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occitan-touareg

/La nation hébreue ou Israël /par François FONTAN et Jean-Louis VEYRAC

Petite contribution au débat actuel sur la situation au proche orient, sur Israël et les Arabes de Gaza ou de Palestine.

La nation hébreue ou Israël

Historique
La famille ethnolinguistique sémitique est composée de six langues, six nations : les Araméens, qui peuplaient jadis l'Irak, la Syrie et le Liban ; les Arabes, qui jusqu'au VIIème siècle peuplaient uniquement l'actuelle Arabie Saoudite ; les Himyarites, qui se trouvaient dans tout le sud de la péninsule arabique ; les Amharas et les Tigréens, dans l'Ethiopie et l'Erythrée actuelles; et enfin les Hébreux.
Deux autres ethnies sémitiques disparurent au cours des siècles : les Assyro-Chaldéens et les Phéniciens.
Les Hébreux se différencièrent des autres tribus sémites vers le XIIIe siècle avant Jésus-Christ, c'est-à-dire quand Moïse leur donna la religion juive, les organisa et les installa dans le pays alors appelé Canaan et connu depuis lors comme "Eretz Israël". Peu de nations ont eu une histoire aussi mouvementée, aussi tragique. Ils réussirent d'abord à éliminer l'invasion d'un peuple grec venu par mer, les Philistins (d'où vient le mot "Palestine", que les Grecs ont diffusé tant en Occident que dans les pays arabes). Ils subirent les invasions militaires des Egyptiens, des Assyro-Chaldéens, des Grecs et des Romains. Leurs soulèvements contre l'empire romain furent écrasés en 70 et en 135 après J.C., et, à partir de cette époque, une grande partie du peuple émigra, se dispersa d'une part dans les pays méditerranéens (ceux-ci sont appelés Séfardis), d'autre part en Europe centrale et orientale (ceux-là sont appelés Ashkenazis).
A partir de l'invasion arabe au VIIème siècle, commença une immigration de colons arabes qui se continua jusqu'à notre époque, et surtout après les massacres réalisés par les Croisés aux XIe et XIIe siècles, les Arabes devinrent majoritaires. Une minorité autochtone hébreue demeura sans interruption dans les villes de Jérusalem, Hébron, Safed, Tibériade, Gaza, maintenue jusqu'en 1918 sous la domination des sultans turcs. Jusqu'au XIXe siècle, les Hébreux furent presque partout et presque toujours soumis aux humiliations, aux persécutions et aux massacres périodiques, tout autant dans les pays chrétiens que dans les pays musulmans. A partir du XIXe siècle, les discriminations contre les Hébreux disparurent en Europe occidentale, et, dans ces pays, le principal danger devint celui de leur absorption, de leur assimilation en douceur, c'est-à-dire de leur disparition en tant qu'ethnie (le même sort qui menace les Occitans et les autres nations colonisées d'Occident).
Au cours des millénaires de dispersion, les Hébreux surent garder leur conscience ethnique, leur religion, leur langue (non comme langue habituelle mais comme langue culturelle et comme langue de relation entre communautés de divers pays), et leur foi invincible dans le retour dans la patrie : "L'an prochain à Jérusalem !". A la fin du XIXe siècle Theodor Herzl créa le mouvement national hébreu, le sionisme, qui est un front national rassemblant des partis très divers (depuis le Hérouth, assez semblable au gaullisme français, jusqu'au Mapam, de tendance trotskiste), et dont le but est le retour des Hébreux dans leur patrie et la création d'un État indépendant hébreu. En 1921, la Société des Nations confie Eretz Israël à l'Angleterre avec le mandat d'y créer un Foyer national hébreu. L'Angleterre viola de toutes les manières le mandat qui lui avait été donné : d'abord en détachant les 2/3 du territoire pour en faire un royaume arabe fantoche, la Jordanie ; ensuite, en interdisant le retour au pays des dizaines de milliers d'Hébreux qui fuyaient l'Allemagne nazie ; enfin en tentant de conserver sa domination sur le pays. Après la Seconde Guerre mondiale et les massacres hitlériens, la Résistance hébreue (l'Irgoun, dirigée par Begin) mena une lutte armée contre la domination britannique, et finalement l'O.N.U. vota le partage de ce qui restait du pays en deux États Israël et la "Palestine" arabe. Dès le jour de son indépendance, l'État d'Israël fut envahi par les armées de sept États arabes, qui furent battues, malgré leur énorme supériorité en nombre et en matériel Depuis cette époque, tous les États arabes proclament leur volonté de Israël, organisent le blocus contre lui et financent une organisation, l'O.L.P. dont les activités terroristes se manifestent uniquement contre la population civile israélienne. Depuis 1977, un premier État arabe l'Egypte, négocie la paix avec Israël.
