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occitan-touareg

Saint Remèze-Agadez, retour vers Tamanrasset (8)

5 Septembre 2013 , Rédigé par Pellet Jean-Marc Publié dans #Touareg-Niger-Agadez

Dimanche 26 mars

Au saut du duvet, Ousmane prépare des « macas » avec quelques morceaux de chèvre… Le repas de la veille était sommaire et tout le monde insiste pour que nous mangions. Je m’éloigne avec ma tasse de café.

Sidi Mohamed Idriss le chef du village est enfin revenu. Il est guide et emmène des groupes de touristes dans le Ténéré. Jusqu’à présent nous ne l’avions pas vu. Je le retrouve avec plaisir. Il m’offre une superbe meule venue de Cheriet à 145 kilos d’Iférouane et nous accompagne jusqu’à l’école pour l’ultime réunion avant notre départ. Issyad arrive.

Jean-Marc insiste sur le fait qu’aucun villageois ne s’est impliqué dans la construction de la nouvelle école. Ils devront travailler à la réfection de l’ancienne salle de classe pour montrer leur bonne volonté… C’est un minimum. Il reste encore 2200 briques à leur disposition pour boucher les trous et refaire les murs nord et sud. EOT dépasse son budget prévisionnel de beaucoup.

Armadou acquiesce suivi par Issyad. Idriss rétorque à Issyad qu’il habite Niamey et que les gens de Sikerat ne comptent pas sur lui… Il ne répond pas.

Mohamed le maître d’école explique qu’à Sikerat tout est gratuit contrairement aux centres urbains. Il se laisse aller à parler de son découragement ; il est fatigué par l’immobilisme et la passivité des habitants.

L’école n’a que trois ans. Il faut voir les choses dans leur durée historique, lui répond Jean-Marc pour lui remonter le moral. Il faut une génération complète pour compter les résultats.

À Sikerat non plus, les registres de naissance et de décès n’existent pas. Modifier le comportement culturel demande du temps, surtout sans la participation de l’Etat. C’est le chef de tribu qui collecte l’impôt. Depuis 1990 il n’y a pas eu de recensement des populations. On me dit qu’il y a 4600 habitants dans la vallée de Sikerat… longue de quarante kilos.

Personne n’a une autorité morale assez forte pour imposer la discipline, explique Idriss.

Les campements ouest fréquentent l’école à une large majorité ; les gens de l’est la boycottent pour des raisons de jalousie et portent « la robe de satan » pour désorganiser les choses. Les problèmes est-ouest, c’est comme en Russie et aux Etats-unis ! La chefferie traditionnelle s’impose encore. Idriss souhaite s’en débarrasser et il le dit haut et fort. C’est un homme grand et mince, très vif dans ses répartis. Il n’a sûrement pas l’étoffe d’un personnage politique, mais il est très sympathique.

«À défaut de la mère, on tète la grand-mère ! » dit encore Idriss pour mettre en image le système débrouille qui consiste à couper des fûts pour les transformer en portes et en fenêtres.

Les habitants de Sikerat sont des éleveurs qui ne comprennent pas le système sédentaire. Pour eux, l’école est tombée du ciel. C’est l’école des « icoufars » ! La Coopération Française et Construction Sans Bois seront sollicitées pour la construction d’un dortoir emporté par la tempête. Pour cela 12.000 briques doivent être stockées.

Vient ensuite la question du puits scolaire. 23 puits cimentés existent actuellement et seulement trois jardins sont en exploitation. Pourquoi en creuser encore un ? demande très judicieusement Jean-Marc.

 Nous sommes fragiles d’entente… dit Idriss. Les puits creusés par une association humanitaire ont été revendus 500 francs français aux Touaregs qui ont saisi l’occasion. Puis ils s’en sont désintéressés. Voilà l’explication à cet abandon généralisé. Il est donc décidé qu’EOT achètera un puits existant et un morceau de terrain pour 150.000 CFA. Cela servira d’exemple. Les villageois se chargeront de la puisette et des cordes. On ne peut jamais servir la soupe sans louche ! mentionne Idriss signifiant ainsi qu’il faut aussi un chameau pour tirer l’eau. Pourquoi pas un bœuf comme à Timia ? Ce dernier est difficile à nourrir et Monsieur le Chameau résiste mieux. N’est-il pas le roi du désert ! EOT s’engage donc pour 4500 francs, cette somme permettant d’acheter terrain, puits et l’animal d’exhore (celui qui tire l’eau). En théorie, les clôtures se poseraient en juillet, les semences se feraient en août pour être repiquées en septembre et le jardinier serait payé par les récoltes… Inch Allah.

