À propos des luttes de libération nationale
Ce texte de François Fontan est toujours d'actualité et je l'adresse plus particulièrement à l'ensemble des peuples colonisés, je pense en premier lieu aux amis imazighen d'Algérie, du Niger, du Mali et à tous ces peuples qui subissent encore les découpages de ces États artificiels créés par les colons.
NATIONALISME RÉVOLUTIONNAIRE,
RELIGION MARXISTE
ET VOIE SCIENTIFIQUE DU PROGRÈS
François Fontan (1929-1979)
Ce texte sur la question israélienne a été écrit en avril 1970 par François Fontan, fondateur (en 1959) et secrétaire général du P.N.O. ‑ Partit de la Nacion Occitana ‑ ; nous vous proposons ici la seconde édition de ce texte, « revue et augmentée » par son auteur, déjà publiée en mars 1972, comme supplément spécial au numéro 5 de Lu Lùgar (selon la graphie utilisée à l’époque, à ce jour « Lo Lugarn – Lou Lugar »), publication trimestrielle du P.N.O..
Plus d’un demi-siècle après, nous estimons en effet que ce texte est toujours utile pour aider à comprendre les préjugés des fidèles des diverses chapelles de ce qu’on peut appeler la « religion marxiste », comprendre notamment leur incapacité à comprendre ce que sont les nations ‑ ethno-linguistiques ‑ et pourquoi elles aspirent à se libérer des impérialismes, comprendre leur explication uni-linéaire, dogmatique, de l’histoire de l’humanité par le seul « fil conducteur » d’une lutte des classes planétaire.
La rédaction
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Le matérialisme dialectique est une métaphysique du mouvement, et comme tel bon au point de vue politique à mettre au musée, avec toutes autres philosophies matérialistes, idéalistes ou spiritualistes.
On sait depuis longtemps déjà (depuis qu'il existe une physique nucléaire) que la matière n'est qu'une des formes du réel. Et s'il est bien établi que les diverses formes du réel sont en perpétuel mouvement, en perpétuelle inter-action, il est faux et ridicule de réduire l'ensemble de ces mouvements à un schéma unique, d'après lequel tout serait "contradictions" et où rien ne serait "coalition, association", et selon lequel les contradictions se développeraient toujours selon le mode "thèse, antithèse, synthèse". On sait par exemple l'immense importance biologique de l'association non-contradictoire entre molécules et entre cellules. Et le massacre total des Natchez par les Français n'a donné lieu à aucune synthèse ou biologíque, ou sociale, ou culturelle.
Les philosophies sont depuis longtemps remplacées par la méthode scientifique, par l'ensemble des sciences, et surtout par les sciences humaines ; mais l'on peut, si l'on veut, appeler "philosophie" cet ensemble scientifique.
L'aspect philosophique du marxisme relève de la subjectivité ou des goûts individuels, comme toute autre croyance philosophique ou religieuse. Il est sans intérêt politique d'en discuter : il est aisé de constater qu'à partir de mêmes bases philosophiques, on arrive fréquemment aux conclusions pratiques les plus inverses, et qu'à partir de positions philosophiques inverses on arrive tout aussi fréquemment à des aboutissements pratiques identiques.
Les seules bases de départ valables de toute pensée politique sont :
- l'existence d'une espèce humaine dotée de caractéristiques psycho-physiologiques précises et de tendances et besoins fondamentaux, qui demeurent tels tant qu'une mutation n'a pas fait apparaître une nouvelle espèce ;
- l'existence de cette espèce humaine dans un univers doté lui aussi de ses caractéristiques et de ses lois ;
- les problèmes politiques fondamentaux étant alors tous ceux qui sont posés par les rapports de ces hommes réels entre eux et par leurs rapports avec l'univers réel.
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Le matérialisme historique est un des fils conducteurs de l'histoire, non le seul. Prendre les contradictions entre classes (elles‑mêmes résultant du mode de production) pour le seul déterminisme de l'histoire humaine, comme d'ailleurs nier leur existence et leur importance, relève de la foi, non de la science et de l'objectivité. L'explication technico-sociale de l'histoire est manifestement insuffisante, ne serait-ce que parce qu'elle n'explique pas l'invention et l'adoption des sciences et des techniques (dont dépendent précisément les modes de production) et parce qu'elle suppose une humanité qui ne serait pas par ailleurs différenciée génétiquement et linguistiquement (laquelle humanité n'existe pas).
L'évolutionnisme unilinéaire n'est plus crédible pour aucun ethnologue ; sa forme économiste-marxiste est l'héritière directe du vieux monothéisme inventé par les peuples blancs à structure familiale patriste, et plus encore de l'économisme mécaniste et idéaliste de la société bourgeoise. Quant à ses origines, l'évolutionnisme unilinéaire marxiste est un pur produit de la culture (donc des structures sociales et familiales) de quelques nations capitalistes occidentales. Quant à ses conséquences, il est nécessairement impérialiste : les peuples les plus "évolués", c’est à dire les peuples prolétariens (prenant la relève des peuples chrétiens, ou des peuples musulmans, ou des peuples démocratiques et industrialisés) doivent "guider" les autres peuples, les faire évoluer, c'est à dire les rendre identiques à eux‑mêmes. Si l'on n'a pas la stupidité de croire à l'angélisme des hommes et des peuples, on constate que cette domination politique et cette assimilation culturelle s'accompagnent inévitablement d'exploitation économique. Marx a fort logiquement été jusqu'à écrire en 1849 que « l'anéantissement de peuples réactionnaires entiers faisait aussi partie du progrès ». Quant aux marxistes orthodoxes actuels, animés d'une foi terroriste de type islamique, ils ne semblent pas pouvoir comprendre une synthèse nouvelle qui inclut leur explication ; nier que leur "deus ex machina" soit l'Unique, ne signifie absolument pas nier la réalité et l'importance de cette explication technico-sociale.
