux fables ont créé les conditions d’un doute dans la population Touareg qui se trouvait appelée à un exercice qui lui était inconnu et qui consistait à être une composante d’une Nation rassemblée selon les principes de la Démocratie et les règles de la République.
La république est arrivée sous la forme d’une organisation politique unique qui était l’USRDA.
Le projet politique de l’USRDA était autant d’une très grande clarté qu’il était abrupt, sans nuance et s ans précaution. Ce projet politique fut clairement exposé dans une déclaration historique faite par le Président Modibo Keita lors d’une visite à Alger le 24 aout 1964.
Dans ce document dont le texte m’a été transmis par le Professeur Issa NDiaye de l’Université de Bamako, le President Modibo Keita expliquait que le gouvernement de la République du Mali sous la conduite de l’URSDA avait pour projet de :
1- éliminer la féodalité en vigueur au sein des communautés Tamasheq en introduisant le mode électoral démocratique comme seul et unique moyen de désignation des chefs de tribus et de fractions ;
2- matérialiser la présence de l’état au nord Mali en y multipliant les points d’accès a l’éducation et a la sante ;
3- aider a la sédentarisation des populations afin de maximiser les services de l’état aux populations ;
4- protéger les populations, protéger les échanges commerciaux en créant des points de présence de l’armée sur toute l’étendue du territoire national y compris dans les régions nord;
5- assurer la participation de toutes les populations a la construction nationale en prélevant l’impôt;
6- contrecarrer les actes de brigandages et d’actes de violence organisée en procédant a un recensement des populations, des biens individuels et collectifs.
A ce jour ceci reste le seul vrai programme politique mis en avant en vue de pacifier les régions sahéliennes et sahariennes du Mali, de les intégrer aux autres régions du pays, d’assurer une participation de tous les maliens, citoyens unis en un seul peuple au fonctionnement de la République, une et indivisible.
Mon opinion est confortée par le jugement fait par Moussa Intazoume sur le climat social dans la région de Kidal né de l’implantation de cette stratégie.
Moussa Intazoume écrit dans sa contribution personnelle (voir en annexe) :
« La période immédiate après indépendance fut caractérisée par la volonté des Autorités de la première République de maîtriser, dans le sens de plus de justice sociale, les relations entre les groupes sociaux du Nord. D’ailleurs, le noir sédentaire s’était sentit à l’abri des exactions et des incursions Touareg. Les rapports étaient devenus plus pacifiques. Entre le noir sédentaire et le Touareg, c’était devenu un échange des présents et d’amitié à double sens. »
Cependant ce programme politique a été desservi par des cadres de l’état mal préparés ou non préparés, envoyés dans le Sahel et le Sahara.
Alors certains chefs de tribus, inquiets devant la perspective de la perte de leurs autorités féodales ont fait courir des rumeurs.
Ainsi le chef de tribu Alladi Ag Alla, un des chefs du mouvement armé de 1963, qui espérait de l’état qu’il accroisse et étende le pouvoir féodal s’est montré frustré que les agents de l’état ne l’aident pas pour rechercher les assassins de son père afin que s’applique a leur encontre, les lois de la vengeance selon la tradition féodale.
Son entourage fit courir le bruit que ce chef aurait été insulté par des serviteurs de l’état malien.
Jamais, ne fut présenté un seul nom de fonctionnaire malien, jamais ne fut presentee une personne physique représentant l’état malien en même temps que la preuve de la faute commise par ce fonctionnaire de l’insulte. C’est cela la caractéristique d’une rumeur.
Ensuite certains chefs de tribus ont fait courir le bruit que des citoyens maliens d’origine Tamasheq avaient été brutalisés par les représentants de l’état chargés de récolter l’impôt. Les personnes soumises au paiement de l’impôt étaient, principalement, les chefs de tribus.
Des actes inconvenants peuvent avoir été commis par des fonctionnaires qui, répétons le, n’ont pas été préparés pour entreprendre une action de construction nationale sur des terres ou souvent ils n’étaient jamais allés, auprès de populations qu’ils ne connaissaient pas.
Enfin un troisième type de rumeur était que l’état malien avait l’intention de retirer à chaque famille ses filles pour les inscrire de force à l’école.
