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occitan-touareg

La nation Araméene en Iraq

 

LA NATION ARAMEENE EN IRAQ

A LA VEILLE DU RECENSEMENT, DES EVEQUES PRENNENT LEURS RESPONSABILITES.

(Nous publions ici un article écrit par un de nos amis, qui a passé quelque temps en Aram et connaît bien le Moyen-Orient ; nous l'accompagnons de nos notes et remarques, rejetées à la fin de l'article en raison de leur poids - La Rédaction)

Les Chaldéens ont depuis toujours participé activement à la révolution nationaliste kurde de Mullah Mustapha : les exploits militaires de leurs héros sont célèbres, et les montagnards chrétiens ont supporté la guerre (bombardements au napalm, etc.) avec la même patience, la même ardeur patriotique que leurs frères kurdes dont ils ont partagé les souffrances et épousé la cause. Ils étaient représentés au bureau exécutif comme au Bureau Politique du Conseil Supérieur de la Révolution par Monseigneur Bidaro, qui, après six années de rebellion, se repose dans la petite ville de Zakho depuis l'armistice du 11 mars dernier, "en congé" comme il le dit lui-même, en attendant de reprendre une activité politique.
Mais, malgré cette fraternité vécue sous les bombes pendant la guerre, il était inévitable que la question de la nation chaldéenne se pose de façon cruciale une fois la paix revenue, comme me le faisait remarquer Viennot il y a déjà presque un an. En effet, les nationalistes kurdes ont toujours considéré les Chaldéens comme des "Kurdes chrétiens", leur reconnaissant malgré tout une certaine originalité culturelle, tandis qu'eux-même voulaient être reconnus comme une nation parlant sa propre langue, que je propose d'appeler araméen oriental moderne. Cette langue est appelée traditionnellement sureth : certaines personnes m'ont déclaré que ce terme était très mal choisi, provenant du fait que cette langue aurait été apportée par des missionnaires venus de Syrie, parlant le syriaque, tandis que d'autres le font dériver avec fierté du mot assyrien (depuis que certains missionnaires américains les ont baptisés ainsi à la fin du siècle dernier, les chrétiens d'Iraq se désignent volontiers sous le nom d'assyriens, assyro-chaldéens, etc.) ; cette controverse n'a pas beaucoup de fondements, car l'araméen était parlé dans cette région bien avant l'apparition du syriaque proprement dit, et les Chaldéens d'aujourd'hui ne sont pas plus particulièrement descendants des Assyriens que les populations qui les entourent (1). Du point de vue de la langue, la situation peut se résumer ainsi : d'une part le syriaque, araméen médiéval d'Edesse (l'actuelle Urfa), langue littérale (la production est maintenant stagnante !) et liturgique, utilisée par toutes les églises du Moyen-Orient (sauf les grecs et les arméniens) (2) ; d'autre part les différents dialectes qui forment la langue parlée moderne, sentie comme issue du syriaque, bien que tout au moins pour la partie orientale dont il est question ici ce soit historiquement faux (les Chaldéens n'échappent pas à cette attitude mentale si répandue qui fait considérer un patois comme issu de la langue littérale correspondante). Je dis "partie orientale" car il reste au Levant, en Syrie et au Liban, des traces d'un araméen occidental moderne (3) : les Jacobites au nord du Liban font d'intéressants efforts pour vivifier leur langue (4), mais je n'ai malheureusement aucune information sur ce sujet. Les Araméens orientaux sont de loin les plus nombreux : on les trouve de façon très homogène dans le Tur Abdin, région de Mardin et de Midyat (en Turquie), dans le Kurdistan syrien (Hassetché), le Kurdistan iraquien (nous en reparlerons) et le Kurdistan iranien (Rézayèh), sans compter les importantes communautés établies dans les grandes villes : Diyarbakr, Istanbul, Baghdad, Téhéran, et... Paris ! J'ai été très frappé de ce que l'emploi actuel de l'araméen est beaucoup plus étendu qu'on ne le dit généralement en Europe.
Kurdes chrétiens ? L'erreur peut sembler presque admissible : on ne les rencontre qu'au Kurdistan, ils portent le costume kurde, ils ont un mode de vie entièrement semblable à celui des Kurdes (leur situation est donc assez différente de celle des Arméniens avant le massacre de 1915 bien sûr), mais la langue est là, qui tranche de façon indiscutable. Toutefois, la coïncidence entre la religion et la langue n'est pas absolue : il existe des chrétiens qui parlent le kurmandji, mais, et c'est intéressant, de plus en plus ils abandonnent cette langue pour l'araméen, qu'ils parlent d'ailleurs "comme des Kurdes" en confondant masculin et féminin ; il est d'autre part incontestable qu'un certain nombre de musulmans parlent l'araméen, et que dans la plupart des villages mixtes, qui sont assez nombreux, les habitants s'expriment indifféremment dans une langue ou dans l'autre. Outre ces exceptions, il faut compter les juifs montagnards iraquiens, qui parlent aussi l'araméen (ce qui est assez naturel, puisque l'araméen était la langue des juifs depuis le IV° siècle avant J.C.) qui forment une communauté sans doute assez importante, mais sur laquelle je n'ai pas de renseignements. Il faut aussi comprendre que les Chaldéens se sentent araméens au milieu des Kurdes, mais aussi et surtout chrétiens au milieu des Musulmans : c'est par l'intermédiaire du prêtre, de la liturgie que s'est conservée la forme écrite de leur langue ; c'est au nom de l'Islam que certains d'entre eux ont été massacrés en même temps que les Arméniens (alors que ce massacre, organisé par le gouvernement ottoman, avait pour but d'éliminer une minorité nationale) ; chacun se sent membre même de sa propre église, suit les directives de son propre évêque, ce qui cause un certain nombre de réflexes qui déroutent les voyageurs venus d'Europe : par exemple, les chrétiens du Tur Abdin où domine presque totalement l'église syrienne ancienne, sont des occidentaux du point de vue de la calligraphie de l'alphabet et de la liturgie ; mais leur langue est sensiblement la même que celle des chrétiens de l'église chaldéenne en Iraq, qui eux ont un alphabet et une liturgie, et même une façon de prononcer le syriaque "orientale" ; si bien que les chrétiens du Tur Abdin sont plus orientés vers Damas que vers les chrétiens d'Iraq, pourtant plus proches d'eux, avec lesquels ils ont eu de difficiles démêlés historiques. Dans cette région, l'opposition entre le clergé catholique, bien nourri, instruit, rallié à Rome au XVI° siècle pour bénéficier du soutien moral (et financier !) du Vatican, et le clergé des églises anciennes, plus famélique, se voit à l'&brkbar;il nu. En Iraq, la grande majorité des chrétiens appartiennent à l'église chaldéenne catholique ; ce sont aussi ceux-là qui sont les plus attachés à leur originalité nationale ; et c'est de la décision de l'épiscopat de cette église chaldéenne catholique que je veux parler. Mais auparavant, je dois dire quelques mots sur la situation présente en Iraq.
L'armistice a été conclu le 11 mars dernier ; la situation militaire était alors très favorable aux Kurdes de la révolution, et en particulier les Kurdes pro-arabes (les "bourriquots") complètement éliminés ; quelques mois après cet accord, il semble qu'on puisse parler de paix véritable en Iraq, beaucoup moins précaire que lors des trèves précédentes ; les dirigeants arabes semblent maintenant disposés à reconnaître l'indiscutable originalité nationale des Kurdes, d'autant plus qu'ils accentuent leurs revendications sur des territoires peuplés d'arabes situés en dehors des pays arabes. Les Kurdes ont maintenant cinq ministres au gouvernement Iraquien et trois ambassadeurs ; on est toutefois dans une période d'attente : il n'y a plus ni journal ni radio kurde ; la promesse d'organiser une université kurde à Slémanyèh est bien peu de chose ; les Arabes demandent un délai de quatre ans pour accorder l'autonomie et organiser la fédération. La question qui se pose maintenant est celle du territoire kurde : les Kurdes revendiquent tout ce qui est au nord de Mossul et tout ce qui est à l'est du Tigre entre Mossul et Baghdad : les Arabes contestent les endroits suivants : Sinjar (à l'ouest de Mossul) et Shaikhan (au nord) peuplés de Yézidis, de langue kurde mais de religion non musulmane à proprement parler ; la plaine de Mossul dont il sera question par la suite ; Kirkuk, important centre pétrolier peuplé en effet de façon très variée, en particulier par un îlot turc, mais situé en plein territoire kurde ; enfin, au sud, la région de Khanaquin. Pour trancher, le gouvernement iraquien proposa d'organiser un référendum dans les régions contestées ; les Kurdes refusèrent bien sûr, si bien qu'on organise actuellement un, qui doit avoir lieu le 26 septembre prochain (5). Comme de toute façon la nationalité de chacun ne sera pas déterminée par une commission d'experts examinant quelle est la langue parlée mais au contraire par le sentiment personnel de l'intéressé, c'est en fait un référundum déguisé ; mais il est intéressant de noter qu'un pays comme l'Iraq ose faire ce qui est absolument impensable dans la plupart des pays du monde : quel est l'écolier de chez nous qui a eu une carte linguistique de l'hexagone entre les mains ?