En réalité, liées aux trois activités principales de l'humanité (économiques, linguistiques-intellectuelles, amoureuses), il existe trois différenciations essentielles et trois séries de contradictions fondamentales : entre classes, entre nations ethno-linguistiques, entre sexes et générations. Toutes tentatives de déduire ces problèmes les uns des autres, comme toutes tentatives de les résoudre isolément les uns des autres, sont des mystifications : ils sont spécifiques et en inter‑action. De plus on doit tenir compte de facteurs individuels, qui demeurent largement inconnaissables, que l'on ne doit ni sous‑estimer (fatalisme), ni sur‑estimer (volontarisme), et qui viennent fortement tempérer le déterminisme de l'histoire.
L'ensemble de ces contradictions et de ces facteurs se conjuguent de façon très différente selon les nations (d'où une relativité géographique) et selon les époques (d'où une relativité historique), et fondent ainsi la spécificité de chaque histoire nationale, et donc l'évolution multilinéaire de l'humanité.
Faute d'une synthèse dynamique de ces divers facteurs (adéquate à chaque nation et à chaque époque), on tombe inévitablement :
- soit dans une "religion" nationaliste‑raciste et chauvine, largement ouverte à des solutions de sauvetage du capitalisme, à l'instauration d'un fascisme (au sens courant de ce terme), ou tout au moins à un isolement signifiant stagnation économique et culturelle ;
- soit dans une "religion" classiciste‑marxiste conduisant nécessairement d'une part à tous les impérialismes, et d'autre part ou bien à l'échec de toute révolution ou bien à la dictature totale de la classe bureaucratique ;
- soit dans une "religion" sexualiste‑reichienne aboutissant à un individualisme apolitique et donc conservateur, voire à l'obsession et à la folie pure et simple.
Le point de rupture entre le réalisme et le matérialisme historique se situe d'abord au niveau de la théorie des forces de production. Il est évident que l'on doit compter parmi celles-ci, non seulement les conditions naturelles, les techniques et I'outillage, l'organisation du travail, mais surtout les hommes eux‑mêmes, la plus décisive des forces productives. Et donc prendre en considération à ce niveau‑là :
- la différenciation ethnique (stock génétique et caractère national) ;
- la langue ;
- la différenciation en sexes et classes d'âge ;
- l'organisation de la reproduction ;
- le nombre des humains, la natalité et la mortalité.
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La seule définition objective, vérifiée par les faits, de la nation, est celle basée sur la langue indigène, seul critère utilisable pratiquement pour la détermination des nations et pour l'appartenance des territoires.
Doivent être admises comme exception à cette règle :
- la restitution des populations et des territoires assimilés au cours des derniers siècles ;
- la restitution .de leur pays aux nations privées de territoire ;
- l'attribution des territoires pratiquement vides aux nations véritablement surpeuplées ;
- l'échange de territoires et de populations permettant de restituer l'homogénéité territoriale et humaine détruite par les impérialismes.
La langue a une valeur décisive de fil conducteur de l'histoire, d'une part en tant que telle, d'autre part en tant qu'indice synthétique.
En tant que telle. Dès sa conception, l'être humain n'existe et ne se développe que par son insertion dans une société ; il ne devient être pensant que par l'acquisition d'une langue qui lui est transmise par cette société. Toute société humaine, y compris dans ses activités économiques, est basée sur la communication entre ses membres, c'est à dire avant tout sur l'existence d'une langue commune. La langue est donc aussi un élément essentiel des "forces de production".
En tant qu'indice synthétique. La différenciation linguistique correspond approximativement à un ensemble d'autres différenciations, moins tranchées, aux contours plus flous :
à une composition différente et relativement stable du stock génétique 1[1] ;
- à un "caractère national" 2[2] ou "personnalité de base" 3[3];
- à une culture nationale particulière ;
- à une situation démographique, familiale, économique, sociale particulière ;
- à une conscience nationale, qui même dans les cas d'aliénation ancienne et profonde, subsiste sous la forme d'un subconscient diffus.
Et bien entendu, l'ensemble de cette différenciation ne s'est réalisé que sur la base du peuplement d'un territoire déterminé, même si parfois cette vie commune sur un territoire a été ensuite partiellement ou totalement détruite du fait des impérialismes.
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La différenciation de l'humanité en ethnies (ou nations) est aussi ancienne que l'humanité, de même que la différenciation en sexes et en classes d'âge (ou générations). L'apparition des classes, beaucoup plus tardive, rendue possible par les progrès techniques et la division du travail, a été la conséquence de la lutte de tous les individus entre eux pour la répartition du travail et la répartition des biens. Ces mêmes motivations économiques (auxquelles s'est ajoutée l'agressivité psycho-sexuelle acquise) ont provoqué l'impérialisme d'une nation sur une autre, lequel à son tour a dans certains cas abouti à la création de classes (la nation colonisée disparaissant en tant qu'ethnie et devenant une classe exploitée).