Voici les raisons immédiates qui ont permis aux chefs de tribus de provoquer, au début des années soixante, des mouvements de violence armée contre l’état, ses représentants, certaines populations dans le Sahara malien.
Mais sous ces raisons immédiates et apparentes, existaient des raisons plus profondes.
Il se trouve que les chefs de tribus ont été rapidement effrayés par le succès de l’entreprise de construction nationale dont une des premières victimes semblait être la base féodale des relations sociales.
Ecoutons, une fois de plus, Moussa Intazoume : « Ce climat de justice social que la Première République était arrivée à établir et qui avait vu s’etablir une fraternité entre blancs et noirs était une des principales causes qui avaient "amplifiées" la Rébellion de 1963. Laquelle n’était qu’une manifestation d’un état d’esprit des populations blanches hostiles à toute tentative de bouleverser les rapports sociaux qui les favorisaient jusque là. »
L’armée malienne mobilisa les mieux formés de ses soldats et de ses officiers pour faire face à ces mouvements armés. Mais ces soldats et ces officiers, pour la plupart, avaient été formés sur les théâtres de la seconde guerre mondiale, des théâtres des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie. Ces hommes avaient donc été formés à la dure école de la guerre totale, sale et sans pitié ou le guerrier tue et torture.
Ils ont, en un ou deux ans, étouffé le mouvement de violence armée. Certainement il faut que l’état malien ouvre, pour honorer ses propres serments républicains et démocratiques, les archives de cette époque pour reconnaitre les cas de torture et de violence injustifiées contre la population civile. Et de demander pardon aux populations Touareg qui, rappelons le, sont fondatrices de la République du Mali, au même tire que toutes les autres populations de notre pays. Et s’il y a lieu que réparation soit faite dans les cas établis de violence gratuite a l’endroit de populations ou d’individus non armés et non combattantes.
Une anecdote qui prouve a quel point une meilleure préparation des hommes aurait pu permettre de réussir à unifier le Mali depuis 1960.
Les militaires qui ont défait la rébellion des années soixante étaient essentiellement des jeunes officiers et sous-officiers, patriotes ayant une culture politique anticoloniale et souvent mal notés par le pouvoir colonial et symbolisés par le Capitaine Diby Silas Diarra.
Ce sont eux en particulier qui arrêtèrent le chef rebelle Touareg Alladi Ag Alla (cité plus haut) qui se retrouva prisonnier à la prison centrale de Bamako.
En 1969 à la suite d’une tentative infructueuse de coup d’état, ces hommes avec Diby Silas à leur tête se sont retrouvés en co-détention à Bamako avec Alladi.
Ils lièrent amitié. Alors que Diby et ses compagnons, torturés, étaient fuient par tout le monde, il y eu dans cette obscurité de leurs vies une lumière a la forme humaine qui leur tendit la main. Ce fut Alladi Ag Alla qu’ils torturèrent 5 ans plus tôt dans le silence et sans témoins dans la prison sans murs du Sahara.
La dernière main humaine qui donna du the à Diby Silas et ses amis fut celle de Alladi Ag Alla.
Le dernier visage qui s’illumina d’un sourie par amitié pour Diby Silas et ses amis fut celui de Alladi Ag Alla.
Cette étendue de sable que Alladi Ag Alla chérissait, cet endroit ou il aurait souhaité mourir et être enterré, est cet endroit ou il a été terrassé et humilié.
A ce même endroit, un peloton de gens en arme composé de Touareg et de Mali-ka vont terrasser et humilier Diby et ses amis. Ce même endroit va être le tombeau de Diby Silas mort et enterré sans sépulture ni linceul. Diby et Alladi sont devenus amis. Ils auraient pu l’être plus tôt. Cela aurait certainement changé le cours de l’Histoire moderne du Mali. En mieux.
Ces points viennent d’être corroborés par le témoignage de Monsieur Samba Sangaré, compagnon de Diby Silas Diarra, publié le 12 février 2009 par le journal « l’Aurore », à Bamako.
Comme cela fut le cas durant 1500 ans, la manifestation de la force militaire exercée au nom du pouvoir central, une fois de plus, a apporté la paix au nord Mali, après 1964.
Cette paix cependant n’avait pas mis fin aux déséquilibres, aux inégalités et aux injustices fondamentales qui sont le moteur des sociétés féodales au Sahel et au Sahara maliens. Et aussi cette paix n’avait pas apporté les instruments pouvant permettre de créer de la richesse économique locale.