Il y a une vingtaine de jours, l'épiscopat de l'église chaldéenne catholique a pris une importante décision : il demande à ses fidèles d'inscrire "nationalité chaldéenne" sur les feuilles de recensement. Il faut bien comprendre que si les évêques n'avaient pas pris cette décision, la plupart des chrétiens de Chaldée, quelle que soit leur conscience nationale, n'auraient pas osé se déclarer chaldéens ; en tout cas très peu l'on fait lors d'expériences précédentes du même genre. Il faut aussi comprendre que les différentes églises sont les seuls organismes qui ont une existence officielle : de ce point de vue la situation en Iraq est restée fort semblable à celle qui était de règle dans l'empire ottoman. Le mot "chaldéen" désigne actuellement une église, une confession, et cette décision n'engage même que les Chaldéens catholiques (largement majoritaires) : je l'emploie dans cet article - et c'est le sens que lui donnent tous les nationalistes progressistes d'Iraq - au sens d'"Araméen vivant en Chaldée" ; mais il est peu probable qu'avant longtemps un Araméen chrétien d'une autre confession, un Araméen juif et surtout un Araméen musulman puissent se déclarer chaldéens (6). Il n'y a pour l'instant aucun parti politique chaldéen, aucun homme politique qui puisse avoir quelque influence sur les Chaldéens. Pour la première fois de l'histoire, des évêques acceptent de prendre une responsabilité de remplacement (ils se défendent bien de faire de la politique), car si eux ne le faisaient pas personne ne le ferait ; leur rattachement plus particulier à leur langue, puisque le clergé est le seul à connaître une forme écrite de l'araméen, les poussent à ne pas laisser passer l'occasion que le recensement leur donne : permettre d'affirmer l'originalité culturelle d'un peuple qui ne s'est manifesté jusqu'à présent que comme un appendice du peuple kurde (7). Il faut bien dire que par le passé l'épiscopat n'a jamais été à la hauteur de son rôle de direction, et cela explique peut-être pourquoi, ce qui me semble peut-être exceptionnel en Orient, c'est parmi les catholiques que l'on trouve les tendances nationalistes les plus progressives et les plus constructives.
L'absence de toute formation politique n'empêche pas - paradoxe de l'Orient - l'existence d'un programme nationaliste chaldéen extrêmement avancé, dont je vais vous exposer les principaux points. Tout d'abord, les Chaldéens s'estiment en mesure de revendiquer un territoire exclusivement peuplé de Chaldéens : il s'agit du triangle de la plaine de Mossul, triangle compris entre le Tigre et le Grand Zab, zone revendiquée par les Arabes et par les Kurdes. L'existence d'un territoire aussi petit soit-il peuplé de façon homogène peut être extrêmement importante pour une nation, mais la plupart des Chaldéens se trouvent plus ou moins dispersés en pays kurde : j'ai appris à ce sujet qu'il y avait eu une espèce d'accord entre les Chaldéens et un ministre kurde, si bien que les Chaldéens vivant en plein Kurdistan inscriront sans doute 'Chaldéen kurdistani" ! (remarquons bien que c'est fort différent de "Chaldéen kurde", qui rappelerait fâcheusement les "Kurdes arabes" de Kassem). Le but à atteindre immédiatement est d'obtenir à l'occasion du recensement du 26 la reconnaissance de la nationalité chaldéenne du Triangle. Les revendications en ce qui concerne l'autonomie s'alignent sur celles des Kurdes : création d'un état fédéral en Iraq (en particulier, on s'abstient de soulever la question des Kurdes et des Araméens en dehors des frontières de l'Iraq), autonomie des finances locales dans une mesure à préciser, recrutement local des fonctionnaires et de la police ; mais par exemple le service militaire se fera au niveau de la fédération. Il est un peu prématuré d'examiner un programme social ; celui des révolutionnaires kurdes n'a pas dû avoir beaucoup d'effets du fait de la guerre ; les Chaldéens ne semblent pas bénéficier d'une situation particulière en Iraq, si ce n'est que la plupart des propriétaires sont musulmans ; mais en général le paysan iraquien n'est pas propriétaire ; quand il n'y a plus assez de superficie cultivable, il émigre vers les villes, mais c'est encore là un phénomène iraquien : la situation me semble donc fort différente de celle des chrétiens des autres pays du Moyen-Orient ; il faut dire toutefois que pendant la guerre, dans les zones non libérées, les mercenaires kurdes au service des Arabes pratiquèrent le féodalisme le plus abject qu'on ait jamais vu en Iraq et dont les Chrétiens firent particulièrement les frais. Les revendications culturelles sont par contre extrêmement nettes : une école dans chaque village, où l'on enseignera les trois langues : l'araméen, le kurde et l'arabe (la plupart des Chaldéens connaissent en effet ces trois langues) ; développer l'enseignement de la langue ancienne, le syriaque, et le faire sortir des séminaires pour l'université, mais uniquement dans les matières littéraires (en Iraq l'enseignement scientifique est donné en anglais) ; publier des revues, etc. On voit tout de suite apparaître une certaine ambiguïté : on ne sait plus très bien s'il faut promouvoir le syriaque ou donner une forme écrite à la langue moderne ; cela est dû d'une part à l'attachement du clergé à la littérature syriaque, d'autre part à l'influence de l'arabe : les gouvernements arabes les plus progressistes sont en général ceux qui propagent le plus farouchement l'arabe littéral, qui est la langue la plus mandarinale que je connaisse ! Il existe bien un programme d'épuration et d'unification de la langue : élimination des mots kurdes, arabes et turcs ; retour à des racines araméennes ; création d'un vocabulaire moderne (ce qui est très possible dans les langues sémites au moyen de la dérivation) ; incorporation dans la langue de mots de tous les dialectes, avec parfois des acceptions spécialisées, ce qui donnerait un vocabulaire assez riche ; le dialecte central à prendre comme base serait justement celui du Triangle ; il serait compris sans difficultés à l'ouest, dans le Tur Abdin, beaucoup plus difficilement en Iran (8). Je crains personnellement, bien que cette crainte soit un peu prématurée, qu'on ne cherche à doter le peuple chaldéen d'une langue un peu archaïsante, qu'on ne crée un phénomène de disglossie un peu semblable à celui de l'arabe alors qu'on peut l'éviter ; j'ai été en particulier frappé du fait que personne n'envisageait une réforme même minime de l'orthographe, déjà inadaptée à la langue médiévale : en syriaque, il y a des tas de lettres écrites surtout en finale, par exemple les terminaisons des féminins des verbes, qu'on ne prononce plus (il s'agit pourtant d'une orthographe bien moins démente que celle du français moderne). J'ajoute que les Chaldéens tiennent farouchement à la graphie orientale de l'alphabet syriaque, assez pénible à lire et la plus difficile à imprimer.
Combien sont ces chaldéens dont nous venons de parler un peu longuement ? Il est assez difficile de le dire : à titre d'indication, les Chaldéens catholiques s'évaluent eux-mêmes à 300 000 dont 250 000 en Iraq. Nous verrons bien si le très proche recensement confirme cette évaluation !