Si la différenciation en nations n'est pas de nature économique et n'est pas en elle-même antagonique, il importe de souligner que les causes économiques jouent un rôle important dans l'apparition et la disparition des nations (car provoquant émigrations, guerres, etc.), et que les contradictions entre nations sont, elles, de nature principalement économiques.
Les contradictions entre nations ont toujours existé, même entre nations sans classes (ainsi que l'on peut encore le constater chez les peuples techniquement primitifs), et elles ont toujours eu une importance capitale, mais il serait erroné d'affirmer qu'elles ont toujours et partout été prioritaires par rapport aux contradictions entre classes, entre sexes, entre générations, ou même à des contradictions locales, ou momentanées, ou artificielles, entre familles, clans, tribus, régions, confessions religieuses, etc.
Dans l'espèce humaine, la société globale normale est l'ethnie, la nation, et non la classe, ou le sexe, ou toutes autres communautés. Chaque ethnie se trouve confrontée à des tensions externes avec les autres ethnies, et à des tensions internes entre classes, sexes, etc., ces dernières catégories ne constituant jamais dans l'histoire réelle des entités supra‑nationales dotées de quelque cohérence ou autonomie. Selon les circonstances, les situations particulières de chaque nation, la contradiction externe avec une autre ethnie, ou bien telle ou telle contradiction interne peut être prioritaire.
Cependant tous les évènements contemporains montrent que la contradiction prioritaire à notre époque est la contradiction entre nations, qui se concrétise par une alternative entre deux types de relations entre les nations :
- l'impérialisme (avec ses masques idéologiques cosmopolites), c'est à dire la domination politico‑militaire, l'exploitation et l'oppression économiques, l'assimilation culturelle‑linguistique, l'invasion démographique, et au maximum la destruction physique, d'une nation par une autre ;
- et d'autre part l'internationalisme, c'est à dire l'indépendance et l'unité de chaque nation (définie objectivement), et la collaboration égalitaire entre toutes les nations sur la base de leurs intérêts communs.
Le caractère prioritaire de cette contradiction est valable à l'échelle mondiale, même si la contradiction entre classes apparaît ou est réellement prioritaire dans un très petit nombre de nations indépendantes.
Cette priorité évidente des contradictions internationales est sans doute due surtout à l'extraordinaire développement des moyens de communication, qui pour la première fois dans l'histoire met en rapports, pour le meilleur et pour le pire, toutes les nations.
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La lutte pour l'indépendance nationale est pour la grande majorité des nations du monde la seule lutte progressiste décisive ; elle déclenche un processus irréversible menant à toutes les autres formes du progrès. Si ces autres aspects du progrès (socialisme, démocratie, libération sexuelle, etc.) sont acquis sans ou contre l'indépendance nationale, leur réalisation est inadéquate et déformée, et leur acquisition toujours précaire (exemples typiques : Hongrie, Tchécoslovaquie).
Cette lutte peut être violente ou non‑violente selon les situations, et en particulier selon les réactions de l'impérialisme mis en question dans chaque cas. La confusion courante entre objectifs révolutionnaires et moyens révolutionnaires d'une part, objectifs réformistes et moyens réformistes d'autre part, relève d'un romantisme mystique. Selon les situations, des objectifs révolutionnaires (transformant profondément une société) peuvent être atteints par des voies réformistes (démocratiques et pacifiques), telles ont été l'indépendance de la Norvège en 1900, de l'Islande en 1918, de la Guinée en 1958, et telle a été la voie expressément prévue par Marx pour le passage au socialisme en Angleterre. À l'inverse, des moyens révolutionnaires (violents), peuvent servir à des résultats réformistes, aménagements superficiels d'une société (révolution de 1830 en France, pseudo‑indépendance des colonies espagnoles d'Amérique au XIXème siècle). Le choix entre moyens réformistes et moyens révolutionnaires doit être fait en fonction de l'efficacité dans chaque situation, par rapport aux objectifs réalisables à tel moment dans tel pays.
La lutte de libération nationale est toujours en même temps une lutte de classes, un certain type de luttes de classes. Bien entendu, elle n'est jamais, comme le voudraient, les messianistes prolétariens, l'aspect local d'une lutte mondiale entre un prolétariat cosmopolite et un capitalisme cosmopolite, car il n'existe pas de classe qui serait en dehors d' une nation donnée, et l'on n'a jamais vu nulle part une lutte de ce type. Dans toute nation colonisée, la classe dominante ou une fraction de cette classe, et parfois d'autres classes ou fractions d'autres classes, sont économiquement, politiquement et culturellement dans le camp d'un impérialisme étranger précis.
Le contenu de classes de la lutte de libération nationale est donc celui-ci : l'ensemble des classes et fractions de classes demeurées nationales par leurs intérêts économiques, leur culture et leur choix politique, constituant un front national pour l'indépendance, contre d'autre part l'impérialisme étranger et les classes et fractions de classes intégrées ou liées à ce dernier. Refuser d'inclure telle ou telle classe nationale dans le front national revient en fait à diviser le camp objectivement progressiste et donc à renforcer d'autant le camp impérialiste.
