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occitan-touareg

Saint Remèze, Agadez, Niamey et Agadez (7)

31 Août 2013 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #Touareg-Niger-Agadez

Lundi 20 mars

Réveil à Anou n'Agarof

En 98, nous avions été mieux accueillis sans doute parce que nous avions payé cher notre séjour !

D’abord la taille des branches basses de l’épineux, puis un coup de râteau improvisé pour en faire un lieu de réunion.

Quatorze représentants, mâles comme d’habitude, l’instituteur Akwal Brayam et le chef Sader. On me dit que 400 personnes vivent à Anou n'Agarof. 20 élèves attendent la rentrée. Le besoin d’un hangar dortoir, d’une cuisine avec ses ustensiles, de bancs scolaires, d’un bureau et d’une chaise pour l’instituteur se font sentir. Si un million de centimes étaient débloqués par EOT, il suffirait pour l’ensemble. Une cinquantaine d’enfants pourraient être scolarisés, mais les conditions actuelles ne le permettent pas. Ainsi certains vont dans des écoles éloignées. Un puits pastoral est également souhaité et Projet Zone Pastorale a été contacté. Prozopas est géré par la communauté européenne. Akwal demande aussi un puits pour le jardin scolaire. Aujourd’hui il n’y a pas suffisamment d’eau pour abreuver les troupeaux et il est hors de question d’envisager le jardinage. Actuellement, un puits revient à 3000 francs français : plus cher qu’une maison en banco.

Les troupeaux sont victimes de fièvre et de diarrhées. Les services vétérinaires d’Agadez vont être contactés, mais cette décision ne fait pas l’unanimité parmi les éleveurs d’Anoun-Agarof. Si les vétérinaires viennent il faudra payer...

La pharmacie fonctionne bien et nivaquine et aspirine ont été renouvelées à Tiro. EOT laisse chloroquine et aspirine ainsi qu’une caisse de fournitures scolaires prévue pour Ekrarane qui n’en avait pas besoin.

Après la réunion, je pars chez les forgerons avec Kerzika qui est un oncle d’Issyad. Les voleurs me demandent 4000 CFA pour un mortier qui ne tient pas debout ! Je voudrais aussi une « ménassa » : un récipient de cuivre que le Touareg emporte toujours avec lui lors de ses déplacements et qui est accroché au cou du dromadaire. « Avec cette gamelle, il boit, mange et creuse, si besoin est, le sable. C’est aux yeux des Touareg un bien précieux. » écrit Etienne Van Den Driesse toujours dans Touareg, Le Souffle Bleu. Le prix est là aussi excessif.

Guilhem et Jean-Marc vont récupérer avec le Mercedes les sacs de mil et de riz qui sont stockés à côté du goudron. L’instituteur me vend son mortier pour 3000 CFA. Vient l’heure du repas au sable. Je mange trois bouchées… Il est maintenant question de partir à Sikerat, mais Issyad n’est pas d’accord : cela fatigue Adiza qui ne supporte pas de rouler aux heures chaudes de l’après-midi. On propose de passer devant. Il refuse. Dommage, Guilhem a fait la route avec le GPS. Issyad nous fait longuement attendre.

Avant de partir nous laissons à chacun des enfants un jeu d’osselets et quelques savons.

À mi-chemin, Issyad nous propose de passer devant. Est-ce un test ? Quoi qu’il en soit le Mercedes des « icoufars » arrive avec un bon quart d’heure d’avance à Sikerat pour découvrir que les poutres n’ont pas été soudées. La personne qui avait promis de le faire n’a pas tenu promesse. Ehambel, Guilhem et Jean-Marc décident de partir pour Agadez faire le travail. Ils ne reviendront que demain. J’offre des vêtements aux quatre petits de Tikojimit. Estelle et moi dormons au campement.

Mardi 21 mars

Le matin, Mohamed, le père d’Issyad, nous offre trois sacs et un gris-gris. Adiza reste au campement pendant que nous retrouvons le village. Le Mercedes revient à 13h avec les IPN soudés, Marjeroul et le maçon, qui s’est bien déridé depuis nos accords, nous propose de nous conduire jusqu’au site où il trouve des pointes de flèches. Le lieu nommé Tamafuejac se trouve à environ quatre kilos de Sikerat. Il fait très chaud et nous mettons les chèches pour ne pas succomber.