Bruno POIZAT
Paris, le 17 octobre 1970

NOTES

  1. Le mot "Syrie" est simplement le mot "Assyrie" adopté et adapté par les grecs et appliqué par eux à ce que nous appelons la Syrie. Les Araméens (des quatre églises) se dénomment eux-mêmes traditionnellement "Surayè" et appellent traditionnellement leur idiome "Sureth". Le terme Assyrien est très proche du terme indigène Surayè, mais date du XIX° ou du XX° siècle et (peut-être sur une initiative protestante) est depuis appliqué aux Nestoriens ; il a été adopté dans le monde anglo-saxon, en U.R.S.S. et dans la presse française, et il désigne parfois les seuls Nestoriens, parfois les Nestoriens et les Chaldéens, parfois même ceux qui se disent "Surayè".
    Enfin le terme chaldéen a une origine purement occidentale, plus précisément catholique, et c'est la hiérarchie catholique qui l'a diffusé auprès des autochtones afin de différencier ses fidèles de ceux demeurés nestoriens.
  2. Après leur conversion au christianisme, les Araméens occidentaux optèrent pour l'orthodoxie (avec le grec comme langue religieuse) : ce sont les Melkites, dont une fraction se rallia au catholicisme au XVIII° siècle (Melkites catholiques, église Saint Julien le Pauvre à Paris) ; un petit groupe d'Araméens orientaux, les Maronites, n'acceptèrent pas l'orthodoxie, adoptèrent l'hérésie monothélite puis, à partir des croisades, se rallièrent au catholicisme ; cependant, les Maronites avaient adopté et ont conservé comme langue religieuse le syriaque-édessénien qui est un dialecte araméen oriental. Les Araméens orientaux adoptèrent le christianisme mais refusèrent l'orthodoxie. Ceux qui étaient dans l'empire byzantin créèrent l'église Syrienne-Jacobite qui se rattache à l'hérésie monophysite ; au XVIII° siècle, une fraction de l'église Syrienne se rallia au catholicisme : c'est l'église Syrienne-Catholique, principalement formée par des émigrés au Liban et en Syrie occidentale. Ceux des Araméens orientaux qui étaient dans l'empire persan créèrent l'église Nestorienne ; à partir du XVI° siècle, une fraction des Nestoriens se rattacha au catholicisme : c'est l'église appelée depuis Chaldéenne. Le dialecte syriaque-édessénien fut une grande langue littéraire, et demeure la langue religieuse de ces quatre églises (Syrienne-Jacobite, Syrienne-Catholique, Nestorienne, Chaldéenne-Catholique). Mais les Syriens (Jacobites et Catholiques) adoptent une écriture et une prononciation différentes de l'écriture et de la prononciation adoptées par les Nestoriens et Chaldéens : la première variant est souvent appelée "syriaque occidental", la seconde "syriaque oriental" ou "chaldaïque". Il faut éviter soigneusement de confondre "araméen occidental" avec "syriaque occidental" : le syriaque occidental est la variante occidentale de l'araméen oriental, et les Jacobites du Liban sont des Araméens orientaux émigrés à l'ouest. La partie sud du domaine araméen oriental adopta massivement l'Islam et la langue arabe ; seuls subsistent les Mandéens (qui se nomment eux-mêmes Nasorayè : disciples de Jean-Baptiste non ralliés au christianisme), qui étaient 5 500 en Iraq en 1937 et parlent toujours leur dialecte archaïque.
  3. Avant l'ère chrétienne, la langue araméenne se subdivise en deux domaines, araméen oriental et araméen occidental, séparés par le désert de Syrie et le cours supérieur de l'Euphrate. Les Araméens occidentaux : parmi les dialectes attestés (et disparus) : le nabatéen, le palmyrénien, le palestinien ; au XVIII° siècle les derniers villages libanais parlant araméen occidental passèrent à l'arabe ; il subsiste encore aujourd'hui 3 villages parlant araméen occidental (en Syrie au nord de Damas) : 2 villages musulmans, 1 village chrétien sans doute Melkite (Mallula). Les Araméens orientaux : parmi les dialectes connus : le harranien (disparu), le syriaque-édessénien, le babylonien (documents talmudiques, mandéens).
  4. Une seule question de fond reste non résolue : y avait-il une ou deux nations (une ou deux langues) araméennes. Mais la question est probablement résolue en pratique : les Araméens occidentaux sont définitivement arabisés, et il ne reste aux habitants des trois villages subsistants qu'à choisir entre l'Arabie et l'Aram (oriental).
  5. Ce recensement a été "reporté à une date ultérieure" non précisée...
  6. Les Chaldéens, moins massacrés que les Nestoriens et ayant moins émigré (voir note suivante) sont très majoritaires dans le pays même ; il est très important que le hiérarchie catholique fasse preuve de conscience nationale. Mais il est indispensable que le mouvement national à organiser s'adresse à tous les Araméens (en Iraq et dans le monde), quelle que soit leur confession, et qu'il ne puisse apparaître en aucun cas comme une machination de l'église. En particulier un nom adéquat est nécessaire. "Assyriens" et "Chaldéens" sont à la fois inexacts et très inopportuns ; "Surayè" est malheureusement impossible à cause de la confusion avec les Syriens-Arabes ; donc "Araméens" s'impose. S'il n'est pas admissible d'appeler Assyriens des gens qui s'appellent eux-mêmes Surayè, qui vivent dans le pays jadis nommé Assyrie et qui sont connus dans le monde comme Assyriens, il est parfaitement ridicule de les appeler Chaldéens, terme qui n'a pour lui que d'être vaticanesque.
  7. Ce sont les Nestoriens qui ont été les combattants nationalistes les plus convaincus : sous la direction de l'un des leurs, le général Agha-Pétros, ils ont tenté de faire un état indépendant après 1918, mais ne furent pas soutenus par le patriarche nestorien : les Nestoriens, demeurés pratiquement indépendants dans leurs montagnes, furent finalement plus largement massacrés que les autres et la grande majorité d'entre eux ont émigré aux U.S.A. et en U.R.S.S. également en Iran, quelques milliers à Toulouse et Paris ; ils constituent des associatins nationalistes assez actives aux U.S.A. et en Iran ; M. Pétros-Ellof, fils du général Agha-Pétros, a créé une association semblable en France ces dernières années, mais nous ignorons ce que devient cet organisme depuis sa mort.
  8. Le dialecte de Mossul est effectivement central d'un point de vue géographique, entre le torani au nord-ouest, l'ourmien au nord-est et le mandéen au sud ; nous ignorons ses caractéristiques linguistiques.
  9. Cette future langue unifiée devrait adopter les deux alphabets, oriental et occidental, comme l'a fait le serbocroate.