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Selon la Composition sociale de chaque nation et les conditions particulières dans lesquelles se déroule la lutte de libération nationale, chaque classe nationale joue un rôle plus ou moins grand dans cette lutte. Cependant il semble bien qu'à notre époque aucune des classes "traditionnelles" (capitalistes‑nationaux, ouvriers, paysans, petits‑bourgeois) ne peut plus jouer le rôle dirigeant dans la lutte de libération d'une quelconque nation. La bourgeoisie nationale qui au XIXème siècle et au début du XXème a dirigé l'émancipation de nombreuses nations, ne le peut plus pour diverses raisons ; presque partout sa très grande faiblesse économique et politique, tant par rapport à la bourgeoisie impérialiste que par rapport aux classes populaires, l'en rendent incapable ; dans les très rares cas où elle a conservé une certaine importance (nations semi-indépendantes), et où elle a tenté de mener la lutte (De Gaulle, Perón, bourgeoisie catalane lors de la Generalitat), elle s'est révélée incapable de la mener à son terme, de par ses hésitations et ses inconséquences (dues en particulier aux contradictions secondaires qui l'opposent aux classes populaires). La classe ouvrière de son côté n'a jamais assumé le rôle dirigeant dans une lutte de libération nationale et ne peut le faire pour plusieurs raisons ; non seulement elle ne constitue qu'une très petite minorité dans un grand nombre de nations, mais encore elle s'est déjà et partout scindée en deux classes (intellectuels et techniciens hauts‑salariés, bas‑salaries exécutants), et enfin l'expérience historique a partout démontré qu'elle ne se dégageait pleinement de la direction bourgeoise, n'acquérait une cohésion, une autonomie et une efficacité politiques à l'intérieur d'une nation qu'en se plaçant sous la direction d'une couche d'organisateurs politiques spécialisés, (que l'on peut appeler "révolutionnaires professionnels"). De même la classe petite‑bourgeoise (paysans, artisans, petits‑commerçants, professions libérales), au sein de laquelle la conscience nationale est souvent plus développée qu'ailleurs mais qui, en tant que classe, n'est pas liée à un mode de production constituant une solution d'avenir pour toute la société, n'atteint elle aussi son autonomie par rapport à la classe dominante, sa cohésion et son efficacité politique qu'en secrétant une couche de dirigeants politiques spécialisés. En dernière analyse, l'expérience historique montre qu'à notre époque les luttes de libération nationale, ou du moins celles qui réussissent, sont toujours dirigées par une nouvelle couche sociale (une classe en formation), celle des révolutionnaires professionnels, lesquels sont originaires des diverses classes traditionnelles (et non pas nécessairement d'une seule d'entre elles).
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L'économie capitaliste concurrentielle est parvenue à sa phase monopoliste impérialiste, et toute nation demeurant dans le cadre de cette économie est inévitablement colonisée par la nation capitaliste la plus puissante, c'est à dire l'ethnie anglo-saxonne. Pour toutes les autres nations, l'indépendance nationale a donc pour conséquence rigoureusement nécessaire une économie socialiste qui se caractérise principalement par : la nationalisation des grands moyens de production et de répartition, la planification impérative de l'économie, le monopole étatique du commerce extérieur. Au cours de la période de construction du socialisme, la fraction nationale du capitalisme est progressivement intégrée dans l'économie socialiste selon des voies non antagoniques ou peu antagoniques (exemple typique : la Chine), et la classe bureaucratique s'installe solidement comme classe dominante.
Loin de signifier la liquidation de la nation et de l'État national, le passage au socialisme constitue pour chaque nation une étape progressive et nécessaire, et comme l'a écrit Ceausescu « il équivaut à l'élévation de la nation à un état qualitatif supérieur ».
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Dire que l'instauration du socialisme s’identifie avec la prédominance de la nouvelle classe "bureaucratique", c'est dire que le socialisme est lui aussi une société de classes, une société où coexisteront pendant une longue période au moins trois classes : propriétaires privés (individuels, coopératifs et collectifs), exécutants bas-salariés, bureaucrates hauts-salariés. Selon un certain nombre de facteurs : situation internationale, développement économique, développement de l'instruction publique, ethnopsychologie, forces politiques organisées et leurs idéologies, etc., la domination sociale bureaucratique peut se traduire politiquement par une dictature ou une démocratie. À mesure que ces facteurs deviennent plus favorables dans chaque nation et dans le monde, la démocratisation du socialisme devient plus possible et plus nécessaire. La lutte de classes dans la société socialiste, qui selon les cas peut être violente ou non, est essentiellement la lutte pour la démocratisation du socialisme, c'est à dire principalement pour la gestion de l'économie par l'ensemble de la population, l'égalisation des salaires, la démocratie politique la plus totale. Cette démocratisation constituera la transition vers la société sans classes et sans États, le communisme ou anarchie.
Tous ceux qui "prennent leurs rêves pour des réalités" (c'est à dire qui prennent la voie la plus sure pour ne jamais réaliser leurs rêves), doivent s'apercevoir que le seul choix réel pour notre époque est entre le capitalisme impérialiste et un socialisme comportant un État national et une classe bureaucratique dirigeante. L'expérience contemporaine prouve surabondamment que les mystifications spontanéistes et opportunistes de gauche, le refus d'un parti structuré, de l'État national, et du socialisme à prédominance bureaucratique ont pour seul résultat concret la victoire du capitalisme impérialiste ou d'autres impérialismes.