Tous les participants admirent ensuite la petite école dont la porte est surmontée d’une inscription en tifinar.

Le mercredi 29, les préfets d’Arlit et de Tiro seront là pour l’inauguration officielle avec peut-être la télévision… dit Issyad. Nous ne serons pas là pour y assister, mais je doute de la chose.

Cette année un sac de mil coûte 7000 CFA, mais le prix peut se multiplier par trois si la récolte n’est pas abondante.

Viennent les adieux. La petite Aïcha « une vraie chamelle qui se roule dans la poussière » dit son père, court toujours pieds nus.

Elle a une espèce de furoncle sous l’orteil qui la rend fièvreuse. Malgré cela, elle reste stoïque et marche en boitant sans se plaindre.

 « Pleurer est un déshonneur, réclamer de la nourriture et de l’eau une faiblesse. Voilà l’école touarègue. On y apprend à se rebeller, jamais à mendier » écrit très justement Mono Dayak. Nous partons à midi. Je retourne chez les forgerons chercher mes quatre « tchocalen».

Un dernier adieu au campement des parents d’Issyad avant le départ pour Arlit.

Le Toyota est encore en panne. Ibrahim farfouille dans le moteur pendant qu’Issyad dort sur le siège arrière. Quelle misère… Ils roulent ensuite à 70 kilomètres à l’heure sur de belles lignes droites et au barrage de police d’Arlit ils ne démarrent plus ! Nous abandonnons le Toyota sur le côté et nous arrivons à 16H30 chez Tamasco et ses deux filles l’estomac dans les talons et l’humeur maussade. Ibrahim va à la recherche d’une pièce qui devrait régler définitivement le problème pendant qu’Issyad fait salon avec un touareg. Nous partons demain et je n’en suis pas fâchée.

Lundi 27 mars

Le Toyota est réparé. Nous quittons Arlit à huit heures et demie. Passage à la pompe et au revoir définitif. Totem est là, je ne sais pour quelle raison.

Tout de suite, c’est la piste ; seul Aligouran peut vivre dans ce désert inhospitalier où même les campements ont disparu. Nous voyons encore des mirages ; de très belles dunes.

Nous arrivons à Assamaka à une heure. Il fait très chaud et, au poste, je m’assois à l’ombre de l’épineux pendant que les hommes vont faire les démarches de sortie. Je fais une photo car il n’y a pas de gardien à l’horizon. Je sais que c’est formellement interdit mais j’ai un moment d’égarement. Je pense utiliser ce cliché pour illustrer une de mes nouvelles. Au moment où j’appuie sur le déclic, un militaire sort en hurlant. Il veut confisquer ma pellicule pour la détruire immédiatement. Je tente de lui faire croire que j’ai seulement fait la mise au point… Cela doit aggraver mon cas. Il hurle de plus belle. Moi je commence à trembler malgré la canicule. J’explique qu’il y a dans mon appareil des photos précieuses pour une association française et que je ne peux pas me départir de ma bobine. Il continue à vociférer. Tous les militaires font ronde autour de nous. J’essaie de gagner du temps, réfléchissant à toute allure aux moyens que je pourrais utiliser… Issyad et Jean-Marc arrivent, plaident mon innocence, parlementent à leur tour, entraînent le militaire à l’écart et les choses finissent par se calmer. Je l’ai échappé belle ! Je m’en veux de ma bêtise.

Les formalités nigériennes sont terminées. Je donne l’argent d’Adiza à Ibrahim pour qu’il achète de la semoule de blé nettement moins chère que dans la capitale. Normalement Issyad aurait dû garder cette somme, mais il a affirmé qu’il la dépenserait s’il en était détenteur pendant plusieurs jours…  Ousmane, Ibrahim et Issyad nous regardent maintenant partir en agitant les mains. Une longue histoire s’achève puisque Issyad est arrivé à la Coste le 27 octobre 99. Pendant que je me remettais de mes émotions, il a présenté à Jean-Marc un Touareg qui devrait nous escorter jusqu’à Tamanrasset.

Nous filons vers le poste algérien et les choses se compliquent à la douane. Une heure de démarche et une fouille en bonne et due forme. Guilhem patiemment ouvre les sacs un à un. Le douanier sort les petites culottes et les serviettes hygiéniques. Il s’attaque ensuite à la galerie, demande à voir les différentes malles, pose des questions… Stoïque, je ne dis rien. Mais il doit sentir mon mécontentement.