La délimitation que nous faisons des ethnies n'est pas purement descriptive de l'état actuel des langues indigènes ; elle est aussi normative, en celà qu'elle prévoit les revendications et les mouvements que nous devrons soutenir (critères sur les assimilations récentes, etc.).


J'ajoute aujourd'hui (le 17 avril 2007) à cette rubrique un document reçu de Jean-Louis Veyrac contenant la correspondance de François Fontan et Dimitri Petros-Ellof autour de l'Assyrie et de la nation araméenne.


CORRESPONDANCE
DIMITRI PETROS-ELLOF / FRANÇOIS FONTAN


Mi-avril 1965 [Extrait d’une lettre manuscrite de Guy Héraud [1] à François Fontan [2] , non datée]
[...]
- J’ai rencontré un assyro-chaldéen (M. Petros) qui veut ressusciter un Etat araméen et constituer une association internationale des minorités.
Il y a à St Jory (près de Toulouse) toute une colonie araméenne, prête à marcher.
[...]



22 avril 1965 [Lettre dactylographiée de D. Petros-Elloff à F. Fontan]
D. Petros-Elloff
BP 128
Toulouse
FranceMr François Fontan
c/o Dottore Gustavo Buratti
[adresse]
Italie

Cher Monsieur,
Je suis redevable de votre adresse à Mr le Professeur Guy Héraud, dont j’ai eu récemment le plaisir de faire la connaissance à Pau.
Je suis d’origine assyro-chaldéenne et m’intéresse à titre personnel de mes compatriotes actuellement à la dérive dans le Proche-Orient ou bien dispersés dans le monde. Je serais très heureux d’avoir des relations avec votre association et vous serais obligé de bien vouloir me faire parvenir un exemplaire de votre opuscule intitulé “Ethnisme”, ainsi qu’une documentation sur l’Association pour la défense des langues menacées.
Je vous prie de me considérer à votre disposition pour tous renseignements qui pourraient vous intéresser, concernant la question assyro-chaldéenne.
Dans l’attente du plaisir de vous lire, je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.
D. Petros-Elloff


3 mai 1965 [Brouillon manuscrit de Fontan portant la mention NE 14]
Mr D. Petros-Elloff
BP 128
Toulouse
France
Frayse [3] , 3 mai 65
Cher Mr,
C’est avec beaucoup de joie que j’ai lu votre lettre, d’ailleurs annoncée par un mot de Mr Héraud. Comme vous pourrez le lire dans mon étude “Eth[nisme]. Vers un nat[ionalisme]. hum[aniste].” que je vous adresse par le même courrier, notre mouvement préconise l’indépendance et l’unité de chaque nation-ethnie, et la collaboration égalitaire entre les environ 180 ethnies du monde.
Nous ne pouvons cependant nous empêcher d’avoir une sympathie plus grande pour certaines d’entre elles. Tel est le cas pour les Araméens, si remarquables par leur ancienneté, leur culture, leur diversité et aussi, leurs malheurs.
A notre avis et dans l’état actuel de mes connaissances, doivent être considérés comme d’ethnie araméenne, les membres des 6 communautés religieuses : a) les Nestoriens, b) les ex-nestoriens catholiques de rite “chaldéen”, c) les Jacobites, d) les ex-jacobites catholiques de rite “syriaque”, e) les Mandéens ou “chrétiens de St Jean”, f) quelques villages musulmans à 35 km au nord de Damas, auxquels il faudrait joindre quelques villages chrétiens et musulmans de Syrie et du Liban arabisés depuis peu de siècles.
Il est juste de reconnaître à votre nation un territoire (indiqué sur la carte à la fin de mon livre [4] ) où seraient concentrés tous ses ressortissants.
Il me semble que votre nation, surtout dans la situation particulièrement tragique où elle se trouve, a intérêt à : 1°) soutenir la volonté d’indépendance et d’unité de la nation pan-arabe; 2°) soutenir la volonté d’indépendance et d’unité de la nation kurde; 3°) approuver partout dans le monde, la politique nationaliste neutraliste; 4°) se baser sur ces principes pour réclamer sa propre indépendance; 5°) réaliser la collaboration et l’unité politique des communautés religieuses qui la composent; 6°) former un parti ou une association pour la réalisation de ces buts.
Puisque vous me proposez si aimablement de me donner des informations sur votre peuple, je me permettrai de vous demander : a) quel est le nombre approximatif des différentes communautés araméennes dans les principaux états où ils se trouvent actuellement, b) quelles sont les tendances et organisations politiques qui y ont existé récemment et qui existent encore, c) quelles sont les attitudes des panarabistes et des nationalistes kurdes à votre égard.
Notre Parti est pour le moment, un très petit mouvement, haï et diffamé par tous les partis français, et je ne vois hélas ! pas trop comment nous pourrions vous aider sur le plan pratique. Je suis cependant à votre disposition si vous voyez quelque possibilité à ce sujet.
Je vous signale que, ayant été sollicité par les étudiants nationalistes kurdes de Paris, je leur ai répondu favorablement, sous réserves qu’ils reconnaissent les droits nationaux des Arméniens et des Araméens; ils ne m’ont jamais répondu...
Voici l’adresse du fondateur et secrétaire général de l’Association pour la défense des langues et cultures menacées; il s’agit d’un Occitan d’origine, solidaire de notre Parti, le professeur Pierre Naërt, [adresse], Turku, Finlande; il sera certainement heureux de vous rencontrer l’été prochain.
Je serais évidemment très désireux de connaître votre opinion sur la doctrine et le programme exposés dans mon livre, et me tiens à votre entière disposition pour toutes discussions et précisions.
Dans l’espoir de pouvoir moi-même m’entretenir avec vous lors d’un prochain voyage dans la région toulousaine, dont je suis d’ailleurs originaire, je vous prie de recevoir, cher Monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments inter-nationalistes.
François FONTAN


12 mai 1965 [Lettre dactylographiée de Petros-Elloff à Fontan]
D. PETROS-ELLOFF
B. P. 128 - TOULOUSE
Toulouse le 12 Mai 1965
Mr François Fontan
c/o Dottore Gustavo Buratti
[adresse]
Italie
Cher Monsieur,
Je vous remercie pour votre aimable lettre du 3 mai ainsi que pour l’envoi de votre livre que vous avez bien voulu dédicacer.
Etant très pris par mes occupations professionnelles, je vous écrirais plus longuement dès que nous entrerons dans la période des vacances.
Votre documentation sur les araméens m’a agréablement surpris, car nous sommes une minorité qui est vraiment peu connue, du fait même qu’il n’existe pas de liaison entre nos différentes communautés.
Vos suggestions reflètent exactement ma propre position.
J’écris par ce même courrier à Mr Pierre Naërt avec lequel j’aurais probablement des relations plus suivies lorsque j’aurai réussi à créer une Association qui centralisera les efforts de ceux de mes compatriotes dispersés qui travaillent actuellement dans des conditions anarchiques. Je pense que d’ici la fin de cette année 1965, cette Association sera mise sur pied.
Dans l’espoir du plaisir de faire plus ample connaisance, je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.
D. Petros-Elloff
Toulouse le 22 Avril 1965


26 mai 1965 [Extrait d’une lettre manuscrite de G. Héraud à Fontan]
[...]
Voici quelques nouvelles à mon propre retour :
1) Une lettre de l’Araméen Pétros qui me félicite de l’avoir mis en contact avec vous. Il faut le chauffer. Il est bouillant de nationalisme et s’estime, en tant que fils d’un général célèbre, le mieux à même à faire l’unité sur sa personne. Il veut rassembler tous les Araméens en exil et les insérer aussi dans le combat internationaliste des nationalismes.
[...]