Rappelons que c’est l’absence ou la faiblesse de création de richesse qui a de tout temps été a la cause immédiate des violences sociales dans ces régions maliennes.
Au nom de la générosité philosophique de la démocratie, au nom de la fraternité républicaine, la Première République malienne a entrepris d’abolir les croyances anciennes et les pratiques rétrogrades en vigueur dans le Sahel et le Sahara malien sans avoir eu la possibilité et les moyens de mettre en place les superstructures politiques, les structures administratives et économiques nécessaires.
Ce sont ces superstructures et ces structures qui sont capables de sécréter l’égalité sociale qui vient avec la democratie.
Ce sont ces superstructures et ces structures qui sont capables de produire la lumière qui vient avec la république porteuse de l’école qui fabrique les citoyens. En ce sens, comme ce fut le cas autant de fois durant 1500 ans, cette paix ne pouvait être qu’éphémère.
La violence n’attendra que son heure et des opportunités pour revenir au nord Mali. C’est cela qui fut fait.
5- Les troubles de 1989-1991
La violence entre communautés Touaregs et à l’intérieur de chacune de celles-ci est une donnée diffuse et constante au nord Mali. La violence contre le pouvoir politique central n’est jamais une réalité directe et première.
Comme on l’a vu, au Sahel et au Sahara maliens, la violence contre le pouvoir politique central apparait uniquement dans deux situations :
 - la premier est l’affaiblissement où l’effondrement du pouvoir politique central dont il n’est qu’un indicateur autant que l’apparition d’une charogne potentielle attire les vautours;
  - la second est l’aggravation des conditions économiques et alimentaires des populations a l’intérieur des communautés.
Ces deux conditions ont été réunies durant les deux décennies qui ont précédé le réveil des mouvements armés en 1989.
La situation économique et alimentaire.
En effet à partir du milieu des années soixante dix et peut être avant est apparue une situation économique et alimentaire grave au Mali suite a de pauvres performances économiques nationales et aussi de l’apparition d’une période de sécheresse particulièrement rude de 1972 a 1975.
Une telle situation a eu des répercussions énormes, dramatiques, au delà de l’imaginable, dans les communautés humaines vivant au Sahel et au Sahara maliens.
Cette période de sécheresse a été suivi, au milieu des années quatre-vingt par une autre période de sécheresse qui a fait chuter le PIB agricole de 50%.
Comparons cela avec une autre réalité.
En une journée de l’année 1985, les bourses occidentales ont baisse de 7%. Le monde a crié à la catastrophe. Nous sommes au Mali et le revenu de 90% de la population générale, de 100% des populations vivant au Sahel et au Sahara, qui était presque rien, a brutalement baissé de 50%.
Tout groupe humain, dans des cas similaires, aurait crié sa colère et se serait battu pour ne pas assister inerte a sa propre destruction.
Mais se battre contre qui ?
Contre la nature ?
Contre l’imprévision de l’état ?
C’est cette dernière solution que les populations du nord ont choisi. L’affaiblissement du pouvoir politique.
A partir de 1988 et surtout du discours de la Baule, l’état malien s’est trouvé contesté de l’intérieur comme de l’extérieur. Les rares fois ou l’autorité centrale de Bamako s’est manifestée auprès des populations du Nord, ce fut en général pour acheter de la clientèle politique que pour construire une Nation.
Ecoutons encore l’observateur privilégié qu'est Moussa Intazoume :
« De 1968 à 1991 : les préoccupations de justice sociale qui avaient animé les Autorités de la première République ont été mises en veilleuse. C’était une époque caractérisée par des calamités naturelles : les sécheresses de 1973 – 1984. Les traitements des problèmes socioéconomiques liés à ces calamités avaient été sélectifs. Les Blancs étaient privilégiés en matière d’assistance socioéconomique. Sur le plan de leadership politique, les dignitaires ‘’Blancs’’ avaient plus de voix au chapitre sous le régime du parti unique eu égard à leur capacité de faire taire les autres sur leur faim et leur soif. »
C’est ainsi que les deux conditions de reprise de la violence sociale au nord Mali étaient réunies. Et la violence est arrivée.