Nous arrivons à In Guezzam à quatre heures de l’après-midi pour un pique-nique bien désiré. Le Touareg qui doit nous prendre dans son convoi demain ne juge pas utile de nous héberger même dans sa cour… C’est un malabar très noir, aux épaules larges sous la djellaba et aux pognes robustes.

Il ne m’inspire guère confiance. Nous déambulons pour passer le temps et assistons au coucher de soleil sur les dunes pendant que Jean-Marc fait un cours de calcul à des petits arabes et que Guilhem remplit une bouteille de sable souvenir. Après tampon à la police, nous achetons des galettes de semoule et des sardines avant de dormir au pied du mur d’enceinte de la gendarmerie, selon les conseils de ces derniers. Nuit agitée par des va-et-vient incessants de promeneurs noctambules, de chiens… Mais nous sommes armés de bombes lacrymogènes…

On a rendez-vous demain entre 6 et 6H30 pour le départ vers Tam.

Mardi 28 mars

Debout à cinq heures et demie et départ après un seul café… Nous avons quatre cents kilomètres de piste à parcourir et Aljimat monte finalement dans le Mercedes, ses amis n’étant pas arrivés à l’heure. Nous l’installons sur le siège avant dont il occupe tout l’espace. C’est vraiment une force de la nature. Laouni et ses dunes, Srin et ses montagnes.

Au cours du trajet, nous nous apercevons très vite qu’Aljimat n’a rien à boire, rien à manger, rien à fumer… Je ne comprends pas ! Pourtant, les mises en garde sont nombreuses face aux dangers propres au désert. Ne vous aventurez jamais sans eau, sans nourriture, sans roue de secours… Nous nourrissons dont Aljimat avec le sourire. Inch Allah… Huit heures de piste pour parvenir à Tam où nous retrouvons Issouf avec plaisir et abandonnons Aljimat dont les copains ne sont toujours pas apparus.

D’abord il me propose la toilette. Sa femme m’installe un seau d’eau et un broc dans la pièce du fond qui abrite les chèvres. Quel plaisir après la poussière de la piste. Puis le thé sur les tapis. Issouf parle de la langue matrimoniale et me raconte une histoire.

Lorsqu’il était petit dans son campement d’Aman Tadent, il faisait boire les bêtes aux puits avec ses petits camarades. Les animaux font beaucoup de bruit et les enfants n’ont pas entendu le bruit du moteur de la voiture ; des touristes : du jamais vu dans la région. Un monsieur sort du véhicule et s’approche des enfants. Immédiatement tout le monde s’enfuit, terrorisé. Le monsieur les poursuit et capture le plus petit, celui qui court le moins vite : Issouf. Il se débat, il mord, il griffe, il hurle. Le monsieur le lâche enfin en lui remettant un paquet de bonbons. L’enfant se remet et rentre au campement. Les parents ignorent l’existence même des bonbons et croyant qu’il s’agit d’un poison les jettent…

Il m’explique que le terme « moussis » signifie les oubliés et qu’on l’applique souvent aux Touaregs du quartier Ankof. Il me dit aussi qu’à Tam l’eau vient de 200 kilomètres et les citernes sont remplies une fois par semaine. Effectivement, la roche noire, nue et déchiquetée entoure la ville de Tamanrasset. Tous les habitants de Tam dorment dehors à la belle saison. Pour le moment, il fait encore trop froid. Effectivement, on a ajouté un pull au petit matin.

À noter que, lors d’un prochain passage, il faudrait s’arranger pour arriver chez lui du jeudi à midi au vendredi au soir : ce sont ses jours de repos.

Sa femme nous prépare du riz et nous nous couchons tôt.

Dimanche 26 mars

Au saut du duvet, Ousmane prépare des « macas » avec quelques morceaux de chèvre… Le repas de la veille était sommaire et tout le monde insiste pour que nous mangions. Je m’éloigne avec ma tasse de café.

Sidi Mohamed Idriss le chef du village est enfin revenu. Il est guide et emmène des groupes de touristes dans le Ténéré. Jusqu’à présent nous ne l’avions pas vu. Je le retrouve avec plaisir. Il m’offre une superbe meule venue de Cheriet à 145 kilos d’Eférouane et nous accompagne jusqu’à l’école pour l’ultime réunion avant notre départ. Issyad arrive.

Jean-Marc insiste sur le fait qu’aucun villageois ne s’est impliqué dans la construction de la nouvelle école. Ils devront travailler à la réfection de l’ancienne salle de classe pour montrer leur bonne volonté… C’est un minimum. Il reste encore 2200 briques à leur disposition pour boucher les trous dans les murs nord et sud. EOT dépasse son budget prévisionnel de beaucoup.