18 août 1965 [Lettre dactylographiée de Petros-Elloff à Fontan]
D. PETROS-ELLOFF
B. P. 128 - TOULOUSE
Toulouse le 18 août 1965
Mr François Fontan
c/o Dottore Gustavo Buratti
[adresse]
Italie
Cher Monsieur,
Avant toute chose, je vous prie encore une fois de bien vouloir excuser mon retard à répondre à votre très aimable lettre du 3 mai écoulé.
La lecture de votre livre m’a fortement passionné. Vous préconisez l’indépendance et l’unité de chaque nation-ethnie. Mon sentiment est que vous vous trouvez à l’avant-garde d’un mouvement qui ira en s’amplifiant et dont l’aboutissement logique conduira à l’émancipation, l’autonomie ou l’indépendance de peuples qui sont unis par un lien indissoluble : la langue commune parlée depuis les origines les plus lointaines dans des territoires qui leur appartiennent.
Il est certain que, dans bien des cas, la route parsemée d’embûches sera très longue. Il n’en est pas moins certain que l’on ne peut rien réussir sans entreprendre. L’histoire nous en donne des exemples chaque jour.
Je ne crois pas décevoir votre courage et votre persévérance en vous disant que dans votre cas particulier de créateur du Parti Nationaliste Occitan, les déceptions doivent être nombreuses, puisque vous êtes haï et diffamé et plus encore méconnu de ceux-là même auxquels vous portez intérêt avec tant de mérite.
Je souhaite à votre mouvement une plus grande audience.
Je souhaite ou plutôt, suggère, la création d’une Ligue qui réunirait les ethnies en voie de revendications, car c’est de l’union, de l’échange de vues, de la solidarité, que des mouvements naissants iront en s’affermissant et pourront bénéficier, de plus, de l’appui des nations ethnies ayant déjà obtenu satisfaction.
Pour ce qui me concerne, je ne représente aucune Association ou Organisation. Mes différents projets ne sont pour le moment, que des projets que je désirerais voir prendre prendre forme, car il semble bien que c’est au stade de notre génération que se joue la sauvegarde et même la survie de la nation à laquelle j’appartiens. Ce qui m’encourage à tenter, ce sont les nombreuses preuves d’attachement et de confiance au nom de ma famille que je reçois des quatre coins du monde de la part de compatriotes, comme moi isolés et désemparés.
Les notes [5] que vous trouverez ci-jointes, ont été rédigées à l’intention de Mr le général Rondot, Directeur du C. H. E. A. M. [6] , pour servir à une série d’émissions qui seront diffusées sur la chaîne France Culture de la R. T. F. [7] .
Ces notes vous donneront une faible idée des malheurs et des incertitudes de notre nation. Je ne vous les adresse pas pour vous documenter mais simplement parce que je les ai sous la main. Elles ne sont entièrement claires que pour leur destinataire, qui est un spécialiste des Chrétiens d’Orient [8] . Pour le cas où vous désireriez quelques renseignements de détail, veuillez bien me faire connaître les points qui vous intéressent davantage.
Vous remarquerez que je n’emploie pas le terme araméen, mais assyrien. En réalité, l’un et l’autre se confondent, l’araméen étant actuellement parlé sous sa forme orientale, le néo-syriaque, par les seuls assyriens, à l’exclusion des quelques villages de Syrie ou du Liban que vous citez, ainsi que par les Mandéens ou Sabéens, qui parlent aussi un araméen très ancien.
J’approuve les termes de vos remarques :
I - Soutenir la volonté d’indépendance et d’unité de la nation pan-arabe. C’est la logique même et l’on ne peut que souhaiter aux autres, ce que l’on estime conforme pour soi-même.
De ce point de vue, je trouve aberrant que des peuples nouvellement émancipés, ne soient pas les représentants les plus farouches des peuples qui revendiquent justement à leur tour.
II - Soutenir la volonté d’indépendance et d’unité de la nation kurde, d’autant plus que nos propres revendications y sont imbriquées.
III et IV - Il me semble que c’est la logique même.
V et VI - Ce sont là les projets que j’ai entrepris de réaliser.
Pour ce qui est des renseignements que vous me demandez, je ne puis vous donner que des chiffres approximatifs sur le nombre des assyriens et qu’une opinion par intuition en réponse à vos questions :
a - Nombre d’assyriens [9] -

Irak {Chaldéens 110.000
  {Assyriens (Nestoriens) 35.000
  {Assyriens (Jacobites [10]) 25.000
  {Divers 30.000
Iran ....................................... 70.000
URSS ....................................... 100.000
USA ....................................... 100.000
France ....................................... 4.000
Divers ....................................... 10.000

En dehors de l’Irak et de l’Iran, où les communautés sont intactes, les chiffres sont assez incertains, car il y a lieu de distinguer les assyriens qui continuent à se considérer comme tels, des assyriens qui sont déjà perdus, faute notamment d’Associations qui les conservent dans leur sein.
Je signale pourtant à votre attention, la prospérité actuelle de l’Association américaine : Assyrian American Federation, qui édite une très sympathique revue bilingue, “Assyrian Star”. Cette Association semble aller de l’avant, grâce au dévouement d’une poignée de mes compatriotes et aussi grâce à des appuis financiers qui doivent provenir de la riche colonie assyrienne établie aux U. S. A.
Les efforts de cette Association, qui semble pour le moment a-politique et seulement tournée vers l’union dans l’ethnie, doivent être encouragés en raison du bon esprit qui l’anime, notamment en ne faisant pas de différences entre les différentes et déplorables appellations qui nous désignent, cause trop fréquente de confusions dans les esprits.
Il est probable, mais je ne puis rien affirmer, que mes compatriotes qui résident en U. R. S. S., doivent aussi avoir des moyens de contact. Je pense particulièrement à ceux d’entre eux qui vivent en groupes compacts à Erivan, Tiflis, etc, etc.
b - Je ne crois pas qu’il existe actuellement de mouvements à proprement dit politiques. Les assyriens ont longtemps été partagés entre partisans du Patriarche héréditaire de l’Eglise Nestorienne et du général Agha Petros, décédé en 1932. Depuis lors, les assyriens se sont trouvés à la dérive, ceux qui se trouvent à l’étranger étant indifférents, ceux qui se trouvent dans le Proche-Orient, dans l’incapacité de se manifester. Je dois souligner, à regret, la carence de notre Patriarche actuel, qui a choisi comme lieu de résidence, la Californie américaine.
Actuellement, un engouement se déclare à la mémoire du général Agha Petros, car les événements ont malheureusement démontré que le sort de la nation ne serait pas ce qu’il est, s’il avait été suivi aussitôt après la guerre de 1914.
c - Je n’ai pas de contacts, donc d’opinion, sur l’attitude des panarabistes à notre égard. Les nationalistes kurdes nous témoignent de la sympathie, quoique nous considérant seulement comme des kurdes christianisés, alors que nous prétendons que les kurdes du nord de l’Irak sont en grande partie d’anciens assyriens islamisés.
Pour ma part, je suis partisan convaincu d’un rapprochement sincère à la fois avec les uns et les autres. Sincérité qui devrait nous être également profitable.
Je regrette de ne pouvoir vous informer qu’imparfaitement, mais serai heureux de savoir que je puis vous être utile en quelque chose. Pour le cas où vous viendriez en France, soyez assez aimable de m’en informer quelques jours à l’avance, car je m’absente très souvent de Toulouse.
J’avais écrit à Mr le professeur Pierre Naërt pour lui demander quelques renseignements sur l’Association dont il est le fondateur. Je n’ai pas reçu de réponse et suppose qu’il n’a pas reçu ma lettre ou bien, sa lettre en retour s’est-elle égarée ?
Dans l’attente du plaisir de vous lire à nouveau, ou mieux encore de vous rencontrer, je vous prie, cher Monsieur, d’agréer l’assurance de ma sympathie et de mes meilleurs sentiments.
D. Petros Elloff