Pendant toute la période socialiste, les causes mêmes de l'existence des classes (dont la principale, rappelons le, est la lutte de tous contre tous pour la répartition du travail et des biens) continuent d’exister et rendent inévitables la perpétuation (et le cas échéant la reformation) d'une classe dominante et donc d'un État. Ces mêmes causes rendent inévitable la perpétuation de tendances impérialistes à l'intérieur de chaque nation. L'État national continue d'être non seulement la résultante de la division de la société en classes, mais aussi la résultante des oppositions d'intérêts entre nations, et il conserve donc son rôle, irremplaçable à cette époque, de représentant et de défenseur des intérêts nationaux.
Pendant cette période, demeurent donc des nécessités politiques de première importance :
- le maintien de l'indépendance nationale ;
- un jeu de bascule "neutraliste" mené à l'échelle mondiale par chaque État national ;
- une lutte idéologique et politique menée à l'intérieur de chaque nation contre son propre impérialisme ;
- lorsque ce sera possible, des institutions mondiales d'arbitrage et de coopération, basées sur l'internationalisme scientifique, l'ethnisme.
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La phase supérieure de la démocratisation du socialisme, le passage au communisme (ou anarchie), sera celle où les problèmes psycho‑sexuels et les contradictions entre sexes et entre générations deviendront prioritaires, étroitement liés d'ailleurs à la suppression totale d'un État et d'une classe bureaucratique déjà affaiblis. Il est extrêmement probable que dans cette lointaine société communiste, les nations ethniques continueront d'exister, mais de façon non-antagonique, toutes tendances impérialistes ayant disparu.
La lutte pour le communisme supposera la réalisation de conditions techniques : suppression du travail en tant que nécessité par l'automatisation presque totale de la production, abondance des biens, fin de l'histoire économique de l'humanité ; et de conditions psychologiques : "psychanalyse" généralisée de la population (seule capable de faire disparaître sadisme et masochisme pathologiques acquis par tous actuellement).
Elle sera axée principalement sur :
- la suppression de la classe bureaucratique et de toutes classes ;
- la suppression de tout État ;
- la libération des femmes de la domination masculine ;
- la libéraient des adolescents et des enfants de la domination des adultes ;
- la liberté sexuelle totale (homosexualité comme hétérosexualité) ;
- les méthodes d'éducation totalement libertaires.
L'ensemble de ces problèmes ne pourront être pleinement résolus qu'à cette époque, mais de même que la lutte de libération nationale inclut une Iiquidation partielle du capitalisme, elle inclut aussi une libération partielle des femmes et des jeunes.
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Ce schéma très général n'est valable que très approximativement pour le monde entier. Il exige que soit étudiée et élaborée une voie nationale du progrès par les éléments conscients de chaque nation. Les voies sont nécessairement très différentes selon qu'il s'agit :
- de nations impérialistes (plus ou moins) ou non‑impérialistes (plus ou moins) ;
- de nations indépendantes (plus ou moins) ou dépendantes (plus ou moins) ;
- de nations unifiées, ou partiellement soumises à des États étrangers ou à des cliques "régionalistes" ;
- de nations déjà socialistes, ou encore capitalistes, ou partiellement féodales, ou principalement en état de "communisme primitif" ;
- de nations soumises à un impérialisme capitaliste ou à un impérialisme socialiste ;
- de nations économiquement développées ou sous‑développées ;
- de nations à haut ou à bas niveau d'instruction ;
- de nations à structure familiale patriste autoritaire ou matriste libertaire ;
- de nations à tradition politique démocratique ou non.
À chacune des 190 nations du monde d'élaborer sa propre voie nationale progressiste.
Seules dans l'immédiat ont une valeur politique progressiste impérative et universelle : l'indépendance et l'unité de chaque nation, la délimitation objective de chaque nation, la collaboration égalitaire et pacifique de toutes les nations. C'est inévitablement par là que passera tout le reste du progrès. Seuls ces trois points peuvent constituer le programme de base d' une internationale véritablement internationaliste, qui s'interdise toute ingérence dans les affaires intérieures de chaque nation et ne soit pas susceptible de se transformer en instrument de l'impérialisme d'une nation.
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Marx et les marxistes orthodoxes 4[4] ne partent pas d'une analyse d'ensemble du donné historique des différentes nations mais seulement d'un élément important de ce donné : l'analyse des classes et de leurs luttes. Encore faut‑il souligner que Marx n'a analysé ces contradictions que dans quelques pays occidentaux, qu'il écrivait presque uniquement pour les populations de ces pays, qu'à son époque l'histoire du reste du monde était presque inconnue, et qu'enfin le problème de l'impérialisme n'apparaissait pas alors de façon aussi évidente comme le problème prioritaire absolument à l'échelle mondiale. À tous points de vue, il n'en est plus de même actuellement, et en outre les problèmes de classes ont beaucoup évolué, ne serait‑ce que par l'apparition ou plutôt la réapparition de sociétés socialistes.