Nation hébreue et nation arabe positions anti-impérialistes :
A) Quelle que soit la définition que l'on donne de la Nation, il est incontestable que les Hébreux sont une nation véritable, une ethnie. Tout anti-impérialiste, tout ethniste, tout progressiste doit soutenir inconditionnellement le droit de la nation hébreue à l'indépendance dans des frontières justes (comme pour toute nation du monde).
B) Ce droit ne peut en aucun cas dépendre du jugement que l'on porte sur la politique du gouvernement israélien, sur tel ou tel aspect du régime ou de la société israéliens. Donnons seulement quelques indications à ce sujet : l'économie est mixte, moitié nationalisée, moitié privée ; plus de 50 % de l'industrie appartient à la centrale syndicale; la terre est totalement nationalisée et elle est cultivée en partie par des coopératives, en partie par des "kibboutz" (seules collectivités dans le monde dont le fonctionnement interne est totalement communiste) ; moins de 40% de la population est religieuse et seulement 18 % vote pour les partis religieux mais la laïcité est peu satisfaisante ; il existe encore une assez grande inégalité sociale entre Ashkenazis et Séfardis, en raison de l'analphabétisme massif de ceux-ci lors de leur retour ; les libertés démocratiques sont totales (à peu prés comme en Suède) y compris pour les partis anti-israéliens. Les Arabes vivant en Israël ont un niveau de vie, un niveau d'instruction et un niveau sanitaire supérieurs à celui de tous les pays arabes excepté le Koweït.
C) Il nous parait fondamentalement juste qu'une nation qui n'a plus de territoire récupère son territoire historique, mais dans ce cas on doit tenir compte du nombre des populations, de la densité des deux nationalités en présence. La nation hébreue n'a pas encore libéré la totalité de son territoire historique : le pays de Gilad à l'est du Jourdain, reste encore annexé par la Jordanie. Il reste encore environ douze millions d'Hébreux dispersés (surtout en Amérique, en U.R.S.S. et en Europe occidentale), et il est probable qu'une partie de ceux-ci voudront rentrer dans leur patrie, qui se révèlera alors trop étroite. Il parait donc juste de reconnaître à Israël la presqu'île du Sinaï, qui est et a toujours été inhabitée (sauf sa partie nord-ouest qui a un faible peuplement arabe et qu'Israël a déjà rendue à l'Egypte). Soulignons que les Arabes, qui sont environ dix fois plus nombreux que tous les Hébreux réunis, possèdent des territoires cent fois plus étendus.
D) Une petite nation dans le monde actuel ne peut souvent se sauver d'un impérialisme tout proche que par l'aide d'un impérialisme lointain. De la même manière que la Yougoslavie fut sauvée de la menace russe par l'aide américaine et Cuba sauvée de la menace américaine par l'aide russe. L'alliance avec Israël est une catastrophe pour les intérêts américains, tant au point de vue économique que diplomatique mais elle est imposée à tout gouvernement américain par les nombreux électeurs hébreux ainsi que par l'immense majorité de l'opinion publique américaine.