25 octobre 1965 [Extrait du brouillon manuscrit d’une lettre de Fontan à Jean-Pierre Viennot [11] , secrétaire du C. S. R. K.[12] ]
[...]
4° - Il nous semble très utile que vous puissiez obtenir le soutien des peuples opprimés voisins de la nation kurde, c’est à dire des Arméniens et des Araméens. Une réconciliation officielle entre les Kurdes et ces deux nationalités voisines semble d’autant plus nécessaire que certaines tribus kurdes furent utilisées contre elles dans le passé par les impérialismes turc et arabe, et que la nation kurde est en conséquence souvent victime d’un préjugé hostile et immérité dans les milieux occidentaux informés. Il vous appartient d’entrer en contact avec des organismes arméniens dont “Le Monde” a récemment signalé l’existence. Nous sommes de notre côté en rapport avec des personnalités qui réorganisent le mouvement national araméen (assyro-chaldéen) et qui sont entiérement d’accord pour soutenir le mouvement national pan-arabe et le mouvement national kurde. Nous aimerions savoir quelle position adopte le Mouvement kurde vis-à-vis des Arméniens et des Araméens, et nous serons heureux, en temps utile, de vous mettre en rapport avec les responsables du mouvement araméen.
[...]


24 novembre 1965 [Brouillon manuscrit d’une lettre de Fontan à Petros-Elloff, portant la mention NE 75]
Mr Petros-Elloff
B. P. 128
Toulouse Hte Garonne
Frayse 24 novembre 65
Cher Monsieur,
Je vous remercie vivement de votre lettre du 18 août et des intéressants documents qui y étaient joints. Je dois à mon tour m’excuser de mon très long retard à vous répondre; il est dû tout à la fois à l’abondance du courrier auquel je dois répondre, et [à] mon intention de vous rencontrer cet été à Toulouse et qui s’est malheureusement révélée irréalisable.
Votre lettre a constitué pour moi la plus heureuse des surprises, car il faut avouer que, même parmi les mouvements et personnalités ethnistes, il est rare que nous rencontrions une vue si claire des problèmes et un si total accord sur les solutions et l’orientation que nous proposons. Trop de groupements se perdent dans des positions confuses et contradictoires sur les points les plus divers, et c’est précisément cela qui rend si difficile la constitution de cette “Internationale des nationalismes”. Celle-ci ne peut exister que sur des bases solides permettant de définir objectivement les nations et leurs frontières, et cela est dans beaucoup de cas bien difficile à faire admettre. Les tendances impérialistes existent hélas ! aussi dans les nations opprimées. J’ai vu sur une carte des revendications kurdes en 1945, un Kurdistan recouvrant un immense territoire triangulaire, de Batoum à Abadan et à Alexandrette [13] ! Et les Bretons veulent absolument intégrer dans la Bretagne tout le territoire de l’ancien duché, c’est à dire les régions de Nantes, Rennes, St-Malo qui à aucune époque de l’histoire n’ont parlé breton.
Le développement du nationalisme occitan est, ainsi que vous l’écrivez, une tâche bien difficile. Nous venons cependant d’enregistrer quelques progrès : nous avons un jeune responsable à Toulouse (P. B. [adresse]). Des compte-rendus favorables de mon livre ont été publiés dans “L’Europe en formation”, “Europa Ethnica”, “La Voix d’Alsace-Lorraine”. Ici même en Occitanie “italienne”, une liste se présente aux élections municipales avec le drapeau national comme emblème et “autonomie” comme devise. Un livre important vient de paraître aux éditions Robert Laffont : “La France des minorités” de Paul Sérant, où 10 pages sont consacrées au P.N.O. et où mon livre est cité très favorablement.
Enfin, nous avons obtenu l’appui des représentants à Paris du Mouvement kurde pour les mouvements nationalistes d’Occident et singulièrement pour le P.N.O., ce qui est très important pour nous. Je n’ai pas manqué de leur poser tout de suite la question de leur attitude vis-à-vis des Arméniens et des Araméens; ils ont promis de me donner une réponse précise, que je ne manquerai pas de vous communiquer. Soyez certain que dans d’éventuelles discussions avec les Kurdes, je défendrai avec une totale intransigeance les droits à l’indépendance de votre nation.
Je souhaite très chaleureusement que vous parveniez à créer une organisation politique araméenne; je le souhaite d’autant plus vivement que, comme vous me l’écrivez, c’est l’existence même de votre nation qui se jouera dans les décennies [14] à venir, et que d’autre part, vous êtes certainement la personnalité ayant le plus de chances de rassembler vos compatriotes.
J’ai été heureusement surpris par le nombre global d’Araméens que vous m’indiquez : plus de 500 . 000, et j’ai aussi été étonné de leur répartition géographique; il faut supposer que les “Syriens” (jacobites et catholiques) ont quitté massivement la Syrie depuis une cinquantaine d’années; je me demande aussi ce que sont devenus les patriarches jacobite, syrien-catholique et chaldéen, et s’ils ont suivi l’assez pénible exemple du patriarche nestorien.
Il n’y aurait qu’un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec vous, au moins dans l’état actuel de mes informations. C’est le terme d’assyrien que vous adoptez au lieu de celui d’araméen pour désigner l’ensemble de l’ethnie, et le peu d’importance que vous semblez accorder aux autres fractions de l’ethnie. Je ne conteste pas que les Assyriens aient conservé à la fois une conscience nationale et l’usage de la langue beaucoup plus que les autres fractions. Mais même si l’on considère comme négligeables les quelques villages maronites et musulmans où la langue s’est conservée, et aussi les Mandéens en raison de leur très petit nombre, on ne peut me semble-t-il, agir de même avec les Chaldéens, les Jacobites et les Syriens-catholiques. Le maximum me paraît devoir être tenté pour réaliser l’adoption par les diverses populations d’une conscience politique, en même temps que le retour de tous à la langue commune; même cela exige de ménager les susceptibilités et en particulier, de ne pas adopter pour l’ensemble le nom d’une des fractions.
Il est possible que je sois de passage à Toulouse au cours des vacances de fin d’année; dans ce cas, je ne manquerai pas de vous avertir à l’avance, et j’espère avoir ainsi le plaisir de vous rencontrer.
Veuillez agréer, cher Mr, l’assurance de mes meilleurs sentiments et de notre plus totale solidarité inter-nationaliste.
F.F.
P.S. Je n’ai moi non plus, pas reçu de réponse de Mr Naërt depuis longtemps.
D’autre part, vous savez sans doute qu’il existe à Paris des Syriens jacobites et catholiques possédant chacun leur église.