L'appréciation politique du rôle objectif joué par les marxistes orthodoxes exige une nette distinction entre quelques nations et le reste du monde. Dans ces quelques rares nations (nation anglo‑saxonne, nation russe, dans une certaine mesure quelques autres), la question de l'impérialisme est comme ailleurs la contradiction principale, mais ici en sens inverse qu'ailleurs : ces nations ne sont à aucun point de vue colonisées, et elles constituent les impérialismes dominants. La classe dominante, bourgeoisie ou bureaucratie, est ici entièrement nationale, mais on doit distinguer entre fractions impérialistes et fractions non‑impérialistes de ces classes. On ne peut négliger l'importance éventuelle des tendances "isolationnistes", pacifistes, dans la bourgeoisie anglo‑saxonne et dans la bureaucratie russe : ceci irait dans le sens d'une alliance des forces populaires avec ces fractions. Mais d'autre part on doit remarquer que l'ensemble du peuple de ces pays (et aussi ces fractions) profitent de la colonisation du reste du monde, et qu'il est toujours difficile de mobiliser les masses contre l'impérialisme de leur propre nation. Du moins, semble‑t‑il, cette mobilisation ne peut être suffisamment vaste et efficace que si les masses se battent simultanément et principalement pour leurs propres intérêts de classe, pour le renversement de la classe dirigeante.
Ainsi dans ces pays‑là, il est soutenable d'estimer que l'efficacité de la lutte anti‑impérialiste place au premier rang la lutte de classes (au sens traditionnel du terme). Il est probable que dans ces pays la lutte politique doive être axée sur le renversement du capitalisme et le passage au socialisme d'un côté, sur le renversement de la dictature bureaucratique et la démocratisation du socialisme de l'autre ; ceci, à la condition expresse que cette orientation soit explicitement liée à un programme radicalement anti‑impérialiste. Dans ces pays, où la classe des petits‑propriétaires soit, a presque disparu (à l'Ouest), soit est fortement intégrée à l'économie étatique (à l'Est), une ligne politique "marxiste" se situant entre un réformisme énergique et un trotskisme non sectaire, est sans doute plus réaliste pour l'essentiel qu'une ligne de soutien à une fraction bourgeoise d'un côté, de soutien à une fraction bureaucratique de l'autre. Ceci d'autant plus que ces fractions supposées progressives ne manifestent de volonté anti‑impérialiste que de façon fort superficielle et épisodique.
Il en est déjà tout différemment dans des pays à la fois nettement impérialistes et fortement colonisés, tels que la France, la Néerlande, l'lnde, l'Argentine, etc., qui sont dans une situation intermédiaire. L'alliance avec une fraction de la bourgeoisie a ici une base objective beaucoup plus large, son efficacité est beaucoup plus probable, et l'on voit bien mieux l'engrenage menant à l'indépendance puis au socialisme. Ceci tout au moins tant que la fraction nationale de la bourgeoisie conserve une certaine consistance.
Mais dans la grande majorité des nations du monde, la contradiction principale est la contradiction nationale, la contradiction entre d'une part l'impérialisme étranger et ses laquais indigènes, et d'autre part les classes et fractions de classes demeurées nationales. Dans ces nations, où il n'y a pas d'autre lutte progressiste que la lutte pour une réelle indépendance nationale contre l'impérialisme, les marxistes orthodoxes et les tendances indigènes qui les suivent, jouent toujours un rôle de diviseurs et d'agents d'un impérialisme, qu'ils en aient conscience ou non. Ils demeurent prisonniers de l'idéologie bourgeoise du XIXème siècle, adoptée a priori par Marx, Engels, Rosa Luxembourg, caractérisée par l'évolutionnisme unilinéaire et le cosmopolitisme. Convenablement maniées et baptisées "prolétariennes", ces mystifications peuvent servir et servent effectivement de justification à tous les impérialismes que l'on voudra. Alors que Lénine, tout en demeurant partiellement prisonnier des schémas cosmopolites, avait fait accomplir des pas décisifs à la pensée révolutionnaires en ce domaine et était parvenu fort près de l'internationalisme scientifique, de l'ethnisme, tous ces partis et groupes demeurent pré‑léninistes, ou même régressifs par rapport au léninisme. Régressifs aussi par rapport à certains aspects de la pensée de Trotski, se prononçant (tardivement) pour les indépendances ukrainienne, basque, catalane, pour un État noir indépendant en Amérique du nord, n'hésitant pas à écrire en 1937 « La topographie nationale deviendra une partie de l'économie planifiée : Voilà la grande perspective historique que j'entrevois », et se demandant à la fin de sa vie si le rôle révolutionnaire du prolétariat ne serait pas assumé, au moins partiellement et dans certains pays, par la petite‑bourgeoisie.
Cette dénonciation des marxistes‑orthodoxes est valable pour tous les groupements politiques en question, et il est aisé de le démontrer et de préciser les aspects spécifiques du colonialisme actif de tous ces groupements.
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Les sociaux‑démocrates se sont totalement identifiés à l'impérialisme capitaliste de leurs nations respectives, dont ils se sont voulus souvent les exécutants les plus efficaces. Les "socialistes" français ont participé à la première guerre d'Indochine, ont dirigé la guerre d'Algérie, ont monté l'expédition de Suez contre le premier État arabe indépendant, ont été les artisans décidés de l'Europe américaine et de l'atlantisme.
Les "travaillistes" anglais ont fabriqué un Pakistan artificiel et colonial lorsqu'ils ont dû accepter l'indépendance de l'Inde, ont tenté d'écraser le mouvement national hébreu en Palestine et ont armé et lancé contre l'État hébreu naissant leurs potentats fantoches arabes, ont mené un combat d'arrière‑garde dans leurs colonies d'Arabie du sud, etc..
Sont aussi des variantes social‑démocrates, l'"Action démocratique" valet de l'impérialisme pétrolier anglo‑saxon contre le peuple espagnol du Venezuela, et le "Parti Révolutionaire Institutionnel" qui maintient le Mexique sous l'empire économique yanqui en même temps qu'il assure la domination totale des nations amérindiennes de ce pays par la minorité espagnole.