E) Il n'y a pas plus de nation "palestinienne" que de nation syrienne, irakienne, saoudienne ou libyenne. Il n'y a qu'une seule et même nation arabe qui n'a pas encore réalisé son unité, et les Arabes d'Israël, appelés "palestiniens" n'en sont qu'une petite fraction. La totalité des mouvements palestiniens se proclament eux-mêmes l’avant- garde du nationalisme arabe. Les "Palestiniens"-sont historiquement des colons, immigrés peu à peu depuis le VIIe siècle jusqu'en 1948. On ne doit jamais oublier que toute décolonisation est aussi dans tous les pays une décolonisation démographique : la grande majorité des colons doit partir et rentrer dans son pays. Cette solution, certes pénible pour les intéressés, est cependant la seule juste et la seule possible à longue échéance. C'est ce qui s'est passé pour les deux millions d'Européens d'Afrique du Nord et c'est ce qui se passera un jour pour les trois millions d'Européens d'Afrique du Sud. La moitié des Arabes "palestiniens" se sont enfuis dans les pays arabes voisins ; dans certains de ceux-ci (Syrie, Koweït), ils se sont parfaitement intégrés à la population locale dont rien ne les distingue ; dans d'autres (surtout Liban), ils vivent misérablement dans des camps qui sont, bien entendu, les bases du terrorisme anti-israélien. Tôt ou tard, tous les Arabes d'Eretz Israël devront être rapatriés dans les pays arabes sous-peuplés. Le nombre des "Palestiniens" émigrés d'Israël vers les pays arabes est d'ailleurs identique à celui des Hébreux émigrés des pays arabes en Eretz Israël.
F) L'antisionisme est la principale forme actuelle de l'antisémitisme puisque le sionisme est le mouvement national hébreu. Ce n'est pas un hasard si le principal inspirateur des mouvements "palestiniens" a été Amin al Husseini speaker de Radio-Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas un hasard si le principal de ces mouvements, Al Fatah, est officiellement financé par l'État saoudien, qui est à la fois le dernier État esclavagiste et le plus gros trust pétrolier du monde. Personne ne peut ignorer que l'O.L.P. (qui rassemble tous les mouvements "palestiniens") a pour objectif officiel la destruction de l'État d'Israël et qu'elle propose aux Hébreux de devenir des Arabes (sans discrimination religieuse), c'est-à-dire exactement la même chose que l'O.A.S. (l'organisation fasciste des colons français d'Algérie) proposait aux Algériens : abandonner leur nationalité, devenir des "Français a part entière". Enfin, ce n'est pas un hasard si les seuls États d'Europe qui ont refusé de reconnaître Israël ont été l'Espagne franquiste et le Vatican.
Chacun peut critiquer largement le régime israélien, comme le régime cambodgien, comme la politique de tout autre État. Mais aucun progressiste, aucun internationaliste, ne peut refuser son soutien inconditionnel à la nation hébreue et à la nation cambodgienne contre les impérialismes arabe et vietnamien.
Nous, nationalistes occitans, et internationalistes conséquents, en plein accord avec la Roumanie communiste et nationaliste, avec le Président Allende du Chili et Jean-Paul Sartre sur ce point, nous déclarons entièrement solidaires de la lutte de la nation hébreue pour sa survie comme nation indépendante.
Nous reconnaissons au mouvement national hébreu, au sionisme, une valeur exemplaire pour toutes les nations colonisées et assimilées. Rendre sa conscience nationale et sa dignité à un peuple martyrisé depuis deux mille ans, particulièrement tenté par la résignation, l'assimilation et les facilités de la société de consommation, ramener trois millions de gens dans leur patrie rendue désertique par les féodaux arabes et turcs, et faire de cette terre le pays le plus prospère du Proche-Orient, faire de l'hébreu, langue presque morte, la seule langue officielle, scolaire, usitée par tous, d'une société moderne, est une œuvre qui fait honneur à l'humanité entière, un modèle pour toutes les nations colonisées.
Nous disons clairement aux groupes "de gauche" qui se veulent antisionistes qu'ils font ainsi la preuve soit de leur ignorance totale de ce dont ils parlent, soit de leur volonté d'utiliser malhonnêtement les questions nationales pour des objectifs tous autres, totalement contraires à la décolonisation et à l'anti-impérialisme.