7 janvier 1966 [Extrait de “Notes de documentation” manuscrites accompagnant une lettre de Jean-Pierre Viennot à F. Fontan]
[...]
Relations kurdo-assyriennes (voir mon étude pages 38-39)
Il me semble inutile d’établir une différence entre “Assyriens “ et “Chaldéens”. On réserve le nom de “Chaldéens” aux Assyriens uniates, c’est à dire ceux qui se sont rattachés à Rome en 1552, sans avoir à abandonner le rite chaldéen (de langue liturgique araméenne) qui leur reste commun avec les Nestoriens. La différence entre Assyriens et Chaldéens est donc d’ordre religieux, non ethnique ou racial ; pourquoi dans ce cas une différence de termes qui laisse croire qu’il y a une “ethnie chaldéenne” différente de l’ethnie assyrienne ? L’expression Assyriens est plus courante qu’Araméens. (Voir “L’Irak d’aujourd’hui”, B. Vernier, Armand Colin, [19]63 : La population irakienne, pp 59 / 95).
“Les Chrétiens d’Orient”, Pierre Rondot, Cahiers de l’Afrique et de l’Asie : Les Assyriens, pp 152 / 170) Il n’est pas prouvé que les Assyriens descendent des Assyriens de l’antiquité (ils le croient); l’ethnie assyrienne est proche de l’ethnie kurde, au point de vue racial et sociologique, mais ne se confond pas avec elle. Des Assyriens se disent “Kurdes”. Au sud du lac de Van, au Hakkiari, avant leur exode en Irak, des Assyriens vivaient en symbiose avec les Kurdes.
Aujourd’hui, les relations kurdo-assyriennes sont excellentes (il y a 2 prêtres assyriens dans le Conseil du Commandement de la Révolution kurde, présidé par Barzani). Les Assyriens font bloc avec les Kurdes contre l’ennemi commun. Le problème assyrien se posera lorsque le Kurdistan sera indépendant. Il me semble qu’une forme d’autonomie assyrienne (zone ou région autonome) serait possible au sein de l’Etat kurde indépendant. Dans le cadre de l’autonomie kurde, le P. D. K. [15] s’est engagé à respecter les droits culturels et nationaux des Assyriens, des Arméniens, des Turkmènes (Article 21 du programme du PDK). Les relations entre Kurdes et Turkmènes sont par contre aujourd’hui très mauvaises (sanglants incidents de Kirkouk en juillet 59, mal éclaircis). En fait, un certain nombre d’Assyriens sont inquiets devant l’avenir, surtout si l’autonomie kurde se réalise : quel sera leur sort au sein du Kurdistan autonome ? C’est bien la preuve qu’il y a un problème assyrien. Le mouvement kurde n’a pas encore pris position sur le problème assyrien en cas d’indépendance du Kurdistan (lointain puisqu’il faudra d’abord obtenir l’autonomie au Kurdistan irakien, turc et iranien avant de songer à réunir les différents Kurdistan autonomes. On pourrait aussi envisager une République fédérale ou confédérale assyro-kurde ou deux Etats séparés.
Pouvez-vous me donner les adresses et noms des responsables du mouvement national assyrien ? Je prépare une thèse de 3e cycle sur la question kurde et serais désireux de me documenter sur la question assyrienne, dans ses aspects actuels.
[...]


24 janvier 1966 [Extrait du brouillon manuscrit d’une lettre de Fontan à Viennot]
[...]
Je ne comprends toujours pas comment vous pouvez penser que la terreur pratiquée par les Turcs et les Kurdes contre les Arméniens, par les Arabes, les Turcs et les Kurdes contre les Araméens, puisse supprimer le droit de ces peuples à revenir dans leur pays et à y former leur état national.
[...] En ce qui concerne les Araméens, les documents kurdes que vous citez les considèrent expressément comme non-kurdes; pourquoi cette ethnie n’aurait-elle pas droit comme les autres à l’indépendance ?
[...]


19 février 1966 [Photocopie de la lettre dactylographiée d’Ashur Moradkhan à Petros-Elloff. L’en-tête porte des inscriptions en araméen, un taureau autocéphale ailé, emblème des Assyriens, la date dans le calendrier assyrien. Cette lettre étant écrite dans un français approximatif, l’orthographe en a été rectifiée pour cette édition mais la grammaire laissée en l’état]
19 Février 1966.
Cher Monsieur D. Petros Elloff
En tenant compte des événements qui se déroulent au nord de l’Iraq et des mauvaises nouvelles qui nous arrivent de l’autre côté des frontières; encore une fois, le gouvernement iraquien a avoué sa haine contre les Assyriens et les autres minorités et a commencé le massacre et l’extermination de notre peuple au nord de l’Iraq et sur les terres de leurs ancêtres. C’est pour ces raisons qu’on a décidé tout en hâte de vous écrire la présente lettre.
Pour compléter le dossier que nous possédons déjà aux Nations-Unies au regard des Assyriens, nous vous prions d’écrire plusieurs lettres de votre part, “Personnalité Compétente”, et de la part des Assyriens qui séjournent en France, pour le chef des Nations-Unies, les délégués ou représentants de tous les pays, ou bien la France, les Etats-Unis, l’Angleterre et l’URSS. Nous vous prions de tâcher y contenir les textes suivants, ou à votre gré ce qui sera plus important à votre avis :
1) Montrer les services qu’ont rendu les Assyriens pour la culture humaine dans le monde ancien, pour l’expansion de la chrétienté, et les services qu’ils ont rendus aux Alliés dans les deux Guerres mondiales.
2) Qu’au lieu de les récompenser, les Alliés leur ont volé les terres de leurs ancêtres, et le WILAYAT de Mossoul [16] qui leur était donné par les Ottomans, après la Première Guerre mondiale, en revanche [17] des terres que notre peuple avait perdues pendant la guerre, c’est à dire le HAKKIARI [18] ; et par ingratitude, Mossoul a été remise à l’Iraq et mise sous la domination des Arabes.
3) Dès ce jour là, les Arabes qui sont en minorité dans ce pays et qui gouvernent sur la majorité assyrienne et kurde, ont violé toutes les libertés humaines indiquées dans les Droits humains, comme :
Liberté de langage
Liberté de religion
Liberté de travail, etc...
4) Que la guerre sinistre qui se déroule maintenant au Nord de l’Iraq par les Arabes contre les Assyriens et les Kurdes, a pour but d’égorger les appels d’une masse “assyrienne-kurde” qui se trouve devant un flot de fanatisme nassérien et arabe, qui a pour but le massacre et l’extermination des non-Arabes. En brûlant les villages, ils veulent les remplacer par des Arabes, ainsi faire de l’Iraq, un pays 100 % arabe et le joindre avec la République Arabe Unie [19] .
5) Pour mettre fin à tous ces troubles et massacres, et pour garantir la paix dans le Moyen-Orient, il faut faire de l’Iraq, un Etat fédéral dans lequel les Assyriens et les Kurdes auront chacun leur autonomie dans le cadre d’un seul pays.
En tenant compte de la situation si grave et si critique pour notre nation en Iraq, cela nous paraît la seule et dernière chance de pouvoir réclamer nos droits comme un peuple si ancien et si tyrannisé.
Vous qui êtes le fils d’Agha Petros, le Héros de notre Nation, qui a perdu sa vie sur ce champ, vous avez une dette à ce peuple qui a tant perdu et rien gagné. Nous espérons que vous compléterez cette tâche que l’histoire de notre admirable nation vous demande.
Nous sommes fidèlement vôtre,
Dr ASHUR MORADKHAN
[signature sur tampon avec inscription en araméen]
P. S. S’il est possible d’envoyer une copie de la lettre qui sera adressée aux Nations-Unies au Général Charles de Gaulle, Chef de l’Etat français ainsi qu’à la presse française, spécialement le journalier [20] “Le Monde”, etc...