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Les partis staliniens dans tous les pays soumis à un impérialisme capitaliste ont soutenu cet impérialisme soit ouvertement, soit par leur passivité, mais en liant et subordonnant cette attitude au soutien de l'impérialisme russe. Ainsi le P.C.F. a participé à l'envoi du corps expéditionnaire français en Indochine, a voté les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet pour intensifier la guerre d'Algérie, et a défendu jusqu'en 1960 le principe colonialiste d'une "véritable Union Française". Il a certes honnêtement lutté centre le Pacte Atlantique et le Marché Commun, mais il y avait là identité entre les intérêts français essentiels et les intérêts de l'impérialisme russe en lutte contre l'impérialisme américain. Il n'a pas hésité ensuite à soutenir la fraction américaine de la bourgeoisie française (F.G.D.S. et centristes) contre la fraction nationale de cette bourgeoisie (De Gaulle) : entre temps, Américains et Russes étaient passés de la guerre froide à la coexistence pacifique.
Les partis staliniens de Syrie et d'Iraq ont participé aux coups d'État et aux régimes pro‑occidentaux dirigés par les cliques locales anti-nationales (coup d'État séparatiste en Syrie, régime de Kassem en Iraq).
À Cuba, le parti stalinien faisait partie du gouvernement fantoche Batista et a condamné la révolution castriste presque jusqu'au triomphe de celle-ci ; il ne se rallia au dernier moment que pour tenter ensuite sans succès de faire de Cuba une colonie russe (clique Escalante).
Dans divers pays socialistes d'Europe orientale et bien sûr plus encore dans les nations colonisées de l'U.R.S.S., les partis staliniens (et néo-staliniens) sont de simples Gestapo au service des blindés russes : en Allemagne orientale, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Ukraine, etc..
Ont tenté sans succès de jouer le même rôle les "kominformistes" en Yougoslavie et le clan de Liou Shao‑chi en Chine.
Un cas particulier est celui du groupe de Dzodze en Albanie qui a agi au service de l'impérialisme serbo‑croate et fut liquidé comme tel.
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Les trotskistes dans leurs diverses tendances montrent comment le cosmopolitisme "prolétarien" dans toute sa pureté a pour contenu concret l'impérialisme des nations les plus évoluées économiquement. La lutte de libération nationale au Vietnam et en Algérie a dû passer par l'élimination physique des trotskistes (en Algérie le M.N.A. du groupe Lambert) qui ne trouvèrent une sauvegarde que dans la protection de la police française.
À Ceylan les trotskistes sont les agents actifs du colonialisme multiséculaire des Tamouls sur la nation cinghalaise : ils y ont ainsi perdu le seul parti de masse qu'ils aient jamais constitué.
En Bolivie, État où une poignée d'Espagnols dominent les nations amérindiennes, ils se sont solidarisés avec l'entreprise espagnole et totalement irréaliste de Guevara.
Enfin maintenant les trotskistes français semblent se spécialiser comme chantres du génocide de la nation hébreue (génocide ne voulant pas dire obligatoirement destruction physique). Ils prouvent ainsi qu'ils sont les dignes disciples du Juif antisémite Marx 5[5] et de Trotski écrasant militairement le jeune État ukrainien indépendant et socialisant.
Déjà au début du siècle, le luxembourgisme, qui développe à l'extrême les aspects négatifs du trotskisme, s'est opposé acharnement à l'indépendance de la Pologne, a donc laissé le monopole de la lutte de libération nationale d'abord, puis la direction du jeune État, à des forces socialement peu progressistes. Les conséquences de cet anti‑nationalisme ont été immenses puisque c'est précisément le caractère réactionnaire de l'État polonais qui a empêché toute liaison entre les révolutions russe et allemande après 1918.
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Tout ces partis et groupes démontrent clairement et simultanément leur option radicalement impérialiste sur une même question : l'impérialisme français sur les nations colonisées de l'hexagone, et les impérialismes italien, espagnol, anglais, etc. sur les autres nations colonisées d'Europe occidentale. Tous ces mouvements ont soit participé à la répression policière (sociaux‑démocrates) des mouvements nationaux, soit ont mené activement la lutte politique et la diffamation contre les mouvements nationaux (P.C.F. en Bretagne), soit maintiennent strictement la conspiration du silence (trotskistes de toutes tendances). Toutes ces bureaucraties et micro-bureaucraties concurrentes "ignorent" même la lutte armée et ouvertement socialiste des nationalistes basques de E.T.A. et n'ont jamais posé, même indirectement, la question nationale en "France" . Ce qui suffit à les caractériser 6[6].
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Un groupe trotskiste, l'alliance Marxiste-Révolutionnaire (pabliste) peut être considéré à part : il a soutenu totalement la lutte de libération algérienne, il préconise l'unité de la nation arabe, et il a élaboré pour l'Afrique noire des positions ethnistes‑internationalistes[7]7.
Mais il s'est jusqu'à présent abstenu, à notre connaissance, d'aborder la question nationale en Europe occidentale, et demeure donc, ici, colonialiste.