François Fontan 1979
texte publié dans Lo Lugarn n° 13 automne 1980

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Israël en l'an 2000
Entamé par la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979, réactivé par la conférence de Madrid en 1991, le processus de pacification se poursuit au Proche-Orient. Il vient de faire, avec les accords sur l'autonomie palestinienne, un saut qualificatif de grande ampleur que vont prolonger à terme, des traités de paix avec la Jordanie, la Syrie et enfin le Liban. Si aucune nouvelle guerre ne se profile à l'horizon, les violences politiques ne s'arrêteront pas pour autant de sitôt. Il faudra hélas beaucoup de temps avant que ne soient pacifiés durablement les esprits surchauffés de cette partie du monde. Mais après tant d'instabilité depuis près d'un siècle, les prémices d'une stabilisation géopolitique du Proche-Orient se mettent en place. Cinquante ans après le Congrès de Bâle (1897) marquant le lancement du défi sioniste, Israël renaissait. Cent ans après, il va enfin être reconnu par ses voisins et trouver une assise territoriale définitive. Avec la chute du mur de Berlin, le démembrement de l'Union soviétique et de la Yougoslavie, c'est l'évènement majeur de cette fin de siècle. Celui qu'attendaient depuis si longtemps les véritables ethnistes.
L'Israël de l'an 2000 ne sera ni celui des temps bibliques, ni celui du projet sioniste, ni encore moins celui imaginé par F. FONTAN. Mais cet Israël là est fait pour durer et vivre en bons termes avec son voisinage. Il n'y a donc pas lieu de faire la fine bouche devant un tel résultat. Dans un Proche-Orient en perpétuel remous, Israël avait su s'intégrer en sachant, à bon droit, faire parler la force, pilier de sa survie élémentaire. Demain, son intégration reposera sur de nouvelles bases qui s'appellent économie et culture. Israël est un pays neuf à la prodigieuse vitalité, il a réussi avec la force, il réussira avec ses autres atouts. Passée la période d'incertitude qui va de pair avec la révolution en cours, abandonnée la rhétorique martiale à usages externes et internes des différents régimes arabes, nul doute que se modifieront les comportements et les mentalités. Les besoins économiques, sociaux et culturels des populations arabes de la région sont énormes. Ils ne peuvent être satisfaits que dans un climat de paix qui permettra de diriger les énergies vers le développement des richesses matérielles et culturelles. Les mentalités israéliennes sont, plus qu'on ne le dit, adaptées à vivre dans un climat de coopération avec les Arabes, lorsque la sécurité de la nation hébreue reposera sur d'autres bases que ses capacités d'autodéfense. En conséquence, les Israéliens sont à même d'aider efficacement leurs voisins à maîtriser leurs problèmes alimentaires, d'énergie, de ressources en eau, de modernisation. Et cela, quel que soit le cadre envisagé pour cette aide de la coopération bilatérale à l'intégration régionale. Jouant sur leur double filiation culturelle orientale/occidentale, ils pourront en outre servir d'utiles relais entre le monde arabe et l'Occident afin d'en aplanir les multiples différends. Mais loin de tout angélisme pacifiste, quelles sont les perspectives politiques réelles dans la région, celles que les médias, friands d'instantanéité et d'images choc, ont largement éludées ? Persuadés que l'évolution en cours présente un caractère irréversible à une échéance humainement envisageable, voici à grandes lignes, quels nous paraissent devoir être les axes majeurs de cette évolution. La reconnaissance de l'OLP et la mise en route de l'autonomie palestinienne peuvent passer pour une flagrante preuve de faiblesse de l'État hébreu, "condamné" à s'entendre avec les Palestiniens. C'est le discours de la droite israélienne qui a pourtant restitué le Sinaï à l'Egypte et qui craint, à juste titre, l'abandon de la Judée-Samarie. Or, il convient de savoir qu'Israël ne négocie jamais qu'en position de force, et que plus qu'ailleurs dans l'Orient arabe, il faut savoir ne pas faire perdre la face à l'adversaire. Pour des raisons diverses, l'OLP n'a jamais été aussi faible qu'actuellement. Si le gouvernement israélien lui permet de redorer son blason, c'est parce qu'il attend de ce geste des retombées de grande ampleur. Il efface ainsi l'impact médiatique négatif de l'intifada dont il espère la