Cette violence s’est trouvée compliquée par le fait que les jeunes qui avaient été formés a la lutte armée en Lybie, des jeunes qui se sont battus au Liban, au Sahara Occidentale et sur d’autres champs de bataille au Moyen-Orient, en Afghanistan, sont revenus au pays.
Ces jeunes ont, dans un premier temps, contesté le pouvoir des chefs traditionnels dont beaucoup avaient été, a leurs yeux « achetés » par le pouvoir politique de Bamako.
Dans un second temps, certains rassemblent de vagues idées politiques enveloppées dans une phraséologie douteuse mi-raciale, mi-religieuse, mi-indépendantiste.
Ensuite, ils ont acquis des armes. Ils ont mobilisé la jeunesse sans espoir et désoeuvrée pour les amener dans les montagnes du Sahara. Ainsi s’ouvrit une nouvelle phase de violence politique et sociale au nord Mali.
On estime que cette période a fait 1000 morts. Ces morts sont imputables aux affrontements entre l’armée et les dissidents mais aussi à des exactions contre les populations civiles. Une bonne part de ces exactions semble relever des violences intra et inter communautaires.
Je recommanderai, une fois de plus que les archives soient ouvertes et que l’état examine ses propres responsabilités qui auraient pu être engagées dans certaines morts du fait de comportements non conformes a la mission républicaine de ses agents en uniformes ou en civil.
Mais une fois de plus une caractéristique importante à noter est que ces mouvements ont, comme durant 1500 ans, entrepris d’entraver les échanges commerciaux en rançonnant les agents économiques et en perturbant les échanges commerciaux.
6- Le « Pacte National » un danger pour la Nation

En 1990 lorsque le Mali était dans des eaux politiques tourmentées avec une totale perte de crédibilité des leaders politiques et du gouvernement. Comme nous l’avons vu, une telle situation, depuis 1500 ans a toujours produit des agitations et des mouvements armes de contestation du pouvoir central de la part de certains chefs de communautés sahariennes.
Iyad Ag Ghali, un représentant de la puissante et hégémonique tribu des Ifoghas a pris le leadership d’un mouvement armé qui pris son départ en juin 1990 par l’attaque de la prison de Ménaka.
Un regroupement ayant la forme, les moyens et les revendications d’une rébellion s’organisa autour de Ag Ghali sous le nom de « Mouvement Unifie de l’Azawad » ou MUA. Ce mouvement rassemblait en fait quatre groupes différents constitués sur une base communautaire et géographique.
Les sous-groupes étaient :
le « Mouvement Populaire de l’Azawad » (MPA) des Ifoghas attirés par Ag Ghali;
le « Front Populaire de Libération de l’Azawad » (FPLA) apportant des Chamen et des Amas ;
« l’Armée Révolutionnaire de Libération de l’Azawad » (ARLA) présentant les Imrads ;
le « Front Islamique Arabe de l’Azawad » (FIAA).
Ce dernier groupe était le plus populeux et rassemblait essentiellement des populations blanches non Touareg, c'est-à-dire, essentiellement, des arabes Kounta et des Maures.
L’accord qui fut signe, après plusieurs tentatives infructueuses, le 11 avril 1992 est connu sous le nom de « Pacte National ».
En raison de la faiblesse de l’état, ces mouvements armés ont réussi à créer des troubles dans quatre régions représentant 51,8% de la population nationale et qui sont : Mopti (15% de la population), Ségou (15%), Tombouctou (3,5%), Gao (4,5%), Kayes (12,5%).
Manifestement, le gouvernement malien ne recherchait qu’une seule chose : la cessation des hostilités.
Ainsi est ne le « Pacte National » qui, pratiquement en chacun de ses articles, consacre le transfert des responsabilités de l’état a des groupes armés dont rien n’assure qu’ils sont ni des représentants légitimes des populations de notre pays, ni qu’ils agissaient dans l’intérêt supérieur de la République du Mali.
Cet accord est manifestement un acte de défection et en cela il est et restera inapplicable.
 Examinons rapidement quelques articles.