Armadou acquiesce suivi par Issyad. Idriss rétorque à Issyad qu’il habite Niamey et que les gens de Sikerat ne comptent pas sur lui… Il ne répond pas.

Mohamed le maître d’école explique qu’à Sikerat tout est gratuit contrairement aux centres urbains. Il se laisse aller à parler de son découragement ; il est fatigué par l’immobilisme et la passivité des habitants.

L’école n’a que trois ans. Il faut voir les choses dans leur durée historique, lui répond Jean-Marc pour lui remonter le moral. Il faut une génération complète pour compter les résultats.

À Sikerat non plus, les registres de naissance et de décès n’existent pas. Modifier le comportement culturel demande du temps, surtout sans la participation de l’Etat. C’est le chef de tribu qui collecte l’impôt. Depuis 1990 il n’y a pas eu de recensement des populations. On me dit qu’il y a 4600 habitants dans la vallée de Sikerat… longue de quarante kilos.

 Personne n’a une autorité morale assez forte pour imposer la discipline, explique Idriss.

Les campements ouest fréquentent l’école à une large majorité ; les gens de l’est la boycottent pour des raisons de jalousie et portent « la robe de satan » pour désorganiser les choses. Les problèmes est-ouest, c’est comme en Russie et aux Etats-unis ! La chefferie traditionnelle s’impose encore. Idriss souhaite s’en débarrasser et il le dit haut et fort. C’est un homme grand et mince, très vif dans ses répartis. Il n’a sûrement pas l’étoffe d’un personnage politique, mais il est très sympathique.

«À défaut de la mère, on tète la grand-mère ! » dit encore Idriss pour mettre en image le système débrouille qui consiste à couper des fûts pour les transformer en portes et en fenêtres.

Les habitants de Sikerat sont des éleveurs qui ne comprennent pas le système sédentaire. Pour eux, l’école est tombée du ciel. C’est l’école des « icoufars » ! La Coopération Française et Construction Sans Bois seront sollicitées pour la construction d’un dortoir emporté par la tempête. Pour cela 12.000 briques doivent être stockées.

Vient ensuite la question du puits scolaire. 23 puits cimentés existent actuellement et seulement trois jardins sont en exploitation. Pourquoi en creuser encore un ? demande très judicieusement Jean-Marc.

 Nous sommes fragiles d’entente… dit Idriss. Les puits creusés par une association humanitaire ont été revendus 500 francs français aux Touaregs qui ont saisi l’occasion. Puis ils s’en sont désintéressés. Voilà l’explication à cet abandon généralisé. Il est donc décidé qu’EOT achètera un puits existant et un morceau de terrain pour 150.000 CFA. Cela servira d’exemple. Les villageois se chargeront de la puisette et des cordes. On ne peut jamais servir la soupe sans louche ! mentionne Idriss signifiant ainsi qu’il faut aussi un chameau pour tirer l’eau. Pourquoi pas un bœuf comme à Timia ? Ce dernier est difficile à nourrir et Monsieur le Chameau résiste mieux. N’est-il pas le roi du désert ! EOT s’engage donc pour 4500 francs, cette somme permettant d’acheter terrain, puits et l’animal d’exhore (celui qui tire l’eau). En théorie, les clôtures se poseraient en juillet, les semences se feraient en août pour être repiquées en septembre et le jardinier serait payé par les récoltes… Inch Allah.

Tous les participants admirent ensuite la petite école dont la porte est surmontée d’une inscription en tifinar.

Le mercredi 29, le préfetd’Arlit et de Tiro seront là pour l’inauguration officielle avec peut-être la télévision… dit Issyad. Nous ne serons pas là pour y assister, mais je doute de la chose.

Cette année un sac de mil coûte 7000 CFA, mais le prix peut se multiplier par trois si la récolte n’est pas abondante.

Viennent les adieux. La petite Aïcha « une vraie chamelle qui se roule dans la poussière » dit son père, court toujours pieds nus.

Elle a une espèce de furoncle sous l’orteil qui la rend fièvreuse. Malgré cela, elle reste stoïque et marche en boitant sans se plaindre.

 « Pleurer est un déshonneur, réclamer de la nourriture et de l’eau une faiblesse. Voilà l’école touarègue. On y apprend à se rebeller, jamais à mendier » écrit très justement Mono Dayak. Nous partons à midi. Je retourne chez les forgerons chercher mes quatre « tchocalen».