Avant de quitter le village, nous laissons métrodinazone, argirol, un  peu de paracétamol et du sparadrap. Le maître se plaint des otites à répétition chez les enfants pendant la saison froide et des brûlures fréquentes.

Mercredi 22 mars

Très mauvaise nuit de sommeil à Agadez chez Ibrahim et Sergent. La chaleur est suffocante. Les moustiques tournent ; animaux et enfants braillent. Nous devons aujourd’hui nous rendre au consulat pour nos visas de retour par l’Algérie. Issyad nous accompagne. Un petit guichet à même la rue et un visage qui se tend pour nous dire que le Consul est en visite à Alger et que lui seul peut tamponner nos passeports ! Il faut revenir lundi. Nous demandons alors à être reçus par le vice-consul. La secrétaire nous fait patienter pour nous dire quelques minutes après qu’il ne peut pas nous recevoir ! Issyad n’insiste pas et ne tente rien pour dénouer la situation. Nous essayons de joindre Mohamed Anacko pendant des heures. Le téléphone pour Niamey est coupé ! Sur le chemin du retour, nous rencontrons des Français à qui l’Ambassade de France a donné des visas pour rentrer par la Libye ! Ils sont furieux comme nous. Après le repas, retour à la cabine pour d’infructueuses démarches… Nous insistons auprès d’Issyad pour qu’il fasse jouer les relations qu’il dit avoir à Agadez. Il répond par un jargon incompréhensible et ne tente rien. Une seule solution : aller à Niamey, deux mille kilos aller-retour !

Nous partons à 18 heures pour Niamey à deux véhicules. Dans le premier : Chouchou, Mohamed qui nous a accueilli une nuit dans sa maison, un vieux Touareg dont je ne connais pas l’identité et Estelle. Dans le Mercedes les trois « icoufars ». Une pause à Abalak pour grignoter une omelette et boire un coca. Dans ce rassemblement de huttes faites de bric et de broc, les lampes-tempête créent une ambiance étrange et fantasmagorique. Les visages voilés apparaissent encore plus mystérieux. Des enfants tout jeunes mendient et Estelle leur explique qu’il ne faut pas se comporter ainsi. Un gamin handicapé la regarde en souriant et continue à guetter le touriste. Je dors un peu sur le siège arrière. Nous roulons toute la nuit avec une halte rapide pour prendre du gasoil détaxé. Là aussi quelle ambiance ! On pense que tout dort et tout à coup, les marchands forains jaillissent avec leurs carrioles surmontées d’une planche verticale où sont accrochés des bonbons, quelques cachets, des cigarettes au détail… Des gens vendent du carburant qu’il faut filtrer et se disputent le client.

Jeudi 23 mars

Arrivée à Niamey à 8H30 dans la grande maison de Mohamed qui surplombe le fleuve Niger. Sur la terrasse sont installées deux filles de l’Association Aminata qui viennent essayer de sauver le cas de leur présidente Martine expulsée du pays. Le café et les tartines préparés par Ibrahim sont les bienvenus. Sidimou et Estelle retrouvent Mohamed à son bureau et nos passeports sont tamponnés en un temps record. À la pause de midi, nous nous installons dans un des salons pour discuter un peu avec Mohamed, mais déjà quelqu’un le demande pour une audience.

Une sieste l’après-midi. La chaleur est écrasante et les moustiques agressifs.

Mohamed ne rentre qu’à dix heures passées, à temps pour prendre les décisions pour notre retour prévu demain aux aurores.  Ibrahim nous accompagnera jusqu’à Agadez. Il attendait un certificat d’hébergement des Canaries. Mais visiblement Issyad n’a pas fait le nécessaire. Cela lui aurait permis de rentrer en France avec nous et de prendre ensuite un avion pour les Canaries. De là, il aurait ramené une des voitures du convoi que les Canariens veulent donner aux Touaregs.

Les deux filles d’Aminata se dépatouillent au milieu de problèmes d’organisation. La Présidente Martine leur a laissé entendre que Mohamed prendrait en charge leur voyage en pays Touareg ! Elles doivent elles aussi rejoindre Agadez dans la journée du lendemain et prendre ensuite le chemin des campements.

Estelle va tirer les choses au clair avec son ami. Nous allons nous coucher.

Vendredi 24 mars

Debout à 5H30 pour le départ. Estelle et Mohamed nous disent au revoir sur la terrasse.