Article 7 : Son alinéa A édicte le démantèlement de l’Armée Nationale du Mali. Son texte est exactement sorti des accords de capitulation de l’Armée Impériale du Japon et de l’Armée Nazi a la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Article 14 : cet accord appelle des puissances étrangères pour imposer la paix à l’intérieur du territoire national dans une situation ou des personnes privées se sont arrogé le droit de s’armer contre la Nation. Ceci est une démission nationale. Articles 15, 16, 17 : le statut particulier du nord qui ne se situe nullement dans le cadre d’une politique nationale de décentralisation si elle ne consacre pas un statut fédéral pour la République du Mali, alors, il est la reconnaissance de la séparation et de l’indépendance des régions Sahariennes et Sahéliennes du Mali. Articles 44 à 61 : ces articles créent des fonds spéciaux (article 44) sans dire ou les trouver. Ces articles créent des exceptions à la loi sous la contrainte de la violence armée exercée par des groupes d’individus à la représentativité douteuse. Pire, ces articles en se référant, en fin de compte, aux puissances étrangères pour « acheter » la paix entre l’état et des citoyens illégalement armés, a définitivement commis la faute d’accréditer que le développement des régions sahariennes, sahéliennes du Mali peut venir d’autres sources que l’effort commun de tous les maliens dans le cadre de la République Démocratique dans laquelle le peuple du Mali a décidé s’organiser sa Nation.
Ces articles disent que les régions du Sahara et du Sahel vont être confiées à des hommes qui se sont armés euxmêmes.
Ces articles stipulent même que chaque officier malien non originaire de ces régions sera secondé et donc « marqué » comme au football par un de ces hommes armés.
Nulle part le « Pacte National » ne fait allusion aux causes profondes qui empêchent et continueront à empêcher le développement économique et social des populations maliennes incluant les populations vivant au Sahara et au Sahel. Ces causes ont le défaut d’éducation, la féodalité, la mauvaise gestion des ressources de l’état, l’absence de projets politique de développement.
La preuve a posteriori de cette affirmation est que plus de 15 ans après la signature du « Pacte National », seuls quelques individus dont les leaders féodaux et des hommes illégalement armés ont eu de la promotion. Certains sont dans des ambassades. D’autres sont dans des ministères ou dans des institutions de la république y compris l’armée.
Bien entendu, je suis heureux que ces citoyens maliens aient accédé à des fonctions en rapport avec leurs capacités professionnelles. Mais au cas où avoir pour eux-mêmes quelques privilèges était l’objectif du mouvement dans lequel ils ont mis en danger la vie de tant de maliens et la stabilité sociale de notre pays, alors ce qu’ils ont fait est un crime devant être traité comme tel.
Oui le « Pacte National » a fait une poignée de privilégiés, mais la population générale, au Sahel et au Sahara, est restée aussi pauvre et aussi désespérée qu’avant la signature du « Pacte National ».
Le Touareg qui a toujours vécu dans sa communauté avec dignité a souvent été réduit à devenir un mendiant dans les rues des grandes villes du Mali et de l’Afrique Occidentale.
Le « Pacte National » est-il capable ou même est-il de nature à faire du Mali un espace de vie dans la dignite pour tous les maliens y compris nos soeurs et frères Touaregs ?
Nulle part dans le « Pacte National » le moindre article ne fait allusion aux responsabilités et engagements des hommes qui ont pris les armes contre le pays. Si ces hommes sont de véritables représentants des populations maliennes du Sahel et du Sahara pourquoi n’ont-ils pas pris la responsabilité, dans le « Pacte National », de travailler pour la justice sociale dans ces régions, de libérer les Bellas ?
De permettre a ce que les enfants filles et garçons aillent a l’école ?
Pourquoi n’ont-ils pas pris l’engagement, dans le « Pacte National », de mettre fin au pouvoir des amenokal et de faire en sorte que les dirigeants des communautés soient élus démocratiquement ?
C’est le gouvernement qui demande l’instauration du système électoral démocratique. En face aucun n’engagement n’a été pris.
Le « Pacte National » s’est engagé à mettre en place des « fonds spéciaux » (article 44), de « procéder au changement des missions dévolues a l’Armée » (articles 7 et 9), de créer des « unités spéciales de l’Armée » (articles 7 et 9).
Mais où est la responsabilité des rebelles assurant que ni des islamistes internationaux, ni des trafiquants notoires oeuvrant dans le Sahel et le Sahara ne seront enrôlés dans ces unités spéciales qui vont remplacer l’Armée Malienne dans certaines de ses activités ?