fin prochaine une fois ARAFAT et ses amis aux affaires. Soucieux d'un règlement définitif et d'une paix solide, RABIN et PERES ne concéderont que ce qu'ils ont décidé de lâcher. Les Palestiniens et les autres Arabes sont aujourd'hui au pied du mur et dans une position délicate aux yeux de l'opinion publique mondiale. Israël ne s'est engagé sur aucun des dossiers brûlants (Jérusalem, frontières, implantations, réfugiés, création d'un État palestinien, sécurité), les Arabes acceptant ses propositions, c'est donc lui qui fixe les règles du jeu. Israël n'a jamais été aussi fort qu'actuellement tant sur le plan diplomatique que sur le plan militaire. Cet État de fait repose sur une alliance sûre avec l'Amérique de CLINTON, sur l'amitié avec la Russie, sur la lassitude des pays arabes de moins en moins intéressés par le sort des Palestiniens et échaudés par le soutien de l'OLP à Saddam HUSSEIN durant la guerre du Golfe. Il réside, par ailleurs, dans les liens spéciaux tissés avec ses voisins : Israël a fait la paix avec l'Egypte; il entretient des liens anciens et discrets avec la monarchie jordanienne avec laquelle il entend régler définitivement la question palestinienne; il cultive avec la Syrie des rapports ambigus basés sur une entente tacite stipulant que le Liban est dans la mouvance syrienne et que la Palestine est l'affaire des Israéliens. En bref, l'État hébreu peut négocier maintenant, car jamais la conjoncture ne lui a été aussi favorable. Mais pourquoi négocier ? Deux éléments nous semblent déterminants, l'un de fond, l'autre conjoncturel. Un problème crucial surdétermine la politique israélienne, c'est l'évolution démographique du peuple hébreu dans le contexte proche-oriental. Avec plus de quatre millions de citoyens juifs et assimilés, Israël ne regroupe qu'un tiers de la population juive mondiale. Il ne peut malheureusement pas espérer aujourd'hui une reprise substantielle de l'immigration des membres de la Diaspora, même y compris dans un climat de paix. Le potentiel important de l'ex-Union soviétique a donné 600 000 immigrants dans les vingt dernières années, mais le tarissement de cette source semble inéluctable. Des autres communautés, il ne peut venir que de maigres effectifs. En tout et pour tout, pas plus de 200 000 juifs feront leur aliyah -retour- dans les vingt prochaines années. La population israélienne ayant un taux d'accroissement proche des normes européennes, il lui est impossible d'endiguer la dynamique démographique arabe en conservant ses frontières actuelles. Restituer des territoires et donc, avec eux, surtout, des populations inassimilables, est une nécessité vitale. Plus conjoncturel est l'État d'esprit de la population israélienne dont la lassitude après un demi-siècle sous pression continue est largement compréhensible. Elle aspire profondément à la tranquillité et à la normalité, c'est bien légitime. La hantise de la guerre, moins actuelle a été remplacée par la psychose du coup de poignard dans le dos en pleine rue. Ce n'est pas mieux et les Israéliens désirent être délivrés de cet horrible sentiment. La paix entraînant aussi logiquement une amélioration des conditions de vie et de l'économie, on conçoit qu'une écrasante majorité d'Israéliens la souhaitent ardemment.
L'autonomie palestinienne
Les accords de Camp David signés par BEGIN et SADATE, prévoyaient une autonomie pour les Palestiniens. D'abord concédée à Gaza et Jéricho, l'histoire reprend donc son cours. L'expérience ne devrait guère poser de problèmes sérieux à Jéricho, petite ville tranquille, bien reliée à la Jordanie. Elle sera beaucoup plus délicate à Gaza, territoire surpeuplé et démuni, à la population très combative. Cependant, même à Gaza, le Fath devrait être en mesure d'imposer sa vision des choses et de faire régner un certain ordre, sans évidemment pouvoir régler les problèmes économiques. Les retraits prévus de l'armée israélienne ainsi que les élections à venir, permettront de faire tomber la tension et feront diminuer les actes de violence. Les seules incertitudes résident dans le maintien peu probable de l'unité de l'OLP et dans la nature des rapports qui s'établiront entre le Fath d'ARAFAT et les Islamistes. L'OLP ne devrait pas tarder à se décomposer laissant la place aux deux principales tendances qui vont occuper le devant de la scène palestinienne: les pro-Jordaniens qui