Tombo Kaina, Dosso où nous déjeunons, Badifa, Maihera, Kore Karioua, Koakore, Keiche, Kalon Mota, Ahole, Dogon Doutchi… Matankari est à quinze kilos et je fais une photo des huttes du sud avec leurs greniers à mil coiffés de chapeaux pointus.

Yaya, Bazaga, Chetaou à droite, Birni N’Konni où nous mangeons à midi, Cerasa Mangou, Zinder à droite, Bagga Founcoye, Tahoua à gauche, Tabalak où il y a de l’eau, des barques et des beaux jardins bien verts. J’ai envie de m’arrêter, mais nous n’avons pas le temps. Le célèbre relais d’Abalak n’a pas la même magie sous le soleil. À partir de là, les greniers à mil n’existent plus. Viennent ensuite Tamaya et l’arrivée dans l’Azawad à deux cents kilomètres d’Agadez.

Nous arrivons à 8H30, fourbus. Nous avons roulé quatorze heures d’affilée.

Samedi 25 mars

Au petit-déjeuner dans la cour d’Ibrahim, des hommes sont déjà attablés pour des discussions avec Issyad... 

Nous faisons les courses pour le départ : des pâtes, du riz, de la margarine, de la semoule…

Nous disons au revoir à la « grande-mère » d’Adiza, Raïchata, puis nous passons à la coopérative des artisans où nous troquons nos boutons de manchettes… Ils étaient dans notre sac à cadeaux et nous ne voulons pas les ramener en Ardèche. Après moult marchandages nous récupérons trois bracelets, cinq croix d’In Gall, un couteau, une bague et quatre porte-clefs. Nous partageons équitablement.

Après le repas, chargement du véhicule pour le départ vers Sikerat. Issyad est en perpétuelle réunion… Une femme prend de l’eau dans la cour d’Ibrahim. Nous lui donnons les chaussures cassées d’Estelle et un pull.

Mohamed Ewangayé apporte 6 croix d’In Gall à Jean-Marc en échange des 20 pièces de cinq francs en argent qu’il va fondre. Il aimerait que nous en ramenions 100 à notre prochain voyage.

Je regrette de n’avoir pas vu plus longuement Mohamed. Nous avons attendu patiemment des soirées entières assis sur des nattes… au lieu de rencontrer des gens intéressants.

Nous passons chez Guichène faire nos adieux. Lala et Marjeroul ne sont pas là. Azara et Ebinguil dit « Ricardo » déambulent tout nus dans la cour. Ils ont un gris-gris à la ceinture.

Un saut au marché pour un sac de mil à déposer au campement. Là, je trouve deux porte-- braises à 500 CFA à côté du marché aux chameaux où je ne suis hélas jamais allée cette année. Il y a aussi des calebasses et des sacs en cuir. Je retiens ces informations pour un prochain voyage.

Le compteur affiche 62.720 kilos au départ d’Agadez à cinq heures. Une panne d’embrayage au Toyota nous immobilise. Ibrahim répare tant bien que mal et Issyad reste avec lui tandis que nous partons avec Ousmane vers Sikerat que nous atteignons à 8H30 le soir.

L’instituteur Mohamed nous accueille et nous partageons le repas de la famille. 

Harouna Daouda et Mohamed le jardinier passent la soirée avec nous. Fatima sommeille sur une natte contre son petit Mohamed. Un moment paisible que nous partageons agréablement. Sans la présence d’Issyad, nos rapports avec les gens sont différents. Mohamed le jardinier n’a rien compris au sujet du traitement contre les termites. L’instituteur traduit une nouvelle fois le mode d’emploi en tamacheq et donnera un coup de main sur le terrain. Il en profitera également pour faire un cours de sciences naturelles à ses élèves. Il nous explique qu’au sud du pays, les margoulins mangent les termites mais ils mordent aussi les gens. Les semis se font en décembre et les premières récoltes donnent leurs fruits en mars.

Cette année, les rats ont mangé les carottes. Cela ne m’étonne pas car il y a des rongeurs partout et la nuit dernière, j’avais installé mon duvet contre une grosse touffe d’herbe à chameaux et j’ai dû déménager car une souris était en train de le grignoter.

Issyad et Ibrahim arrivent à 9H30 et se dirigent vers le campement. J’insiste pour dormir à l’école. C’est l’occasion de voir d’autres personnes dans leur vie de tous les jours.

Sikérat, l'école en construction

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De retour d'Agadez avec les IPN soudés !

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