Nulle part le « Pacte National » ne s’engage à ce que les « fonds spéciaux » (article 44) et le « régime fiscal préférentiel » (article 51) servent réellement à donner une formation professionnelle aux jeunes et assurer leur intégration dans le tissu économique national.
Nulle part dans le « Pacte National » les rebelles ne se sont engagés à expliquer aux jeunes du Sahel et du Sahara que leur avenir est de participer à l’économie nationale partout de Kayes à Gao, de Kidal à Sikasso.
L’ambition des rebelles semble plutôt d’obtenir une sécession de fait des régions du Nord basée sur la croyance que l’argent apporté par les partenaires techniques et financiers donnera a ces régions un développement économique et social.
Si cet argent seul pouvait assurer le développement, le Mali serait développé depuis longtemps.
Des questions qui méritent d’être posées dans le cadre d’un débat démocratique autour des problèmes intervenant au Nord du mali sont :
comment assurer que cet argent permette à la population d’accéder a l’eau potable ?
Comment assurer a la population le service de l’électricité ?
Comment créer des emplois ?
Quels emplois ?
La suite de l’histoire prouvera bientôt, dès le mois de mai 2006, que le véritable enseignement du « Pacte National » compris par certains était ceci : pour avoir des privilèges, il faut prendre les armes et déclarer une rébellion sans cause.
7-La caractérisation des violences de la période présente : 2003-2009
Comme nous l’avons vu, le « Pacte National » est inapplicable.
Il a créé des attentes qui ne peuvent être satisfaites. Même au niveau des promus, des jalousies sont apparues, des déceptions sont apparues d’attentes non satisfaites en termes de privilèges. Encore une fois, le « Pacte National » est une grande foire aux privilèges où seuls les hommes en armes et en révolte contre la république peuvent venir se servir.
Certains de ces hommes insatisfaits, profiteront de la démission de l’état exprimée dans les textes mêmes du « Pacte National ».
Ils vont réclamer plus que les privilèges qui leur ont été octroyés comme prix d’achat de la fin du conflit de 1990.
Le 23 mai 2006 après une longue période manifestation de mauvaise humeur durant laquelle ils ont été l’objet de toutes les attentions de la part des plus hautes autorités de l’état, les officiers supérieurs Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga sont passés à l’action. Ils ont fait usage de leurs armes contre les hommes dont ils assuraient le commandement et leurs familles. Ils ont tué leurs compagnons d’armes et des parents de ceux-ci. Ils ont emporte des armes et se sont déclarés en rébellion. Ils ont par la suite attaqué des populations civiles comme des régiments de l’armée nationale en faisant des morts et en détruisant des biens. Ils ont levé des troupes, les ont armées, se sont retranchés dans des zones qui furent tout au long de l’histoire les refuges des renégats. Ils ont parcouru les anciennes pistes de razzia dans toute l’étendue du Sahel et du Sahara.
Voici ce que l’on présente comme une rébellion des populations Touareg.
Le gouvernement a précipitamment signé les « Accords d’Alger » avec ces hommes.
Ces accords se réclament expressément du « Pacte National » qu’ils prétendent mettre en vigueur.
Ces accords, autant que le « Pacte National » ne s’occupe pas des populations déshéritées vivant au Nord Mali.
Ces accords ne cherchent pas à bonifier le Mali, son gouvernement et le fonctionnement des institutions.
Au moment où j’écris ces lignes on annonce que des hommes conduits par Hassan Fagaga sont revenus à Kidal rendre leurs armes et reprendre leurs places dans les bureaux de l’administration et dans l’armée.
Aucun objectif autre que des privilèges personnels n’étant visé, les hommes qui, fatigués viennent de rentrer vont rester pour se reposer. Certains, une fois reposés, une fois remis de la faim et de la soif, reprendront certainement la lutte car l’homme n’est jamais satisfait du privilège aussi grand qui lui est attribué.
Ni les « Accords d’Alger », ni le « Pacte National » ne mettent fin aux souffrances des populations. Ils ne mettent pas fin aux deux conditions qui ont, depuis 1500 ans, entrainé des mouvements de violence armée dans le Sahel et le Sahara : (
1) la faiblesse et la mauvaise gestion de l’état ;
(2) les difficultés économiques graves.