s'appuient sur les réseaux de la bourgeoisie palestinienne et les indépendantistes, ces derniers très divisés entre islamistes et marxisants. Mis à part les guérilléros du Fath qui viendront composer les forces de police, l'épineuse question des réfugiés ne peut être résolue dans le cadre de "l'autonomie à Gaza et Jéricho d'abord". Ils ne pourront rentrer qu'au fur et à mesure du retrait politique d'Israël des territoires, mais le caractère problématique de leur intégration économique rendra leur retour aléatoire et il est difficile d'envisager l'absorption de plus de 250 000 réfugiés d'ici vingt ans. C'est-à-dire, bien loin des 500 à 800 000 individus que l'OLP prétend rapatrier. La plupart de ceux qui retrouveront leur "patrie", viendront de Jordanie où la population palestinienne est estimée à 60 % de la population totale dont la moitié possède le statut de réfugiés. A terme, tout porte, de l'intérieur comme de l'extérieur, les pro-Jordaniens à assumer la direction de l'autonomie, Gaza mis à part. « L'option jordanienne » est, pour Israël, la meilleure et la monarchie hachémite est susceptible de revenir sur son abandon à l'OLP de la tutelle des Palestiniens, pour peu que des deux côtés "ses Palestiniens" le lui demandent. Aucun pays du Proche-Orient ne souhaite vraiment la création d'un État de Palestine et il est fort probable qu'une bonne partie des Palestiniens ne le souhaite pas non plus, leur souci essentiel étant de se libérer de la tutelle de l'État juif et de récupérer le maximum de territoire. Quoi qu'il en soit, le règlement définitif de la question se fera entre Israël et les Jordano-palestiniens, seul cadre permettant à Israël de négocier pied à pied ses frontières futures et surtout le sort de Jérusalem. Pour mémoire, avez-vous noté qu'il suffit d'ajouter une étoile blanche à sept branches dans le coin rouge du drapeau palestinien, pour en faire le drapeau jordanien ? Révélateur, non ? La période d'autonomie s'achevant et les questions de frontières étant réglées, la Cisjordanie redeviendra jordanienne par référendum ou vote du Parlement palestinien. Gaza ne suivra pas cette voie et restera quelque temps la Palestine maintenue (c'est le pays des Philistins) sans reconnaissance internationale, jusqu'au jour où ce petit territoire sera intégré à l'Egypte qui l'administrait avant 1967.
Les traités de paix
Ne pouvant être signés qu'entre États jouissant de la personnalité internationale, c'est seulement avec la Jordanie, la Syrie et le Liban dans l'ordre, qu'Israël peut faire la paix. La reconnaissance de son existence et de ses frontières permettront d'établir les bases de bon voisinage et de coopération futurs. Ces traités, que le gouvernement israélien a, dans un but tactique, prétendu "imminents", ne devraient pas advenir avant 1995, date à laquelle l'autonomie concédée aux Palestiniens aura donné ses premiers et maigres fruits hypothéquant l'indépendance et relançant l'option jordanienne.
Les frontières
Les accords sur l'autonomie renvoient leur discussion à plus tard, à partir du début de la troisième année de l'autonomie. Peu d'observateurs ont noté avec quelle insistance RABIN a affirmé et réaffirmé qu'il n'est pas question de revenir aux frontières d'avant 1967. Si après la guerre du Golfe et les fusées de Saddam HUSSEIN, l'argument des "frontières défendables" a perdu de sa pertinence, il y aurait de la naïveté à croire qu'Israël va brader un certain nombre d'investissements structurels réalisés dans les territoires depuis 1967. La lecture israélienne de la résolution 242 des Nations-Unies se basant sur la version anglaise parle de "retrait de territoires" et non pas "des territoires". Le retrait de Gaza sera total. L'importance des implantations dans la zone cisjordanienne de Jenine, Tulkarem, Qiryat-Netafim, Modim, laisse penser que cette zone restera à l'État hébreu. De la même façon, la poche de Latrun par où passe l'axe routier majeur Tel Aviv-Jérusalem, ne sera pas restituée. Les limites de la municipalité unique instituée pour la capitale dès sa réunification en 1967 ne devraient pas être sensiblement modifiées. Seul, peut-être l'aéroport, très excentré sur la route de Ramallah, pourrait être attribué au territoire arabe dans le cadre d'une gestion paritaire. Selon l'évidence qu'une région non destinée à devenir un État n'a pas besoin d'une capitale, Jérusalem