13 mars 1966 [Lettre manuscrite de Petros-Elloff à Fontan]
D. PETROS-ELLOFF
B. P. 128 TOULOUSE
Toulouse le 13 mars 1966
Cher Monsieur
Je vous prie de bien vouloir excuser mon retard à répondre à votre aimable lettre du 24 novembre.
Je profiterai des loisirs que me donneront les vacances de Pâques pour vous écrire plus longuement, mais vous prie dans cette attente de bien vouloir prendre connaissance de la lettre que je reçois d’Iran et dont je vous adresse ci-joint une photocopie, dans l’espoir que cette lettre [21] pourrait vous intéresser pour votre documentation personnelle.
Vous en souhaitant bonne réception, je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments et de ma totale solidarité.
D. Petros-Elloff


29 juin 1966 [Extrait en annexe à sa lettre, des notes manuscrites de Fontan répondant à celles de Viennot]
1) Araméens. Je suis tout à fait d’accord que “Assyriens” et “Chaldéens” font partie d’une seule et même ethnie; selon les mêmes critères linguistiques, on doit de plus inclure dans cette ethnie, non seulement les Mandéens mais encore les “Syriens” chrétiens, avec leurs deux fractions, jacobite et catholique mais non point les Melkites qui sont arabes. Il me paraît utile d’adopter le terme d’Araméens (historiquement exact) pour désigner l’ensemble de l’ethnie, plutôt que d’imposer à l’ensemble le nom d’une des fractions.
Ce que vous me précisez sur les relations kurdo-araméennes me paraît satisfaisant dans l’immédiat. Mais n’estimez-vous pas que l’indépendance, pour les Araméens comme pour toutes les ethnies, est un objectif de principe, même s’il ne peut être réalisé que progressivement ?
Le docteur Petros-Elloff (B. P. 128 - Toulouse), fils du général Agha Petros, travaille à organiser un mouvement parmi les Araméens émigrés.
[...]


12 juillet 1966 [Lettre manuscrite de Petros-Elloff à Fontan]
D. PETROS-ELLOFF
B. P. 128 TOULOUSE
Toulouse le 12 juillet 1966
Cher Monsieur
Très heureux de vous savoir parmi nous et d’avoir ainsi le plaisir de faire mieux votre connaissance.
Je passerai vous voir rue Espinasse [22] , le vendredi 15 vers 10 h 30.
Pour le cas où il y aurait contrordre, je vous prie de m’en informer par un petit mot que vous pourriez laisser à mon domicile : [adresse].
Dans l’attente du plaisir de vous voir, veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments sincèrement inter-nationalistes.
D. Petros-Elloff


Mai 1969 [Faire-part de décès reçu par Fontan]
Madame La Générale AGHA PETROS-ELLOFF et sa famille;
Madame DIMITRI PETROS-ELLOFF;
Monsieur PATRICK PETROS-ELLOFF
Ont la grande douleur de vous faire part du décès de

DIMITRI PETROS-ELLOFF
Fondateur et Secrétaire Général de l’A.A.A.A.
(Association des Assyriens et Amis des Assyriens)
Ancien Combattant, engagé volontaire guerre 39-40
survenu accidentellement le 12 Mai 1969, dans sa 55e année.
Les Obsèques protestantes ont été célébrées à Toulouse,
le 14 Mai 1969.
[adresse]


16 septembre 1969 [Brouillon manuscrit de Fontan portant la mention NE 216]
Mme Petros-Elloff
[adresse]
Occ[itanie]. par Fr[ance].
Frayse 16 septembre 69
Madame,
Quoique avec beaucoup de retard, je tiens à venir vous dire combien j’ai été peiné de la disparition inattendue de Mr Petros-Elloff, pour qui j’avais une grande estime et une grande sympathie.
En mon nom comme au nom de notre Parti, je viens vous exprimer à vous et à votre famille, nos condoléances émues, et aussi l’espoir que l’entreprise de renaissance de la Nation Assyrienne sera poursuivie malgré ce nouveau malheur.
Je vous prie d’agréer Mme, l’assurance de ma respectueuse considération.
F. F.

--------

NOTES

[1] Guy Héraud (1920-2004), universitaire spécialiste de droit international. Fédéraliste européen d’origine occitane, favorable à l’émancipation des ethnies, collaborateur de L’Europe en formation et d’Europa ethnica , il fut un écrivain prolifique dans l’illustration de ses idées. Parmi ses oeuvres principales, figurent notamment “L’Europe des ethnies” et “Qu’est-ce que l’ethnisme ?”. Ami de F. Fontan, il a été l’une des rares personnalités à avoir soutenu le nationalisme occitan et l’ethnisme jusqu’à son décès.

[2] François Fontan (1929-1979), autodidacte, fondateur du Parti nationaliste occitan, en France, du Movimento autonomista occitano, en Italie. Théoricien percutant de l’“humanisme scientifique”, son idéologie politique remettait systématiquement en question les phénomènes d’impérialisme, d’oppression sociale et de domination sexuelle et de classe d’âge. Son ouvrage le plus connu est “Ethnisme. Vers un nationalisme humaniste”, paru en 1961 et réédité depuis. Il appliqua également son esprit rigoureux à l’étude des parlers occitans et à celle des limites de la langue d’oc, ce qui donna : “La nation occitane : ses frontières, ses régions”.

[3] Il s’agit de Fraisse / Fràssino en Val Varaita (Province de Cuneo), dans les Vallées occitanes d’Italie, où F. Fontan vivait depuis 1964.

[4] Voir un extrait de cette carte en annexes.

[5] Il s’agit probablement du texte en annexes sur l’origine et la situation des Assyriens de France.

[6] Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Modernes.

[7] Radiodiffusion - Télévision Française.

[8] Le général Pierre Rondot était précisément l’auteur de l’ouvrage “Les Chrétiens d’Orient”, paru à Paris, en 1955, aux éditions J. Peyronnet et Cie, dans les Cahiers de l’Afrique et de l’Asie.

[9] Par comparaison, voici les chiffres que donne l’”Atlas des peuples du monde” soviétique, paru en 1964. Selon cet ouvrage de référence (?), les Assyriens (Aïssors) étaient à cette époque : 70 000 en Iran, 35 000 en Irak, 22 000 en Union soviétique et 12 000 en Syrie, au total, 139 000. A dire vrai, ces chiffres semblent ne comptabiliser que les seuls Nestoriens.

[10] Ecrit à la main ainsi que l’accolade embrassant la ventilation des communautés irakiennes.

[11] Jean-Pierre Viennot (194? - 197?), militant français de gauche; sympathisant des luttes de libération nationale dans le monde et particulièrement, au Moyen-Orient; à ce titre, co-fondateur du Comité de solidarité avec la révolution kurde. Universitaire et grand reporter, il fut un collaborateur du Monde Diplomatique pour lequel il écrivit de passionnants articles très documentés. Décédé prématurément de maladie au cours d’un séjour dans les maquis baloutches au Pakistan.

[12] Comité de soutien à la révolution kurde.

[13] Batoumi est un port sur la mer Noire et la capitale de l’Adjarie, région autonome du sud-ouest de la Géorgie; Abadan, port pétrolier sur le golfe Arabo-Persique se trouve au sud-ouest de l’Iran, dans la province du Khouzistan (d’ethnie arabe); Alexandrette, port méditerranéen, est située au sud-est de la Turquie.

[14] L’original porte de façon erronée : “décades”.

[15] Parti démocratique du Kurdistan, dirigé à l’éoque par Mustafa Mullah Barzani.

[16] Seconde ville irakienne, Mossoul se trouve dans le nord du pays. La province (wilayat, en arabe, vilayet, en turc) de Mossoul est une source de contentieux entre la Turquie et l’Irak; son important gisement de pétrole est pour beaucoup dans ce différent; la province est également revendiquée par les nationalistes kurdes.

[17] Lire : “en échange”.

[18] Province montagneuse des confins orientaux de la Turquie, limitrophe de l’Irak et de l’Iran. Avant 1914, sa population était à dominante assyrienne.

[19] En 1958, la révolution des “Officiers libres” d’Irak amena au pouvoir de fervents pan-arabistes et pro-nassériens. Ils projetaient l’union de leur pays avec l’Egypte de Gamal Abdel Nasser et la Syrie (la République arabe unie). Mais les pro-nassériens irakiens furent graduellement éliminés du pouvoir et le projet avorta.

[20] Lire : “le quotidien”.

[21] Il s’agit de la lettre d’Ashur Moradkhan, ci-dessus.

[22] Le Parti Nationaliste Occitan a eu quelque temps un local à cette adresse.

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