════ F ════
Les anarchistes ont été selon les pays des troupes de choc du colonialisme (Ukraine), des éléments variables dans les États français et espagnol, ou des promoteurs du mouvement national (Bulgarie). Actuellement les divers groupes anarchistes dans l'État français s'en tiennent à des positions cosmopolites et utopistes (en particulier le groupe littéraire, bourgeois, et "très parisien" dit "Internationale Situationniste"), mais il est apparu une "Fédération Anarchiste‑Communiste d'Occitanie". Le programme de celle ci rejoint pour une large part la lutte de libération nationale occitane, mais refuse un État occitan (faute duquel il ne peut y avoir d'indépendance dans le monde actuel).
════ G ════
Les groupes soi-disant "maoïstes" se révèlent toujours plus comme des agents inconditionnels de l’impérialisme chinois, au même titre que le P.C.Fl’. a été agent inconditionnel de l’impérialisme russe. Ces groupements "ignorent" les nations colonisées par la Chine (Wous, Mins, Yués, Mandchous, Turcs du Sinkiang, etc.), font leur les positions les plus néo-nazies de l'impérialisme arabe contre Israël (destruction de l'État national hébreu), soutiennent l'impérialisme particulièrement féroce de l'État pakistanais fasciste et pro‑américain contre la nation bengalie.
Dans l'État français, le groupe de "L'Humanité Rouge" a posé en termes excellents le problème des nations colonisées de l'hexagone, puis a "oublié" le problème. On peut se demander pourquoi ... .
Les tendances "mao-spontanéistes" veulent ignorer que pendant trente ans la lutte du P.C. chinois a été axée sur cette ligne : "union des quatre classes nationales pour l'indépendance nationale d'abord, pour la construction du socialisme ensuite", et que c'est seulement plus de dix ans après la conquête de l'indépendance et l'instauration du socialisme que Mao a lancé la révolution culturelle. Les "mao-spontex" préfèrent commencer par la fin !
════ H ════
Le P.S.U., qui a à son actif une attitude correcte pendant la guerre d'Algérie, et qui conserve une attitude indépendante et critique par rapport aux grands impérialismes, a été le premier parti français à s'intéresser aux problèmes dits "régionaux". Alors que tous les partis français ont maintenant un chapitre "régional" dans leur programme, le P.S.U. vient d'accomplir un pas en avant d'une grande importance : il s'est prononcé, fin janvier 1972, pour le "droit à l'indépendance" des nations colonisées de l'hexagone. Cette position léniniste, pour méritoire et progressive qu'elle soit, demeure fondamentalement opportuniste. Parler d'un "droit à l'indépendance" comme d'un "droit au divorce qui n'est pas l'obligation de divorcer" (Lénine), signifie que l'on continue de ne pas voir que l'impérialisme est un problème fondamental et non pas tactique, et que l'indépendance est une nécessité pour toutes les nations (et non seulement pour certaines), de la même manière que le socialisme est une nécessité et non un droit. Cela signifie que l'on demeure dans l'immédiat dans une optique démocratique‑bourgeoise, et que l'on continue de croire que demain le socialisme "pur" résoudra tous les problèmes ipso facto (alors que près de la moitié du monde doit faire face au problème des impérialistes socialistes).
La lutte pour l'indépendance et le socialisme occitan peut parfaitement être alliée à la lutte pour l'indépendance et le socialisme français, elle ne peut en aucun cas lui être subordonnée ou être incluse dans celle‑ci. Des intentions d'utilisation et de récupération pour des objectifs politiques français (parfaitement exprimés par Geismar à Toulouse : « Le mouvement occitan est partie intégrante de la révolution en France ») semblent bien être celles de la direction du P.S.U.. Ceci est particulièrement évident quand on sait que cette direction parisienne, organisant une "Conférence des minorités ethniques" à Narbonne, a soigneusement éliminé de celle-ci les mouvements jugés "irrécupérables", et n'a accepté la participation que des groupements qu'elle supposait, à tort ou à raison, plus disposés à jouer le rôle de domestiques. Les gouvernements colonialistes ont toujours prétendu choisir ainsi les "interlocuteurs valables", qui comme par hasard sont les moins "indépendantistes".
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Concluons. Un fait devient chaque jour plus évident en Euskadi‑sud. Le seul clivage politique décisif entre réactionnaires et progressistes est celui qui sépare les tenants déclarés ou camouflés de l'impérialisme étranger et les combattants de la lutte de libération nationale.
Que tous les progressistes sincères, quel que soit leur parti actuel, réalisent bien ceci : en Occitanie et dans les autres nations colonisées d'Europe occidentale, il en sera de même d'ici quelques années, même si l'on ne peut encore prévoir exactement quels seront les voies et moyens de chaque lutte de libération.
À chacun de choisir son camp.
NB : article à paraitre dans la revue Lo Lugarn N°158
[1] Nicolas Lahovary, "Le sang des peuples", Paris, 1954.
[2] Joseph Staline, "Le marxisme et la question nationale", Vienne, 1913.
[3] Mikel Dufrenne, "La personnalité de base", Paris, 1953.
[4] Nous entendons par marxistes orthodoxes tous ceux pour qui la question nationale et la lutte anti-impérialiste ne sont pas devenues le problème prioritaire, et ceci quelle que soit la tendance marxiste dont ils se réclament.
[5] Lire "La question juive" de cet auteur.
[6] Exception notable : avant 1940, le P.C.F. se prononçait courageusement pour le droit de séparation de l'Alsace‑Lorraine.
[7] Voir "Sous le drapeau du socialisme" n°12 (déc.64).
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