Ces deux objectifs ne seront atteints que par des accords qui appelleront la Nation malienne dans son ensemble, par des leaders patriotes, bâtisseurs, vertueux, à des efforts de développement économique et social dans la solidarité. Au sein d’une république une et indivisible. Au sein d’un système politique transparent et démocratique.
8- Conclusions
En conclusion, je vais résumer ce que cette étude m’a appris sur ce qu’est la crise intervenue au Nord Mali et comment je vois le chemin pour en sortir.
Cette étude m’a été extrêmement utile et m’a permis de comprendre non seulement ce dont il s’agit mais aussi pourquoi, pour reprendre les termes de Max Weber, un travail effectué en dehors de tout esprit historique et politique a conduit à l’adoption de fausses solutions qui ont pour noms : le « Pacte National » ou les « Accords d’Alger ».
Je n’ai adhéré ni au « Pacte National » ni aux « Accords d’Alger ». Mon choix fut intuitif.
A présent il est rationnel. Cependant reconnaissant la légitimité et la légalité des gouvernements qui les ont signés, je les respecte autant que le républicain que je suis respecte ces gouvernements auxquels je reconnais la capacité de décider au nom du Peuple souverain du Mali.
Je continuerai cependant a obéir à mon devoir de citoyen qui consiste à critiquer, à analyser les questions d’intérêt national qui ne doivent, en aucun cas, être abandonnées à la seule et exclusive diligence du gouvernement.
C’est cela la pratique de la démocratie.
8.1- Qu’est ce que c’est que le problème du Nord ?
Les crises intervenues au Nord du Mali depuis 1963 n’ont rien d’exceptionnel. Il s’agit, à chaque fois, de la matérialisation d’une réaction de survie d’une communauté qui a refusé d’abandonner son autonomie et son mode de vie.
Ce mode de vie est la féodalité alimentée par des relations sociales construites sur des rapports de force. La règle ultime pour trancher les conflits est le recours à la violence armée. Ainsi furent les choses durant 1500 ans et plus.
Ainsi en réalité le Nord mali a, de tout temps, de mémoire d’hommes, vécu en crise.
Cette crise a deux formes :
  - une forme endémique. Cette forme existe à l’intérieur de chaque communauté Touareg et entre deux communautés Touaregs différentes pour déterminer le leadership et pour trancher les conflits en dernier ressort;
  - une forme épisodique. Cette forme apparait chaque fois que le pouvoir politique central le plus proche est affaibli ou lorsque les conditions économiques et alimentaires deviennent critiques.
La caractéristique constante de la crise au Nord Mali a toujours été la violence armée. Oui, il est vrai que le Nord Mali a un problème. Ce problème est celui de la violence armée.
8.2- Que faut-il faire ?

Il n’y a aucun doute que les populations du Nord Mali, librement et massivement, de 1958 à ce jour ont toujours été fideles à leur appartenance à la République du Mali dont, rappelons-le, elles sont membres fondateurs. On ne change pas les traditions en un jour ni en quelques décennies.
La solution de la crise au Nord Mali est nécessairement politique.
Sa mise en oeuvre prendra la forme d’un programme politique dont les objets retrouvent les ambitions de la Première République qu’il faut enrichir.
Ce projet politique national devra couvrir les points suivants :
1- éliminer la féodalité en généralisant l’éducation universelle et républicaine ;
2- introduire le mode électoral démocratique comme seul et unique moyen de désignation des chefs de tribus et de fractions ;
3- affaiblir l’esprit communautariste et répandre la notion de citoyenneté ;
4- matérialiser la présence de l’état au nord Mali en y multipliant les points d’accès à l’éducation et à la santé ;
5- aider à la sédentarisation des populations afin de maximiser les services de l’état aux populations ;
6- protéger les populations, protéger les échanges commerciaux en créant des points de présence de l’armée sur toute l’étendue du territoire national y compris dans les régions nord;
7- assurer la participation de toutes les populations à la construction nationale en prélevant l’impôt;
8- contrecarrer les actes de brigandages et d’actes de violence organisée en procédant à un recensement des populations, des biens individuels et collectifs ;
9- promouvoir la formation professionnelle et ouvrir l’accès de tous les emplois aux citoyens originaires du Nord Mali ;
10- promouvoir la participation des citoyens du Nord mali à toutes les activités nationales sur le même pied d’égalité que les autres populations.
Dialla Konate
Blacksburg, 20 Février 2009

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