restera israélienne dans sa presque totalité. Cependant, après la reconnaissance d'Israël par le Vatican en 1994, un statut international de gestion tripartite des Lieux Saints devrait être élaboré par Israël, la Jordanie et l'Église catholique ; celui-ci prendra effet à compter de 1999, une fois réglé le sort de Jérusalem. Au sud de la Cisjordanie, sur les bords de la Mer Morte, Israël pourrait céder la localité touristique d'En-Gédi, à titre de "compensation économique". En ce qui concerne le Golan, annexé par Israël en 1981, la Syrie n'y est attachée que d'un point de vue symbolique, tout accord de paix le vidant de sa seule valeur qui est stratégique. Malgré ses affirmations réitérées, elle est peu pressée de le récupérer et attend que Palestiniens et Jordaniens aient fait des concessions territoriales pour pouvoir justifier, celles, inévitables, que lui demandera Israël. Elle ne signera la paix en conséquence qu'après eux. Avec le Liban, il n'y a pas de contentieux territorial. Protectorat syrien depuis 1989, ce dernier pays signera des accords de paix dès que Damas l'aura fait. N'étant pas plus en mesure que son "parrain" syrien d'assurer la sécurité à sa frontière sud, l'État Libanais admettra pour quelques temps encore le maintien de la "zone de sécurité" tenue par les troupes israéliennes et celles de l'Armée du Liban Sud (ALS). Lorsque les frontières définitives d'Israël auront été fixées par négociation, il restera à opérer le démantèlement des implantations situées au delà de ces limites. Souvent peuplées de colons membres du Bloc de la Foi (Gouch Emounim), nul doute que le gouvernement de Jérusalem aura quelques difficultés à faire passer la pilule. Mais ces résistances ne pèseront pas lourd devant les enjeux que sont les intérêts supérieurs d'Israël. Eu égard à l'histoire tragique du peuple hébreu depuis la perte de son indépendance depuis plus de vingt siècles, eu égard à l'exceptionnelle réussite qu'a été sa résurrection, ces derniers sacrifices seront bien dérisoires. Avec la paix, les dernières communautés juives du Proche-Orient (Syrie, 4 500 et Yémen, 500) vont pouvoir émigrer librement en Israël. Par contre, les 250 Samaritains abandonneront leur ville sainte de Schechem/Naplouse pour aller vivre à Jérusalem préférant la « capitale éternelle » d'Israël à Tel Aviv où vivent 250 de leurs frères.
Conclusion
Une fois la paix acquise et établie, elle pourra être prolongée et approfondie par des accords de toute nature. L'établissement d'un marché commun proche-oriental unissant les actuels protagonistes est d'ores et déjà envisagé. Mais les temps ne sont pas mûrs et trop de crispations et de contentieux interdisent son avènement prochain. En tous cas, les premiers jalons viennent d'en être audacieusement posés. Malgré les craintes que les milieux islamistes suscitent, les efforts de paix ne seront pas remis en question. Leurs menées n'aboutiront pas, car la donne géopolitique dans la région est en train de radicalement changer. C'est en Afrique et au Moyen-Orient que l'islamisme va malheureusement trouver ses terres d'élection dans les décennies à venir. Pour ce qui est de la société israélienne, une fois débarrassée de son fardeau, elle va connaître une homogénéisation croissante. D'une part, le pourcentage d'Arabes dans la population totale va décroître, et d'autre part, les conditions psychologiques d'un véritable "mizoug" - le melting-pot hébraïque - qu'entravait paradoxalement l'état de guerre, vont se trouver réunies, les quelques nouveaux apports diversifiés qui interviendront ne remettront pas en cause cette évolution. Israël aura bien du mal à rassembler la moitié des Juifs du monde, et le clivage surtout culturel et psychologique avec les restes de la Diaspora ira en s'affirmant. Un autre Israël se forme aux Etats-Unis dont les caractéristiques vont en s'accentuant. Mais il s'agit d'une autre histoire. L'essentiel demeure l'aboutissement du projet sioniste. C'est une grande leçon d'opiniâtreté, de patience et de fermeté continues, d'héroïsme et de générosité dans les moments les plus douloureux, de souplesse et de réalisme aux moments opportuns. Fiers d'avoir soutenu ce projet, puissions-nous, et d'autres avec nous, faire nôtre cette leçon.
Jean-Louis Veyrac,
texte publié dans Lo Lugarn n° 46, automne 1993

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