Un dernier adieu au campement des parents d’Issyad avant le départ pour Arlit.

Le Toyota est encore en panne. Ibrahim farfouille dans le moteur pendant qu’Issyad dort sur le siège arrière. Quelle misère… Ils roulent ensuite à 70 kilomètres à l’heure sur de belles lignes droites et au barrage de police d’Arlit ils ne démarrent plus ! Nous abandonnons le Toyota sur le côté et nous arrivons à 16H30 chez Tamasco et ses deux filles l’estomac dans les talons et l’humeur maussade. Ibrahim va à la recherche d’une pièce qui devrait régler définitivement le problème pendant qu’Issyad fait salon avec un touareg. Nous partons demain et je n’en suis pas fâchée.

Lundi 27 mars

Le Toyota est réparé. Nous quittons Arlit à huit heures et demie. Passage à la pompe et au revoir définitif. Totem est là, je ne sais pour quelle raison.

Tout de suite, c’est la piste ; seul Aligouran peut vivre dans ce désert inhospitalier où même les campements ont disparu. Nous voyons encore des mirages ; de très belles dunes.

Nous arrivons à Assamaka à une heure. Il fait très chaud et, au poste, je m’assois à l’ombre de l’épineux pendant que les hommes vont faire les démarches de sortie. Je fais une photo car il n’y a pas de gardien à l’horizon. Je sais que c’est formellement interdit mais j’ai un moment d’égarement. Je pense utiliser ce cliché pour illustrer une de mes nouvelles. Au moment où j’appuie sur le déclic, un militaire sort en hurlant. Il veut confisquer ma pellicule pour la détruire immédiatement. Je tente de lui faire croire que j’ai seulement fait la mise au point… Cela doit aggraver mon cas. Il hurle de plus belle. Moi je commence à trembler malgré la canicule. J’explique qu’il y a dans mon appareil des photos précieuses pour une association française et que je ne peux pas me départir de ma bobine. Il continue à vociférer. Tous les militaires font ronde autour de nous. J’essaie de gagner du temps, réfléchissant à toute allure aux moyens que je pourrais utiliser… Issyad et Jean-Marc arrivent, plaident mon innocence, parlementent à leur tour, entraînent le militaire à l’écart et les choses finissent par se calmer. Je l’ai échappé belle ! Je m’en veux de ma bêtise.

Les formalités nigériennes sont terminées. Je donne l’argent d’Adiza à Ibrahim pour qu’il achète de la semoule de blé nettement moins chère que dans la capitale. Normalement Issyad aurait dû garder cette somme, mais il a affirmé qu’il la dépenserait s’il en était détenteur pendant plusieurs jours…  Ousmane, Ibrahim et Issyad nous regardent maintenant partir en agitant les mains. Une longue histoire s’achève puisque Issyad est arrivé à la Coste le 27 octobre 99. Pendant que je me remettais de mes émotions, il a présenté à Jean-Marc un Touareg qui devrait nous escorter jusqu’à Tamanrasset.

Nous filons vers le poste algérien et les choses se compliquent à la douane. Une heure de démarche et une fouille en bonne et due forme. Guilhem patiemment ouvre les sacs un à un. Le douanier sort les petites culottes et les serviettes hygiéniques. Il s’attaque ensuite à la galerie, demande à voir les différentes malles, pose des questions… Stoïque, je ne dis rien. Mais il doit sentir mon mécontentement.

Nous arrivons à In Guezzam à quatre heures de l’après-midi pour un pique-nique bien désiré. Le Touareg qui doit nous prendre dans son convoi demain ne juge pas utile de nous héberger même dans sa cour… C’est un malabar très noir, aux épaules larges sous la djellaba et aux pognes robustes.

Il ne m’inspire guère confiance. Nous déambulons pour passer le temps et assistons au coucher de soleil sur les dunes pendant que Jean-Marc fait un cours de calcul à des petits arabes et que Guilhem remplit une bouteille de sable souvenir. Après tampon à la police, nous achetons des galettes de semoule et des sardines avant de dormir au pied du mur d’enceinte de la gendarmerie, selon les conseils de ces derniers. Nuit agitée par des va-et-vient incessants de promeneurs noctambules, de chiens… Mais nous sommes armés de bombes lacrymogènes…

On a rendez-vous demain entre 6 et 6H30 pour le départ vers Tam.

Niger. Ecole de Sikerat département d’Agadez. Création Entraide-Occitano-Touarègue

Niger. Ecole de Sikerat département d’Agadez. Création Entraide-Occitano-Touarègue

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